Vie de Tolstoï

Part 16

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[265] «La loi de non-résistance au mal est la clef de voûte de tout l'édifice. Admettre la loi de l'aide mutuelle, en méconnaissant le précepte de la non-résistance, c'est construire la voûte dans la sceller dans sa partie centrale.» (_La Fin d'un Monde_).

[266] Dans une lettre de 1900 à un ami (_Corresp. inéd._, p. 312), Tolstoï se plaint de la fausse interprétation donnée à son principe de la non-résistance. On confond, dit-il, «_Ne t'oppose pas au mal par le mal_»... avec «_Ne t'oppose pas au mal_», c'est-à-dire avec: «Sois indifférent au mal»... «Au lieu que la lutte contre le mal est le seul objet du christianisme et que le commandement de la non-résistance au mal est donné comme le moyen de lutte le plus efficace.»

Que l'on rapproche cette conception de celle de Gandhi,--de son _Satyâgraha_, de la «Résistance active», par l'amour et le sacrifice! C'est la même intrépidité d'âme, qui s'oppose à la passivité. Mais Gandhi en a accentué plus encore l'énergie héroïque.--(Cf. Romain Rolland: _Mahâtma Gandhi_, p. 53 et suivantes;--et l'introduction à _La Jeune Inde_, de Gandhi, p. XII et suiv.).

[267] _La fin d'un Monde._

[268] Tolstoï a dessiné deux types de ces «sectateurs»,--l'un à la fin de _Résurrection_,--l'autre dans _Encore trois morts_.

[269] Après la condamnation par Tolstoï de l'agitation des Zemstvos, Gorki, se faisant l'interprète du mécontentement de ses amis, écrivait: «Cet homme est devenu l'esclave de son idée. Il y a longtemps qu'il s'isole de la vie russe et n'écoute plus la voix du peuple. Il plane trop haut au-dessus de la Russie.»

[270] C'était pour lui une souffrance cuisante de ne pouvoir être persécuté. Il avait la soif du martyre; mais le gouvernement, fort sage, se gardait bien de la satisfaire.

«Autour de moi, on persécute mes amis et on me laisse tranquille, bien que, s'il y a quelqu'un de nuisible, ce soit moi. Evidemment, je ne vaux pas la persécution, et j'en suis honteux.» (Lettre à Ténéromo, 1892, _Corresp. inéd._, p. 184.)

«Evidemment, je ne suis pas digne des persécutions, et il me faudra mourir ainsi, sans avoir pu, par des souffrances physiques, témoigner de la vérité.» (A Ténéromo, 16 mai 1892, _ibid._, p. 186.)

«Il m'est pénible d'être en liberté.» (A Ténéromo, 1er juin 1894, _ibid._, p. 188.)

Dieu sait pourtant qu'il ne faisait rien pour cela! Il insulte les Tsars, il attaque la patrie, «cet horrible fétiche auquel les hommes sacrifient leur vie et leur liberté et leur raison» (_La Fin d'un Monde._)--Voir, dans _Guerre et Révolution_, le résumé qu'il trace de l'histoire de Russie. C'est une galerie de monstres: «le détraqué Ivan le Terrible, l'aviné Pierre I, l'ignorante cuisinière Catherine I, la débauchée Elisabeth, le dégénéré Paul, le parricide Alexandre I» (le seul pour qui Tolstoï ait pourtant une tendresse secrète), «le cruel et ignorant Nicolas I, Alexandre II, peu intelligent, plutôt mauvais que bon, Alexandre III, à coup sûr un sot, brutal et ignorant, Nicolas II, un innocent officier de hussards, avec un entourage de coquins, un jeune homme qui ne sait rien, qui ne comprend rien.»

Dans un numéro de la revue: _Les Tablettes_, consacré à Tolstoï (Genève, juin 1917), nous avons réuni une collection des textes les plus significatifs de Tolstoï, relatifs à _l'État_, _la Patrie_, _la guerre_, _l'armée_, _le service militaire_ et _la Révolution_.

