Part 17
Il se voit force dames qui ne sont pas ainsi estiomenées de catherres; mais elles sont si maigres, dénuées, asséchées et descharnées, qu'elles n'en peuvent rien monstrer que le bastiment: comme j'ay cogneu une très-grande que M. l'evesque de Cisteron, qui disoit le mot mieux qu'homme de la Conr, en brocardant affermoit qu'il valoit mieux de coucher avec une ratoire de fil d'archal qu'avec elle; et, comme dit aussi un honneste gentilhomme de la Cour, auquel nous faisions la guerre qu'il avoit à faire avec une dame assez grande: «Vous vous trompez, dit-il, car j'aime trop la chair, et elle n'a que les os;» et pourtant, à voir ces deux dames, si belles par leurs beaux visages, on les eust jugées pour des morceaux très-charnus et bien friands.
Un très-grand prince de par le monde vint une fois à estre amoureux de deux belles dames tout à coup, ainsi que cela arrive souvent aux grands, qui ayment les variétez. L'une estoit fort blanche, et l'autre brunette, mais toutes deux très-belles et fort aimables. Ainsi qu'il venoit un jour de voir la brunette, la blanche jalouse luy dit: «Vous venez de voller pour corneille.» A quoy lui respondit le prince un peu irrité, et fasché de ce mot: «Et quand je suis avec vous, pour qui volle-je?» La dame respondit: «Pour un phénix.» Le prince, qui disoit des mieux, répliqua: «Mais dites plustost pour l'oiseau de paradis, là où il y a plus de plume que de chair;» la taxant par là qu'elle estoit maigre aucunement: aussi estoit-elle fort jovanote pour estre grasse, ne se logeant coustumièrement que sur celles qui entrent dans l'aage, qu'elles commencent à se fortifier et renforcer de membres et autres choses.
--Un gentilhomme la donna bonne à un grand seigneur que je sçay. Tous deux avoient belles femmes. Ce grand seigneur trouva celle du gentilhomme fort belle et bien advenante. Il luy dit un jour: «Un tel, il faut que je couche avec vostre femme.» Le gentilhomme, sans songer, car il disoit très-bien le mot, luy respondit: «Je le veux, mais je couche avec la vostre.» Le seigneur lui répliqua: «Qu'en ferois-tu? car la mienne est si maigre, que tu n'y prendrois nul goust.» Le gentilhomme respondit: «Je la larderay si menu, que je la rendray de bon goust.»
--Il s'en voit tant d'autres que leurs visages poupins et gentils font desirer leurs corps; mais quand on y vient, on les trouve si décharnées, que le plaisir et la tentation en sont bien-tost passez. Entr'autres, l'on y trouve l'os _barré_ qu'on appelle, si sec et si décharné, qu'il foule et masche plus tout nud que le bast d'un mulet qu'il auroit sur luy. A quoy pour suppléer, telles dames sont coustumières de s'aider de petits coussins bien mollets et délicats à soutenir le coup et engarder de la mascheure; ainsi que j'ay ouy parler d'aucunes, qui s'en sont aidées souvent, voire de callesons gentiment rembourez et faits de satin, de sorte que les ignorants, les venants à toucher, n'y trouvent rien que tout bon, et croyent fermement que c'est leur embonpoint naturel; car par-dessus ce satin il y avoit des petits callesons de toile volante et blanche; si bien que l'amant, donnant le coup en robbe, s'en alloit de sa dame si content et satisfait, qu'il l'a tenoit pour très-bonne robbe.
D'autres y a-t-il encore qui sont de la peau fort maléficiées et marquetées comme marbre, ou en oeuvre à la mosaïque, tavellées comme faons de bische, gratteleuses, et subjectes à dartes farineuses et fascineuses; bref, gastées tellement, que la veuë n'en est pas guieres plaisante.
--J'ay ouy parler d'une dame grande, et l'ay cogneue et cognois encore, qui est pelue, velue sur la poitrine, sur l'estomac, sur les espaules et le long de l'eschine, et à son bas, comme un sauvage.
Je vous laisse à penser ce que veut dire cela: si le proverbe est vray, _que personne ainsi velue est ou riche, ou lubrique_, celle-là a l'un et l'autre, je vous en asseure, et s'en fait fort bien donner, se voir et desirer.
