Vercingétorix

Part 28

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3º L’objection suivante est beaucoup plus sérieuse. D’après César, Vercingétorix reste avec son infanterie _pro castris_ (VII, 66, 6; 68, 1), _ad flumen_ (67, 5), par conséquent sur les bords de l’Ouche ou sur les hauteurs de la rive droite (cf. p. 249 et 253). De ces points, ni lui ni ses soldats ne purent rien voir de la bataille, sauf l’arrivée des Germains sur la hauteur et la poursuite des Gaulois: or Vercingétorix (cf. p. 250) avait annoncé qu’il ferait avancer ses fantassins au-devant de son camp pour que leur vue effrayât l’ennemi, _terrori hostibus futurum_, et encourageât ses propres cavaliers (66, 6). De l’endroit où il les laissa, ils ne pouvaient servir ni à l’une ni à l’autre chose. Et, d’autre part, la place d’un général en chef n’est point hors de la vue de la mêlée.

Le large mamelon qui protège Dijon à l’Est, depuis la ligne des faubourgs jusqu’aux villages de Saint-Apollinaire et de Mirande, puis, au delà, cette vaste plaine découverte qui s’étend vers Quétigny et Varois jusqu’au bas-fond de la Norges, forment un emplacement naturel pour un très grand combat de cavalerie.

Rien n’était plus important, au cours de ce combat, que la possession de la ligne des plus hauts sommets, marquée aujourd’hui par le sentier de Saint-Apollinaire (268 mètres) au tilleul de la triangulation (269 mètres): ce sont là, je crois, les deux points culminants.--Cette hauteur a été comme un rideau qui a masqué[108] à Jules César[109] la présence et les opérations de l’armée gauloise[110]. Si peu élevée qu’elle soit au-dessus de la plaine (Varois, à une lieue de là, est encore à 225 mètres de hauteur), elle est de telle nature que, du versant oriental, on ne peut rien apercevoir de la vallée de l’Ouche et des régions voisines de Dijon.--Lorsque Vercingétorix l’eut occupée, il assura par là ses relations entre ses camps et la plaine de Varois, où il fit attaquer les légions, et il domina jusque dans les moindres détails[111] tout le champ de bataille.--En revanche, lorsque les cavaliers germains, gravissant sans peine les pentes que suit aujourd’hui la route nationale (du carrefour du chemin de Quétigny jusqu’à Saint-Apollinaire), eurent délogé l’ennemi du dos d’âne qu’ils occupaient jusqu’au chemin de Mirande, _summum jugum nacti_[112], lorsqu’ils eurent poursuivi les vaincus jusque dans la plaine de Dijon, et jusqu’aux bords de l’Ouche, _fugientes usque ad flumen_[113], il ne restait plus à tout le reste de la cavalerie gauloise qu’à prendre la fuite. Car, en s’inclinant vers le Sud-Est, soit par la route du Parc dans la plaine, soit par les chemins de Mirande et de Quétigny sur la hauteur, les Germains auraient pu promptement couper la retraite vers l’Ouche et les camps gaulois. Aussi, dès que les Gaulois, occupés contre les Romains dans la plaine de Varois, virent les Germains maîtres du sommet de Saint-Apollinaire, _qua re animadversa_, craignant d’être enveloppés, ils se débandèrent sans retard[114]. Et ce fut sans doute au moment où ils descendirent par les pentes rapides qui mènent de Mirande vers le faubourg Saint-Pierre et vers le Parc qu’ils furent rejoints par les cavaliers germains: c’est là, peut-être, qu’eurent lieu les principales captures de chefs[115].

[108] Il semble bien, en effet, que César ait été surpris; VII, 67, 1 et 2: _(Galli) se ostendunt... Qua re nuntiata_. Cf. p. 253.

[109] La route suivie par César est sans doute marquée par la ligne Pichanges, Flacey, Saint-Julien, Orgeux, Varois. Son camp (à 10 milles des camps gaulois de la rive droite de l’Ouche, VII, 66, 3) doit être cherché entre la 3e et la 4e de ces localités. C’est à tort, je crois, que Gouget (p. 230) le place à Arc-sur-Tille.

[110] Les trois camps de Vercingétorix (VII, 66, 3 et 5; 68, 1) peuvent être cherchés, sur la rive droite, sur les hauteurs entre le fort de Beauregard et le faubourg de l’Ouche.

