Part 33
Or, pour tourner encore aux curiositez qu'ont les dames de voir et aimer les gens généreux et vaillants, j'ay ouy raconter à la Reyne d'Angleterre Élisabeth, qui regne aujourd'huy, un jour, elle estant à table, faisant souper avec elle M. le grand-prieur de France, de la maison de Lorraine, et M. d'Anville, aujourd'huy M. de Montmorency et connestable, parmy ce devis de table et s'estant mis sur les loüanges du feu roy Henry deuxiesme le loua fort de ce qu'il estoit brave, vaillant et généreux, et, en usant de ce mot, fort martial, et qu'il l'avoit bien monstré en toutes ses actions; et que pour ce, s'il ne fust mort si tost, elle avoit résolu de l'aller voir en son royaume, et avoit fait accommoder et apprester ses galeres pour passer en France et toucher entre leurs deux mains la foi et leur paix. «Enfin c'estoit une de mes envies de le voir; je crois qu'il ne m'en eust refusée, car, disoit-elle, mon humeur est d'aymer les gens vaillants, et veux mal à la mort d'avoir ravy un si brave roy, au moins avant que je ne l'aye veu.» Cette mesme reyne, quelque temps après, ayant ouy tant renommer M. de Nemours des perfections et valleurs qui estoient en luy, fut curieuse d'en demander des nouvelles à feu M. de Rendan, lorsque le roy François second l'envoya en Escosse faire la paix devant le petit lict qui estoit assiégé; et ainsi qu'il luy en eust conté bien au long, et toutes les especes de ses grandes et belles vertus et vaillances, M. de Rendan, qui s'entendoit en amours aussi bien qu'en armes, cogneut en elle et son visage quelque estincelle d'amour ou d'affection, et puis en ses paroles une grande envie de le voir. Par quoy ne se voulant arrester en si beau chemin, fit tant envers elle de sçavoir, s'il la venoit voir, s'il seroit le bien venu et receu; ce qu'elle l'en asseura, et par là présuma qu'ils pourroient venir en mariage. Estant donc de retour de son ambassade à la Cour, en fit au Roy et à M. de Nemours tout le discours; à quoy le roy recommanda et persuada à M. de Nemours d'y entendre: ce qu'il fit avec une très-grande joye, s'il pouvoit parvenir à un si beau royaume par le moyen d'une si belle, si vertueuse et honneste Reyne. Pour fin, les fers se mirent au feu; par les beaux moyens que le roy lui donna, il fit de fort grands préparatifs, et très-superbes et beaux appareils, tant d'habillement, chevaux, armes, bref, de toutes choses exquises, sans y rien obmettre (car je vis tout cela), pour aller parestre devant cette belle princesse; n'oubliant surtout d'y mener toute la fleur de la jeunesse de la Cour; si bien que le fol Greffier, rencontrant là-dessus, disoit que c'estoit la fleur des febves, par-là brocardant la follastre jeunesse de la Cour. Cependant M. de Lignerolles, très-habile et accort gentilhomme, et lors fort favory de M. de Nemours son maistre, fut depesché vers la dite Reyne, qui s'en retourna avec une response belle et très-digne de s'en contenter et de presser et avancer son voyage; et me souvient que la Cour en tenoit le mariage pour quasi fait: mais nous nous donnasmes la garde que, tout à coup, ledit voyage se rompit et demeura court, et avec une très-grande despense, très-vaine et inutile pourtant. Je dirois, aussi bien qu'homme de France, à quoy il tint que cette rupture se fit si-non qu'en passant ce seul mot, que d'autres amours, possible, luy serroyent plus le coeur et le tenoient plus captif et arresté; car il estoit si accomply en toutes choses et si adroit aux armes et autres vertus, que les dames à l'envy volontiers l'eussent couru à force, ainsi que j'en ai vu de plus fringantes et plus chastes, qui rompoient bien leur jeusne de chasteté pour luy.
