Variétés Historiques et Littéraires (09/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 22

Chapter 223,709 wordsPublic domain

Ici le prince de Galles seroit né d'un bourgeois; ailleurs on le dit fils d'un meunier. Au bas d'une caricature gravée par Romain de Hooghe, et indiquée dans le catalogue Leber (t. IV, nº 569), on lit: _L'Europe allarmée pour le fils d'un meunier_. Voici le titre de quelques autres pasquils et pamphlets sur cette curieuse affaire: _La Couronne usurpée et le Prince supposé_, 1689, in-12; _Consultation de l'oracle par les puissances de la terre, pour savoir si le prince de Galles est supposé ou légitime_, Whitehall, 1688, in-12; _Lettre du P. de la Chaize au P. Peters, confesseur du roy d'Angleterre, sur le bon succès qu'on a eu à faire et à inventer le prince de Galles_, imprimé en 1688, qui est l'an de tromperie; _Le Roi prédestiné par l'esprit de Louis XIV, avec plusieurs lettres concernant l'accouchement de la reine d'Angleterre_, 1688, in-12; _L'Ancien bâtard_ (c'est Louis XIV) _protecteur du nouveau_, 1690, in-12; _Le Retour de Jacques II à Paris_, comédie.]

La deposition d'Antoine Trainier, sieur de Lagarde, faite pardevant le chevalier Jean Holt, chef de justice d'Angleterre, ce jourd'hui 21 janvier 1690, qui, faisant serment sur les saints Evangiles, depose ce qui s'en suit:

Qu'estant à Paris, prêtre et confesseur, dans l'année 1688, une dame nommée Longueil, qu'il confessoit ordinairement, lui declara qu'elle alloit en Angleterre pour y accoucher, ce qui l'obligea à lui demander quelle en estoit la raison, puisque autrefois elle partoit d'Angleterre pour venir accoucher à Paris; elle lui respondit que c'estoit un mystère, et, en lui disant de prier Dieu pour que son dessein reussit, lui dit qu'elle esperoit de faire sa fortune, dont elle lui feroit ensuite quelque part.--Pour lors, ladite dame Longueil donna de l'argent audit deposant pour dire quinze messes à cette intention, lui promettant à l'instant de lui decouvrir à son retour ce mystère.--Elle partit aussitôt sans rien ajouter autre chose, et cela s'est passé sur la fin du mois d'avril en l'année ci-dessus.

Ledit deposant ajoute qu'environ le commencement du mois d'aoust, ladite dame Longueil, à son retour d'Angleterre, le vint voir avec empressement, lui expliqua le mystère dont elle lui avoit parlé ci-devant, lui disant qu'elle avoit bien reussi dans son dessein, et qu'apparemment Dieu avoit exaucé ses prières. Elle commença par lui dire que c'estoit la plus agreable aventure du monde; et, lui ayant demandé quelle elle estoit, elle lui repondit que la reine d'Angleterre n'ayant point d'enfans, avoit toutefois formé le dessein, pour la gloire de Dieu et l'avancement de la religion catholique, de donner un heritier à la couronne d'Angleterre, et qu'elle s'estoit engagée, en ayant esté sollicitée par madame de Labadie, commissionnaire de ladite reine, de donner son enfant, en cas qu'il fût mâle, pour estre fait prince de Galles; et ladite dame continua de dire audit deposant que la chose estoit en tel estat que son fils estoit effectivement et veritablement prince de Galles, quoyque cela ne se fust pas fait sans quelque difficulté, puisqu'on avoit choisi d'abord, entre quatre enfants qui estoient dans la mesme maison pour le mesme dessein, celui d'une demoiselle qui appartenoit à la duchesse de Portsmouth; mais parce que cet enfant ayant été jugé estre d'une petite santé et de peu de vigueur, on changea de dessein, et on lui prefera le sien.

