Vercingétorix

Part 25

Chapter 253,640 wordsPublic domain

Tous ceux qui avaient survécu des Gaulois capables de monter à cheval et de paraître en rang de bataille, le proconsul des Gaules les appela à lui et leur montra des combats à livrer dans le monde entier. Ces hommes partaient toujours allègrement pour la guerre, et n’étaient timides que dans la détresse. Ils trouveraient, près de leur proconsul devenu dictateur, la certitude du butin et la joie de la lutte sans la crainte du lendemain.

Avant même que la guerre civile éclatât, on disait à Rome (décembre 50), que César aurait sous ses ordres autant de cavaliers qu’il voudrait: la Gaule les lui donnerait sans compter. Il en fut ainsi. La première année (49), il fit venir en Espagne trois mille Gaulois, tous membres de la haute noblesse; et pour être sûr qu’ils répondissent à son appel, il les avait désignés un par un, tels qu’il les avait connus comme alliés ou adversaires: si on se demande où pouvaient être alors Viridomar et Éporédorix, qu’on ne les cherche pas ailleurs que dans le camp de César, préfets des cavaliers éduens auxiliaires du peuple romain. Il n’a pas besoin de fantassins gaulois, inhabiles à combattre chez eux et hors de chez eux; mais il envoie chercher les coureurs ligures, les piétons aquitains, et ces archers rutènes dont Vercingétorix lui a montré la valeur. Toutes ces troupes franchirent les Pyrénées, avec un long convoi de bagages et de chars, semblables à une nouvelle migration de Celtes.

César continua à drainer vers le Sud ce que les nouvelles générations de Gaulois fournissaient de meilleurs comme combattants. Il reçut des hommes sans relâche, et jusqu’à dix mille cavaliers. Il les promena à sa suite en Espagne, en Italie, en Grèce, en Égypte, en Afrique enfin. S’il y en eut quelques-uns qui répugnèrent à le servir, ils eurent la ressource de le combattre sous les ordres de Pompée ou de Labiénus, devenu l’ennemi de son ancien proconsul. Comme on les faisait marcher contre des chefs romains, leur amour-propre celtique était satisfait: en un sens, ils conquéraient le Capitole, et de plus, le Phare d’Alexandrie et les ruines de Carthage. Les poètes de chez eux ne célèbreraient jamais de plus longues équipées que celles où César les conviait; et les Gaulois eurent rarement un plus bel exploit à raconter que celui de la plaine d’Hadrumète, où moins de trente cavaliers de leur race chargèrent et dispersèrent deux mille chevaux ennemis.

Ces chevauchées durèrent trois ans et prirent fin en Afrique (printemps de 46), quand on eut achevé le circuit de la Mer Romaine. Il se passa, dans les dernières rencontres, des faits mémorables. Les Gaulois de Labiénus et les Gaulois de César se trouvèrent en présence: durant les suspensions d’armes, ils se rapprochaient, et s’entretenaient en amis de leurs pensées communes; aux heures de combat, ils s’entre-tuaient dans une lutte fratricide qui rappelait les temps des Arvernes et des Éduens. Un jour, ils firent les uns des autres un formidable massacre, et César, survenu après la bataille, aperçut toute la plaine jonchée de cadavres gaulois, «corps merveilleux de beauté et d’une stature grandiose». De ces hommes, les uns l’avaient suivi à son départ de la Gaule, d’autres l’avaient rejoint à sa demande: et ils étaient morts pour défendre César ou Labiénus, comme leurs frères d’Alésia avaient péri pour les combattre.

VI

Vercingétorix vivait encore. Si quelque bruit du dehors parvenait aux oreilles du prisonnier, il put apprendre toutes ces choses:--que les Gaulois, ses amis ou ses ennemis d’autrefois, ne se battaient plus que pour le compte du peuple romain; que leurs nations semblaient perdre jusqu’au souvenir des campagnes d’Avaricum, de Gergovie et d’Alésia; que ces batailles d’Afrique, où tant de Celtes périrent du fait de César, étaient comme le dernier épisode de la destruction de la patrie gauloise.