[111] En admettant, ce que je ne puis m’empêcher de supposer, que Vercingétorix ait cherché à se rendre compte lui-même de la bataille.

[112] VII, 67, 5. Cf. p. 255.

[113] VII, 67, 5.

[114] VII, 67, 6. Cf. p. 253.

[115] VII, 67, 7.

On peut conjecturer également la manière dont la poursuite fut conduite par César. Il plaça ses bagages en sûreté sur la colline la plus voisine du champ de bataille[116]: comme ce n’est pas celle de Saint-Apollinaire, où a eu lieu le combat, je suppose que c’est celle de Talant, de l’autre côté de Dijon. Puis, il reprit sa route. Le soir de la bataille, il put tuer encore 3000 hommes à l’arrière-garde des Gaulois[117]. Puisqu’ils fuyaient vers Alise-Sainte-Reine, César a dû les talonner dans la vallée de l’Ouche ou sur les larges plateaux qui la bordent à l’ouest de Dijon. Mais Vercingétorix s’engagea ensuite dans une des régions les plus tourmentées de la Côte d’Or: c’est d’abord la chaîne principale des montagnes, entre Fleurey et Blaisy; c’est ensuite, sur l’autre versant, la vallée de l’Oze, étroite, dominée par des croupes boisées, pleine d’impasses et de cachettes, coupée d’éperons et de ravins. La poursuite, la nuit surtout, ne pouvait plus se faire qu’avec les plus grandes précautions. Elle prit fin à la tombée du jour[118].

[116] _In proximum collem deductis_; VII, 68, 2. Je me sépare sur ce point de Gouget qui voit dans cette colline (p. 235) «les terrains en pente douce par où l’on descend vers Dijon». César n’aurait pas campé au milieu même du champ de bataille.

[117] VII, 68, 2. Cf. p. 257.

[118] VII, 68, 2.

NOTE V[119]

Les contingents de l’armée de secours.

Voici de quelle manière je rétablis, d’après les manuscrits de César, le chiffre des effectifs fixés par l’assemblée des chefs (César, _de Bello Gallico_, VII, 75, § 2 et suiv.: _Imperant_, etc.). Ce chiffre a dû être légèrement supérieur à celui des contingents réellement amenés (_coactis_, etc., VII, 76, 3): ce qui explique la différence entre le total des hommes demandés (275000) et la force de l’armée de secours (258000). César n’a eu en mains que la liste des contingents votés par le conseil.--L’astérisque, dans la liste qui suit, indique les peuples dont la présence ou le nom peuvent être discutés à la place que nous leur donnons, ou les chiffres qui ne sont pas absolument certains.--Les différents systèmes proposés pour ce classement ont été en dernier lieu reproduits et discutés par M. Beloch, dans son étude sur «la Population de la Gaule au temps de César», parue dans le _Rheinisches Museum_ de 1899, p. 414 et suiv.

[119] Cf. page 279 et page 284.

1-5: Arvernes, y compris leurs clients: *_Eleuteti_ [Rutènes libres], Cadurques, Cabales, Vellaves: 35000.--6-10: Éduens, y compris leurs clients: Ségusiaves, *_Ambluareti_ [Ambarres], Aulerques Brannoviques, *_Blannovii_ [Boïens?]: 35000.--11-15: Séquanes, Sénons, Bituriges, Santons, Carnutes, chaque peuple 12000.--16 et 17: Bellovaques, Lémoviques: 10000 chaque.--18-21: Pictons, Turons, Parisiens, Helvètes: 8000 chaque.--22-27: *Andes, Ambiens, Médiomatriques, Pétrucores, Nerviens, Morins: *6000 chaque.--28: Nitiobroges, à *5000.--29: Aulerques Cénomans, à 5000.--30: Atrébates, à *4000.--31-32: Véliocasses, *Lexoviens, chacun à *3000.--33: de même les Aulerques *Eburoviques.--34 et 35: les Boïens (du Rhin?) et les Rauraques: à *2000 chaque.--36-43: les cités de l’Armorique, nommément Coriosolites, Rédons, *Ambibares [_Ambiliati_?], Calètes, Osismiens, Vénètes, *Lémoviques, Unelles, taxées en tout à 30000.--Nous avons essayé plus haut, p. 284, un groupement géographique de ces peuples et de ces effectifs.