Ladite dame de Longueil a declaré audit deposant que c'estoit dans la maison de ladite dame de Labadie qu'elle et les autres femmes avoient accouché, et que toutes lesdites femmes qu'on avoit choisies pour ce pieux dessein avoient reçu ordre de sortir incessamment du royaume, mais toutes chargées de grands dons et de riches presents, et que pour elle, en son particulier, elle avoit encore une condition bien plus fortunée et plus avantageuse, qui estoit que la reine d'Angleterre lui donnoit, non-seulement mille livres sterling de pension, mais mesme lui promettoit de faire souvenir ledit prince de Galles, à mesure que ses années croîtroient, des grandes obligations qu'il lui avoit, ce qui obligea ledit deposant à demander à ladite dame de Longueil si elle avoit une assurance positive de cette pension; sur quoy elle repondit à l'instant qu'il n'y avoit convention au monde plus certaine que celle qui assuroit sa pension, et en mesme temps, elle fit voir audit deposant ladite convention par escrit, qui contenoit sommairement que ladite reine d'Angleterre accordoit à ladite dame de Longueil ladite somme de mille livres sterling de pension, avec promesse de faire souvenir ledit prince de Galles du grand service qu'elle lui avoit rendu.

Ledit deposant declare de plus que dans le temps que le roy d'aujourd'hui estoit sur le point d'arriver en Angleterre, ladite dame de Longueil recevoit souvent des lettres d'Angleterre, qu'elle lui faisoit voir, qui l'alarmoient beaucoup, dans la crainte où elle estoit qu'il arrivast quelque accident audit prince de Galles; et pria le deposant de faire plusieurs prières à Dieu pour sa conservation; mais à l'arrivée du roy Guillaume en Angleterre, immediatement après la reception d'une lettre, le deposant dit que ladite dame de Longueil l'alla voir toute eplorée et dans une extrême tristesse, en disant audit deposant qu'elle estoit au desespoir dans la crainte qu'elle avoit que le prince de Galles tombast entre les mains du prince d'Orange, priant instamment ledit deposant de redoubler ses voeux au ciel pour sa conservation, et ajouta plusieurs autres paroles qui seroient difficiles et inutiles à rapporter.

Ledit deposant declare, de plus, que ladite dame de Longueil lui a dit qu'on avoit transporté ledit prince de Galles de Londres à Portsmouth, et qu'on cherchoit soigneusement les moyens de le conduire à Paris; et, la larme à l'oeil, dit qu'elle apprehendoit extrêmement qu'il n'arrivât quelque malheur dans cette entreprise.

Quelque temps après, ladite dame de Longueil, toute joyeuse, alla voir ledit deposant, et lui annonça l'arrivée du prince de Galles avec la reine à Saint-Germain; et, peu de jours après, ayant invité ledit deposant d'aller voir le prince de Galles, le fit monter en carrosse avec elle et le conduisit dans la chambre où estoit ledit prince de Galles, auprès duquel estoient plusieurs dames qui estoient inconnues au deposant, à la reserve de ladite dame de Labadie que ladite dame de Longueil lui fit connoître sur le champ, en lui disant à l'oreille que c'estoit chez elle que toute l'histoire s'estoit passée; et ladite dame de Longueil demanda audit deposant s'il n'estoit pas vrai que le petit Colin, son fils, avoit beaucoup de l'air du petit prince; et en disant ces paroles, elle sourioit avec madame de Labadie; et ledit deposant respondit qu'ouy, d'autant plus qu'il connoissoit parfaitement les enfants de ladite dame de Longueil.

Ledit deposant dit de plus qu'il y a huit ou neuf ans qu'il a connu ladite dame de Longueil, et que depuis ce temps-là elle lui a fait voir des lettres escrites par les Pères Mansuet et Gallé, confesseurs du duc et de la duchesse de York, avec lesquels elle avoit un particulier commerce de lettres, et qu'elle passoit souvent d'Angleterre en France, et de France en Angleterre.

