Variétés Historiques et Littéraires (09/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 3

Chapter 33,339 wordsPublic domain

[Note 2: Gilles Carillo Alvarès d'Albornos, archevêque de Tolède, grand homme d'Etat du XIVe siècle et l'un de ceux qui contribuèrent le plus a mettre l'Italie sous la dépendance du Saint-Siége. Quant à Ximenès et au cardinal d'Amboise, dont les noms accompagnent celui-ci, on les connoît assez.]

[Note 3: Allusion très hyperbolique aux cinq auteurs dont Richelieu s'étoit entouré et s'étoit fait une sorte de petite académie intime.]

[Note 4: Le maréchal de Marillac avoit été décapité le 8 mai 1632, en place de Grève, et le 30 octobre suivant Henri de Montmorency, aussi maréchal de France, avoit subi le même supplice à Toulouse.]

[Note 5: Ces quatre princesses exilées doivent être la reine mère, qui depuis longtemps déjà avoit dû quitter la France; la princesse de Conti, la duchesse de Chevreuse et la duchesse d'Elbeuf. Elles avoient pris part, contre Richelieu, aux intrigues de l'année 1631, et avoient en effet été envoyées en exil, ainsi que la duchesse de Lesdiguières et Mme d'Ornano.]

[Note 6: Michel de Marillac, frère du maréchal, fait garde des sceaux en 1626, avoit dû se démettre de sa dignité en 1630, et depuis ce temps il avoit été tenu prisonnier, d'abord au château de Caen, ensuite en celui de Châteaudun, où il mourut le 7 août 1632.]

[Note 7: Maître des requêtes, par qui commença la fortune de cette famille, dont faisoit partie M. de Machault, contrôleur général des finances sous Louis XV. Ils descendoient, disoit-on, du renégat juif Denis Machault, qui disparut en 1398, peu de temps après son abjuration. Plusieurs de ses coreligionnaires, soupçonnés de l'avoir tué, furent condamnés à payer une forte somme, avec laquelle on commença la construction du Petit-Pont (Piganiol de La Force, _Descript. de Paris_, t. II, p. 70.). Une inscription en toutes lettres sur laquelle on lisoit: _Judoeus, nomine Machault_, attestoit ce fait. Elle disparut lors de l'incendie du Petit-Pont, en 1718, et l'on eut soin de remarquer qu'un Machault étoit alors lieutenant civil (_Mémoires de d'Argenson_, édit. elzev., t. II, p. 362).]

[Note 8: Isaac de Laffemas, dont on a dit tant de mal. Tallemant, qui n'est jamais le dernier à faire chorus de médisance, a dit pourtant de lui (édit. in-8, t. IV, p. 32): «Quand le cardinal de Richelieu lui fit exercer par commission sa charge de lieutenant civil, il y acquit beaucoup de réputation et ôta bien des abus.»]

[Note 9: Ce vers et le suivant ne se trouvent pas dans le _Tableau de la vie et du gouvernement des cardinaux Richelieu et Mazarin_.]

[Note 10: _Var._: Gasprin.]

[Note 11: François de Rochechouart de Jars, chevalier de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de Lagny. Il avoit été mis à la Bastille «pour avoir eu part, comme dit La Porte, à l'intrigue de M. de Châteauneuf.» (Coll. Petitot, 2e série, t. 59, p. 369.) Il fut d'un grand secours à La Porte pour la correspondance que celui-ci, pendant son emprisonnement, entretenoit avec Anne d'Autriche». (_Id._, _ibid._) Le magnifique hôtel qui se trouvoit rue Richelieu, en face de celui de Mazarin, et que la place Louvois a remplacé en partie, avoit été construit par François Mansart pour le commandeur de Jars.]

[Note 12: _Var._: pali.]

[Note 13: _Var._:

Ils sont ses sacrificateurs, Ce bourreau les a pour ses prestres.]

