Part 26
Sur le style de ces pièces, voici ce que veut bien m’écrire M. de La Tour[26]: «Les monnaies de Vercingétorix sont en bon or jaune. La frappe a été hâtive, grossière; les flans sont irréguliers; les tranches, éclatées. Le style est mauvais, si on le compare à l’art romain de la même époque; il est très bon si on le compare à celui des œuvres barbares. L’exécution, malgré sa rudesse et son âpreté, n’est pas sans caractère et sans une certaine ampleur. Cette monnaie forme, avec les autres monnaies frappées à la même époque par les Arvernes, un groupe fort homogène comme style, métal et frappe. Le cheval, d’une belle allure et très caractéristique, se retrouve sur les monnaies d’argent du même peuple arverne; mais celles-ci sont exécutées avec moins de soin encore que les monnaies d’or, les flans sont très grossiers et ne portent chacun l’empreinte que d’une portion de coin[27].»
[26] 15 janvier 1901.
[27] M. Babelon (_Monnaies de la République romaine_, 1885-1886) a cru retrouver le portrait de Vercingétorix captif dans les monnaies suivantes: 1º un denier de la _gens Hostilia_ (46 av. J.-C., année du triomphe de César, t. I, p. 552), représentant au droit une tête (type de _Pavor_ ou _Pallor_) barbue et aux cheveux hérissés, qui serait celle de Vercingétorix, au revers un char gaulois (c’est cette figuration d’un char qui me ferait douter que la tête soit celle du chef gaulois); 2º un denier de César (II, p. 11), représentant au revers un trophée de boucliers et de trompettes gauloises, au pied duquel sont assis une femme en pleurs (la Gaule?) et un captif, barbu, les mains liées (Vercingétorix?); 3º un autre denier de César (II, p. 12), présentant au revers une scène semblable; 4º un denier de César (II, p. 17), au revers duquel on voit, au pied d’un trophée analogue, un captif agenouillé; 5º un denier semblable au précédent (II, p. 17), où le captif est très remarquable par sa grandeur, sa longue barbe, ses cheveux hérissés, sa tête assez semblable à celle du denier de la _gens Hostilia_ (notre no 1); M. Babelon n’hésite pas à écrire: «C’est le portrait de Vercingétorix». Nous le reproduisons ici, p. 355, d’après l’exemplaire du Cabinet des Médailles.--Si, sur ces pièces, ce captif barbu est bien le chef gaulois, il faut avouer qu’il ne ressemble guère au personnage des statères d’or décrits plus haut. À moins que, pour tout concilier, on n’oppose là Vercingétorix vaincu et prisonnier, et ici, Vercingétorix roi et triomphant.
NOTE II[28]
Bourges.
Bourges a été, sinon de toutes les villes de la Gaule, du moins de toutes celles qu’a connues César, le type le plus achevé de l’_oppidum_ palustre, comme Paris, de l’_oppidum_ fluvial.
[28] Voir p. 169 et suiv., et le plan de la p. 171.
En dépit des remblais que vingt siècles ont jetés sur ses abords, malgré la construction des faubourgs du Nord, il est aisé, aujourd’hui encore, de se rendre rapidement compte de l’origine et du caractère topographiques de la cité d’Avaricum. Elle est demeurée ce qu’elle était au temps de César, «une presqu’île de marécage», _prope ex omnibus partibus flumine et palude circumdata_[29].
[29] VII, 15, 5. Cf. p. 170.
On arrive d’ordinaire à Bourges par la ligne de Vierzon, en remontant l’Yèvre (la rivière, _flumen_, dont parle César[30]). Il n’est point rare que toute la plaine, large d’un kilomètre, qui s’étend entre la voie ferrée, le lit de l’Yèvre et le canal, soit entièrement recouverte d’eau: c’était le cas lorsque j’ai visité Bourges, au mois de mars, précisément le mois où fut assiégé Avaricum.--Aux approches de Bourges, le marécage qu’est cette plaine a été rétréci peu à peu par les progrès de la ville depuis le XIIe siècle: il n’en est pas moins fort visible. Il suffit de regarder du haut des trois levées qui portent l’avenue de la Gare (celle-ci moderne) et les deux routes d’Orléans et de Paris (et ces deux dernières sont sans doute les héritières de _longi pontes_ antiques[31]).--Au delà vers l’Est et en amont sur l’Yèvre, les marécages s’élargissent de nouveau. Ils bloquent ainsi tout le nord de Bourges, stagnant le long de la rivière sur une étendue de plusieurs kilomètres. De là, impossibilité pour César d’investir la ville, _circumvallare loci natura prohibebat_[32].