[271] Lettre à Gontcharenko, réfractaire, 19 janvier 1905 (_Corresp. inéd._, p. 264).

[272] Aux Doukhobors du Caucase, 1897 (_Ibid._ p. 239).

[273] Lettre à un ami, 1900 (_Correspondance_, p. 308-9).

[274] A Gontcharenko, 12 février 1905 (_Ibid._, p. 265).

[275] Aux Doukhobors du Caucase, 1897 (_Correspondance_, p. 240).

[276] A Gontcharenko, 19 janvier 1905 (_Ibid._, p. 264).

[277] A un ami, novembre 1901 (_Ibid._, p. 326).

Sur la question de la _Patrie_, les écrits les plus importants de Tolstoï sont: _L'esprit chrétien et le patriotisme_, 1894 (trad. J. Legras, éd. Perrin);--_Le patriotisme et le gouvernement_, 1900 (trad. Birukoff, Genève);--_Carnet du soldat_, 1902;--_La guerre russo-japonaise_, 1904;--_Salut aux réfractaires_, 1909.

[278] «C'est comme une fente dans la machine pneumatique; tout le souffle d'égoïsme qu'on voulait aspirer de l'âme humaine y rentre.»

Et il s'ingénie à prouver que le texte original a été mal lu, et que la parole exacte du second Commandement était: «Aime ton prochain comme _Lui-même_ (comme Dieu)». (Entretiens avec Ténéromo.)

[279] Entretiens avec Ténéromo.

[280] Lettre à un Chinois, octobre 1906 (_Corresp. inéd._, p. 381 et suiv.).

[281] Tolstoï en exprimait déjà la crainte, dans sa lettre de 1906.

[282] «Ce n'était pas la peine de refuser le service militaire et policier, pour admettre la propriété, qui ne se maintient que par le service militaire et policier. Les hommes qui accomplissent ce service et profitent de la propriété agissent mieux que ceux qui refusent tout service, en jouissant de la propriété.» (Lettre aux Doukhobors du Canada, 1899, _Corresp. inéd._, p. 248-260.)

[283] Lire dans les _Entretiens avec Ténéromo_, la belle page sur «le sage Juif qui, plongé dans ce Livre, n'a pas vu les siècles s'écrouler sur sa tête, et les peuples qui paraissaient et disparaissaient de la terre».

[284] «Voir le progrès de l'Europe dans les horreurs de l'État moderne, l'État sanglant, vouloir créer un nouveau _Judenstaat_, c'est un péché abominable.--(_Ibid._)

[285] Et l'avenir lui donne raison. Et Dieu s'est acquitté largement envers lui. Quelques mois avant sa mort, lui vient, du bout de l'Afrique, l'écho de la voix messianique de Gandhi. (Voir, à la fin du volume, le chapitre: _La réponse de l'Asie à Tolstoy_, p. 214.)

[286] _Appel aux hommes politiques_, 1905.

[287] On trouvera, en appendice au _Grand Crime_ et dans la trad-franç. des _Conseils aux Dirigés_ (titre russe: _Au peuple travailleur_), un _Appel_ d'une société japonaise _pour le Rétablissement de la Liberté de la Terre_.

[288] Lettre à Paul Sabatier, 7 novembre 1906. (_Corr. inéd._, p. 375.)

[289] Lettres à un ami, juin 1892 et novembre 1901.

[290] _Guerre et Révolution._

[291] Lettre à un ami. (_Corresp. inéd._ p. 354-55.)

[292] _Ibid._ Peut-être s'agit-il là de l'_Histoire d'un Doukhobor_, dont le titre figure dans la liste des oeuvres inédites de Tolstoï.

[293] «Imaginez que tous les hommes qui ont la vérité se réunissent ensemble et s'installent sur une île. Serait-ce la vie?» (A un ami, mars 1901, _Corresp. inéd._ p. 325.)

[294] 1er décembre 1910.

[295] 16 mai 1892. Tolstoï voyait alors sa femme souffrir de la mort d'un petit garçon, et il ne pouvait rien pour la consoler.