--Nous avons, dans les _Cents Nouvelles de la reyne de Navarre Marguerite_, une très-belle histoire de cette dame de Milan, qui, ayant donné assignation à feu M. de Bonnivet, depuis amiral de France, une nuict attira ses femmes de chambre avec des espées nues pour faire bruit sur le degré ainsi qu'il seroit prest à se coucher: ce qu'elles firent très-bien, suivant en cela le commandement de leur maistresse, qui de son côté, fit de l'effrayée et craintive, disant que c'estoient ses beaux-frères qui s'estoient aperceus de quelque chose, et qu'elle estoit perdue, et qu'il se cachast sous le lict ou derrière la tapisserie. Mais M. de Bonnivet, sans s'effrayer, prenant sa cape à l'entour du bras et son espée de l'autre, il dit: «Et où sont-ils ces braves frères qui me voudroient faire peur ou mal? Quand ils me verront, ils n'oseront regarder seulement la pointe de mon espée.» Et, ouvrant la porte et sortant, ainsi qu'il vouloit commencer à charger sur ce degré, il trouva ces femmes avec leur tintamarre, qui eurent peur et se mirent à crier et confesser le tout. M. de Bonnivet, voyant que ce n'estoit que cela, les laissa et les recommanda au diable; et se rentra en la chambre, et ferma la porte sur lui, et vint trouver sa dame, qui se mit à rire et l'embrasser, et luy confesser que c'estoit un jeu aposté par elle, et l'asseurer que, s'il eust fait du poltron et n'eust monstré en cela sa vaillance, de laquelle il avoit le bruit, que jamais il n'eust couché avec elle; et pour s'estre monstré ainsi généreux et asseuré, elle l'embrassa et le coucha auprès d'elle; et toute la nuict ne faut point demander ce qu'ils firent; car c'estoit l'une des belles femmes de Milan, et après laquelle il avoit eu beaucoup de peine à la gaigner.
--J'ay cogneu un brave gentilhomme, qui un jour estant à Rome couché avec une gentille dame romaine, son mary absent, luy donna une pareille allarme, et fit venir une de ses femmes en sursaut l'advertir que le mary tournoit des champs. La femme, faisant de l'estonnée, pria le gentilhomme de se cacher dans un cabinet, autrement elle estoit perdue. «Non, non, dit le gentilhomme, pour tout le bien du monde je ne ferois pas cela; mais s'il vient, je le tueray.» Ainsi qu'il avoit sauté à son espée, la dame se mit à rire et confesser avoir fait cela à poste pour l'esprouver, si son mary luy vouloit faire mal, ce qu'il feroit et la défendroit bien.
--J'ay cogneu une très-belle dame qui quitta tout à trac un serviteur qu'elle avoit, pour ne le tenir vaillant, et le changea en un autre qui ne le ressembloit, mais estoit craint et redouté extresmement de son espée, qui estoit des meilleures qui se trouvassent pour lors.
