Part 7
[Note 120: Jean de Beaufort, marquis de Canillac, qui fut plus tard l'un des amants de la reine Marguerite. (V. _Le Divorce satyrique, la Ruelle mal assortie_, édit. Lalanne, p. 15, et les Mémoires de Marguerite, p. 205.)]
[Note 121: Joachim de Châteauvieux, qui fut premier capitaine des gardes de Henri III. Il est assez maltraité dans la _Confession de Sancy_, chap. 2, et dans le _Baron de Fæneste_, liv. IV, chap. 19.]
[Note 122: Jean Choisnin, dans ses _Mémoires_ (_coll. Michaud_, 1re série, t. XI, p. 381), parle de lui sous la date de 1571, comme d'un jeune gentilhomme de qui chacun rendoit bon témoignage, et sur lequel Catherine avoit d'abord jeté les yeux pour aller en Pologne négocier la royauté du duc d'Anjou. On voit qu'il étoit de sa destinée d'aller dans ce pays. D'Aubigné parle aussi de lui (_Mémoires_, édit. Lalanne, p. 19).]
[Note 123: Charles du Plessis-Liancourt, qui fut plus tard premier écuyer. Je ne sais s'il accompagna le duc d'Anjou en Pologne; mais le marquis de Lenoncourt étoit du voyage. Peut-être est-ce son nom qu'il faut lire ici (_Mém._ de Hatton, t. 2, p. 738).]
[Note 124: Claude, baron de Dampierre, prit part, parmi ceux qui tenoient pour le roi, à la journée des Barricades. Il commandoit au marché des Innocents. Lors du sacre de Henri IV, il étoit le premier maréchal de camp.]
[Note 125: Jacques de Harlay, seigneur de Chanvallon, grand écuyer du duc d'Alençon, et, pendant la Ligue, grand maître de l'artillerie. Il est le douzième sur la liste des amants connus de la reine Marguerite. Il eut d'elle un fils qui fut capucin sous le nom de P. Archange. M. Guessard, dans son édition des _Mémoires_ de Marguerite, a publié dix-sept lettres de cette princesse à Chanvallon et deux lettres de celui-ci. Leur fils fut d'abord élevé sous le nom de Louis de Vaux, comme fils d'un sieur de Vaux, parfumeur, que nous avons trouvé (V. t. IV, p. 136, 159) parmi les plus riches propriétaires des terrains du Pré-aux-Clercs, en 1613. Sa complaisance pour les amours de la reine Margot n'avoit pas dû nuire à sa fortune.]
[Note 126: C'est de La Garnache qu'il faut lire, je crois. Ce seigneur seroit alors de la maison de Rohan, et l'un des parents de la belle Françoise de Rohan de La Garnache, à qui M. de Nemours fit une promesse de mariage dont on sait l'histoire.]
[Note 127: Jacques de Levis, comte de Quélus, l'un des plus fameux des mignons de Henri III. On sait qu'il fut tué dans le duel du marché aux chevaux, en 1578.]
[Note 128: Prêtre italien, que nous retrouvons, avec sa béate figure et ses roulements d'yeux, au chap. 7 de la _Confession de Sancy_. Il fut employé dans les négociations avec les huguenots. (Legrain, _Décade de Henri-le-Grand_, p. 226.)]
[Note 129: François d'Epinai Saint-Luc, autre mignon de Henri III. Il étoit grand maître de l'artillerie en 1596, et fut tué l'année suivante, au siége d'Amiens.]
[Note 130: Ne seroit-ce pas Joachim de Rochefort, seigneur de Neuvant, qui se distingua plus tard dans le Dauphiné?]
[Note 131: Joachim d'Inteville, que les _relations_ de la journée des Barricades, où il eut un commandement pour le roi et courut de grands dangers, appellent toujours le sieur de Tinte-ville. (V. _Arch. curieuses_, 1re série, t. XI, p. 355, 372, 379.)]