[296] Lettre de janvier 1883.

[297] «Je ne reprocherai jamais de ne pas avoir de religion. Le mal, c'est quand les hommes mentent, feignent d'avoir de la religion.»

Et plus loin:

«Que Dieu nous préserve de feindre d'aimer, c'est pire que la haine.» (_Corresp. inéd._ p. 344 et 348.)

[298] _Revue des Deux Mondes_, 15 décembre 1910.

[299] Paul Birukoff vient de publier, en allemand, la belle correspondance de Tolstoï avec sa fille Marie: _Vater und Tochter_, Zürich, Rotapfel, 1927.

[300] _Revue des Deux Mondes_, 15 décembre 1910.

[301] A un ami, 10 décembre 1903.

[302] _Figaro_, 27 décembre 1910. La lettre fut, après la mort de Tolstoï, remise à la comtesse par leur beau-fils, le prince Obolensky, auquel Tolstoï l'avait confiée, quelques années auparavant. A cette lettre était jointe une autre, également adressée à la comtesse, et qui touchait à des sujets intimes de la vie conjugale. La comtesse la détruisit, après l'avoir lue. (Note communiquée par Mme Tatiana Soukhotine, fille aînée de Tolstoï.)

[303] Cet état de souffrance date donc de 1881, c'est-à-dire de l'hiver passé à Moscou, et de la découverte que Tolstoï fit alors de la misère sociale.

[304] Lettre à un ami (la traduction française, par M. Halpérine-Kaminsky, en a été publiée sous le titre _Profession de foi_, dans le volume: _Plaisirs cruels_, 1895).

[305] Il semble qu'il ait subi, dans ses dernières années, et surtout dans ses derniers mois, l'influence de Vladimir-Grigoritch Tchertkov, ami dévoué, qui, longtemps établi en Angleterre, avait consacré sa fortune à publier et répandre l'oeuvre intégral de Tolstoï. Tchertkov a été violemment attaqué par un des fils de Tolstoï, Léon. Mais si l'on a pu accuser son intransigeance d'esprit, personne n'a mis en doute son absolu dévouement; et, sans approuver la dureté peut-être inhumaine de certains actes où l'on croit sentir son inspiration, (comme le testament par lequel Tolstoï enleva à sa femme la propriété de tous ses écrits, sans exception, y compris ses lettres privées), il est permis de croire qu'il fut plus épris de la gloire de son ami que Tolstoï lui-même.

Le journal de Valentin Boulgakov, dernier secrétaire de Tolstoï, est un miroir fidèle des six derniers mois, à Iasnaïa Poliana, depuis le 23 juin 1910. La traduction française en a paru dans _Les oeuvres libres_, mai 1924, chez Arthème Fayard, à Paris.

[306] Tolstoï partit brusquement de Iasnaïa Poliana, le 28 octobre (10 novembre) 1910, vers cinq heures du matin. Il était accompagné du docteur Makovitski; sa fille Alexandra, que Tchertkov appelle «sa collaboratrice la plus intime», était dans le secret du départ. Il arriva, le même jour, à six heures du soir, au monastère d'Optina, un des plus célèbres sanctuaires de Russie, où il avait été plusieurs fois en pèlerinage. Il y passa la nuit et, le lendemain matin, il y écrivit un long article sur la peine de mort. Dans la soirée du 29 octobre (11 novembre), il alla au monastère de Chamordino, où sa soeur Marie était nonne. Il dîna avec elle et lui exprima le désir qu'il aurait eu de passer la fin de sa vie à Optina, «en s'acquittant des plus humbles besognes, mais à condition qu'on ne l'obligeât point à aller à l'église». Il coucha à Chamordino, fit, le lendemain matin, une promenade au village voisin, où il songeait à prendre un logis, revit sa soeur dans l'après-midi. A cinq heures, arriva inopinément sa fille Alexandra. Sans doute, le prévint-elle que sa retraite était connue, qu'on était à sa poursuite: ils repartirent sur-le-champ, dans la nuit. Tolstoï, Alexandra et Makovitski se dirigèrent vers la station de Koselsk, probablement avec l'intention de gagner les provinces du Sud, et, de là, les pays slaves des Balkans, la Bulgarie, la Serbie. En route, Tolstoï tomba malade à la gare d'Astapovo et dut s'y aliter. Ce fut là qu'il mourut.

