Variétés Historiques et Littéraires (09/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 23

Chapter 231,583 wordsPublic domain

[Note 334: On peut consulter, au sujet de ce droit, _Les Statuts, Ordonnances, Règlements, Antiquités, Prérogatives et Prééminences du royaume de la Basoche_, petit volume publié à Paris en 1586, réimprimé en 1664, mais néanmoins très rare. Le droit de prendre _trois arbres_ dans la forêt de Bondy, pour la fête du Mai, avoit été accordé par François Ier aux clercs de la bazoche, en récompense de la vaillante campagne qu'ils étoient allés faire, pour son service, en 1547, contre les paysans révoltés de la Guienne. Trois jours avant d'aller chercher les arbres du Mai, les dignitaires de la bazoche alloient, musique en tête, donner des aubades aux magistrats du Parlement. Henri III leur avoit interdit de donner le titre de roi à leur chef, qui ne dut plus s'appeler que chancelier; mais ils avoient conservé le droit qu'un arrêt de 1562 leur avoit accordé, de traverser la ville, soit de nuit, soit de jour, avec des flambeaux. Le premier dimanche de mai étant venu, tous les basochiens, en habits de fête, se réunissoient dans la cour du Palais; un beau discours sur l'excellence de la corporation étoit prononcé, puis l'on partoit pour la forêt de Bondy. On déjeunoit à l'entrée, en attendant que messieurs des eaux et forêts, avec leurs gards, eussent rejoint la bande. De nouvelles harangues étoient prononcées; on choisissoit les trois arbres, et on les marquoit; l'on dînoit ensuite sur l'herbe, et l'on reprenoit enfin le chemin de Paris. Les fêtes continuaient jusqu'au vendredi suivant, jour de la plantation solennelle du Mai, qu'on dressoit pavoisé de banderolles et orné de l'écusson aux trois écritoires d'or, dans la cour du Palais. C'est encore à François Ier que la bazoche devoit ces armoiries. Les deux autres arbres pris dans la forêt de Bondy étoient vendus, et le prix qu'on en retiroit formoit, avec le produit de certaines amendes et l'impôt prélevé sur les _becs jaunes_ ou bienvenues des nouveaux, le revenu du noble royaume.]

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Registrées, ouï et ce requerant le procureur general du roi, pour être executées selon leur forme et teneur, suivant l'arrêt de ce jour. A Paris, en parlement, les grand'chambre et Tournelle assemblées, le douze août mil sept cent soixante-dix-sept.

_Signé_ YSABEAU.

_Histoire admirable arrivée en la personne d'un chirurgien, qui fut condamné par justice, il y a environ quatre mois, comme homicide de soy-mesme._

_A Paris._--M.DC.XLIX.

In-4[335].

[Note 335: Pièce fort rare, à laquelle, comme à toutes celles du même temps et du même format, M. C. Moreau auroit certainement donné place dans son excellente _Bibliographie des mazarinades_, s'il l'eût connue.]