Ledit deposant declare aussi que les superstitions de l'Eglise romaine, et le cruel traitement des protestants en France, joint avec l'infame supposition du prince de Galles, l'ont fait prendre incessamment la resolution d'abjurer lesdites superstitions pour embrasser la pureté de l'Evangile; et, pour cet effet, s'est rendu à Dieppe au mois d'octobre 1688 pour passer en Angleterre, mais en ayant esté empesché par le lieutenant de l'amirauté et par le procureur du roy, il fut obligé de retourner à Paris, et il en partit le 25 du mois de mars suivant, se rendit à Calais, où ayant aussi esté empesché de passer, il se rendit à Nieuport, d'où il passa heureusement en Angleterre, et abjura aussitôt ladite religion romaine entre les mains de M. Allix, qui lui estoit connu pour un fameux ministre, comme il paroît par le certificat qu'il a donné au deposant, qui marque qu'il a fait son adjuration le 21 avril 1689.

Ledit deposant declare derechef que, sur le bruit de la découverte de la supposition du prince de Galles, est allé trouver M. Taaffe, ayant entendu dire qu'il estoit un de ceux qui avoient dejà travaillé à ladite decouverte, afin de lui donner la connoissance qu'il en avoit, lequel M. Taaffe, estant malade, l'a adressé deux jours après au comte de Bellomont, au château de Saint-James, le 19 de ce present mois de janvier, auquel il a laissé écrit de sa propre main tout ce qui est ci-dessus.

_Signé_: ANTOINE TRAINIER[324].

[Note 324: Dans le même manuscrit se trouve une autre copie de la même déposition, écrite de la même main. On y lit à la fin: _Sworn before the lord-chief-justice Holt the 26 day of jan. 1690_ (juré avec serment devant le lord-chef-justice Holt le 26 janvier 1690).]

_Le Courtisan à la mode, selon l'usage de la cour de ce temps, adressé aux amateurs de la vertu._

1625.--In-8[325].

[Note 325: Pièce fort rare et fort curieuse, souvent citée par nous dans les notes du _Satirique de la Cour_, t. III, p. 241. Elle n'a pas été connue du bibliophile Jacob, qui n'eût pas manqué de la réimprimer, comme il l'a fait de tant d'autres, dans son recueil, publié pour l'étranger et introuvable à Paris: _Costumes historiques de la France_, 1852, grand in-8.]

Ces valeureux courtisans qui font estat d'avoir veu le monde, et comme les perroquets parlent divers langages: quant à moy, je n'estime pas dire avoir veu le monde, de regarder des bastimens de terre et des eaux, combien que cela serve.

Mais quand je dis avoir veu le monde, j'entends cognoistre la manière de vivre des nations, les proprietez et singularitez particulières qu'ont les unes et les autres; ce que l'on peut taire quelquefois sans aller loing et faire des courvées.

Il faut seulement, se trouvant en quelque ville celèbre, frequenter des personnes de nations diverses, faisant profit de leurs actions et discours, et remarquer curieusement ce qui est digne de recommandation.

Ou, au contraire, plusieurs de ce siècle, qui passent une partie de leur vie ès païs estrangers, retournent aussi grossiers et peu cognoissant le monde qu'un simple paysan qui ne perdit jamais le clocher de sa parroisse, hormis qu'ils font un peu mieux la morgue, marchent plus delicatement sur la poincte du pied, sçavent faire la reverence, branslant la teste en cadence et en discours, disent à tous propos _chouse_, _souleil_[326], mâchent fort bien l'anix, rongent le cure-dent[327].

[Note 326: Sur cette prononciation, toute parisienne et fort à la mode alors, V. t. VI, p. 262, note 2. Balzac se moque de l'usage où l'on étoit à la cour de prononcer _o_ comme si c'étoit la diphthongue _ou_: «Toute la France, dit-il dans sa lettre à Chapelain, du 20 janvier 1640, prononce _Roume_ et _lioune_.»--Dans _La Mode qui court et les Singularitez d'icelle_, etc., 1612, in-8, la mode figura sous le nom de _Chouse_.]

[Note 327: On en avoit de bois de senteur ou de paille, à la façon espagnole. Le connétable de Montmorency avoit toujours un cure-dents aux lèvres, et il falloit se tenir en défiance quand il se mettoit à le mordiller. Ce quatrain courut vers 1565:

De quatre choses Dieu vous guard: Des patenostres du vieillard, De la grand main du cardinal, Du cure-dents du connestable, De la messe de L'Hospital.]

Et cela est tout ce qu'ils ont retenu et sçavent faire.