[Note 14: Pierre Le Messier, dit _Belle-Rose_, le principal comédien de l'hôtel de Bourgogne à l'époque de Richelieu. Il sembloit même que la troupe de ce théâtre fût la sienne, car dans l'_Estat général des gages, appoinctements et pensions_ pour 1641, les 12,000 livres que le roi payoit à cette troupe sont ainsi portés: _pour la bande des comédiens de Bellerose_. Richelieu aimoit le théâtre, on le sait de reste. La musique lui plaisoit aussi beaucoup. Nous avons vu (t. VIII, p. 121) le plaisir qu'il prenoit à faire chanter devant lui Mme de Saint-Thomas, mais nous ne savions pas alors quelle étoit cette cantatrice à la mode. En relisant Tallemant, nous l'avons appris. Il nous dit (édit. in-8, t. IV, p. 49) qu'elle étoit fille du procureur Sandrier, fort jolie et fort coquette. Elle avoit épousé M. de Saint-Thomas, conseiller d'Etat en Savoie. «Elle revint à Paris, dit Tallemant..., où elle se mit à chanter des airs italiens. Elle avoit appris à Turin. Elle fit bien du bruit, mais cela ne dura guère; plusieurs trouvent même qu'elle chante mal, car c'est tout-à-fait à la manière d'Italie; et elle grimace horriblement: on diroit qu'elle a des convulsions.»]

[Note 15: Le 9 juillet 1636, les Espagnols nous avoient pris La Capelle, que le baron du Roc n'avoit défendu que sept jours.]

[Note 16: C'étoit, on le sait, le bouffon du cardinal, qui, dans ses plus grands ennuis, ne trouvoit pas de meilleur remède à s'administrer qu'une _prise de Boisrobert_.]

[Note 17: Peu de temps avant la prise de La Capelle, Jean de Werth étoit allé assiéger Liége pour les Espagnols, mais cette attaque fut bientôt abandonnée pour l'autre tentative, qui réussit mieux. (Aubery, _Vie du cardinal de Richelieu_, liv. V, ch. 35.)]

[Note 18: Le prince de Condé avoit été obligé de lever le siége de Dôle le 15 août 1636. Deux ans après, M. de Condé étant allé mettre le siége devant Fontarabie, on fit une chanson qui se chantoit sur le vieil air des _Zeste_, et dont voici le refrain:

Il prendra Fontarabie, Zeste, Comme il a pris Dôle.

Ce refrain, souvent cité dans les écrits du temps, étoit encore célèbre quand Richelet fit son _Dictionnaire_. Il le prit pour en faire un exemple au mot _zeste_. Là-dessus on bâtit un conte. On prétendit que celui contre qui avoit été faite la chanson, lisant ce dictionnaire, moins grammatical que satirique, étoit tout joyeux de voir que, plus heureux qu'une foule d'autres, il n'y étoit attaqué dans aucun article. Le dernier le fit bien déchanter: c'étoit le mot _zeste_ avec son fameux exemple. Il n'avoit pas perdu pour attendre. Je ne vois qu'un malheur pour l'anecdote, c'est qu'il s'en faut de plus de trente ans qu'elle soit possible. Le prince de Condé, pour qui seul le refrain faisoit épigramme, mourut en 1646, et le dictionnaire de Richelet ne parut qu'en 1680. Cela n'empêchera pas que les _ana_ de l'avenir répéteront l'anecdote, comme l'ont répétée tous ceux du passé.]

[Note 19: V., pour la maladie du cardinal, une pièce de notre tome VII, p. 231.]

[Note 20: Après cette bataille, gagnée le 20 mai 1635, sur le prince Thomas, par les maréchaux de Brezé et de Châtillon, l'armée feignit de se porter sur Bruxelles, ce qui fit que le cardinal-infant y concentra ses forces en toute hâte, dégarnissant ainsi Louvain, seule place où tendoient sérieusement les entreprises de nos troupes. Ce plan, habilement conçu, manqua par la faute du prince d'Orange, qui, jaloux du cardinal, et ne voulant pas contribuer à lui gagner ce nouveau succès, fit lever le siége de Louvain après dix jours d'attaque.]