D'autres ont la chair d'oison ou d'estourneau plumé, harée, brodequinée, et plus noire qu'un beau diable.
D'autres sont opulentes en tetasses avalées, pendantes plus que d'une vache allaitant son veau.
Je m'asseure que ce ne sont pas les beaux tetins d'Hélaine, laquelle, voulant un jour présenter au temple de Diane une coupe gentille par certain voeu, employant l'orfevre pour la luy faire, luy en fit prendre le modelle sur un de ses beaux tetins, et en fit la coupe d'or blanc, qu'on ne sçauroit qu'admirer de plus, ou la coupe ou la ressemblance du tetin sur quoy il avoit pris le patron, qui se monstroit si gentil et si poupin, que l'art en pouvoit faire desirer le naturel. Pline dit cecy par grande spéciauté, où il traite qu'il y a de l'or blanc. Ce qui est fort estrange est que cette coupe fut faite d'or blanc.
Qui voudroit faire des coupes d'or sur ces grandes tetasses que je dis et que je cognois, il faudroit bien fournir de l'or à monsieur l'orfevre, et ne seroit après sans coust et grand risée, quand on diroit: «Voilà des coupes faites sur le modelle des testins de telles et telles dames.»
Ces coupes ressembleroient, non pas coupes, mais de vrayes auges, qu'on voit de bois toutes rondes, dont on donne à manger aux pourceaux; et d'autres y a-t-il, que le bout de leur tetin ressemble à une vraye guine pourrie.
D'autres y a-t-il, pour descendre plus bas, qui ont le ventre si mal poly et ridé, qu'on les prendroit pour de vieilles gibessières ridées de sergents ou d'hosteliers; ce qui advient aux femmes qui on eu des enfants, et qui ne sont esté bien secourues et graissées de graisse de baleine de leurs sages-femmes. Mais d'autres y a-t-il, qui les ont aussi beaux et polis, et le sein aussi follet, comme si elles estoient encore filles.
D'autres il y en a, pour venir encore plus bas, qui ont leurs natures hideuses et peu agréables. Les unes y ont le poil nullement frisé, mais si long et pendant, que vous diriez que ce sont les moustaches d'un Sarrasin; et pourtant n'en ostent jamais la toison, et se plaisent à la porter telle, d'autant qu'on dit: _Chemin jonchu et c.. velu sont fort propres pour chevaucher_. J'ay ouy parler de quelqu'une très-grande qui les porte ainsi.
J'ay ouy parler d'une autre belle et honneste dame qui les avoit ainsi longues, qu'elle les entortilloit avec des cordons ou rubans de soye cramoisie ou autre couleur, et se les frisonnoit ainsi comme des frisons de perruques, et puis se les attachoit à ses cuisses, et en tel estat quelquefois se les présentoit à son mary et à son amant, ou bien se les destortoit de son ruban et cordon, si qu'elles paroissoient frisonnées par après, et plus gentilles qu'elles n'eussent fait autrement.
Il y avoit bien là de la curiosité, et de la paillardise et tout; car, ne pouvant d'elle-mesme faire et suivre ses frisons, il falloit qu'une de ses femmes, de ses plus favorites, la servît en cela; en quoy ne peut estre autrement qu'il n'y ayt de la lubricité en toutes façons qu'on la pourra imaginer.
Aucunes, au contraire, se plaisent le tenir et porter raz, comme la barbe d'un prestre.
D'autres femmes y a-t-il, qui n'ont de poil point du tout, ou peu, comme j'ay ouy parler d'une fort grande et belle dame que j'aye cogneue; ce qui n'est guières beau, et donne un mauvais soupçon: ainsi qu'il y a des hommes qui n'ont que de petits boucquets de barbe au menton, et n'en sont pas plus estimez de bon sang, ainsi que sont les blanquets et blanquettes[66].
D'autres en ont l'entrée si grande, vague et large, qu'on la prendroit pour l'antre de la Sibylle.
J'en ay ouy parler d'aucunes, et bien grandes, qui les ont telles qu'une jument ne les a si amples, encore qu'elles s'aident d'artifice le plus qu'elles peuvent pour estrecir la porte; mais, dans deux ou trois fréquentations, la mesme ouverture tourne: et, qui plus est, j'ay ouy dire que, quand bien on les arregarde le cas d'aucunes, il leur cloise comme celuy d'une jument quand elle est en chaleur. L'on m'en a conté trois qui monstrent telles cloyses quand on y prend garde de les voir.