Sur ces derniers jours, on trouvera les renseignements les plus complets dans le volume: _Tolstoys Flucht und Tod_ (Bruno Cassirer, Berlin, 1925), où René Fuelloep-Miller et Friedrich Eckstein ont rassemblé les récits de la fille, de la femme de Tolstoï, de son médecin, de ses amis présents, et la correspondance secrète d'État. Celle-ci, que le gouvernement soviétique a découverte en 1917, révèle le réseau d'intrigues, dont l'État et l'Église entourèrent le mourant, pour arracher de lui l'apparence d'une rétractation religieuse. Le gouvernement, le czar en personne, exercèrent une pression sur le Saint-Synode, qui délégua à Astapovo l'archevêque de Toula. Mais l'échec de cette tentative fut complet.

On voit aussi l'inquiétude gouvernementale. Une correspondance policière entre le gouverneur-général de Riasan, prince Obolensky, et le général Lwow, chef du département de gendarmerie de Moscou, avertit heure par heure de tous les incidents et de tous les visiteurs à Astapovo, donne les ordres les plus sévères pour surveiller la gare, pour bloquer le cortège funèbre et le séparer du reste de la nation. En haut lieu, on tremblait devant l'éventualité de grandes manifestations politiques, en Russie.

L'humble maison, où Tolstoï expirait, était environnée d'une nuée de policiers, d'espions, de reporters de journaux, d'opérateurs de film, qui guettaient la douleur de la comtesse Tolstoï, accourue pour exprimer au mourant son amour, son repentir, et écartée de lui par ses enfants.

[307] _Journal_, à la date du 28 octobre 1879 (trad. Bienstock Voir _Vie et OEuvre_).--Voici le passage entier, qui est des plus beaux:

«Il y a dans ce monde des gens lourds, sans ailes. Ils s'agitent, en bas. Parmi eux, il y a des forts: Napoléon. Ils laissent des traces terribles parmi les hommes, sèment la discorde, mais rasent toujours la terre.--Il y a des hommes qui se laissent pousser des ailes, s'élancent lentement et planent: les moines.--Il y a des hommes légers qui se soulèvent facilement et retombent: les bons idéalistes.--Il y a des hommes aux ailes puissantes...--Il y a des hommes célestes, qui, par amour des hommes, descendent sur la terre en repliant leurs ailes, et apprennent aux autres à voler. Puis, quand ils ne sont plus nécessaires, ils remontent: Christ.»

[308] «On peut vivre seulement pendant qu'on est ivre de la vie.» (_Confessions_, 1879.)

«Je suis fou de la vie... C'est l'été, l'été délicieux. Cette année, j'ai lutté longtemps; mais la beauté de la nature m'a vaincu. Je me réjouis de la vie». (Lettre à Fet, juillet 1880.)--Ces lignes sont écrites en pleine crise religieuse.

[309] Dans son _Journal_, à la date d'octobre 1865:

«La pensée de la mort...» «Je veux et j'aime l'immortalité.»

[310] «Je me grisai de cette colère bouillonnante d'indignation que j'aime en moi, que j'excite même quand je la sens, parce qu'elle agit sur moi, d'une façon calmante, et me donne, pour quelques instants au moins, une élasticité extraordinaire, l'énergie et le feu de toutes les capacités physiques et morales.» (_Journal du prince D. Nekhludov_, _Lucerne_, 1857).