[Note 21: Le P. Joseph.]

[Note 22: François Sublet de Noyers, surintendant des bâtiments.]

[Note 23: Pierre Séguier, chancelier de France depuis 1635.]

[Note 24: Claude Bouthillier, surintendant des finances, et Léon Bouthillier de Chavigny.]

[Note 25: Le P. Joseph, de concert avec la duchesse d'Orléans, avoit établi la réforme dans le monastère de Fontevrauld.]

[Note 26: Le P. Joseph avoit institué l'ordre des _Filles du Saint-Sacrement_, dites _Filles du Calvaire_. Le couvent que ces religieuses occupoient au Marais avoit été fondé par lui. (V. Piganiol de La Force, _Description de Paris_, t. IV, p. 377-378.) La rue qui met en communication la rue Saint-Louis et le boulevard rappelle ce couvent, dont elle porte le nom. L'église voisine, Saint-Denis-du-Saint-Sacrement, en est aussi un souvenir.]

[Note 27: Le P. Joseph, qu'on appeloit l'_éminence grise_, désiroit fort qu'on l'appelât l'_éminence rouge_, comme Richelieu son patron. On dit que Louis XIII obtint pour lui le chapeau, mais il n'arriva qu'après le 18 décembre 1638, c'est-à-dire lorsque l'ambitieux capucin étoit mort.]

[Note 28: «Jamais, au fond, dit Tallemant, chancelier ne fit moins le chancelier que lui; il est toujours le très humble valet du ministre.» (1re édit., in-8, t. 3, p. 34.)]

[Note 29: Le texte donné dans le _Tableau du gouvernement des cardinaux Richelieu et Mazarin_ la nomme en toutes lettres: La Fabry. C'est la femme du chancelier Séguier, fille de Fabri, trésorier de l'extraordinaire des guerres. (V. _Caquets de l'Accouchée_, édit. elzev., p. 166, note.) Un passage de Tallemant nous explique pourquoi on l'appelle ici cette _serrurière_. «On dit, écrit-il, que le grand-père de Fabri étoit serrurier, d'où vient la pointe _fabricando_, _fabrisimus_.» (Edit. in-8, t. III, p. 35.)]

[Note 30: «C'est, écrit Tallemant, la plus avare femme du monde. Tous les officiers que le chancelier reçoit lui doivent six aunes de velours ou de satin, selon la charge qu'ils ont... De là vient qu'on l'appelle la fripière.» (_Id._, _ibid._)]

[Note 31: «M. de Noyers, dit Tallemant (2e édit., t. III, p. 248), étoit une vraie âme de valet.»]

[Note 32: «Ce petit homme, dit encore des Réaux, vouloit tout faire, et étoit jaloux de tout le monde.»]

[Note 33: Henri-Auguste de Lomenie, comte de Brienne, secrétaire d'Etat, père de celui qui écrivit les fameux Mémoires publiés par M. Fr. Barrière.]

[Note 34: Ce ne peut être ni Paul Phélypeaux de Pontchartrain, mort en 1621, ni Rémy Phélypeaux d'Herbault, mort en 1629; mais bien Louis Phélypeaux de La Vrillière, qui, dès cette époque, étoit secrétaire d'Etat, comme l'avoient été les précédents.]

[Note 35: Servien étoit alors exilé à Angers, mais ce n'étoit pas du tout à cause de son _noble génie_. Une querelle qu'il avoit eue avec Boisrobert, au sujet d'une raillerie que celui-ci avoit faite touchant ses amours avec mademoiselle Vincent, la chanteuse, avoit indisposé Richelieu contre lui. Le cardinal, en effet, donnoit toujours raison à son bouffon. Peu de temps après, Servien avoit dû partir pour le lieu de son exil. (Tallemant, 1re édit., t. II, p. 376-377.)]