Cette même année, le dictateur, vainqueur de l’Afrique, revint à Rome, et eut assez de loisirs pour triompher solennellement de tous les ennemis qu’il avait vaincus, à commencer par les Gaulois.

C’est à la glorification de leur défaite que fut consacrée la première journée de son triomphe (juin 46).

Dans le cortège, des écriteaux et des tableaux rappelaient au peuple ce qu’avait été la guerre des Gaules: trente batailles rangées, livrées en présence de César, 800 places prises de force, 300 tribus soumises, trois millions d’hommes combattus, un million de tués, un million de pris. Des hommes portaient les dépouilles précieuses, les armes des vaincus, l’or des temples, les bijoux des chefs. Et, derrière les victimes destinées aux dieux, la Gaule apparut elle-même, en la personne de Vercingétorix enchaîné.

Le dernier acte de son sacrifice s’accomplit le soir même. Il avait vu le triomphe de son vainqueur, il ne lui restait plus qu’à mourir. Au moment où le cortège, sortant du Forum, gravit les pentes du Capitole à la lueur des lampadaires que portaient quarante éléphants, le roi des Arvernes fut conduit dans la prison creusée au pied de la montagne sacrée; et pendant que César amenait ses autres victimes à Jupiter, Vercingétorix fut mis à mort[9].

[9] Voyez la note VII à la fin du volume, p. 396.

CHAPITRE XXI

TRANSFORMATION DE LA GAULE

Gallos Cæsar in triumphum ducit, idem in Curiam.

SUÉTONE, _Vie de César_, LXXX.

I. Progrès de la patrie romaine.--II. Transformation des chefs.--III. Transformation des grandes villes.--IV. Transformation des grands dieux.--V. Le Puy de Dôme cent ans après Vercingétorix.--VI. Tentatives de révolte en 69-70: le congrès de Reims et la fin du patriotisme gaulois.

I

Ce jour-là, les Romains avaient chanté, sur le passage du dictateur: «Les Gaulois suivent le triomphe de César: mais il les mène ensuite siéger dans le sénat.» Ce qui n’était alors qu’une boutade populaire devint bientôt une réalité.

Il restait encore des témoins de la lutte qu’avait dirigée Vercingétorix: les familles des chefs qui avaient combattu avec lui; les villes qu’il avait armées et défendues contre César; les divinités dont il avait cru faire la volonté. Les deux générations qui suivirent sa mort, celles qui obéirent à Octavien Auguste (44 av.-14 ap. J.-C), virent ces témoins disparaître ou se transformer. Ces êtres gaulois ne furent plus seulement soumis à Rome, mais romains d’apparence et d’intention. Les Celtes se préparèrent à aimer le peuple qui les avait vaincus, en copiant ses hommes, sa ville et ses dieux. Leur patriotisme romain naquit peu à peu de l’oubli des traditions gauloises.

II

Si quelques chefs s’agitèrent encore, ce fut chez les peuples qui avaient le moins dépendu du roi de Gergovie: les Bellovaques, les Aquitains, les Morins et les Trévires. Mais la noblesse des nations qui s’étaient confédérées à Bibracte, cherchaient, comme on disait à Rome, le chemin qui mène au sénat.

César ou Auguste donnèrent aux plus grands chefs le titre de «citoyens romains»: ils s’appelèrent désormais du nom de _Julius_ et entrèrent ainsi dans la grande tribu des Jules, qui fournissait au monde une «famille divine». Dans leurs cités, ils administraient paisiblement leur peuple sous la surveillance du gouverneur provincial: ils ne tarderont pas à échanger l’appellation barbare de «vergobret» pour la qualité plus élégante de «préteur». Aux frontières, ils redevenaient chefs de guerre, et combattaient les Germains à la tête des hommes de leurs tribus; mais, officiers de Rome, ils prenaient le titre de «préfets» de la cavalerie: Rome leur avait ôté l’indépendance, elle leur laissait le pouvoir, orné d’un grade supérieur dans l’armée de l’empire. Comment résister à de telles séductions? Le fils ou le petit-fils d’Éporédorix l’Éduen, peut-être l’ancien ami du proconsul, porte les noms de Caius Julius Magnus, comme s’il ne valait dans le monde que par les noms de César ou le surnom du grand Pompée; il donne à son fils, Lucius Julius Calénus, le surnom qui avait été celui d’un légat de César, et ce dernier héritier d’une vieille famille éduenne deviendra tribun militaire.