--J'ay ouy parler d'une dame grande, belle et de qualité, à qui un de nos roys avoit imposé le nom de _Pan de c.._, tant il estoit large et grand; et non sans raison, car elle se l'est fait en son vivant souvent mesurer à plusieurs merciers et arpenteurs, et que tant plus elle s'estudioit le jour de l'estrecir, la nuict en deux heures on le lui eslargissoit si bien, que ce qu'elle faisoit en une heure, on le défaisoit en l'autre, comme la toille de Penelope. Enfin, elle en quitta tous artifices, et en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu'elle pouvoit trouver.
Tel remède fut très bon, ainsi que j'ay ouy dire d'une fort belle et honneste fille de la Cour, laquelle l'eut au contraire si petit et si estroit, qu'on en désespéroit à jamais le forcement du pucelage; mais par advis de quelques médecins ou de sages-femmes, ou de ses amys ou amyes, elle en fit tenter le gué ou le forcement par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands, à mode des talus que l'on fait, ainsi que Rabelais ordonna les murailles de Paris imprenables; et puis, par tels essays les uns après les autres, s'accoustuma si bien à tous, que les plus grands ne luy faisoient la peur que les petits paravant faisoient si grande.
Une grande princesse estrangere que j'ay cogneue, laquelle l'avoit si petit et estroit, qu'elle aima mieux de n'en taster jamais que de se faire inciser, comme les médecins le conseilloient. Grande vertu certes de continence, et rare!...
D'autres en ont les labies longues et pendantes plus qu'une creste de coq d'Inde quand il est en colere; comme j'ay ouy dire que plusieurs dames ont, non-seulement elles, mais aussi des filles.
--J'ay ouy faire ce conte à feu M. de Randan, qu'une fois estants de bons compagnons à la Cour ensemble, comme M. de Nemours, M. le vidame de Chartres, M. le comte de la Rochefoucault, MM. de Montpezaz, Givry, Genlis et autres, ne sachants que faire, allèrent voir pisser les filles un jour, cela s'entend cachés en bas et elles en haut. Il y en eut une qui pissa contre terre: je ne la nomme point; et d'autant que le plancher estoit de tables, elle avoit ses lendilles si grandes, qu'elles passèrent par la fente des tables si avant, qu'elle en monstra la longueur d'un doigt, si que M. de Randan, par cas fortuit, ayant un baston qu'il avoit pris à un laquais, où il y avoit un fiçon, en perça si dextrement ses lendilles, et les cousit si bien contre la table, que la fille, sentant la piqûre, tout à coup s'esleva si fort, qu'elle les escarta toutes, et de deux parts qu'il en avoit en fit quatre, et les dites lendilles en demeurerent decoupées en forme de barbe d'escrevisses, dont pourtant la fille s'en trouva très-mal, et la maistresse en fut fort en colere.
M. de Randan et la compagnie en firent conte au roy Henry, qui estoit bon compagnon, qui en rit pour sa part son saoul, et en apaisa le tout envers la Reyne sans rien en déguiser.
Ces grandes lendilles sont cause qu'une fois j'en demanday la raison à un médecin excellent, qui me dit que, quand les filles et femmes estoient en ruth, elles les touchoient, manioient, viroyent, contournoient, allongeoient et tiroient si souvent, qu'estants ensemble s'entredonnoient mieux du plaisir.
Telles filles et femmes seroient bonnes en Perse, non en Turquie, d'autant qu'en Perse les femmes sont circoncises, parce que leur nature ressemble de je ne sçay quoy le membre viril (disent-ils): au contraire, en Turquie, les femmes ne le sont jamais, et pour ce les Perses les appellent hérétiques, pour n'estre circoncises, d'autant que leur cas, disent-ils, n'a nulle forme, et ne prennent plaisir de les regarder comme les Chrestiens. Voilà ce qu'en disent ceux qui ont voyagé en Levant.
Telles femmes et filles, disoit ce médecin, sont fort sujettes à faire la fricarelle, _donna con donna_.