La France, plus que province du monde inconstante, grossière d'inventions, en produict et enfante tous les jours de nouvelles. L'un des plus illustres personnages de ce temps, parlant du _mignon François_.

. . . . . . . . . . . Qui Guenon affecté Des estrangères moeurs cherche la nouveauté, Et ne müe inconstant si souvent de chemise, Que de ces vains habits la façon il deguise.

C'est bien pis au temps où nous sommes, auquel l'on porte la barbe poinctüe, les grandes freizes, les chapeaux hors d'escalades, et d'autres en preneurs de taupes, l'espée la poincte haute, bravant les astres, et crains encores à l'advenir un plus grand debordement de moeurs et humeurs, chose beaucoup plus dangereuse que la superfluité des habits: ce qu'apprehendoit ce poëte liricque.

_Damnosa quid non imminuit dies[328]? Ætas parentum, pejor avis, tulit Nos nequiores mox daturos Progeniem vitiosiorem._

[Note 328: Horat. Lib. III, Od. 1, v. 37.]

Pourquoy nous mocquons-nous d'Hercule quand nous lisons qu'il prit l'habit d'une servante, sinon pour ce qu'il avoit laissé son coeur d'homme et avoit prins celuy de femme, et tant qu'il fut vestu de cet habit, il ne sceut que porter la quenoüille.

Ainsi plusieurs de nos fendeurs de nazeaux qui ont commencé parmy les nations estrangères sans avoir exercé l'art militaire, ne sçavent faire acte de vaillance, quelque morgue qu'ils facent, et la response que fit la belle Heleine à ce mignon et damoiseau Paris leur est fort convenable, lequel persuadant de le suivre à Troye, et luy raconter les braves exploits de guerre, elle le voyant sans armes, ains poupin mignonnement frizé et coiffé de son amour luy dit:

_Quod bene te jactas, et fortia facta recenses, A verbis fades dissidet ista suis; Apta magis Veneri, quam sint tua corpora Marti. Bella gerant fortes; tu, Pari, semper ama_[329].

[Note 329: Ovide, _Epist. Heroidum_, Helena Paridi, _ad fin._]

Et parce que ceste galante response est digne de remarque, et que les dames de la Cour en facent leur profit pour gausser en ces genereux cavalliers, j'ay mis ces vers françois:

Quant à vos preux et vaillans faicts Dont vous tenez si grand langage, Je le crois, mais vostre visage Ne me semble point si mauvais: Vous estiez nay mieux pour les femmes Que pour les armes et debats. Laissez aux autres les combats, Mignons, faictes l'amour aux dames.

Je ne tance point par ces vers les braves guerriers et genereux enfants de Mars, qui, pour estre amoureux de la belle Venus, ne laissoient de se trouver aux lieux d'honneur, et faire leur devoir à la guerre.

Ce pacquet s'addresse à certains plumeurs, tellement effeminez qu'ils n'auroient le courage de voir esventer une veine, et cependant ces braves capitaines, en temps de paix, veulent estre estimez des Achilles, des Hercules, et, assis auprès de leurs dames, font à tout propos des rodomontades qu'on diroit, à les ouyr parler, qu'ils avalleroient des charrettes ferrées, prendroient la lune avec les dents, mettroient le soleil en capilotades; que si on demandoit à tels pipeurs preneurs de papillons, vrays Prothées de Cour, pourquoy ils changent si souvent de face et de grimace, ils vous respondront que leur habit, leur demarche et leur barbe est à l'espagnolle[330].

[Note 330: Sur ces modes à l'espagnole, V. t. III, p. 244. On chantoit alors ce couplet, qui a pris place dans la _Comédie de chansons_, 1640, in-8, p. 41:

Bien que nous ayons changé nos pas En des démarches espagnolles, Des Castillans pourtant nous n'avons pas Les humeurs, ni les parolles, Et ceux qui comme nous sont vaillants et courtois Ne sçauroient être que François.]

Il voudroit mieux les imiter en ce qui est de vertueux et louable, non-seulement en eux, mais en toutes les nations du monde: car nous devons, sans distinction de personnes, sexes et qualitez, naturaliser la vertu estrangère.