À voir ces hommes, sinon à les entendre, nul ne les distingue plus des descendants de sénateurs romains. Les nobles éduens avaient du goût pour la prêtrise et la passion de l’autorité: on prit chez eux le premier grand-prêtre qui fut chargé, au nom de la Gaule, de célébrer devant l’autel du Confluent lyonnais le culte de Rome et d’Auguste: et c’est par cette suprême dignité religieuse que les mieux nés ou les plus heureux de tous les Gaulois pourront terminer leur carrière militaire et civile.

Ils se gardaient bien, sur les monuments ou les tombeaux qu’ils se faisaient élever, de rappeler des souvenirs qui ne fussent pas romains. On a retrouvé près de Cahors la dédicace d’une statue élevée à un Lucter, descendant ou parent de ce Cadurque qui fut le meilleur collaborateur de Vercingétorix, et qui mourut peut-être avec lui, le jour du triomphe de César; elle porte ces mots, en langue romaine: «À Luctérius, fils de Luctérius, qui a rempli tous les honneurs dans sa patrie, qui a été prêtre de l’autel d’Auguste au Confluent, la cité des Cadurques reconnaissante a élevé cette statue.» À quinze lieues de là, Uxellodunum, où son ancêtre avait armé les Cadurques contre César, n’était plus qu’une ruine abandonnée: mais, dans la nouvelle résidence assignée au peuple, les noms et les titres de Luctérius s’étalent en formules latines sous une statue drapée de la toge romaine.

III

Car les grandes villes gauloises de montagne, comme Uxellodunum, Alésia, Bibracte, Gergovie, avaient été désertées pour des séjours plus abordables et plus pacifiques; puissamment assises sur des roches en partie inaccessibles, elles inquiétaient Rome par ce qu’elles valaient et par ce qu’elles rappelaient: Alésia et Uxellodunum n’avaient été prises que par la faim ou la soif, Bibracte et Gergovie étaient demeurées inviolables. Elles cessèrent, peu d’années avant l’ère chrétienne, d’être des capitales de peuples et des refuges de tribus.

Alésia descendit de son plateau pour s’installer dans un repli de la montagne. Les Éduens quittèrent l’escarpement du Beuvray, et s’établirent, au delà de l’Arroux, sur les pentes gracieuses et mollement inclinées des collines autunoises. Les Arvernes remplacèrent leur triste donjon de Gergovie par les terres grasses et ondulées du nord de l’Artières. Des villes neuves furent bâties près des plaines, à mi-coteau, pour servir de capitales aux grandes nations de la Gaule: Augustodunum ou Autun, Augustonémétum ou Clermont. Car, pour leurs nouvelles cités, Éduens et Arvernes acceptèrent des appellations nouvelles, et ces noms, comme ceux de _Caius_ ou de _Julius_ que portaient les nobles, étaient des «marques de dépendance». _Augustodunum_, c’est «la ville-forte d’Auguste», _Augustonemetum_, c’est «le bois sacré d’Auguste». Pendant que les chefs entraient dans la clientèle impériale, les villes prenaient l’empereur comme fondateur éponyme.

IV

Les dieux, au contraire, ne sortirent pas de leurs sanctuaires: ils se transformèrent sur place, aussi rapidement que les hommes. Déjà, et même avant Vercingétorix, ils avaient dans leur caractère et leur attitude quelques traits de ressemblance avec les dieux de la Grèce et de Rome. Quand César parle de Bélénus et de Teutatès, il les appelle, à la Latine, Apollon et Mercure. Ils lui paraissent si voisins des dieux publics du peuple romain, qu’il se plaît à ne point distinguer les uns et les autres: comme s’il voulait montrer aux Gaulois qu’adorant des divinités semblables à celles de Rome, ils pouvaient bien obéir à son proconsul. De fait, pendant la guerre de l’indépendance, les patriotes ont pu croire que leurs dieux s’entendaient avec Rome: c’est la divinité, disaient-ils, qui aidait les légionnaires à construire leurs formidables engins de siège; c’est elle qui a trahi Uxellodunum.