[Note 132: «C'estoit, dit Lenglet-Dufresnoy, un Italien entièrement dévoué aux plaisirs de Henri III, et qui se trouvoit réglément au coucher de ce prince, dès les premières années de son règne.» Il est parlé de lui dans les _Mémoires_ de Marguerite, p. 45, 48, 50, et l'on peut voir dans la _Confession de Sancy_ (chap. 7), où il est appelé Carmille, quel genre de honteux services il rendoit au roi.]
_Secretaires et interprètes._
Note que monsieur de la Mauvissière vient jusques à Mayance[133].
[Note 133: Michel de Castelnau, sieur de Mauvissière, de qui l'on a de si intéressants _Mémoires_, et qui joua un rôle si important dans la diplomatie de ce temps-là par ses négociations et ses ambassades. Il est donné ici comme secrétaire et interprète. Il savoit, en effet, l'allemand, chose fort rare à cette époque. (V. l'excellente brochure de M. G. Hubault, _Ambassade de Michel de Castelnau en Angleterre_, 1856, in-8, p. 19, note.) S'il n'alla pas plus loin que Mayence, c'est que sans doute il s'étoit chargé de recruter quelques corps de reîtres et de les ramener en France, ainsi qu'il le fit plus d'une fois. (V. ses _Mémoires_, t. VI, chap. 8, et L'Estoile, _coll. Michaud_, t. I, p. 50.)]
_Rolle du nombre d'hommes qui sont à la première troupe, conduite par monsieur le mareschal de Retz._
PREMIÈREMENT.
Le dict sieur mareschal[134],
Le colonel Stampiz[135],
Le grand aumosnier et les chapellains.
Le sieur Loys de la Mirande, capitaine de gens d'armes.
Monsieur de Montmorin, premier escuyer de la Royne[136].
Monsieur de Rissay[137].
Monsieur le conte de Chaulne[138].
Monsieur de Tavanes le jeune[139].
Le sieur de Nenny.
Le sieur de Beaumont.
Le sieur Petre-Paulo Tasimghi[140].
Monsieur de Nogerolles[141].
Monsieur de Gordes le jeune[142].
Monsieur de Sainct Denys[143].
Messieurs d'Aux, l'aisné et le jeune[144].
Monsieur de Briannes[145].
Monsieur Danglures[146].
Monsieur de la Tour[147].
Monsieur de Rostaing le jeune[148].
Monsieur de Suze[149].
Monsieur de Chamesson.
Son frère.
Le sieur de la Raverye.
Monsieur de Harlay.
Monsieur de Fontenay[150].
Monsieur le Normant.
La Hillière.
La Rouvette.
Blanchet.
Monsieur de Sainct Supplice[151].
Les gentilshommes polognois qui sont à la première trouppe.
Plus tous les gentilshommes servans de Sa Majesté.
[Note 134: Albert de Gondi, duc de Retz, mort, en 1601.]
[Note 135: Sans doute un commandant de troupes allemandes.]
[Note 136: Fils de M. de Montmorin, qui, étant gouverneur d'Auvergne, auroit, d'après Voltaire, refusé de donner dans sa province l'ordre des massacres, à l'époque de la Saint-Barthélemy. Voltaire cite de lui, à ce sujet, une lettre dont Lenglet-Dufresnoy met en doute l'authenticité. (V. ses notes sur L'Estoile, t. II, p. 404.)]
[Note 137: De Riccé. Une famille de ce nom subsistoit encore pendant la Restauration; l'un de ses membres, le vicomte de Riccé, fut alors préfet du Loiret.]
[Note 138: D'Ailly, comte de Chaulne, le même à qui Voltaire, au 7e chant de la _Henriade_, fait jouer un rôle si dramatique. Le frère du connétable de Luynes épousa l'héritière de sa maison, et le comté, plus tard duché de Chaulnes, passa avec elle dans cette nouvelle famille.]
[Note 139: Jacques de Saulx, vicomte de Tavannes, fils de Gaspard de Tavannes. Il fut, en effet, du voyage de Pologne; il n'en revint que tard, après avoir guerroyé en Hongrie et en Moldavie contre les Turcs, qui le firent prisonnier et l'emmenèrent à Constantinople. Au retour il fut fait capitaine de gendarmes.]