Des nations de la Gaule citées ailleurs par César, il manque: les Rèmes et les Lingons, demeurés fidèles aux Romains (VII, 63); les Leuques (Toul), qui étaient leurs voisins, eux aussi, peut-être, les alliés de César (cf. I, 40); les Suessions, en ce moment soumis aux Rèmes (VIII, 6); les Meldes (Meaux), peut-être dans le même cas (cf. V, 5); les Trévires, occupés par la guerre de Germanie (VII, 63); les Ménapes, les Éburons et les petites tribus du Nord-Est, retenus sans doute par le même motif; les Mandubiens d’Alésia; les Namnètes (III, 9), les Diablintes de Jublains (III, 9), les Ésuviens de Séez (II, 34; III, 7; V, 24), omis par inadvertance ou, plutôt, rattachés, dans la pensée de César, les premiers à l’Armorique, les deux autres à l’Armorique ou aux Aulerques.

NOTE VI[120]

Alise-Sainte-Reine.

Avant de livrer ce volume à l’impression, j’ai voulu revoir longuement tous les détails des champs de bataille d’Alise-Sainte-Reine. J’avais quelques hésitations encore au sujet des positions que j’ai assignées aux combattants: elles se sont, sur place, assez rapidement dissipées.

[120] Cf. p. 258 et suiv., et les deux cartes, p. 265 et hors texte.

Bien d’autres ont constaté avant moi avec quelle précision la description générale d’Alésia, dans les Commentaires[121], s’accorde avec l’état des lieux et l’aspect du paysage. Mais, même dans les détails topographiques, l’expression de César est nette et significative[122].

[121] VII, 69, § 1-4.

[122] D’Anville avait fait cette remarque dès 1741 (_Éclaircissemens_, p. 480).

On a souvent dit que les champs de bataille se transforment rapidement, et qu’après vingt ans écoulés, les principaux acteurs d’un combat avaient peine à reconnaître les lieux où ils avaient joué une partie décisive de leur vie. Peut-être est-ce parce qu’aux heures de lutte ils avaient mal vu les choses, et que les craintes du moment avaient dénaturé leurs impressions. Mais Jules César se troublait rarement. Il avait, entre autres qualités, un coup d’œil d’une exactitude pénétrante; il saisissait sur-le-champ les positions maîtresses, et en notait sans erreur les valeurs réelles ou relatives. De plus, il a su trouver, en écrivant ses Commentaires, le style adéquat à cette qualité. Aussi s’est-il borné, dans ses descriptions de villes, de sièges et de champs de bataille, aux traits essentiels, et s’est-il servi, presque toujours, des mots nécessaires et des termes qui portent.

Je dis presque toujours, et non pas toujours. Le seul reproche que j’adresserai à César, c’est d’avoir, dans ses exposés topographiques, exagéré légèrement les lignes principales des pays dont il parle. Il appelle Alésia «un lieu fort élevé», _admodum editus locus_[123], le Mont Auxois une colline fort haute, _summus collis_[124]: les superlatifs sont peut-être de trop. Il se sert de l’expression d’ «escarpé», _loca prærupta_[125], quand il s’agit seulement d’une montée un peu rude. C’est faire beaucoup d’honneur à l’Oze et à l’Ozerain que de les appeler _flumina_[126], surtout en dehors des saisons de pluies. Mais il ne faut pas oublier que César ne parle pas en géographe, soucieux de la nuance et du vocable technique. Il écrit comme il a vu au moment de la mêlée, en combattant qui ne regarde dans un détail du terrain que l’avantage ou l’obstacle immédiats. Il appellera indifféremment _mons_ ou _collis_ toute hauteur dominante[127], et il lui suffira d’une pente difficile à des soldats en armes pour qu’il parle d’escarpements. Mais si le trait essentiel est forcé, il n’est jamais faussé.

[123] VII, 69, 1.

[124] _Ibidem_.

[125] VII, 86, 4. Cf. ici, p. 392.

[126] VII, 69, 2; VII, 72, 3.

[127] Remarque déjà faite par von Gœler, _Gallischer Krieg_, 2e éd., 1880, p. 320. Cf. ici, p. 373, n. 1[89].

Comme la région d’Alise-Sainte-Reine n’a pas, depuis vingt siècles, subi de ces bouleversements qui transforment à jamais un pays, nous avons donc le droit de chercher à reconstituer, en face du terrain, les péripéties du siège et des batailles.