J'ay ouy parler d'une très-belle dame, et des plus qui ait esté en la Cour, qui ne les a si longues; car elles luy sont accourcies pour un mal que son mary luy donna, voire qu'elle n'a de levre d'un costé pour avoir esté tout mangé de chancres; si bien qu'elle peut dire son cas estropié et à demy demembré; et néanmoins cette dame a esté fort recherchée de plusieurs, mesme elle a esté la moitié d'un grand quelques fois dans son lict.
Un grand disoit à la Cour un jour qu'il voudroit que sa femme ressemblast à celle-là, et qu'elle n'en eust qu'à demy, tant elle en avoit trop.
J'ay aussi ouy parler d'une autre bien plus grande qu'elle cent fois, qui avoit un boyau qui luy pendilloit long d'un grand doigt au dehors de sa nature, et, disoit-on, pour n'avoir pas esté bien servie en l'une de ses couches par sa sage-femme; ce qui arrive souvent aux filles et femmes qui ont fait des couches à la dérobade, ou qui par accident se sont gastées et grevées; comme une des belles femmes de par le monde que j'ay cogneue, qui, estant veufve, ne voulut jamais se remarier, pour estre descouverte d'un second mary de cecy, qui l'en eust peu prisée, et possible mal-traitée.
Cette grande que je viens de dire, nonobstant son accident, enfantoit aussi aisément comme si elle eust pissé; car on disoit sa nature très-ample; et si pourtant elle a esté bien aimée et bien servie à couvert; mais mal-aisément se laissoit-elle voir là.
Aussi volontiers, quand une belle et honneste femme se met à l'amour et à la privauté, si elle ne vous permet de voir ou taster cela, dites hardiment qu'elle y a quelque tare, ou si que la veue ni le toucher n'approuvera guières, ainsi que je tiens d'une honneste femme; car s'il n'y en a point, et qu'il soit beau (comme certes il y en a et de plaisants à voir et manier), elle est aussi curieuse et contente d'en faire la monstre et en prester l'attouchement, que de quelqu'autre de ses beautez qu'elle ait, autant pour son honneur à n'estre soupçonnée de quelque défaut ou laideur en cet endroit, que pour le plaisir qu'elle y prend elle-mesme à le contempler et mirer, et surtout aussi pour accroistre la passion et tentation davantage à son amant.
De plus, les mains et les yeux ne sont pas membres virils pour rendre les femmes putains et leurs marys cocus, encore qu'après la bouche aident à faire de grands approches pour gaigner la place.
D'autres femmes y a-t-il qui ont la bouche de là si pasle, qu'on diroit qu'elles y ont la fievre: et telles ressemblent aucuns yvrognes, lesquels, encor qu'ils boivent plus de vin qu'une truie de laict, ils sont pasles comme trespassez: aussi les appelle-t-on traistres au vin, non pas ceux qui sont rubiconds: aussi telles par ce costé-là on les peut dire traistraisses à Vénus, si ce n'est que l'on dit _pasle putain et rouge paillard_. Tant y a que cette partie ainsi pasle et transie n'est point plaisante à voir, et n'a garde de ressembler à celle d'une des plus belles dames que l'on voye, et qui tient grand rang, laquelle j'ay veu qu'on disoit qu'elle portoit là trois belles couleurs ordinairement ensemble, qui estoient incarnat, blanc et noir: car cette bouche de là estoit colorée et vermeille comme corail, le poil d'alentour gentiment frisonné et noir comme ébene; ainsi le faut-il, et c'est l'une des beautez: la peau estoit blanche comme albastre, qui estoit ombragée de ce poil noir. Cette veuë est belle de celle-là, et non des autres que je viens de dire.
D'autres il y en a aussi qui sont si bas ennaturées et fendues jusques au cul, mesme les petites femmes, que l'on devroit faire scrupule de les toucher pour beaucoup d'ordes et salles raisons que je n'oserois dire; car on diroit que, les deux rivières s'assemblant et se touchant quasi ensemble, il est en danger de laisser l'une et naviguer à l'autre: ce qui est par trop vilain.