Et si pour lors l'on n'a assez pour se vestir à l'espagnolle, italienne et toupinambourde[331], que les courtisans à la mode s'habillent à la bragamasque.

[Note 331: Depuis que Razilly avoit amené, au mois d'avril 1613, de l'île de Maragnan six sauvages topinamboux, qui furent présentés à la reine et baptisés, tout s'étoit mis à la topinamboue. (V. _Lettres de Malherbe à Peiresc_, p. 258, 264, 273-274, 283, 297, 340, 442.)]

Il ne faut pas s'etonner si dans Rome, dans la gallerie du cardinal Fernèze, que l'on estime estre l'une des plus admirables pour les peintures et autres singularitez qui s'en puissent trouver dans l'Europe[332].

[Note 332: V., sur ce tableau, t. III, p. 242.]

Où, entre autre chose, l'on voit toutes les nations despeintes en leur naturel, avec leurs habits à la mode des pays, hormis le François, qui est despeint tout nud, ayant un rouleau d'etoffe soubs l'un de ses bras, et en la main droicte des cizeaux, pour demontrer que de toutes les diversitez de l'univers il n'y a que le François qui est seul à changer journellement de mode et façon, pour se vestir et habiller, ce que les autres nations ne font jamais.

Maintenant, à cause de l'alliance de la France avec l'Angleterre, incontinent vous verrez nos courtisans habillez à l'anglaise[333], et par ce moyen, pour rendre leurs freizes et collets jaunes, ils seront cause qu'il pourra advenir une cherté sur le saffran, qui fera que les Bretons et les Poictevins seront contraints de manger leurs beurres blanc et non pas jaune, comme ils ont accoustumé.

[Note 333: C'est au contraire le courtisan anglois qui avoit subi l'influence françoise: «Les Espagnols, écrit Malherbe à Peiresc le 19 septembre 1610, sont habillez à leur mode, et les Anglois à la nôtre, en sorte qu'on ne les sauroit discerner des François que du langage.» (V., sur l'histoire des _modes angloises_, un excellent article de la _Revue britannique_, 1er août 1837.)]

Voilà, amy lecteur, ce que pour le present j'ay tracé pour un petit racourcissement sur ma toille le portrait de l'un des plus parfaits courtisans à la mode, lequel pour un peu de temps s'est absenté de la Cour au subject que ses amours n'alloient selon sa volonté, et pour en faire paroistre les vifs ressentimens, je te feray part de ce qu'il a faict sur son depart.

* * * * *

_La retraicte du courtisan à la mode._

Que j'ayme l'air des champs! j'y voy en mille endroicts, Et tout premier object, la nature en son estre; Je voy d'un franc desir ceste trouppe champestre Reverer la justice et honorer les roys.

Les petits bergerots, d'une contente voix En chantant, le matin meinent leur troupeau paistre; Leur père seul leur sert et d'escolle et de maistre, Pour suivre mesme trace et vivre en mesme loix.

Heureuses bonnes gens, ainsi loing de nos villes, Loing de l'ambition, loing des murs inutiles, Loing des traicts de la Cour, pleins de fidelité.

C'est un theatre ouvert pour jouer les misères. Chacun tourne le voille au cours des vents prospères, Et jamais nul n'accorde à la felicité.

* * * * *

STANCES

_Sur l'adieu d'un courtisan de ce temps à sa maistresse._

Je cherche le plus sombre au fond de ces forests Pour pleurer mon absence, et contre mes regrets: Car je ne puis chasser de ma triste pensée La fortune, bon heur de mon aise passée.

Comme droict au soleil regarde le soucy, Mon oeil trop amoureux, qui se desplaist icy, Jettant mille souspirs, à toute heure se tourne Du costé de la France, où ma Blanche sejourne.

Je croy pour me tromper qu'ayant les yeux tournez Sur le beau paradis des amants fortunez, Que mon coeur se soulage, et qu'une douce flame, Compagne de l'amour, vient contenter mon ame.

O jardins compassez de mille lauriers verts! Beaux vergers fructueux, où je couche à l'envers! J'ay moderé ma peine et ma douleur charmée Au giron bien-aymé de ma deesse aymée.