I.--Il faut d’abord se rendre compte de l’ensemble du pays, tel que César le décrit avant d’aborder le récit des opérations du siège. Le mieux, pour cela, est de monter sur le plateau d’Alésia, et d’en faire le tour, qui correspond sans doute au circuit de l’enceinte de la ville gauloise. De là, regardez tour à tour au pied de la colline, dans les deux vallées qui la bordent, dans la plaine qui la précède[128], vers les hauteurs qui lui font face de l’autre côté des deux ruisseaux[129], et le texte de César vous paraîtra d’une clarté lumineuse: _Ipsum erat oppidum Alesia in colle summo, admodum edito loco..... cujus collis radices duo duabus ex partibus flumina subluebant. Ante id oppidum planicies circiter millia passuum III in longitudinem patebat. Reliquis ex omnibus partibus colles, mediocri interjecto spatio, pari altitudinis fastigio, oppidum cingebant_[130].--À cette description de César il ne manque qu’un seul détail: il ne parle pas ici de la montagne de Mussy-la-Fosse, qu’on aperçoit au couchant d’Alésia, fermant l’horizon de la plaine des Laumes par sa terrasse bifurquée. Il le fait à dessein. Car cette montagne ne jouera aucun rôle dans les opérations du siège proprement dit[131].--En revanche, il en fera mention lorsqu’arrivera l’armée de secours. Car c’est sur les sommets de Mussy qu’elle apparaîtra, et les gens d’Alésia purent voir confusément les troupes de leurs alliés recouvrir peu à peu les hauteurs de la montagne lointaine et déborder par les pentes jusque dans la plaine[132]. C’est sur les plateaux de cette même montagne, et sans doute aussi sur ses versants extérieurs et invisibles, du côté du Couchant, que cette armée formidable établira ses camps[133]. C’est enfin sur les rebords et les flancs qui font face à Alise que se tiendront, en avant de ces camps, les fantassins gaulois durant les principales batailles[134].

[128] C’est en regardant _in campum_ que Vercingétorix aperçut la cavalerie gauloise de secours, s’approchant des lignes extérieures de César, VII, 79, 3; cf. p. 283; peut-être aussi VII, 84.

[129] Notamment vers le Mont Réa ou la montagne de Ménétreux, où Vercingétorix put voir Vercassivellaun attaquer le camp romain (VII, 84, 1; cf. p. 292).

[130] VII, 69, § 1-4.

[131] Cf. ici, p. 378, n. 1[104]. Même silence sur la Brenne.

[132] _Colle exteriore occupato_; VII, 79, 1. Cf. p. 283 et 285.

[133] Ces _castra_ sont mentionnés VII, 79, 2; 80, 2 (cf. 4); 81, 1; 83, 7 et 8; 88, 4 et 5. Cf. p. 285.--Von Gœler (1re éd., p. 76; 2e, p. 316) place le camp gaulois sur la montagne de Pouillenay, parce que, dit-il, celle de Mussy-la-Fosse forme deux collines, et que César (VII, 79, 1) ne parle que d’une seule. Mais en réalité ces deux collines ne sont que deux branches d’un même massif, comme on peut s’en convaincre par la carte et sur les lieux.

[134] _Pedestres copias paulum ab eo loco_ [la plaine des Laumes] _abditas_ [placées à l’écart] _in locis superioribus constituunt_; VII, 79, 2; cf. p. 286. _Reliquæ copiæ pro castris sese ostendere cœperunt_; VII, 83, 8. cf. p. 286.