--J'ay ouy faire un conte à la Cour aux anciens, d'une dame qui estoit à la Cour, maistresse de feu M. de Lorge, le bonhomme, en ses jeunes ans l'un des vaillants et renommez capitaines des gens de pied de son temps. Elle, en ayant ouy dire tant de bien de sa vaillance, un jour que le roy François premier faisoit combattre des lions en sa Cour, voulut faire preuve s'il estoit tel qu'on luy avoit fait entendre, et pour ce laissa tomber un de ses gands dans le parc des lyons, estants en leur plus grande furie, et là-dessus pria M. de Lorge de l'aller quérir s'il l'aimoit tant comme il le disoit. Luy, sans s'estonner, met sa cape au poing et l'espée à l'autre main, et s'en va asseurément parmy ces lyons recouvrer le gand. En quoy la fortune luy fut si favorable, que, faisant toujours bonne mine, et monstrant d'une belle asseurance la pointe de son espée aux lyons, ils ne l'osèrent attaquer; et ayant recouru le gand, il s'en retourna devers sa maistresse et luy rendit; en quoy elle et tous les assistants l'en estimèrent bien fort. Mais on dit que, de beau dépit, M. de Lorge la quitta pour avoir voulu tirer son passe-temps de luy et de sa valeur de cette façon. Encores dit-on qu'il luy jeta par beau dépit le gand au nez; car il eust mieux voulu qu'elle luy eust commandé cent fois d'aller enfoncer un bataillon de gens de pied, où il s'estoit bien appris d'y aller, que non de combattre des bestes, dont le combat n'en est guères glorieux. Certes tels essais ne sont ny beaux, ny honnestes, et les personnes qui s'en aident sont fort à reprouver. J'aimerois autant un tour que fit une dame à son serviteur, lequel, ainsi qu'il luy présentoit son service, et l'asseuroit qu'il n'y auroit chose, tant hazardeuse fust-elle, qu'il ne la fist, elle, le voulant prendre au mot, luy dit: «Si vous m'aimez tant, et que vous soyez si courageux que vous le dites, donnez-vous de vostre dague dans le bras pour l'amour de moy.» L'autre, qui mouroit pour l'amour d'elle, la tira soudain, s'en voulant donner: je luy tins le bras et luy ostay la dague, luy remonstrant que ce seroit un grand fol d'aller faire ainsi et de telle façon preuve de son amour et de sa valeur. Je ne nommeray point la dame, mais le gentilhomme estoit feu M. de Clermont-Tallard l'aisné, qui mourut à la bataille de Moncontour, un des braves et vaillants gentilshommes de France, ainsi qu'il le monstra à sa mort, commandant à une compagnie de gens-d'armes, que j'aimois et honorois fort. J'ay ouy dire qu'il en arriva tout de mesme à feu de Genlis, qui mourut en Allemagne, menant les troupes huguenottes aux troisiesmes troubles: car, passant un jour la rivière devant le Louvre avec sa maistresse, elle laissa tomber son mouchoir dans l'eau, qui estoit beau et riche, exprès, et luy dit qu'il se jetast dedans pour luy recourre. Luy, qui ne sçavoit nager que comme une pierre, se voulut excuser; mais elle, luy reprochant que c'estoit un coüard amy, et nullement hardy, sans dire gare se jeta à corps perdu dedans, et, pensant avoir le mouchoir, se fust noyé s'il n'eust esté aussitost secouru d'un autre batteau. Je crois que telles femmes se veulent défaire par tels essays ainsi gentiment de leurs serviteurs, qui possible les ennuyent. Il vaudroit mieux qu'elles leur donnassent de belles faveurs, et les prier, pour l'amour d'elles, les porter aux lieux honorables de la guerre, et faire preuve de leur valeur, ou les y pousser davantage, que non pas faire de ces sottises que je viens de dire, et que j'en dirois une infinité.
--Il me souvient que, lors que nous allasmes assiéger Roüen aux premiers troubles, mademoiselle de Piennes, l'une des honnestes filles de la Cour, estant en doute que feu M. de Gergeay ne fust esté assez vaillant pour avoir tué lui seul, et d'homme à homme, le feu baron d'Ingrande, qui estoit un des vaillants gentilshommes de la Cour, pour esprouver sa valeur, luy donna une faveur d'une escharpe qu'il mit à son habillement de teste: et, ainsi qu'on vint pour reconnoistre le fort de Sainte-Catherine, il donna si courageusement et vaillamment dans une troupe de chevaux qui estoient sortis hors de la ville, qu'en bien combattant il eut un coup de pistollet dans la teste, dont il mourut roide mort sur la place: en quoy ladite demoiselle fut satisfaite de sa valeur; et s'il ne fust mort ce coup, ayant si bien fait, elle l'eust espousé; mais, doutant un peu de son courage, et qu'il avoit mal tué ledit baron, ce luy sembloit, elle voulut voir cette expérience, ce disoit-elle. Et certes, encor qu'il y ait beaucoup d'hommes vaillants de leur nature, les dames les y poussent encore davantage; et, s'ils sont las et froids, elles les esmeuvent et eschauffent. Nous en avons un très-bel exemple de la belle Agnès, laquelle, voyant le roy Charles VII enamouraché d'elle et ne se soucier que de luy faire l'amour, et, mol et lasche, ne tenir compte de son royaume, luy dit un jour que, lorsqu'elle estoit encores jeune fille, un astrologue lui avoit prédit qu'elle seroit aimée et servie de l'un des plus vaillants et courageux roys de la chrestienté; que, quand le Roy lui fit cet honneur de l'aimer, elle pensoit que ce fust ce roy valleureux qui luy avoit esté prédit; mais le voyant si mol, avec si peu de soin de ses affaires, elle voyoit bien qu'elle estoit trompée, et que ce roy si courageux n'estoit pas luy, mais le roy d'Angleterre, qui faisoit de si belles armes, et luy prenoit tant de belles villes à sa barbe; «dont, dit-elle au Roy, je m'en vais le trouver, car c'est celuy duquel entendoit l'astrologue.» Ces paroles piquèrent si fort le coeur du Roy, qu'il se mit à plorer; et de-là en avant, prenant courage, et quittant sa chasse et ses jardins, prit le frein aux dents; si bien que par son bonheur et vaillance, chassa les Anglois de son royaume.