J'ay ouy conter à madame de Fontaine-Chalandray, dite la belle Torcy, que la reyne Eléonor sa maistresse, estant habillée et vestue, paroissoit une très-belle princesse, comme il y en a encor plusieurs qui l'ont veue telle en nostre Cour, et de belle et riche taille; mais, estant déshabillée, elle paroissoit du corps une géante, tant elle l'avoit long et grand: mais tirant en bas, elle paroissoit une naine, tant elle avoit les cuisses et les jambes courtes avec le reste.
D'une autre grande dame ay-je ouy parler qui estoit bien au contraire; car par le corps elle se monstroit une naine, tant elle l'avoit court et petit, et du reste en bas une géante ou colosse, tant elle avoit ses cuisses et jambes grandes, hautes et fendues et pourtant bien proportionnées et charnues, si qu'elle en couvroit son homme sous elle, mais qu'il fust petit, fort aisément, comme d'une tirasse de chien couchant.
--Il y a force marys et amys parmi nos Chrestiens, qui voulans en tout differer des Turcs, ne prennent plaiser d'arregarder le cas des dames, d'autant, disent-ils, comme je viens de dire, qu'ils n'ont nulle forme: nos Chrestiens au contraire qui en ont, disent-ils, de grands contentements à les contempler fort et se délecter en telles visions, et non-seulement se plaisent à les voir, mais à les baiser, comme beaucoup de dames l'ont dit et descouvert à leurs amants, ainsi que dit une dame espagnole à son serviteur, qui, la saluant un jour, luy dit: _Bezo las manos y los pies, senora_[67]; elle luy dit: _Senor, en el medio esta la mejor station_[68]. Comme voulant dire qu'il pouvoit baiser le mitant aussi-bien que les pieds et mains. Et, pour ce, disent aucunes dames que leurs marys et serviteurs y prennent quelque délicatesse et plaisir, et en ardent davantage: ainsi que j'ay ouy dire d'un très-grand prince, fils d'un grand roy de par le monde, qui avoit pour maistresse une très-grande princesse. Jamais il ne la touchoit qu'il ne luy vist cela et ne le baisast plusieurs fois. Et la première fois qu'il le fit, ce fut par la persuasion d'une très-grande dame, favorite du roy; laquelle, tous trois un jour estants ensemble, ainsi que ce prince muguettoit sa dame, luy demanda s'il n'avoit jamais veu cette belle partie dont il jouissoit. Il respondit que non: «Vous n'avez donc rien fait, dit-elle, et ne sçavez ce que vous aimez; vostre plaisir est imparfait, il faut que vous le voyiés.» Par-quoy, ainsi qu'il s'en vouloit essayer et qu'elle en faisoit de la revesche, l'autre vint par derrière, et la prit et renversa sur un lict, et la tint tousjours jusques à ce que le prince l'eust contemplée à son aise et baisée son saoul, tant qu'il le trouvoit beau et gentil; et pour ce, continua tousjours.
D'autres y a-t-il qui ont leurs cuisses si mal proportionnées, mal advenantes et si mal faites en olive, qu'elles ne méritent d'estre regardées et désirées, comme de leurs jambes, qui en sont de même, dont aucunes sont si grosses qu'on en diroit le gras estre le ventre d'une conille qui est pleine.
D'autres les ont si gresles et menues, et si heronnières, qu'on les prendroit plustost pour des fleutes que pour cuisses et jambes; je vous laisse à penser que peut estre le reste.
Elles ne ressemblent pas une belle et honneste dame dont j'ay ouy parler, laquelle estant en bon point; et non trop en extrémité (car en toutes choses il faut un _medium_), après avoir donné à coucher à son amy, elle lui demanda le lendemain au matin comment il s'en trouvoit. Il luy respondit que très-bien, et que sa bonne et grasse chair luy avoit fait grand bien. «Pour le moins, dit-elle, avez-vous couru la poste sans emprunter de coissinet.»
D'autres dames y a-t-il qui ont tant d'autres vices cachés, ainsi que j'en ay ouy parler d'une qui estoit dame de réputation, qui faisoit ses affaires fécales par le devant; et de ce j'en demanday la raison à un médecin suffisant, qui me dit parce qu'elle avoit esté percée trop jeune et d'un homme trop fourny et robuste; dont ce fut grand dommage, car c'estoit une très-belle femme et veufve, qu'un honneste gentilhomme que je sçay la vouloit espouser; mais, en sachant tel vice, la quita soudain, et un autre après la prit aussi-tost.