[Note 140: Capitaine italien, dont il est aussi question, sous la date du 24 janvier 1577, dans le _Journal des premiers Etats de Blois_, par M. de Nevers. Il y est nommé le capitaine Pieter Paul Tassughy.]
[Note 141: Ne seroit-ce pas Fougerolles? Ce ne seroit qu'une nouvelle altération de ce nom, qu'on trouve écrit Joncquerolles dans les _Mémoires_ du duc d'Angoulême (_coll. Michaud_, 1re série, t. XI, p. 85).]
[Note 142: Frère de celui qui servit longtemps, et avec succès, dans le Dauphiné, notamment en 1575.]
[Note 143: Le baron de S.-Denys, qui commanda plus tard la compagnie de gendarmes du duc de Montpensier, gouverneur de Normandie. Il épousa la fille du marquis de Rouville, et il en eut, entr'autres enfants, le célèbre S.-Evremond.]
[Note 144: François d'O, seigneur de Fresnes, premier gentilhomme de la chambre du roi, successivement surintendant des finances et gouverneur de Paris; et son frère, Jean d'O, seigneur de Manou.]
[Note 145: Le comte de Briennes, qui étoit allé recevoir à Metz les ambassadeurs de Pologne (_Rev. rétrosp._, 1re série, t. IV, p. 49). Après la journée des Barricades, où il avoit tenu pour Henri III, il resta prisonnier au Louvre, et c'est là qu'il délivra à Jacques Clément un passeport, avec lequel celui-ci put s'introduire près du roi. Après sa mort, le comté de Brienne passa par alliance dans la famille des Loménie, où il resta.]
[Note 146: Anne d'Anglures, seigneur de Givry, tué à Laon en 1590. «C'étoit, dit de Thou (_Mémoires, coll. Michaud_, 1re série, t. XI, p. 329), le cavalier de la cour le plus parfait, beau, bien fait, de bonne mine, agréable dans la conversation, savant dans les lettres grecques et latines (talent assez rare parmi la noblesse), surtout brave et connu pour tel.»]
[Note 147: Peut-être Antoine de La Tour de Saint-Vidal, gentilhomme qui étoit en effet du parti de Henri III. (_Mémoires_ de de Thou, _coll. Michaud_, 1re série, t. XI, p. 339.)]
[Note 148: Frère de Tristan de Rostaing, qui, en 1589, se laissa prendre honteusement dans Melun, et fut obligé de donner une rançon de 50,000 écus, ce qui lui mérita d'être condamné par la commission établie à Bordeaux. (V. le _Journal historique_ de P. Fayet, p. 44, et les _Mémoires_ de de Thou, _coll. Petitot_, 1re série, t. 37, p. 308.)]
[Note 149: Gentilhomme souvent nommé dans les _Mémoires_ du duc de Nevers.]
[Note 150: Ce ne peut être Fontenay-Mareuil, qui étoit trop jeune alors. C'est peut-être le fils de Fontenay, qui étoit, en ce temps-là, trésorier de l'épargne.]
[Note 151: Jean d'Hebrard, baron de Saint-Sulpice, qui avoit été gouverneur du duc d'Alençon, et qui étoit capitaine de cinquante hommes d'armes. (V., sur lui, _Mémoires_ du duc de Bouillon, _coll. Michaud_, 1re série, t. XI, p. 8.) Son fils fut tué dans la basse-cour du château de Blois par le vicomte de Tours. (L'Estoile, 20 déc. 1576.)]
FIN.