[30] VII, 15, 5; 17, 1.
[31] Cf. Mater, _Congrès archéologique de Bourges_ de 1898, 1900, p. 170. Il paraît probable qu’il n’y avait dans l’antiquité qu’une seule voie de ce côté des marais, et que les deux routes du Nord, celle de Sancerre et celle d’Orléans, ne se séparaient qu’après le passage de l’Yèvre au pied de la butte de l’Archelet.
[32] VII, 17, 1. Cf. p. 170.
C’est au nord des marécages que campa Vercingétorix, dans la direction de la vieille et célèbre route romaine de Bourges à Sancerre (chemin de Jacques Cœur[33]). Comme César campa au Sud, le roi des Arvernes fut séparé de lui par une longue et large bande de palus, et il put demeurer en relation constante, à travers elle, avec les Gaulois assiégés[34]. Ces mêmes marécages, en cas d’évacuation de la ville, permettaient aux gens d’Avaricum de gagner à temps le camp gaulois, en retardant leur poursuite immédiate: _Palus, quæ perpetua intercedebat, Romanos ad insequendum tardabat_[35].
[33] Cf. Vallois, _Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre_, 1893, p. 60.
[34] VII, 21, 2; 26, 2; 28, 5. Les portes (en admettant que César ne dise pas _portæ_ pour _porta_, VII, 28, 3) par lesquelles s’enfuient les assiégés sont celles qui conduisaient aux routes de Sancerre et d’Orléans (_ultimas oppidi partes_, VII, 28, 2). Cf. n. 1[31].
[35] VII, 26, 2. César, prévenu à temps, put envoyer des cavaliers garder les portes du Nord (cf. la note précédente). Il est possible que ces cavaliers se soient bornés à longer les remparts en deçà de l’Yévrette et de l’Auron, et qu’ils n’aient pas traversé les marais pour couper la route à l’Archelet. Cf. p. 182 et 183.
À l’Ouest et au Sud-Ouest, une autre ligne de marécages se détachait de la première, obliquement, pour suivre la vallée de l’Auron. On reconnaîtra la place qu’ils occupaient, en regardant les quartiers bas du haut et à l’ouest de la place Séraucourt.
Entre ces deux lignes, s’avance et s’avançait du Sud-Est, comme un promontoire, la colline sur laquelle était bâti Avaricum. Elle ne tenait donc à la terre ferme que par l’isthme marqué aujourd’hui par la place Séraucourt et par la route de Moulins ou rue de Dun-sur-Auron: _Eam partem oppidi quæ, intermissa a flumine et a paludibus, aditum angustum habebat_, dit César d’une part[36], et, de l’autre: _Unum habeat et perangustum aditum_[37]. «Très étroit» est peut-être exagéré; «étroit» suffisait, car l’isthme ou le col devait avoir, à la base[38], environ 500 mètres, à peu près la largeur de la colline et de la ville.
[36] VII, 17, 1. _Paludibus_ est la leçon des mss. α; _palude_, celle des mss. β, comme c’est celle de tous les mss. pour le passage VII, 15, 5: il y a bien deux lignes de marécages, mais qui se réunissent près de l’Abattoir.
[37] VII, 15, 5. Cf. le mot du vieil historien du Berry, Chaumeau, 1566, p. 224, disant de Bourges: «Elle n’est que d’un costé accessible, qui est du costé regardant Dun... Encores est ce costé très fort tant pour l’assiette du lieu (qui est descouvert de toutes partz), profondité des fossez, rempartz de terre.» Cf. ici p. 170.
[38] L’_Histoire de Jules César_, t. II, p. 255, ne donne que 100 mètres de largeur à «l’arête de terrain formant avenue» au temps de César.