[Note 36: Léon Bouthillier de Chavigny, dont il a déjà été parlé.]

[Note 37: C'étoit, en effet, l'homme à tout faire de Richelieu. C'est lui qui fut envoyé à Paris, vers Gaston, pour favoriser à cette petite cour les desseins du cardinal, et il s'y prit si adroitement que Monsieur lui-même fut trompé. (_Mémoires_ de Montrésor, coll. Petitot, 2e série, t. 54, p. 315.) Lors de la conspiration de Cinq-Mars, c'est Chavigny qui fut envoyé par Richelieu vers le roi, porteur du traité conclu par Monsieur, Cinq-Mars et le duc de Bouillon, avec l'Espagne. (_Mémoires_ de La Châtre, coll. Petitot, 2e série, t. 49, p. 384.)]

[Note 38: Richelieu avoit, en effet, la plus grande affection pour Chavigny, et la plus entière confiance en son habileté. «Il prend, dit Tallemant (édit. in-12, t. II, p. 232), M. de Chavigny pour le plus grand génie du monde.»]

[Note 39: Urbain de Maillé, marquis de Brézé, maréchal de France, devoit sa haute position à sa femme Nicole, du Plessis-Richelieu, soeur du cardinal. Elle étoit morte le 30 août 1635, mais la faveur du maréchal avoit continué.]

[Note 40: Charles de La Porte, duc de La Meilleraye, maréchal de France, cousin germain du cardinal de Richelieu.]

[Note 41: Le marquis de Coislin, neveu du cardinal, pourvu de la charge de colonel général des Suisses après Bassompierre.]

[Note 42: M. Pont-de-Courlay, autre neveu du ministre, qui avoit le grade de général des galères. Tallemant parle d'une peinture que le duc de Roannez possédoit dans son château d'Oiron, vers Loudun, où se voyoit le ministre, avec une partie de ces parents dont il avoit fait l'élévation: «Le cardinal de Richelieu est peint habillé comme la Fortune, qui tend un bâton de maréchal à un petit grimaud qui représente La Meilleraye; donne une ancre à un fort vilain gobin, le général des galères Pont-de-Courlay, et les enseignes des Suisses au colonel des Suisses, le maréchal de Coislin, autre bossu.» (Edit. in-12, t. III, p. 53.)]

[Note 44: Claude Bullion, surintendant des finances.]

[Note 45: Bernard, duc de Saxe-Weimar, l'un des bons capitaines de ce temps-là, qui avoit mis alors son épée au service de la France.]

[Note 46: «Cornuel, president à la Chambre des Comptes, dit Amelot de la Houssaye (_Mémoires historiques_, t. 2, p. 428), avoit toute la direction des finances sous la surintendance de Bullion. Il etoit très bel homme, et avoit une belle femme, dont on dit que le surintendant étoit fort amoureux.»]

[Note 47: «On appeloit Bullion le _Gros-Guillaume raccourci_», dit Tallemant, qui savoit sa _Milliade_ par coeur, et qui prouve ainsi combien les traits de cette satire furent bientôt répandus et populaires. (Edit. in-12, t. 2, p. 196.)]

[Note 48: «Le surintendant, écrit Amelot de la Houssaye, se servit encore d'un autre homme, nommé Jacques Coquet, qui entendoit assez bien les finances, mais encore mieux l'art de negocier en amour. Cornuel lui vendoit sa femme, et Coquet des maîtresses.» (_Mémoires historiques_, t. 2, p. 429.) Tallemant dit aussi en toutes lettres: «Coquet étoit le maquereau de Bullion.» (1re édit. in-8, t. 3, p. 376.)]

[Note 49: Nicolas Le Jay, premier président du parlement de Paris.]

[Note 50: Cette terre avoit été érigée en baronnie, et le président, ainsi que son fils Charles; portèrent le titre de baron de Maisonrouge.]