--J'ay ouy parler d'un gallant gentilhomme qui avoit une des belles femmes de la Cour et n'en faisoit cas. Un autre, n'estant si scrupuleux que luy, habitant avec elle, trouva que son cas puoit si fort qu'on ne pouvoit endurer cette senteur, et, par ainsi, cogneut l'encloüeure du mary.
J'ay ouy parler d'une autre, laquelle estant l'une des filles d'une grande princesse, qui petoit de son devant: des médecins m'ont dit que cela se pouvoit faire à cause des vents et ventositez qui peuvent sortir par-là, et mesmes quand elles font la fricarelle.
Cette fille estoit avec cette princesse lorsqu'elle vint à Moulins, la Cour y estant, du temps du roy Charles neuviesme, qui en fut abreuvé, dont on en rioit bien.
D'autres y en a-t-il qui ne peuvent tenir leur urine, qu'il faut qu'elles ayent toujours la petite esponge entre les jambes, comme j'en ay cogneu deux grandes, et plus que dames, dont l'une estant fille, fit l'évasion tout à trac dans la salle du bal, du temps du roy Charles neuviesme, dont fut fort scandalisée.
D'une autre grande dame ay-je ouy parler, que quand on lui faisoit cela, elle se compissoit à bon escient, ou sur le fait, ou après, comme une jument quand elle a esté saillie: à elle falloit-il jetter le seillaud d'eau comme à la jument, pour la faire retenir.
Tant d'autres y a-t-il qui sont ordinairement en sang et leurs mois, et autres qui sont viciées, tarottées, marquetées et marquées, tant par accident de vérolle de leurs marys ou de leurs amys, que par leurs mauvaises habitudes et humeurs; comme celles qui ont les jambes louventines et autres fluxions et marques, que par les envies de leurs mères estant enceintes d'elles, portent sur elles, comme j'en ay ouy parler d'une qui est toute rouge par une moitié du corps, et l'autre non, comme un eschevin de ville.
D'autres sont si sujettes à leurs flux menstruaux, que quasi ordinairement leur nature flue comme un mouton à qui on a coupé la gorge de frais; dont leurs marys ou amants ne s'en contentent guieres, pour l'assiduë fréquentation que Vénus ordonne et desire en ces jeux: car, si elles sont saines et nettes une semaine du mois, c'est tout, et leur font perdre le reste de l'année: si que des douze mois ils n'en ont cinq ou six francs, voire moins; c'est beaucoup, à la mode de nos soldats desbandez, auxquels à la monstre les commissaires et trésoriers font perdre, de douze mois de l'an, plus de quatre, en leur faisant monter les mois jusques à quarante et cinquante jours, si que les douze mois de l'an ne leur reviennent pas à huit. Ainsi s'en trouvent les marys et amants qui telles femmes ont et se servent, si ce n'est que, du tout, pour assoupir leur paillardise, se veulent souiller vilainement sans aucun respect d'impudicité; et leurs enfants qui en sortent s'en trouvent mal et s'en ressentent.
Si j'en voulois raconter d'autres, je n'aurois jamais fait, et aussi que les discours en seroient trop sallauds et déplaisants: et ce que j'en dis et dirois ce ne seroit des femmes petites et communes, mais des grandes et moyennes dames qui de leurs visages beaux font mourir le monde, et point le couvert.
Si feray-je encore ce petit conte, qui est plaisant, d'un gentilhomme qu'il me fit, qui est qu'en couchant avec une fort belle dame, et d'estoffe, en faisant sa besogne il luy trouva en cette partie quelques poils si piquants et si aigus, qu'avec toutes les incommodités il la put achever, tant cela le piquoit et le fiçonnoit. Enfin, ayant fait, il voulut taster avec la main: il trouva qu'alentour de sa motte il y avoit une demi-douzaine de certains fils garnis de ces poils si aigus, longs, roides et piquants, qu'ils en eussent servy aux cordonniers à faire des rivets comme de ceux de pourceaux, et les voulut voir; ce que la dame luy permit avec grande difficulté; et trouva que tels fils entournoient la pièce ny plus ny moins que vous voyez une médaille entournée de quelques diamants et rubis, pour servir et mettre en enseigne en un chapeau ou au bonnet.