⁂
Dans Bourges même, et peu de villes françaises offrent à un degré égal cet avantage historique, il est possible de reconnaître assez vite et de suivre exactement le pourtour de l’enceinte romaine du IVe siècle, lequel était sans doute, à peu de chose près, le même que celui de l’enceinte gauloise assiégée par Jules César: car l’isolement de la ville au milieu de ses marécages ne put permettre deux tracés trop différents[39].
[39] C’est également l’opinion de Saint-Hypolite dans un très judicieux travail sur les _Diverses enceintes de Bourges_ (_Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest_, 1841, p. 103 et suiv.). D’après ses mesures, l’enceinte romaine avait 2100 mètres, la ville, 33 hectares. Il faut reconnaître, toutefois, que la superficie d’Avaricum eût été, dans ce cas, bien inférieure à celle de Gergovie, Alésia, Uxellodunum, Bibracte. L’_Histoire de Jules César_ élargit son enceinte sur les longs côtés, à l’Est et à l’Ouest.
La ligne des remparts est marquée, du côté des marais, par les rues de Bourbonnoux, Mirebeau, des Arènes et Fernault; du côté de la terre ferme, par l’esplanade Marceau (Saint-Michel): sur ce dernier point, l’_oppidum_ gaulois commençait exactement là où commence aujourd’hui la ville proprement dite, à l’entrée de la rue Moyenne et de l’avenue Séraucourt. Le pan de mur gallo-romain, en briques et petit appareil, que l’on voit de ce côté, encastré dans la muraille de la terrasse de la Caserne, est l’héritier de la courtine de pierres et de bois décrite dans les Commentaires[40]. Et, à quelques mètres près, les entrées de ces deux rues correspondent, je crois, à deux portes de l’enceinte gauloise[41].
[40] VII, 23.
[41] Il y avait, en effet, de ce côté des remparts gaulois, deux portes, dont l’éloignement devait être égal, à peu près, à la largeur, soit 330 pieds, de la terrasse élevée par César: _Duabus portis ab utroque latere turrium eruptio fiebat_; VII, 24, 3.--Sur cette portion des remparts romains, on ne connaît qu’une seule porte, la porte de Lyon, correspondant à l’entrée de la rue Moyenne, et s’ouvrant dans la muraille tout à fait près de l’angle de droite, ce qui devait être aussi le cas de la porte gauloise qu’elle a remplacée; voyez la vue des remparts romains de Bourges sur le front de l’Esplanade, dans la _Notice sur les murs d’enceinte de la ville de Bourges_, par de Barral, Bourges, 1852, pl. I.
C’est en face de ces deux portes, c’est-à-dire de ces deux rues, que campa César, peut-être sur la hauteur du faubourg du Château, à 500 mètres environ de la vieille ville et de la rue Moyenne[42].
[42] _Castris ad eam partem oppidi positis_; VII, 17, 1. Cf. p. 172.
Il décida d’attaquer la portion du rempart que regardait son camp, c’est-à-dire celle qui longeait l’Esplanade et qui était comprise entre deux portes (entrées de la rue Moyenne et de l’avenue Séraucourt). Il ordonna d’élever, contre ce secteur, l’_agger_ ou la terrasse d’approche. Cette terrasse devait avoir, en largeur ou en façade, 330 pieds ou 97 mètres[43]: ce qui correspond assez exactement au front de l’Esplanade, mesuré entre ces deux rues[44].
[43] VII, 24, 1 et 2.
[44] Y compris la largeur des rues.
Autrefois, sans aucun doute, le dos d’âne marqué aujourd’hui par la rue de Dun-sur-Auron et la place Séraucourt n’existait pas, et il y avait là, tout au contraire, un col en contre-bas à la fois de la ville et du faubourg du Château[45]. Mais des amoncellements de décombres et des travaux de voirie ont exhaussé ce quartier, et l’ont mis à peu près de niveau avec le reste de la ville. Aussi, pour se figurer l’état des lieux avant l’arrivée de César, faut-il enlever par la pensée quelques mètres de profondeur au terrain situé entre la Caserne de la Ville et le faubourg du Château[46].
[45] Cf. le texte de Chaumeau, ici, p. 360, n. 2[37]. Voir aussi la vue de 1567, donnée par Raynal, _Histoire du Berry_, t. III.
[46] Devant l’Esplanade, le pied du mur gallo-romain est au moins à 3 m. 80 au-dessous du sol actuel.