Cabinets derobez, et vous petits destours, Où nous prenions l'escart pour conter nos amours, Lorsque sur le tapis de l'herbe la plus molle Mille mignards baisers nous bouschoient la parolle,

Doux paradis d'amour si souvent frequentez, Combien depuis six mois je vous ay regrettez! Mille fois tous les jours dans mon coeur je vous conte Le malheur qui me tue, et le mal qui me dompte.

Las! vostre souvenir ne me sert seulement Que d'augmenter ma peine et doubler mon tourment Car ce fort sentiment, loing du bien qu'on desire, Au lieu de l'appaiser, augmente le martyre.

FIN.

_Lettres patentes du Roi, qui ordonnent que les arbres necessaires pour le Mai et la plantation d'icelui dans la cour du Palais, à Paris, seront annuellement délivrés dans le bois de Vincennes aux officiers de la bazoche dudit Palais, par les officiers de la maîtrise de ladite ville._

_Données à Versailles le 19 juillet 1777._

_Registrées en Parlement le 12 août 1777._

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre: A nos amés et feaux conseillers, les gens tenant notre Cour de parlement à Paris, salut. Nous etant fait representer en notre conseil, nous y etant, le contrat passé devant Duclos Dufresnoy, notaire à Paris, et son confrère, le 9 octobre 1770, ratifié par lettres patentes du mois de novembre suivant, duement enregistrées, et par lequel le feu roi, notre très honoré seigneur et aïeul, auroit cedé à M. le duc d'Orléans la forêt de Bondy, en echange des principautés de la Roche-sur-Yon et du Luc, et du comté d'Argenton, à condition, entre autres choses, de fournir tous les ans aux officiers de la bazoche du Palais, à Paris, les arbres qui leur avoient eté accordés par les rois predecesseurs pour le Mai dudit Palais[334], dont la delivrance continueroit de leur être faite par les officiers de la maitrise particulière des eaux et forêts de ladite ville, en la manière accoutumée, si mieux n'aimoit notredit aïeul transferer ce droit sur telle autre de ses forêts qu'il jugeroit convenable; et ayant consideré, d'un côté, que la forme prescrite pour cette delivrance ne pouvoit que difficilement se concilier avec la faculté qui, par ledit contrat d'echange, avoit eté donnée à M. le duc d'Orleans de nommer et instituer pour ladite forêt de Bondy des juges gruyers, et que, d'un autre coté, il etoit preferable que le droit dont il s'agissoit fût exercé dans un bois qui fût dans nos mains, afin qu'il fût conservé dans toute son integrité, et qu'aucune circonstance ne pût y porter atteinte; nous aurions jugé à propos de transporter l'exercice du droit dont il etoit question dans le bois de Vincennes, à quoi nous aurions pourvu par arrêt rendu en notre conseil ce jourd'hui, et sur lequel nous aurions ordonné que toutes lettres necessaires seroient expediées. A ces causes, de l'avis de notre conseil, qui a vu ledit arrêt, et dont extrait est ci-attaché sous le contre-scel de notre chancellerie, nous avons, conformément à icelui, ordonné, et, par ces presentes signées de notre main, ordonnons qu'à commencer en l'année prochaine mil sept cent soixante-dix-huit, les arbres necessaires pour le Mai et la plantation d'icelui dans la cour du Palais, à Paris, seront annuellement delivrés dans le bois de Vincennes aux officiers de la bazoche dudit Palais par les officiers de la maitrise particulière des eaux et forêts de ladite ville, en la manière accoutumée. Si vous mandons que ces presentes vous ayez à faire lire et registrer, et le contenu en icelles garder, observer et executer de point en point selon leur forme et teneur, nonobstant toutes choses à ce contraires: car tel est notre plaisir. Donné à Versailles le dix-neuvième jour du mois de juillet, l'an de grâce mil sept cent soixante-dix-sept, et de notre règne le quatrième. _Signé_ LOUIS. _Et plus bas_: Par le roi, AMELOT. Vu au conseil, PHELYPPEAUX. Et scellées du grand sceau de cire jaune.