_Lettre circulaire à tous les seigneurs de la cour pour leur donner advis de la mort du grand Macaty, singe de S. A. S. M. le C. D. C., et pour les inviter à sa pompe funèbre[152]._
[Note 152: Je serois tenté de croire que cette pièce est de Piron. Sa rareté aura fait qu'elle a échappé à Rigoley de Juvigny, qui, d'ailleurs, n'étoit pas un bien grand chercheur. Piron connoissoit M. le comte de Clermont, à qui appartenoit le singe dont la mort est ici pleurée. On trouve dans ses _Oeuvres_ (édit. in-8, t. VII, p. 119) des vers adressés à cette altesse sérénissime. Quant a M. de Livry, on sait qu'il fut longtemps son plus cher commensal. (V. notre _Notice_ sur Piron, _passim_.) Ce ne seroit pas la première fois que l'auteur de la _Métromanie_ auroit fait des vers du genre de ceux-ci et se seroit posé en interprète poétique des bêtes. Au t. VII, p. 184, de ses _Oeuvres_, vous pourrez lire l'_Envoi d'un panier par un chien à une chienne_. Rien ne contredit donc sérieusement mon opinion.]
De par Dragon[153], fidèle amy Et compère de Macaty, A la respectable jeunesse Quy brille en ce beau sejour Et d'un auguste roy compose la cour, Salut! mais salut de tristesse.
Comme tout finit icy bas Qu'il est un moment fixe où tout ce quy respire Doit grossir de Pluton le sombre et vaste empire, Quadrupèdes, humains, bergers et potentats; Qu'à ce fatal arrest toute espèce asservie Subit la même loy du sort, Et qu'en tout ce qui nait le germe de la vie Devient un principe de mort, Macaty, né sujet à ceste loy sevère, Vient de payer au Styx le tribut necessaire. Macaty, singe en son vivant, Mais singe d'illustre memoire, Singe dont à jamais doit vivre ici la gloire, Singe courtois, singe amusant, Delices d'une cour fleurie, Singe fleur de singerie, Singe subtil, singe badin, Faute de dents singe benin; Singe enfin qui de son espèce Avoit, sans les deffauts, toute la gentillesse, Ce même Macaty n'est plus! Mais du pauvre animal sur la funeste rive L'ombre encore errante et plaintive, Desdegnant des pleurs superflus, Exige seulement qu'on se haste de rendre Les derniers devoirs à sa cendre.
Et demain, par ordre du roy, Pour soulager le mort, pour consoler ses mânes, On doit celebrer son convoy, D'où seront exclus tous profanes. Vous seuls, habitans de la cour, Dument instruits par ces presentes, En habit noir, mantes traînantes, Venez par votre hommage honorer ce grand jour. Surtout qu'une honneste contenance, Interprète de vos douleurs, A travers un morne silence Exprime aux yeux de tous ce que sentent vos coeurs. Car, pour qu'aucun n'allègue excuse d'ignorance, Nous, Dragon, nous faisons extrême deffence A tout courtisan invité De venir en ces lieux, par un ris sacrilége, Profaner du convoy la noble gravité, Insulter au deffunt et troubler son cortége.
[Note 153: Singe de M. de Livry, qui, en qualité de légataire du défaut, fait les frais de l'invitation.]
* * * * *
ÉPITAPHE.
Macaty, ce pauvre animal, Victime du ciseau fatal, Est mort à la fleur de son âge; Macaty, qui si joliment Avoit fait, je ne sçay comment, Un grand prince à son badinage, Macaty n'est plus! Quel dommage!
* * * * *
AUTRE.
J'ai vécu, ma course est finie; Mais, tombant sous ses coups, je triomphe du sort, Et me console de ma mort Par l'honneur dont elle est suivie.
Ce nouveau monument, qui s'élève à vos yeux Par les soins de Louis, consacre ma mémoire; Les plus fameux héros que célèbre l'histoire Trouveroient mon sort digne d'eux.
* * * * *
AUTRE.
Singe sans fourbe et sans malice, Singe de cour sans artifice, D'un prince que j'aimois favori sans hauteur, Son domestique sans bassesse Et son complaisant sans fadeur, Je sçus par mes talens mériter sa tendresse. Homme, de qui le lot fut, dit-on, la raison, Souffre que je te parle en maistre: Mon portraict, utile leçon, T'apprend ce que tu devrois être.