Mais, par là même, l’exhaussement actuel de l’Esplanade, de la place Séraucourt et de la rue de Dun-sur-Auron nous permet de comprendre ce qu’était la terrasse bâtie par César. C’était une construction compacte de bois, d’osier et de terre, qui ne devait pas différer sensiblement, comme aspect et comme forme, de la levée de terrains d’emprunt qui porte aujourd’hui ce quartier. Cette levée n’est assurément pas l’_agger_ romain; il a disparu après le siège. Mais elle lui ressemble, et elle rend à la voirie moderne les mêmes services que la chaussée de César rendit aux assiégeants: elle met de plain-pied la ville et le faubourg du Château, Avaricum et le camp romain[47].
[47] La terrasse romaine avait 80 pieds de hauteur (VII, 24, 1). Enlevez 30 ou 40 pieds correspondant à la hauteur des murs gaulois: restent 40 à 50 pieds qu’il faut chercher au-dessous du niveau actuel. C’est encore, il est vrai, beaucoup; et je me demande si le sol naturel et primitif de l’Esplanade et de ses abords est réellement à une profondeur de 13 à 17 mètres. Il est tout au moins probable que la terrasse n’avait point partout cette profondeur, c’est-à-dire la hauteur totale de 80 pieds: César ne doit indiquer que la hauteur maxima, prise du fond du ravin.--D’après M. Stoffel (_Guerre civile_, t. II, 1887, p. 360) et M. Fröhlich (_Das Kriegswesen Cæsars_, 1891, p. 247), le sol de l’_agger_ devait être de plain-pied, non pas avec le sommet des remparts ennemis, mais avec leur base: le but de cette construction étant, suivant eux, de faciliter, non pas l’assaut par des hommes, mais la brèche par des machines. Je n’ai pu m’associer à cette théorie en ce qui concerne le siège d’Avaricum: 1º si la hauteur de l’_agger_ n’avait pas dépassé le pied des remparts, elle n’eût jamais pu atteindre 80 pieds; 2º César parle d’une escalade rapide et non pas d’une brèche: _Murum celeriter compleverunt_ (VII, 27, 3).
Représentons-nous maintenant la chaussée de César s’arrêtant là où commence aujourd’hui la ville proprement dite, à la Caserne. Elle a 330 pieds de largeur, c’est-à-dire qu’elle finit un peu à droite de la rue Moyenne, un peu à gauche de l’avenue Séraucourt[48]. En face d’elle s’élève le mur gaulois, percé de deux portes, à l’entrée de l’une et de l’autre de ces rues[49]. Chacune de ces portes est encadrée de tours, probablement plus hautes que les autres. Sur la terrasse des assiégeants, deux tours ont été élevées, faisant face chacune à une porte et aux tours de cette porte[50].--Quand les assiégés opèrent leurs sorties, ils se répandent, en dehors de ces deux portes, sur les flancs des tours romaines: _Toto muro clamore sublato, duabus portis ab utroque latere turrium eruptio fiebat_[51]. Dans l’ouverture de chaque porte, des groupes d’hommes préparent et font passer les matières inflammables destinées à la tour qui leur fait face: _Quidam ante portam oppidi Gallus per manus sebi ac picis traditas glebas in ignem e regione turris projiciebat_[52].--C’est une de ces deux tours romaines enfin qui, agrippant une des tours gauloises de porte, permit aux assiégeants d’aller à l’abordage et de terminer l’assaut[53].
[48] Cf. p. 172.
[49] Cf. p. 361, n. 2[41].
[50] Le mur romain et le mur gaulois tournaient vers le Nord à 10 mètres de la rue Moyenne (vers les jardins de l’Archevêché). Peut-être est-ce à dessein que César a placé sa terrasse en face d’un secteur d’angle, de manière à menacer et commander à la fois deux lignes du rempart ennemi.
[51] VII, 24, 3; cf. ici, p. 364, n. 1[52].
[52] VII, 25, 2. Cf. p. 181.
[53] VII, 27, 1. Le fait est raconté avec plus de détails par Dion Cassius, XL, 34, 4: Καὶ πύργον τινὰ παραχρῆμα... ἑλόντες, ἔπειτα καὶ τὰ λοιπὰ οὐ χαλεπῶς ἐχειρώσαντο. Cf. p. 182.