Les divinités celtiques, pas plus que celles de l’Italie et de la Grèce, n’avaient la haine tenace. Elles étaient faites à l’image d’Éporédorix et de Diviciac. Elles ignoraient l’âpre obstination des dieux sémitiques, la folie courageuse des patrons d’Hasdrubal et de Barcochébas, le tempérament irréductible de Iahvé. Dès les temps de Vercingétorix et de Lucter, Bélénus et Teutatès s’estompaient dans le crépuscule en prenant peu à peu une forme latine, tandis que les deux grands chefs se dressaient, toujours en armes, sur les hauts lieux de leur patrie.

Les Gaulois, une fois soumis, affublèrent de titres romains plus volontiers encore leurs dieux que leurs familles et leurs villes. Le nom de Bélénus fut rapidement oublié pour celui d’Apollon. Les divinités des montagnes et des sources arvernes se dissimulèrent sous la protection de Jupiter ou de Mars. Le principal dieu gaulois changea, de gré ou de force, son nom de Teutatès en celui de Mercure; et, ce qui fut plus grave, il reçut un à un les attributs du dieu gréco-romain, le pétase et le caducée, la bourse et les talonnières, l’élégance et la jeunesse.

Ne disons pas que Teutatès fut chassé par Mercure de son sanctuaire. Ce qui se produisit fut tout différent. Les peuples continuèrent à visiter les mêmes temples, à gravir les mêmes sentiers qui conduisaient aux sommets consacrés; ils n’eurent pas à modifier leurs habitudes de prières et leurs chemins de dévotions; et ils ne trouvèrent pas subitement un dieu romain à la place du dieu celtique. Ce fut celui-ci qui se transfigura par degrés, qui se perfectionna, comme un fils de Gaulois sous les leçons des rhéteurs latins.

V

Au temps de Néron, un siècle après la chute d’Alésia, la Gaule avait à peu près fini sa transformation extérieure: je ne parle, bien entendu, que de la noblesse, des grands dieux, et des villes capitales.

Nulle part, alors, on n’avait une impression plus nette et plus forte de ce qu’elle était devenue, qu’en s’arrêtant au sommet du Puy de Dôme, et en contemplant l’horizon arverne, celui sur lequel s’était si souvent posé le regard de Vercingétorix.--La vieille montagne, autrefois l’asile redouté d’une divinité aux rites sanglants, est maintenant la résidence d’un dieu à la figure accorte et à l’humeur hospitalière, dont la statue colossale rayonne au milieu des bigarrures des marbres précieux. Dans la plaine prochaine, Augustonémétum ou Clermont apparaît avec ses temples au fronton grec et ses statues en toge romaine. Et en face de la cité nouvelle, se dresse, solitaire et farouche, le mont désert de Gergovie.

VI

Qu’après cela, l’occasion s’offre à la Gaule de reconquérir sa liberté: on peut être sûr qu’elle ne la saisira pas.

Au milieu des désordres qui accompagnèrent la mort de Néron (69), l’empire romain parut entièrement disloqué, et le symbole même de sa grandeur, le Capitole, s’effondra dans l’incendie. Comme au moment des guerres civiles qui avaient suivi le départ de César et le passage du Rubicon, les bardes se remirent à chanter ou les druides à prophétiser: «Même après la bataille de l’Allia», disaient-ils, «le Capitole était resté debout, et l’empire de Rome avec lui: le voilà tombé maintenant, les dieux ont allumé son incendie comme un signal de leur colère, comme un présage pour assurer aux nations celtiques la conquête de l’univers.» Quelques chefs, s’enthousiasmant à leur tour dans la verve de leurs entretiens, crurent à l’avènement de «l’empire des Gaules»; ils s’écriaient, imitant Vercingétorix après Avaricum, que «leur race, lancée sur le monde, ne s’arrêterait plus qu’au gré de sa volonté»: et ceux qui entendaient ces harangues croyaient et applaudissaient (70).

Mais chants de poètes, prophéties de prêtres, propos d’exaltés, n’étaient plus alors que de vains bruits, l’écho vague et inconscient des choses d’autrefois. Ni les peuples ni les dieux de la Gaule ne comprenaient le sens de ces grands mots.