_De l'imprimerie de Jean Batiste Coignard, Imprimeur ordinaire du Roy._ 1723. _Avec permission._
_Le vray discours sur la route[154] et admirable desconfiture des Reistres[155], advenue par la vertu et prouësse de Monseigneur le Duc de Guyse, sous l'authorité du Roy, à Angerville, le vendredy xxvij de novembre 1587; avec le nombre des morts, des blessez et prisonniers._
_A Paris, par Pierre Chevillot, au Palais, en l'allée de la Chapelle Saint-Michel._
M.D.LXXXVII
[Note 154: Pour _déroute_. L'une vient de _rupta_, l'autre de _dirupta_, qui ont le même sens en latin; il étoit donc naturel que le même sens existât aussi en françois.]
[Note 155: Ces _reîtres_ étoient, comme on sait, des cavaliers allemands, ainsi que l'indique leur nom, _Reiter_, homme de cheval. Branthôme, qui ne savoit pas assez d'allemand pour trouver l'étymologie véritable, en avoit fait une à sa manière. Suivant lui «on les appeloit _reistres_ parce que, disoit-on, ils étoient noirs comme de beaux diables.» (Edit. du _Panthéon littér._, t. I, p. 417.) Comme ils se recrutoient, pour le plus grand nombre, dans les états protestants de l'Allemagne, ils se trouvoient être des alliés naturels pour les huguenots de France. Venir piller ce beau pays sous prétexte de servir la foi étoit une trop excellente aubaine pour qu'ils la laissassent jamais échapper. Au premier appel de leurs frères de France ils accouroient. Dans les troupes que Coligny mit en campagne, on comptoit un grand nombre de reîtres; en 1576, 12,000 passèrent le Rhin, sur une invitation de ceux de la religion, invitation qui n'auroit pas eu besoin d'être pressante. Comme on les connoissoit, «avis fut alors donné que le feu et sang se verra en France.» (_Preuves de l'Estoile_, t. III, p. 201.) La plus redoutable de ces invasions fut celle dont il est question ici. Le 13 juin 1587, Schomberg, qui s'étoit rendu en Allemagne pour suivre leurs mouvements, écrivit au roi qu'ils s'armoient au nombre de 9,000, et que, vers le 12 juillet, ils seroient sur le Rhin, où 12,000 Suisses et 6,000 lansquenets devoient se joindre à eux. Le duc Otto de Lunebourg les commandoit. Tout ce qu'on pouvoit espérer, c'est qu'ils retarderoient leur marche jusqu'au commencement d'août. Malheureusement la récolte ne seroit pas faite alors, et, disoit Schomberg, il falloit être assuré qu'elle seroit détruite partout où passeroient ces pillards; ce qui eut lieu en effet, et la disette s'en augmenta. Si du moins, ajoutoit-il, le roi avoit une armée qui pût les arrêter à la frontière! mais les forces étoient trop divisées pour cela, les finances trop pauvres. Un espoir restoit, c'est que leurs alliés de France ne fussent pas prêts à les joindre, et donnassent ainsi le temps de les attaquer et de les détruire séparément: «Si les forces françoises leur manquent, dit Schomberg, ils sont perdus. On leur promet vingt mille François à pied et à cheval; j'écris bien et fais dire partout qu'ils n'y trouveront pas un, si ce ne sont ceux qui s'y trouveront pour leur rompre la teste.» Et ici encore Schomberg disoit vrai.]
Encores que nous soyons en possession sur tous les autres peuples de la terre de ce beau et excellent tiltre de tres chrestien peuple françois, si est-ce que nous sommes si prompts à nous deffier de la grace et misericorde de nostre Dieu, que, lors que les affaires ne nous viennent à poinct nommé et selon que nous les avons pourpensées, nous nous laissons très-lachement couler en une desasseurance de la bonté divine: il ne fault pour preuve de mon dire que les occurences du present. Noz deportemens portent tesmoignage contre nous-mesmes. La saison nous a esté très-apre, la disette grande, la famine universelle. Nous nous laissons presque emporter au long et au loing.