NOTE III[54]
Gergovie.
L’histoire des recherches provoquées par le siège de Gergovie prouve que, sur bien des points, la science moderne est faite d’ingratitude ou d’oubli. On répète sans cesse que les fouilles de Napoléon III et de M. le colonel Stoffel ont fixé l’emplacement des camps romains et des lieux d’attaque: elles n’ont fait que confirmer (et c’est d’ailleurs un très beau résultat) ce qu’avaient supposé, sans autres ressources que leur intelligence, les érudits d’autrefois.--Regardez la carte du siège dressée en 1859 par von Gœler: le grand camp est entre Orcet et le lac (desséché) de Sarlièves, le petit camp est à La Roche-Blanche, la caponnière entre eux deux[55]: c’est-à-dire que tous ces ouvrages sont aux points précis où, trois ans plus tard, on allait chercher et retrouver leurs traces[56].--Un siècle plus tôt, l’ingénieur bourguignon Pasumot[57] donnait à César, à peu de chose près, les mêmes positions: il lui faisait établir son grand camp sur les bords de l’Auzon[58], son petit camp à La Roche-Blanche, et il reconstituait sur place la terrasse, le camp extérieur et les positions des Gaulois avec une précision et une exactitude auxquelles les modernes n’ont ajouté que fort peu[59].--Enfin, deux siècles auparavant, en 1560, Simeoni, tout en étendant hors de toutes proportions les lignes de Jules César, avait bien expliqué la marche générale des opérations du siège[60], et retrouvé le vrai point de l’attaque romaine, le revers méridional du plateau de Gergovie[61]. Ce qui était la première chose à résoudre, et celle d’où dépendent toutes les autres questions.
[54] Voyez p. 196 et suiv., et les deux cartes de Gergovie, p. 203 et hors texte.--Je remercie MM. Audollent et Ehrhard, professeurs à l’Université de Clermont, de l’obligeant appui qu’ils m’ont prêté dans ces recherches sur Gergovie.
[55] _Cäsar’s Gallischer Krieg in dem Iahre 52 v. Chr._, Karlsruhe, 1859, pl. II et p. 35. Von Gœler ou ses éditeurs (2e éd., Tubingue, 1880, p. 266) ont eu raison de se plaindre du silence gardé, à son endroit, par les auteurs de l’_Histoire de Jules César_.
[56] Les fouilles des camps sont de 1862 (_Histoire de Jules César_, t. II, 1866, p. 270; cf. en dernier lieu, Stoffel chez Rice Holmes, _Cæsar’s Conquest of Gaul_, 1899, p. XXX).--Pour l’histoire de ces fouilles et les attributions contradictoires qu’elles provoquèrent chez quelques-uns, voyez en particulier les plans de Trincard (mai 1863) et le mémoire de Mathieu (_Mémoires de l’Académie de Clermont-Ferrand_, t. VI, 1864): ce dernier affirma que les tranchées découvertes justifiaient sa théorie du grand camp à Gondole, du petit à Orcet (cf. p. 14, etc.).
[57] Pasumot, _Mémoires géographiques_, Paris, 1765, p. 183 et suiv. Le travail de Pasumot a été réimprimé avec additions par Grivaud, _Dissertations_... de Pasumot, Paris, t. I, 1810, p. 96 et s.
[58] Il est vrai sur la rive opposée à Gergovie. Avant Pasumot, d’Anville (_Notice de l’ancienne Gaule_, 1760, p. 351) et de Caylus (_Recueil d’antiquités_, t. V, 1762, p. 284) avaient placé le grand camp dans la vallée de l’Auzon et l’attaque par les pentes méridionales: mais ils se trompèrent pour le petit camp. Les plans de Caylus (pl. CI-CIII), reproduits en partie par Pasumot (1re édit.), sont presque aussi utiles aujourd’hui à consulter sur place que ceux des modernes, même que la carte de l’État-Major; la carte de Dailley (1766, 2e éd. de Pasumot) est trompeuse pour certaines parties essentielles (le champ de bataille). Le travail manuscrit de Le Masson (1748, Bibl. de Clermont, no 785) est une réfutation de Lancelot et ne renferme rien sur la topographie du siège.