La prudence revint aussi vite que la folie. Un conseil général se réunit à Reims, pour délibérer «sur la paix ou la liberté»: la liberté celtique ou la paix romaine. Mais ce congrès ne ressemblait que par son titre et par le nombre des chefs à celui du Mont Beuvray. Tout y était d’aspect romain. La plupart, et peut-être la totalité de ces hommes, étaient citoyens, et portaient des noms latins. La ville où ils siégeaient, librement étendue dans la plaine, était une cité moderne, et ne connaissait plus que les dieux nouveaux, Mercure, Rome et Auguste. Enfin, les paroles qui furent prononcées montrèrent que les âmes avaient changé comme l’extérieur.

Un délégué trévire s’éleva avec violence contre l’empire romain. Un chef rémois lui répondit, en célébrant les bienfaits de la paix et les avantages de la soumission. L’assemblée loua les intentions du Trévire et adopta les sentiments du Rémois.

Ce qui l’inquiéta le plus, ce fut l’incertitude du lendemain: «Si l’on se levait contre Rome, à quelle nation reviendrait l’honneur de commander? Si l’on remportait la victoire, quelle ville serait la capitale du nouvel empire?» Il y eut même des chefs qui, dans le cours des débats, affirmèrent les droits de leur peuple au principat de la Gaule, comme avaient fait les Éduens avant l’assemblée du Mont Beuvray.

Cela suffit pour décider le congrès de Reims à faire une déclaration de fidélité au peuple romain. Par crainte d’une hégémonie celtique, les Gaulois préférèrent l’égalité dans la dépendance, et ils attendirent avec respect les ordres du légat de Vespasien.

Les rivalités qui avaient assuré la victoire de César subsistaient toujours en Gaule; mais il n’y restait plus aucun des sentiments qui avaient inspiré Vercingétorix.

Bordeaux, 25 novembre 1900.

NOTES

NOTE I[10]

Les monnaies de Vercingétorix[11].

La plus ancienne monnaie connue de Vercingétorix a été découverte en Auvergne vers 1837[12]. Plusieurs autres ont été trouvées en 1852, sur le territoire de Pionsat[13]. Une autre provient des environs d’Issoire[14]. On en a rencontré une dans les fouilles des abords d’Alésia[15].

[10] Voir pages 88 et 135, et les planches en tête du volume et ci-contre.

[11] J’entends ne parler ici que des monnaies portant le nom de Vercingétorix.--Peghoux, _Essai sur les monnaies des Arverni_, Clermont, 1837, p. 44 et suiv., pl. II. De Saulcy, _Numismatique des chefs gaulois mentionnés dans les Commentaires de César_, dans l’_Annuaire de la Société française de numismatique_, IIe année, 1867, p. 28 et suiv.

[12] _Revue de la numismatique française_, 1837, p. 162 (Bouillet et de La Saussaye). La monnaie portait... INGETORIXS.

[13] Cf. plus loin, p. 355, n. 1[23]. On n’a pu en savoir le nombre, parce que «le cultivateur qui les a déterrées s’est renfermé dans un silence mystérieux»; Mathieu, _Des colonies et des voies romaines en Auvergne_, 1857, p. 69 et 445. Celles-là portaient le nom VERCINGETORIXS en toutes lettres (Peghoux, numéros 35 et 38).

[14] Peghoux, no 35.

[15] Au camp D, au bord de l’Oze (_Histoire de Jules César_, t. II, p. 560).

Aujourd’hui le Cabinet des Médailles possède neuf pièces au nom de Vercingétorix[16]. D’autres collections, municipales[17], publiques[18] ou particulières[19], en possèdent un petit nombre. Je serais étonné si l’on en connaissait plus d’une vingtaine[20].

[16] Muret et Chabouillet, numéros 3772-80. Quatre proviennent de la collection de Saulcy, une de la collection de Lagoy, quatre de l’ancien fonds. Quatre sont indiquées comme venant de Pionsat; une cinquième doit avoir la même origine (de Saulcy, no 58; Muret et de La Tour, no 3777; cf. Peghoux, no 38, pl. II, 22; Mathieu, p. 69, pl. III, 1).