[Note 51: La femme du président Le Jay étoit en effet fille de Charles Marchand, capitaine des trois corps d'archers de la ville, et le même qui fit construire à ses frais le pont ainsi nommé, à cause de lui, pont Marchand, à la place du Pont-aux-Meuniers, écroulé le 21 décembre 1594.]

[Note 52: A la suite de ce vers se trouvent ceux-ci, dans le texte donné dans le _Tableau de la vie et du gouvernement_, _etc._:

Il ne desiroit pour tombeau Que celui dont vit Isabeau.]

[Note 53: Allusion à la victoire que M. de Thoiras avoit remportée sur les Anglois dans l'île de Rhé, en 1629, et à la belle défense que les François avoient faite à Casal en 1629 et en 1630, et a Mantoue vers le même temps.]

[Note 54: En 1634, le duc de Lorraine, pour échapper aux engagements qu'il avoit pris avec le roi, ayant cédé ses états au cardinal François, son frère, Louis XIII le punit de sa mauvaise foi insigne en mettant la main sur toute la province. C'est ce que notre satirique appelle ici une usurpation du cardinal.]

[Note 55: Soeur de Pont-Courtay, et partant nièce du cardinal. Après l'affaire du pont de Cé, pour établir un semblant d'alliance entre lui et MM. de Luynes, Richelieu avoit fait épouser cette nièce à Antoine de Beauvoir du Roure, seigneur de Combalet, neveu du duc de Luynes. Plus tard, il la fit duchesse d'Aiguillon.]

[Note 56: A la fin de l'_Histoire secrète des amours du cardinal de Richelieu avec Marie de Médicis et madame de Combalet_, curieux mémoire publié, on ne sait pourquoi, par Auguis, dans ce qu'il appelle les _Révélations indiscrètes du XVIIIe siècle_, 1814, in-12, p. 145-182, on lit ceci: «Elle (madame de Combalet) eut dans la suite de grandes liaisons avec madame du Vigean, qui n'étoit pas plus prude qu'elle.» Tallemant (édit. in-12, t. 2, p. 204) fait foi lui-même de ces relations et de l'influence de madame de Vigean sur madame de Combalet.]

[Note 57: Ces deux vers manquent dans l'édition in-4º.]

FIN.

_Le Duel signalé d'un Portugais et d'un Espagnol[58]._

_Extrait d'une lettre escritte de Lisbonne à Paris, au Prince de Portugal[59]._

_Du Bureau d'adresse, au Grand-Coq, rue de la Calandre, près le Palais, à Paris, le 31 aoust 1633._

_Avec privilége._

[Note 58: Bien que cette pièce intéresse une des époques les plus curieuses de l'histoire du Portugal, nous la reproduisons ici moins pour elle-même que pour le singulier _appendice_ que lui a donné son premier éditeur. Cet _appendice_, comme on le verra, n'est pas autre chose qu'une feuille de _petites affiches_ en 1633.]

[Note 59: Ce prince de Portugal est D. Cristovao, l'un des deux fils du prétendant D. Antonio, prieur de Crato, qui, sans avoir des droits légitimes, avoit le plus énergiquement lutté, par tous les moyens possibles, pour que le Portugal n'eût d'autre roi qu'un prince portugais. On sait qu'après avoir tout tenté pour arracher son pays à la domination espagnole, D. Antonio mourut à la peine en 1595, ne laissant que ses prétentions pour héritage à son fils. D. Cristovao fut le seul qui resta en France. Nous savions qu'il y étoit encore en 1632, car cette année-là du Moustier fit son portrait. (V. notre volume _Un Prétendant portugais au XVIe siècle_, 1852, in-12, p. 44, 85, 95.) La date de la pièce reproduite ici prouve que l'année suivante il s'y trouvoit encore. Il y vivoit d'une pension que lui faisoit le roi, comme on peut le voir par une pièce que possédoit M. de Joursanvault. (V. le _Catalogue_ de sa collection, 1re partie, p. 35, nº 257.)]