II.--Pour avoir une idée nette de la manière dont le siège fut conduit et dont la ville et sa montagne furent défendues et investies, il faut suivre lentement la route de mi-coteau qui, par le flanc méridional d’Alésia, mène de la bifurcation des chemins de fer jusqu’à la rencontre du chemin de Darcey à Flavigny, en passant par les Trois-Ormeaux et par le hameau des Celliers: cette route est peut-être un des chemins qu’ont suivis les cavaliers gaulois de la ville pour rejoindre leur camp d’Alésia, lorsqu’ils furent poursuivis par les Germains après leur première défaite[135].--À partir des Celliers, nous allons en effet retrouver l’emplacement de ce camp: c’est là, à droite d’abord, puis des deux côtés de la route, que nous voyons les terrasses en contre-bas du plateau, assez légèrement inclinées, où Vercingétorix a établi et fortifié son camp.--Lorsque, marchant plus loin, nous arrivons aux Chemins-Croisés[136] (c’est-à-dire au point culminant du col qui rattache le mont d’Alésia au Mont Pévenel qui lui fait face), nous comprenons mieux encore comment et pourquoi le chef gaulois a voulu l’établissement de ce camp retranché en avant et au levant de la ville: par ce col, Alésia s’unit sans peine aux collines voisines, c’est-à-dire au Mont Pévenel et à ses dépendances; sur ce point, César aurait pu, sans trop de peine, bâtir une terrasse d’approche presque au niveau de la ville; il eût même pu, sans un danger excessif, tenter l’assaut des remparts par l’escalade des roches. C’était, évidemment, le secteur le plus faible des lignes de défense[137]. Aussi Vercingétorix ferma le col et isola les terrasses qui le précédaient au Couchant par une muraille continue: entre celle-ci et les remparts de la ville, campèrent d’abord les Gaulois assiégés. _Sub muro, quæ pars collis ad orientem solem spectabat, hunc omnem locum copiæ Gallorum compleverant, fossamque et maceriam præduxerant_[138]. Il n’évacua ce camp que lorsqu’il eut la certitude que César renonçait à l’assaut (expugnatio) ou à la terrasse d’attaque (_oppugnatio_) pour recourir au blocus (_obsidio_).

[135] VII, 70, 3. Cf. p. 266.

[136] On a une assez bonne vue de ce côté d’Alésia et des Chemins-Croisés chez Napoléon III, atlas de l’_Histoire de Jules César_, planche 26, no 3.

[137] D’Anville, dans un mémoire dont les modernes n’ont fait que confirmer les conclusions (_Éclaircissemens_, 1741, p. 457), avait déjà très bien vu que «c’étoit le côté faible de la ville».--Ce point correspondait exactement, comme importance, au col des Goules sur la montagne de Gergovie: et on a vu que Vercingétorix fit aussi fortifier ce col, il est vrai seulement à la fin du siège (cf. ici, p. 210 et 370).

[138] VII, 69, 5. Cf. p. 260.

Ce blocus, on peut en constater la nature et l’importance de ce même col et carrefour des Chemins-Croisés. Qu’on regarde d’ici, à l’extérieur du mont d’Alésia, et on apercevra, mieux que de n’importe où, la presque totalité du cadre de montagnes qui enferme la colline gauloise: le mont de Flavigny[139], avec ses trois bastions du Nord, l’étroit promontoire boisé du Mont Pévenel, les roches grises et escarpées du plateau d’entre Bussy et Darcey. Et, quand on se figure tous ces sommets formant un colossal support aux camps, aux redoutes, aux palissades et aux tours romaines, on demeure frappé à la fois de l’énormité du travail ordonné par César, et de la sobriété précise avec laquelle il l’a raconté dans ses Commentaires: _Regiones secutus quam potuit æquissimas pro loci natura, XIV millia passuum complexus_[140].

[139] C’est le Mont Druaux de la carte de d’Anville.

[140] VII, 74, 1. _Castra opportunis locis erant posita_; VII, 69, 7. _Castris, quæ summum undique jugum tenebant_; VII, 80, 2. _Ex superioribus castris_; VII, 82, 2. Cf. p. 263 et 273.

C’est enfin de ce point du col qu’on peut noter l’éloignement relatif du Mont Réa, que César, à cause de cela, ne put ou ne voulut comprendre dans ses lignes de blocus: _Collis, quem propter magnitudinem circuitus opere circumplecti non potuerant nostri_[141]. Le Mont Réa, en effet, est plus écarté d’Alésia que les montagnes de Flavigny et de Bussy; une véritable plaine l’en sépare, formée par les méandres de l’Oze. C’est une hauteur aux trois quarts isolée, distincte du système de collines que César a fortifiées. S’il l’avait ajoutée à ses lignes de circonvallation, il les eût, en quelque sorte, boursouflées, leur eût fait perdre leur unité et leur cohésion. Il préféra les faire passer, de ce côté, à mi-hauteur de la montagne[142].

[141] VII, 83, 2. Cf. p. 264.

[142] Sur ce point cependant, à dire vrai, il me reste encore quelque doute. Je ne crois pas qu’il eût été absolument impossible de comprendre le Mont Réa dans l’enceinte romaine, en la faisant aller, par-dessus le col, de Grésigny à Ménétreux.--Il est certain toutefois que, dans ce cas, les lignes de César eussent présenté, au Nord-Ouest, une sorte de bouffissure: ce qui est très visible dans l’ancienne carte de von Gœler (éd. de 1859, pl. III), qui avait tout d’abord inséré le mont de Ménétreux dans l’enceinte de César.