--Bertrand du Guesclin, ayant espousé sa femme, madame Thiphanie, se mit du tout à la contenter et laisser le train de la guerre, luy qui l'avoit tant pratiquée auparavant, et qui avoit acquis tant de gloire et de loüange, mais elle luy en fit une réprimende et remonstrance, qu'avant leur mariage on ne parloit que de luy et de ses beaux faits, et que désormais on luy pourroit reprocher à elle-mesme une telle discontinuation de son mary; qui portoit un très-grand préjudice à elle et à son mary, d'estre devenu un si grand casannier, dont elle ne cessa jamais jusques à ce qu'elle lui eust remis son premier courage, et renvoyé à la guerre, où il fit encore mieux que devant. Voilà comment cette honneste dame n'aima point tant son plaisir de nuict comme elle faisoit l'honneur de son mary: et certes, nos femmes mesmes, encor qu'elles nous trouvent près de leurs costez, si nous ne sommes braves et vaillants, ne nous sçauroient aymer ny nous tenir auprès d'elles de bon coeur; mais, quand nous retournons des armées, et que nous avons fait quelque chose de bien et de beau, c'est alors qu'elles nous ayment et nous embrassent de bon coeur, et qu'elles le trouvent meilleur.
--La quatriesme fille du comte de Provence, beau-pere de saint Louis, et femme à Charles, comte d'Anjou, frère dudit roy, magnanime et ambitieuse qu'elle estoit, se faschant de n'estre que simple comtesse de Provence et d'Anjou, et qu'elle seule de ses trois soeurs, dont les deux estoient reyne et l'autre impératrice, ne portoit autre titre que de dame et comtesse, ne cessa jamais, jusques à ce qu'elle eust prié, pressé et importuné son mary d'avoir et de conquester quelque royaume; et firent si bien qu'ils furent eslus par le pape Urbain roy et reyne des Deux-Siciles; et allèrent tous deux à Rome avec trente galleres se faire couronner par sa Sainteté, en grande magnificence, roy et reyne de Jérusalem et de Naples, qu'il conquesta après tant par ses armes valeureuses que par les moyens que sa femme luy donna, vendant toutes ses bagues et joyaux pour fournir aux frais de la guerre: et puis après régnèrent assez paisiblement et longuement en leurs beaux royaumes conquis. Longtemps après, une de leurs petites-filles, descendues d'eux et des leurs, Isabeau de Lorraine, fit, sans son mary René, semblable trait; car luy estant prisonnier entre les mains de Charles, duc de Bourgogne, elle estant princesse, sage et de grand magnanimité et courage, de Sicile et de Naples le royaume leur estant escheu par succession, assembla une armée de trente mille hommes, et elle-mesme la mena et conquesta le royaume, et se saisit de Naples. Je nommerois une infinité de dames qui ont servi de telles façons beaucoup à leurs marys, et qu'elles, estant hautes de coeur et d'ambition, ont poussé et encouragé leurs marys à se faire grands, acquerir des biens et des grandeurs et richesses: aussi est-ce le plus beau et le plus honorable que d'en avoir par la pointe de l'espée. J'en ay cogneu beaucoup en nostre France et en nos Cours, qui, plus poussez de leurs femmes, quasi que de leurs volontés, ont entrepris et parfait de belles choses. Force femme ay-je cogneu aussi, qui ne songeans qu'à