J'ai disputé à par moy se je vous ferois part d'un combat memorable arrivé le 27 du passé entre deux personnes de telle qualité qu'il semble plustot un combat de nation que de personne à autre; mais, voyant que les Espagnols en semoyent le bruict à leur avantage, sur ceste maxime qu'à mal exploiter il n'est que de bien escrire, je me suis senti obligé à vous en mander la verité.

Les Espagnols sont de tout temps mal voulus des Portugais, et leur histoire moderne nous apprend qu'ils ont porté leur animosité jusques au Nouveau-Monde, au partage duquel ils ne se sont jamais pu accorder, bien que le S. Siége s'en soit meslé. Mais ceste haine est venuë à son comble lorsque les Espagnols se sont rendus maîtres du Portugal, aneantissans les beaux priviléges de ceste grande province, et mesmes lorsqu'ils ont changé leur liberté en des citadelles, le moyen ordinaire dont se servent les Espagnols pour retenir sous leur domination les peuples par force, puisqu'ils ne le peuvent par amour.

La garnison espagnole qui estoit dans la citadelle de Lisbonne s'estant voulu égayer dans la ville et y vivre avec moins de retenue, les bourgeois portugais, ausquels une domination estrangère ne peut faire oublier leur generosité, lassez de leur façon de faire, l'ont naguères rechassée dans leur citadelle, sans leur vouloir souffrir de remettre le pied dans la ville.

Ce que dom Federico de Tolède[60], general de l'armée espagnole, n'ayant pu endurer sans leur tesmoigner son ressentiment, lascha quelques parolles au desavantage des Portugais; de quoy estant adverty dom Francisco Mascarenhas, gentilhomme portugais de l'ordre de Christo (qui est le principal ordre de Portugal), homme de grande reputation, tant pour avoir fait de grands exploits d'armes aux Ost-Indes que pour avoir esté chef de la faction portugaise qui chassa les Espagnols dans cette citadelle, comme je vous ay dit, employa cinq jours entiers à chercher dom Federico, et l'ayant enfin trouvé seul en une place de cette ville de Lisbonne ditte Terrero de Passo, sur les quatre heures après midy, il luy dit: «Me voilà bien content d'avoir rencontré vostre seigneurie, pour luy demander raison du blasme qu'elle donne aux gentilshommes portugais, dont le moindre vaut mieux que tous les Espagnols; mais afin que vostre meschanceté et impudence face recognoistre vostre tort devant Dieu et le monde, je vous appelle au combat Dos Cardaiz. Amenez-y tant d'Espagnols que vous voudrez: j'ay si bonne opinion de moy qu'avec le tiltre que je porte de Mascarenhas et mon ordre, il y aura assez de moy tout seul pour battre tous les Castillans; il ne reste plus qu'à me donner l'heure, à laquelle je ne manqueray point de me trouver.»

[Note 60: Fils du duc d'Albe et le même qui s'étoit illustré par la prise de Mons en 1573. On sait que le duc d'Albe avoit contribué plus que personne à la conquête du Portugal par les Espagnols. Le gouvernement de Lisbonne revenoit donc de droit à quelqu'un des siens.]

Dom Federico luy respondit en se mocquant: «Je suis bien aise qu'il y ait en ce royaume une personne si vaillante que vous, qui ait la hardiesse d'appeler au combat un général de l'armée espagnole; mais quant à moy, qui suis ministre de Sa Majesté Catholique, je ne le puis accepter.»

Mascarenhas repart: «Je jure par mon ordre que, si vous ne l'acceptez pas, je vous decrieray par tout le monde comme un poltron, et le moindre mal qui vous puisse arriver à la première rencontre est d'avoir l'oreille coupée. Espagnols, quand vous parlez des Portugais, apprenez à mettre les deux genoux à terre.--Eh bien, dit lors Federico, pour faire donc plaisir à si vaillant Portugais, j'accepte l'appel et me trouverai demain au lieu assigné dès les six heures, non, dès les quatre heures après midi, vous donnant avis au parsus que j'iray en général.»