[311] Son article sur _la Guerre_, à propos du Congrès universel de la paix, à Londres, en 1891, est une rude satire des pacifistes, qui croient à l'arbitrage entre nations:

«C'est l'histoire de l'oiseau qu'on prend, après lui avoir mis un grain de sel sur la queue. Il est tout aussi facile de le prendre d'abord. C'est se moquer des gens que de leur parler d'arbitrage et de désarmement consenti par les États. Verbiage que tout cela! Naturellement, les gouvernements approuvent: les bons apôtres! Ils savent bien que cela ne les empêchera jamais d'envoyer des millions de gens à l'abattoir, quand il leur plaira de le faire. (_Le royaume de Dieu est en nous_, chap. VI.)

[312] La nature fut toujours «le meilleur ami» de Tolstoï, comme il aimait à dire:

«Un ami, c'est bien; mais il mourra, il s'en ira quelque part, et on ne pourra le suivre, tandis que la nature à laquelle on s'est uni par l'acte de vente, ou qu'on possède par héritage, c'est mieux. Ma nature à moi est froide, rebutante, exigeante, encombrante; mais c'est un ami qu'on gardera jusqu'à la mort; et quand on mourra, on y entrera.» (Lettre à Fet, 19 mai 1861. _Corresp. inéd._, p. 31.)

Il participait à la vie de la nature, il renaissait au printemps; («Mars et Avril sont mes meilleurs mois pour le travail.»--A Fet, 23 mars 1877), il s'engourdissait à la fin d'automne («C'est pour moi la saison la plus morte, je ne pense pas, je n'écris pas, je me sens agréablement stupide.»--A Fet, 21 octobre 1869).

Mais la nature qui lui parlait intimement au coeur, c'était la nature de chez lui, celle de Iasnaïa. Bien qu'il ait, au cours de son voyage en Suisse, écrit de fort belles notes sur le lac de Genève, il s'y sentait un étranger; et ses liens avec la terre natale lui apparurent alors plus étroits et plus doux:

«J'aime la nature, quand de tous côtés elle m'entoure, quand de tous côtés m'enveloppe l'air chaud qui se répand dans le lointain infini, quand cette même herbe grasse que j'ai écrasée en m'asseyant fait la verdure des champs infinis, quand ces mêmes feuilles qui, agitées par le vent, portent l'ombre sur mon visage, font le bleu sombre de la forêt lointaine, quand ce même air que je respire fait le fond bleu clair du ciel infini, quand je ne suis pas seul à jouir de la nature, quand, autour de moi, bourdonnent et tournoient des millions d'insectes et que chantent les oiseaux. La jouissance principale de la nature, c'est quand je me sens faire partie du tout.--Ici (en Suisse), le lointain infini est beau, mais je suis sans liens avec lui.» (Mai 1857.)

[313] Entretiens avec M. Paul Boyer (_Le Temps_, 28 août 1901).

De fait, on s'y tromperait souvent. Soit à cette profession de foi de Julie mourante:

«Ce qu'il m'était impossible de croire, je n'ai pu dire que je le croyais, et j'ai toujours cru ce que je disais croire. C'était tout ce qui dépendait de moi.»

A rapprocher de la lettre de Tolstoï au Saint-Synode:

«Il se peut que mes croyances gênent ou déplaisent. Il n'est pas en mon pouvoir de les changer, comme il n'est pas en mon pouvoir de changer mon corps. Je ne puis croire autre chose que ce que je crois, à l'heure où je me dispose à retourner vers ce Dieu, dont je suis sorti.»

Ou bien ce passage de la _Réponse à Christophe de Beaumont_, qui semble du pur Tolstoï:

«Je suis disciple de Jésus-Christ. Mon Maître m'a dit que celui qui aime son frère a accompli la Loi.»

Ou encore:

«Toute l'oraison dominicale tient en entier dans ces paroles: Que Ta volonté soit faite!» (_Troisième lettre de la Montagne._)

A rapprocher de:

«Je remplace toutes mes prières par le _Pater Noster_. Toutes les demandes que je puis adresser à Dieu sont exprimées avec plus de hauteur morale par ces mots: Que Ta volonté soit faite!» (_Journal_ de Tolstoï, au Caucase, 1852-53.)