[17] Musée de Lyon (type ordinaire, ...RIXS).--Musée de Reims (signalée par M. Changarnier et non retrouvée).--Musée de Péronne (collection Danicourt). _Non vidi._--Musée de Guéret? Signalée par Peghoux, no 34, et de Saulcy, no 57, probablement à tort. M. Pineau, conservateur du Musée, l’a, à ma prière, longuement et vainement cherchée.

[18] Le Musée de Saint-Germain conserve celle que nous citons p. 353, note 6[15] (Reinach, _Catalogue_, 3e éd., p. 180).

[19] Collection de M. Changarnier-Moissenet à Beaune (deux pièces, celle dont nous parlons p. 355, n. 1[23], et une autre au type ordinaire et à la légende ....TORIXS).--Collection Blancard à Marseille (type ordinaire, VE......).

[20] De Saulcy disait de même: «Je ne crois pas que leur nombre atteigne le chiffre vingt.»

Les pièces de Vercingétorix forment deux groupes distincts, si on examine la tête figurée au droit.

Sur la plupart des pièces, c’est une tête nue, imberbe, jeune, aux cheveux bouclés. On y voit d’ordinaire la figure d’un Apollon[21]. Mais il n’est pas impossible, comme le pensait autrefois de Saulcy[22], qu’on ait voulu représenter Vercingétorix lui-même, avec les traits idéalisés, ou, si l’on préfère, théomorphisés.

[21] Peghoux, Muret, etc.

[22] P. 30: «Il est à peu près certain que l’effigie, qui se reproduit toujours avec les mêmes traits fort caractéristiques, et assez éloignés de ceux de la tête idéalisée d’Apollon, nous offre le véritable portrait de Vercingétorix. Nous pouvons donc affirmer que César a eu raison de le peindre comme un jeune homme; qu’il ne portait pas de moustaches, qu’il avait les cheveux courts et bouclés, et la mâchoire inférieure un peu lourde.» Voyez la gravure du no 3774 (dans la planche de la p. 352).

Sur un très petit nombre de ces pièces, la figure paraît davantage celle d’un homme[23]. Elle est coiffée d’un casque ou d’une calotte à côtes; le cou est orné d’un collier[24]. Si l’on cherchait la physionomie véritable de Vercingétorix, ce sont ces pièces qu’il faudrait, peut-être, étudier de près.

[23] Cabinet des Médailles (de Saulcy, no 65 et planche; Muret et atlas de La Tour, no 3775: mais la description de Muret est inexacte, et la gravure de l’atlas reproduit, avec quelques inexactitudes, la pièce de M. Changarnier; cf. plus loin). La monnaie est indiquée comme venant de Pionsat. Elle offre encore cette particularité, que le nom est orthographié, non pas VERCINGETORIXS, comme ailleurs, mais... TORIXIS. Nous reproduisons ce no 3775 dans la planche en tête de ce volume.--Un second exemplaire de ce type, provenant du trésor de Plamont, près Pionsat, fait partie de la collection de M. Changarnier-Moissenet, qui m’en a obligeamment communiqué le moulage. La légende est complète: VERCINGE TORIXIS. Nous le reproduisons dans la planche en tête de ce volume. Cf. Changarnier-Moissenet dans le _Musée archéologique_ de Caix de Saint-Amour, t. II, 1877, p. 14; le même, _Examen de quelques monnaies des Arvernes_, Beaune, 1884, pl. II, 1; de La Tour, _Atlas_, no 3775.

[24] «Calotte à côtes» et «collier de perles», dit de Saulcy. Il s’agit, vraisemblablement, d’un casque à côtes (cf. _Dictionnaire_ Saglio, au mot _Galea_, fig. 3397).

Au revers, on trouve figurés, avec des groupements différents: le cheval au galop, qui est constant; l’amphore, constante également; le croissant et le ᔕ couché, qui se partagent les pièces comme troisième attribut.

Les légendes, plus ou moins complètes, comportent, presque toutes l’orthographe VERCINGETORIX; un très petit nombre, VERCINGETORIXIS[25].

[25] Voyez p. 355, note 1[23].