Mais lorsque le desespoir est prest de nous gaigner, la largesse celeste nous retient: la main de Dieu ouvre ses benedictions et thresors d'abondance: il nous remplit de tant de biens, que nous nous trouvons grandement empeschez à les resserrer. Pour cela, nostre legereté ne peult estre asseurce avec solidité en la puissance celeste; nous faisons de mesmes que ceux lesquels, eschappez d'une très perilleuse tourmente, lorsqu'ils se trouvent à bord, ne se ressouviennent du danger auquel ils ont esté; avons-nous des biens à planté[156], il nous semble que nous ne sommes plus ceux lesquels estions battus de la famine, de la souffrette et nécessite.
[Note 156: _Planté_ est un vieux mot qui signifoit multitude, abondance. On lit dans Monstrelet (liv. I, ch. 77): «_Grand planté_ de clergé et de peuple.» Dans Rabelais (I, ch. 4): «Gargamelle mangea _grant planté_ de trippes.» De là, pour signifier _beaucoup_; _en abondance_, l'expression _à planté_ qui se trouve partout (V. _Ancien Théâtre_, t. II, p. 286), ou celle-ci: _à grand'planté_, qui se lit notamment dans ce passage de Monstrelet (liv. II, ch. 39): «Il le fit servir abondamment de tous vivres, hors de vin; mais les marchands chrétiens lui en faisoient delivrer secrètement _à grand'planté_.»]
Et pour ce, afin de nous resveiller, Dieu a permis que l'aquilon a chassé en nostre France une formillières de hannetons, deliberez non point de brotter seulement le tendron de noz arbres, mais de s'emparer de l'estat, nous bannir de nostre propre terre, nous en chasser. Ce coup de fouet a fait gemir les plus advisez souz la juste prudence de nostre Dieu, recognoissans que sa Majesté estoit grandement indignée contre le peuple françois, en ce qu'à peine avoit-il le pied tiré hors de Scylle, qu'il choquoit Charybde; la famine n'estoit presque appaisée, que la guerre venoit moissonner le rapport de l'année, et qui pis est menaçoit l'estat françois de submersion, et nostre saincte Eglise catholique, apostolique et romaine d'esbranlement.
Tant de soupirs, tant de regrets, tant de gemissements, enfin ils ont tasché à semondre la clemence divine à prendre pitié et commiseration des desolations de nostre France, et des restes de son Eglise sacrée, par voeux, par penitences et par autres oeuvres devotieuses. Les autres ont pensé qu'il failoit opposer la force à la force, et monstrer à ceste racaille estrangere quelle estoit la vertu des François; ils y ont porté ce qui s'est peu, la générosité, la magnanimité, l'adresse, leurs moyens, y ont exposé leur propre vie. Les autres, faillis de coeur et tournans le dos à la masle dignité du nom françois et de la magnanimité chrestienne, ont voulu que l'on traictast avec l'estranger[157].
[Note 157: Il en avoit été en effet question dans le conseil du roi, et l'auteur de cette pièce, aussi hostile à Henri III qu'il est favorable aux Guise, ne pouvoit oublier de le dire.]
Aucuns d'eux mesmes ont esté tellement pippez, que, se deffians d'eux-mesmes et de l'assistance celeste, ils se sont rangez avec eux, et de vrais et naturels François qu'ils estoient, ils se sont lachement bandez contre la propre France. Qu'ils prennent tel masque qu'ils vouldront, ils ne se sçauroient sauver que l'on ne les repute pour estre tombez en deffiance de la bonté de Dieu.
Voire mais, ne taxons point. Bien peu d'entre nous se trouveront qui, par l'apparence humaine, ne fit jugement que se rendre du costé des reistres c'estoit suyvre le party le plus fort, une armée estrangère de trente à quarante mil hommes, despouillée de toute humanité, ne respirant que le ravagement de cest estat, secondée des intelligences que le party huguenot et de noz chrestiens à simple semelle avoit pratiqué en France, estoit bien pour affoiblir les forces de la France, et renforcer l'ennemi de nostre France.