Les ressemblances de pensée ne sont pas moins fréquentes sur le terrain de l'art que sur celui de la religion:

«La première règle de l'art d'écrire, dit Rousseau, est de parler clairement et de rendre exactement sa pensée.»

Et Tolstoï:

«Pensez ce que vous voudrez, mais de telle façon que chaque mot puisse être compris de tous. On ne peut rien écrire de mauvais dans une langue tout à fait claire.»

J'ai montré ailleurs que les descriptions satiriques de l'Opéra de Paris, dans la _Nouvelle Heloïse_, ont beaucoup de rapports avec les critiques de Tolstoï, dans _Qu'est-ce que l'art?_.

[314] _Journal_, 6 janvier 1903 (cité dans la _Préface de Tolstoï à ses Souvenirs_, 1er volume de _Vie et OEuvre de Tolstoï_, publié par Birukov).

[315] _Quatrième Promenade._

[316] Lettre à Birukov.

[317] _Sébastopol en mai 1855._

[318] «La vérité,... la seule chose qui me soit restée de ma conception morale, la seule chose que j'accomplirai encore.» (17 octobre 1860.)

[319] _Ibid._

[320] «L'amour pour les hommes est l'état naturel de l'âme, et nous ne le remarquons pas.» (_Journal_, du temps qu'il était étudiant à Kazan.)

[321] «La vérité s'ouvrira à l'amour...» (_Confessions_, 1879-81.)

--«Moi qui plaçais la vérité dans l'unité de l'amour...» (_Ibid._)

[322] «Vous parlez toujours d'énergie? Mais la base de l'énergie, c'est l'amour, dit Anna, et l'amour ne se donne pas, à volonté» (_Anna Karénine_, II, p. 270).

[323] «La beauté et l'amour, ces deux raisons de vivre.» (_Guerre et Paix_, II, p. 285.)

[324] «Je crois en Dieu, qui est pour moi l'Amour.» (Au Saint-Synode, 1901.)

--«Oui, l'amour!... Non l'amour égoïste, mais l'amour tel que je l'ai éprouvé, pour la première fois de ma vie, lorsque j'ai aperçu à mes côtés mon ennemi mourant, et que je l'ai aimé... C'est l'essence même de l'âme. Aimer son prochain, aimer ses ennemis, aimer tous et chacun, c'est aimer Dieu dans toutes ses manifestations!... Aimer un être qui nous est cher, c'est de l'amour humain, mais aimer son ennemi, c'est presque de l'amour divin!...» (Le prince André, mourant, dans _Guerre et Paix_, III, p. 176.)

[325] «L'amour passionné de l'artiste pour son sujet est le coeur de l'art. Sans amour, pas d'oeuvre d'art possible.» (Lettre de septembre 1889.--_Leo Tolstoïs Briefe 1848 bis 1910_, Berlin, 1911.)

[326] «J'écris des livres, c'est pourquoi je sais tout le mal qu'ils font...» (Lettre de Tolstoï à P.-V. Vériguine, chef des Doukhobors, 21 novembre 1897, _Corresp. inéd._, p. 241.)

[327] Voir _la Matinée d'un Seigneur_,--ou, dans les _Confessions_, la vue extrêmement idéalisée de ces hommes simples, bons, contents de leur sort, tranquilles, ayant le sens de la vie,--ou, à la fin de la deuxième partie de _Résurrection_, cette vision «d'une humanité, d'une terre nouvelle», qui apparaît à Nekhludov, quand il croise des ouvriers qui reviennent du travail.

[328] «Un chrétien ne saurait être moralement supérieur ou inférieur à un autre; mais il est d'autant plus chrétien qu'il se meut plus rapidement sur la voie de la perfection, quel que soit le degré sur lequel il se trouve, à un moment donné: en sorte que la vertu stationnaire du pharisien est moins chrétienne que celle du larron, dont l'âme est en plein mouvement vers l'idéal, et qui se repent sur sa croix.» (_Plaisirs cruels_, trad. Halpérine-Kaminsky.)