leurs bons plaisirs, les ont empeschez et tenus tousjours auprès d'elles; les empeschant de faire de beaux faits, ne voulant qu'ils s'amusassent si-non à les contenter du jeu de Vénus, tant elles y estoient aspres. J'en ferois force contes, mais je m'extravaguerois trop de mon sujet, qui est plus beau certes, car il touche la vertu, que l'autre qui touche le vice, et contente plus d'ouyr parler de ces dames qui ont poussé les hommes à de beaux actes. Je ne parle pas seulement des femmes mariées, mais de plusieurs autres, qui, pour une seule petite faveur, ont fait faire à leurs serviteurs beaucoup de choses qu'ils n'eussent pas fait; car quel contentement leur est-ce, quelle ambition et eschauffement de coeur? Est-il plus grande que, quand on est en guerre, que l'on songe que l'on est bien aymé de sa maistresse, et que si l'on fait quelque belle chose pour l'amour d'elle, combien de bons visages, de beaux attrait, de belles oeillades, d'embrassades, de plaisirs, de faveurs, qu'on espère après de recevoir d'elles.
--Scipion, entre autres reprimendes qu'il fit à Massinissa lorsque, quasi tout sanglant, il espousa Sophonisba, luy dit qu'il n'estoit bien séant de songer aux dames et à l'amour lorsqu'on est à la guerre. Il me pardonnera s'il lui plaist; mais, quant à moy, je pense qu'il n'y a point si grand contentement, ny qui donne plus de courage ny d'ambition pour bien faire, qu'elles. J'en ay esté logé-là d'autresfois. Quant à pour moy, je croy que tous ceux qui se trouvent aux combats en sont de mesmes: je m'en rapporte à eux. Je crois qu'ils sont de mon opinion, tant qu'ils sont, et que, lorsqu'ils sont en quelque beau voyage de guerre et qu'ils sont parmy les plus chaudes presses de l'ennemy, le coeur leur double et accroist quand ils songent à leurs dames, à leurs faveurs qu'ils portent sur eux, et aux caresses et beaux recueils qu'ils recevront d'elles au partir de-là s'ils en eschapent, et, s'ils viennent à mourir, quels regrets elles feront pour l'amour de leurs trespas. Enfin, pour l'amour de leurs dames et pour songer en elles, toutes entreprises sont faciles et aisées, tous combats leur sont des tournois, et toute mort leur est un triomphe.
--Je me souviens qu'à la bataille de Dreux feu M. des Bordes, brave et gentil cavalier s'il en fut de son temps, estant lieutenant de M. de Nevers, dit avant comte d'Eu, prince aussi très-accomply, ainsi qu'il fallut aller à la charge pour enfoncer un bataillon de gens de pied qui marchoit droit à l'avant-garde, où commandoit feu M. de Guise le Grand, et que le signal de la charge fut donné, ledict des Bordes, monté sur un turc gris, part tout aussi-tost, enrichy et garny d'une fort belle faveur que sa maistresse luy avoit donnée (je ne la nommeray point, mais c'estoit l'une des belles et honnestes filles, et des grandes de la Cour); et en partant, il dit: «Hà! je m'en vais combattre vaillamment pour l'amour de ma maistresse, ou mourir glorieusement.» A ce il ne faillit, car, ayant percé les six premiers rangs, mourut au septiesme, porté par terre. A vostre advis, si cette dame n'avoit pas bien employé sa belle faveur, et si elle s'en devoit desdire pour luy avoir donnée?