[59] Il y eut en France, de 1748 à 1765, un très beau mouvement de recherches autour de Gergovie, comparable, comme résultats, à celui de 1850-1863.--La presque totalité des savants qui reprirent la question au XIXe siècle acceptèrent La Roche-Blanche pour le petit camp; ils s’égarèrent pour l’autre, qu’ils placèrent le plus souvent au Crest, contre toute vraisemblance: bévue que n’avaient point commise leurs prédécesseurs du XVIIIe siècle (Mérimée. _Notes d’un voyage en Auvergne_, 1838, p. 321-3; Vial, _Mémoire sur Gergovie_, 1851, extrait des _Annales_, Clermont, p. 23; Fischer, _Annales de l’Auvergne_, t. XXVIII, 1855, p. 402; le même, _Gergovia_, Leipzig, 1855, p. 24, etc.).--Olleris, en 1861, et avant les fouilles, replaça le grand camp aux bords de l’Auzon, au Puy de Chignat (_Examen des diverses opinions émises sur le siège de Gergovie_, 1861, Clermont, p. 14; la carte qui accompagne ce travail présente d’utiles détails).--Seul, Bouillet s’entêta pendant quarante ans à chercher l’attaque contre Gergovie sur le versant Nord (_Guide du voyageur à Clermont_, 1836; _Statistique monumentale du Puy-de-Dôme_, 1846, p. 42; _Mémoires de l’Académie de Clermont_, 1875, p. 49, etc.): opinion qui paraît avoir été reprise en Angleterre, et que réfute à ce propos M. Rice Holmes (p. 739).
[60] En plaçant le grand camp à Gondole, le petit au Crest, et à Montrognon la colline fortifiée par Vercingétorix.
[61] Symeoni, _Dialogo pio_, 1560, Lyon, p. 151; _Description de la Limagne_, 1561, Lyon, p. 87 (c’est la traduction du précédent ouvrage, par Chappuys).
⁂
I.--Toute étude sur le siège de Gergovie doit en effet commencer par l’examen de la place et des conditions d’une attaque par escalade. Suivons le rebord du plateau, c’est-à-dire la ligne que devaient occuper les remparts et les portes, et regardons sur les flancs de la montagne[62].
[62] César, VII, 36, 1: _Perspecto urbis situ quæ, posita in altissimo monte, omnes aditus difficiles habebat._
Au Nord, vraiment, la pente est trop raide pour que César ait risqué sur elle trois légions[63]. C’est tout au plus si, dans la direction de la fontaine de Fontmort, les Gergoviens ont pu établir un sentier et une porte.
[63] Comparez l’opinion la plus ancienne: «Duquel costé [Sud] l’accès de la ville estoit plus facile, et nompas si droit, ne si royde, que devers Cornon et Clairmont» (Symeoni, p. 87=p. 151), à l’une des opinions les plus récentes: «Je ne vois pas [trois] légions gravissant des pentes abruptes, formées d’une terre glaise si épaisse que, pour qu’on puisse en faire l’ascension sans trop de peine, il faut qu’il n’ait pas plu depuis huit jours» (Hauser, _Club-alpin français, section d’Auvergne, Congrès de 1896_, p. 142).
À l’Est, l’escarpement est encore plus dur. Je ne comprends pas comment César a pu confier aux Éduens la tâche de menacer sur ce point les assiégés «par une autre montée», _ab dextra parte alio ascensu_[64]. S’il a prétendu inquiéter les Gaulois par cette diversion, ceux-ci ont dû rire en voyant leurs adversaires, hommes ou chevaux, au pied de ces roches et de ces ravins. Si les Éduens ont apparu sur le flanc Sud de la montagne presque à la fin du combat, c’est parce qu’après avoir cherché partout, à l’Est et au Nord, une montée commode, ils se sont décidés à revenir par les sentiers de mi-côte, du domaine de Prat au domaine de Gergovie et de là au village[65], et ils ont dû se présenter assez brusquement, par le tournant S.-E. de la montagne.
[64] VII, 45, 10; 50, 1. César ne dit pas si ces Éduens avaient gardé ou quitté leurs chevaux.
[65] Il me semble bien difficile de les faire arriver par les sentiers supérieurs, par exemple celui qui mène de Prat au village par le col des Roches-Rouges (voyez le plan d’Olleris). Ces sentiers sont vraiment trop étroits.