[329] Mme Tatiana Soukhotine, fille aînée de Tolstoy, m'a fait observer que la véritable orthographe du nom de Tolstoy en français était avec un _y_. Telle est en effet la signature de Tolstoy, dans la lettre que j'ai reçue de lui.

[330] Une autre édition, plus complète, a paru en 1925 chez l'éditeur Bossard (traduction de Georges d'Ostoya et Gustave Masson).

[331] «Dont je fus témoin, pour une partie», écrit Tolstoy.

[332] Voir p. 71 et 72.

[333] Acte V, tableau 1.

[334] Acte III, tableau 2.

[335] Cette santé d'esprit se manifeste dans les récits qui ont été faits par Tchertkov et par les médecins de la dernière maladie de Tolstoy. Presque jusqu'à la fin, il a continué, chaque jour, d'écrire ou de dicter son _Journal_.

[336] _Tolstoi und der Orient. Briefe und sonstige Zeugnisse über Tolstois Beziehungen zu den Vertretern orientalischer Religionen_, von Paul Birukov, Rotapfel Verlag, Zürich u. Leipzig, 1925.

[337] Birukov a dressé, à la fin de son volume, une liste des principaux ouvrages sur l'Orient auxquels Tolstoy a eu recours.

[338] Il semble que certains Chinois aient reconnu aussi ces affinités. Un voyageur russe en Chine écrit en 1922 que l'anarchisme chinois est imbu de Tolstoy et que leur précurseur commun est Laotse.

[339] La librairie Stock vient de publier la traduction française de son livre: _L'Esprit du peuple chinois_, avec préface de Guglielmo Ferrero, 1927.

[340] Tolstoy critique vigoureusement, dans sa lettre à Ku-Hung-Ming, l'enseignement traditionnel en Chine de l'obéissance au souverain: il y voit un dogme aussi peu fondé que le droit divin de la force.

[341] Cet article avait paru dans le _Times_, en juin 1904; et Tamura le lut, en décembre, à Tokio.

[342] _Izo-Abe_, directeur du journal «_Heimin Shimbun_» («Le simple Peuple»). Avant que la réponse de Tolstoy leur parvînt, les courageux protestataires étaient emprisonnés et leur journal suspendu.

[343] J'ai cité plus haut, page 164, un passage de cette réponse. A ce jugement sur le socialisme, Tolstoy ajoute: «_Le vrai bien de l'homme est son salut spirituel et moral; le bien matériel y est inclus. Et ce haut but ne peut être atteint que par la complète réalisation religieuse et morale des individus, dont la somme dans les peuples représente l'humanité._» D'autre part, en 1909, Tolstoy répondra aux questions économiques d'une Société japonaise «_pour la libération du pays_», en lui recommandant les théories agraires d'Henry George.

[344] «_Tu n'es pas seul, maître. Réjouis-toi!_» lui écrira Tokutomi, le 3 octobre 1906. «_Tu as ici beaucoup d'enfants, en esprit...._»

[345] La revue: _Tolstoi Kenki_ (étude de Tolstoy).

[346] Tokutomi rappelle que Tolstoy lui demanda, en 1906:--«_Savez-vous quel est mon âge?»--«Soixante-dix-huit ans,» répondis-je.--«Non, vingt-huit.» Je réfléchis et je dis:--«Ah! oui, en comptant votre naissance du jour où vous êtes devenu le nouvel homme.» Il fit signe que oui._»

[347] Asfendiar Woissow, de Constantinople.

[348] Lettre de Mohammed Sadig, 22 juillet 1903.

[349] Lettre d'Elkibajew, 10 juin 1908.

[350] A Mohammed Sadig, 20 août 1903.

[351] Tolstoy était enthousiaste de la prière de Mahomet pour la pauvreté: «_Seigneur, conserve ma vie en pauvreté et fais qu'en pauvreté je meure!_»

[352] A Woissow, 11 novembre 1902.