On achèvera d’étudier les lignes d’investissement et la situation particulière du Mont Réa en revenant à la plaine des Laumes par la vallée de l’Oze et la grande route qui côtoie la voie ferrée.

III.--C’est dans la plaine des Laumes qu’eurent lieu le premier combat de cavalerie (livré par les assiégés)[143], le second combat de cavalerie (livré par les troupes de secours le premier jour de leur attaque)[144], et les trois tentatives faites contre les lignes romaines de la plaine (le second jour d’attaque, par les troupes de secours[145]; et les trois jours, par les assiégés[146]).--Du second combat de cavalerie, César nous dit qu’il se livra en vue du reste des armées, massées sur les hauteurs: _Erat ex omnibus castris, quae summum undique jugum tenebant, despectus_[147]. Et en effet, la plaine des Laumes ressemblait alors à une arène, fermée ou dominée de toutes parts par les montagnes où campaient les Gaulois et les Romains, ceux-là sur celles d’Alésia et de Mussy, ceux-ci au Mont Réa et sur les hauteurs de Flavigny.--Aussi quand, dans l’attaque des lignes de la plaine, les fantassins gaulois de l’armée de secours, aux premières lueurs du jour, se virent battus, ils craignirent tout de suite d’être enveloppés, sur leurs flancs découverts, par les légions descendues des camps d’en haut, de celui qui était à mi-hauteur du Mont Réa, et de celui qui occupait le plateau Nord-Ouest du mont de Flavigny[148].

[143] _Equestre prœlium in ea planicie, quam intermissam collibustria millia passuum in longitudinem patere supra demonstravimus_; VII, 70, 1; cf. 69, 3. Voir p. 266.

[144] _Omnem eam planiciem complent_; VII, 79, 2; cf. p. 286.

[145] _Ad campestres munitiones accedunt_; VII, 81, 1; cf. p. 288.

[146] VII, 79, 4; 82, 3; 84, 1. _Desperatis campestribus locis_; VII, 86, 4; cf. p. 287, 290, 292, 294. C’est également de ces lignes que s’approche, le dernier jour, la cavalerie du dehors; cf. p. 291 et 293; VII, 83, 8: _Equitatus ad campestres munitiones accedere_.

[147] VII, 80, 2. Ce qui est complété plus loin par: _Ex omnibus partibus, et ii qui munitionibus continebantur_ [les Gaulois d’Alésia], _et hi qui ad auxilium convenerant_; VII, 80, 4. Cf. également VII, 79, 3: _Erat ex oppido Alesia despectus in campum_.

[148] _Veriti ne ab latere aperlo ex superioribus castris eruptione circumvenirentur_; VII, 82, 2. Cf. p. 290.

IV.--Le troisième et dernier jour de l’attaque générale, Vercassivellaun et les Gaulois du dehors assaillirent le camp du Mont Réa ou de la montagne de Ménétreux.--Pour retrouver ce champ de bataille, gravissez les pentes du Réa par le sentier qui traverse l’Oze sur une passerelle en bois, et qui n’est sans doute qu’une ancienne voie romaine. C’est à mi-hauteur, dans une sorte de terrasse que domine le sommet boisé, que devait être le camp romain, et ici encore toutes les expressions des Commentaires portent: le camp est bien _pæne iniquo loco et leniter declivi_[149]. C’est derrière la montagne que Vercassivellaun a caché les siens[150]. C’est par le sommet qu’il a attaqué[151]. C’est de là qu’il a vu, sur les pentes du mont de Flavigny, César s’avançant vers lui[152]. C’est sur cette terrasse enfin qu’il a subi la charge irrésistible de Labiénus[153].

[149] VII, 83, 2. Cf. p. 264 et 291.

[150] _Post montem se occultavit_; VII, 83, 7. Cf. p. 291.

[151] _Ad superiores munitiones... Iniquum loci ad declivitatem fustigium magnum habet momentum_; VII, 85, 4. Cf. p. 293.

[152] _De locis superioribus hæc declivia et devexa cernebantur_; VII, 88, 1. Cf. p. 297. Nous avons maintenu la leçon des mss. _hostes_.

[153] VII, 88, 1. Cf. p. 297.