Dieu, dit le prophète, est aussi admirable en ses saincts qu'il est sainct en ses actions et judicieux en sa conduite sur les hommes; nous avons des preuves de cette verité infaillible dans toutes les histoires, où nous remarquons que ce n'est pas d'aujourd'huy que le ciel mesnage nos vies et nos fortunes d'une manière qui nous est inconnue, et mesme que nous ne devons pas penetrer par respect. Mais l'histoire suivante, que je vais raconter et qui s'est passée en cette ville de Paris il y a environ quatre mois, en fera foy. Un honneste homme, chirurgien de son art, nommé Jacques de la Cressonnière, natif de Boiscommun, avoit commencé sa fortune avec feu monsieur de Bordeaux, au service duquel il avoit amassé quelque chose; de là en après il s'engagea à celuy du feu chevalier Garnier, qui est mort gouverneur de Toulon, ville frontière de France et de Savoye, et un port de mer d'importance; de sorte qu'il fut avec luy en Catalogne à la prise de Rose, et de là au siége d'Orbitello, à la prise de Portolongone et de Piombino, où moy-mesme qui escris avec larmes, et non sans estonnement, l'accident funeste de sa deplorable mort, l'ay veu mille fois et conversé avec luy civillement et honnestement. Cet homme donc retourné de tous ces voyages, après avoir rendu les derniers devoirs à son bon maistre, vint à Paris, où desjà dans quelques autres rencontres il avoit contracté affection avec quelque sage fille dans l'esperance d'un legitime mariage; et comme ses amis le jugeoient sur le point de s'engager dans les liens de l'hymenée, le bruit couru que luy-mesme, par un desespoir estrange, s'estoit rendu esclave des demons et captif de la mort, laquelle fut approuvée de la justice comme violentée, et pour ce son cadavre condamné d'estre privé de sepulture en terre saincte[336]. Or beaucoup allèguent plusieurs raisons de s'estre ainsi donné la mort: les uns disent qu'ayant somme d'argent, il l'avoit donnée à garder à un procureur, qui, manquant de pratique durant cette guerre, avoit gagné les champs et volé la Cressonnière; les autres asseurent qu'il s'est osté la vie pour avoir esté mal recompensé de son maistre, comme il arrive assez souvent que les meilleurs services sont payez d'ingratitude; les autres enfin protestent que c'est l'amour qui a causé son aveuglement et sa perte, et que cette meurtrière l'a couvert de playes et d'infamie, au lieu qu'elle comble les autres de joye, de gloire et de contentement. Mais ce qui est de plus estrange en cette histoire, c'est que les signes qui paroissent en sa personne font aucunement douter si sa mort est venue de luy ou d'autres. Je dis cecy sans offenser ny interesser personne, et le plus asseuré c'est de laisser l'affaire au jugement de Dieu. Neantmoins l'on juge par les accidens qu'il y a en ce rencontre quelque chose d'extraordinaire. En effet, quelle apparence qu'un corps ensevely depuis quatre mois parmy les immondices, les puanteurs, les charongnes et les ossemens des animaux, ait encore la main palpable, la chair blanche, et les nerfs avec mouvement, si ce n'est par permission de Dieu, qui fait connoistre par ces signes qu'il veut que l'on espluche l'affaire de plus près, et que l'on en examine les circonstances. S'il est vray ce que plusieurs disent avoir veu de leurs yeux, que son bras soit elevé hors de terre, et que sa main piquée d'une lancette ait rendu du sang, sans doute ce sang demande vengeance, et ce bras s'estend pour chastier les coulpables de sa mort. Ce n'est pas d'aujourd'huy que la justice se trompe, qu'elle rend des innocens criminels, et des criminels en fait des innocens. Sainct Nicolas fit miracle en la personne de trois marchands qui avoient esté condamnez au gibet injustement; et les annales rapportent qu'un prevost de Paris fut obligé de faire dependre de la potence trois jeunes hommes de Ponthoise qu'il avoit fait mourir avec trop de precipitation, les conduire la torche au poing jusques au lieu de leur naissance, comme pour faire amende honorable à leur innocence, et les faire inhumer à ses despens. Enfin, sans blamer les juges, ils ont devant les yeux un bandeau qui souvent leur cache la verité d'une affaire, comme les medecins nous laissent mourir pour ne pas connoistre nos maladies. Et pour conclusion, bien que ce malheureux se soit donné la mort luy-mesme, non pas la justice, le grand concours de peuple neantmoins qui va en foule et avec empressement voir ce cadavre à demy vivant, nous fait croire qu'il y a quelque chose de prodigieux, puisque la voix du peuple est celle du ciel, et qu'elle passe pour des inspirations d'en haut.

[Note 336: Sur les procès faits aux suicidés et sur les peines infligées à leurs cadavres, V. t. VI, p. 63.]

FIN DU TOME IX.

TABLE DES PIÈCES

CONTENUES DANS CE VOLUME.

1. La Milliade, satyre contre le cardinal de Richelieu 5

2. Duel signalé d'un Portugais et d'un Espagnol 47

3. Quinziesme feuille du Bureau d'adresse (1er septembre 1633) 51

4. Deluge du faubourg Saint-Marcel (9 avril 1579) 63

5. La Bravade d'Amour 71

6. Description du tableau de Lustucru 79

7. Catalogue des princes, seigneurs, etc., qui accompaignent le roy de Pologne (1574) 81

8. Lettre à tous les seigneurs de la cour, pour leur donner avis de la mort du singe Macaty 107

9. Le vray Discours sur la desconfiture des Reistres (nov. 1587) 111

10. La Promenade du Cours (1630) 125

11. Discours de M. Guillaume et de Jacques Bonhomme sur la defaicte de trente-cinq poules et le cocq 137

12. Le Bourgeois poly, par Fr. Pedoue (1631) 145

13. Memoire pour les coeffeuses, bonnetières et enjoliveuses de la ville de Rouen (1773) 215

14. Nouveaux compliments de la place Maubert, des Halles, du cimetière Saint-Jean, etc. (1644) 225

15. Discours véritable de la vie, mort, et des os du geant Theutobocus (1613). 241

16. Nouvelle de la venue de la royne d'Algier à Rome (1587). 259

17. La Prise du capitaine Carfour, un des insignes et signalés voleurs qui soient en France (1622). 267

18. Effroyables pactions faites entre le diable et les pretendus Invisibles (1623). 275

19. La Journée des Dupes, par St-Simon. 309

20. Louis XIII au Pas de Suze, relation par le même. 327

21. Passe-port pour l'autre monde, delivré par les jesuites, moyennant 200,000 florins (29 mars 1650). 337

22. Lettre du sieur d'Aligre au chancelier Seguier, sur une proposition scandaleuse touchant le pouvoir des papes sur les rois (29 oct. 1660). 339

23. Deposition sur la supposition de part de Marie, reine d'Angleterre, femme de Jacques II. 341

24. Le Courtisan à la mode. 351

25. Lettre du Roi pour que les arbres du Mai soient pris dans le bois de Vincennes. 359

26. Histoire admirable arrivée en la personne d'un chirurgien, condamné comme homicide de soy-mesme. 363

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