Part 7
Or, pour le jeu qui luy fut appresté, Vous en sçaurez la plantureuse histoire De point en point; mais premier il faut boire.
Ce docte prince, en humeur triomphant, Est un magot, sous le masque d'enfant, Qui tout son corps et son esprit adonne Pour engeoller quelque nisse[109] personne. Mais en ce fait il fut un aprenty Et ne sceut point son _cave signati_, Car la bossue et la belle barbière Au goguelu[110] firent passer carrière. Or il vouloit, pour se faire estriller, Au paravant que se deshabiller, Voir tout par tout, redoutant la surprise; Mais la maistresse, en ce jeu bien aprise, Estant encore en coiffure de nuit, Monstre un desir de l'amoureux deduit, A luy s'adresse, à qui la chair fretille: «Venez, galand, çà, que je vous estrille; Vous mentez donc? est-ce là ce velours? Là ce balet, qu'il ait sur ses atours.» Il luy respond d'une basse parole: «Ferez-vous bien la maistresse d'escole? Je suis mauvais, j'ay failly mechamment; Si j'ay menty, corrigez hardiment.» Et, tout gaillard, esperant chère entière, Pront, obeït aux mots de la barbière. Mais il n'eut pas si tost les chausses bas, Ah! mes amis, oyez le piteux cas, La sentinelle, en amours bien experte, A conjuré de ce prince la perte: S'estant posée en lieu trop descouvert, Elle a faict prendre Angoulevent sans vert, Et, pour mieux faire encore la pipée, Feint d'emporter le manteau et l'espée. Il s'en courrousse, et la barbière exprès En se faschant soudain courut après. Luy, chausses bas, que la fureur transporte, Les poursuivit jusqu'au pas de la porte, Où, rencontrant un momon[111] gracieux De gens masquez, qui faisoient les doux yeux, Et le mary, qui vient en taille douce, De gros osiers donne mainte secouce Dessus les bras, sur le cul, sur le dos, L'initiant comme prince des sots. Vous eussiez dit, en les voyant combatre, De mareschaulx qui se plaisent à batre, L'un après l'autre, en cadance suivant, Et que l'enclume estoit Angoulevent. Il crie, il bruit, d'eschaper il se paine; Mais c'est en vain: ils reprennent halaine, Et, de plus beau fustigant rudement, Font de son corps des chausses d'Allemant;[112] Et le barbier, qui voit besongne faitte, Droit sur la rue aux fenestres se jette, A haute voix s'escriant bien et beau: «Ah! mes amis, voyez ce maquereau! Venez le voir, ce malheureux infâme! Il est venu pour desbaucher ma femme.»
A ce grand bruit les voisins sont venus; En longue extase après s'estre tenus, Ils ne pouvoyent lequel des deux eslire, Ou de pleurer, ou bien s'ils devoyent rire, Voyant sa peau grenue en maruquin,[113] Du tout semblable à l'habit d'Harlequin; Ses yeux roüillez en face rubiconde, Tant effarez qu'ils faisoient peur au monde. Enfin l'un d'eux, qui veit son action Trop desplorable, en eut compassion, Prend son pourpoint, dessus le dos luy jette; Le patient ratache l'esguillette, Trousse bagage, et se sauve hardiment. Et sçavez-vous quel fut son pensement? Tout aussi tost, ce n'est point baliverne, Il eut recours tout droit à la taverne, Où prenant coeur, s'estant un peu remis, Il s'en va droit à l'un de ses amis, Qui, de pitié, le voyant de la sorte, Cinq ou six jours chez luy le reconforte; Fait informer de tant d'extorsion Qui luy fut faite. Après la passion Que tout au long il avoit entendue, Quand on luy feit la trousse pretendue, Assez matin, sortant de Saint-Medard, Le vendredy que luy vint ce hazard, Vous en rirez, si je vous dis en somme Sa bonne grace envers le galant homme, Qui fut courtois, eut soin d'Angoulevent: Pour tout loyer il luy fendit le vent.[114]
Ayant descript la cabale secrette De ce monarque, il est temps que je traicte Ce que deveint le cours de son procès, Et comme il feit reparer cest excès. Or, pour avoir justice bonne et briefve, Droict au baillif de Sainte-Geneviefve Et l'un et l'autre ils se sont adressez, Et par decrets vivement traversez; Tant qu'à la fin, ce prince magnifique, Qui ne sceut oncq' la forme de pratique, Sur un defaut, comme il n'y pensoit pas, Par un huissier est mené pas à pas. Interrogé, le juge le relasche; Mais sa grandeur d'un tel affront se fasche, Bouffe en colère, et dit qu'il appellet: Par ce moyen tout vient au Chastellet.
Le Chastellet dignement se prepare Pour opiner dessus un fait si rare. Mesme l'on tient qu'ils devoyent arrester Qu'Angoulevent se feroit defoiter, Satisfaisant à ceste humeur estrange Qui fait par fois que tant il se demange. Mais le barbier et compagnons loyaulx, Et la barbière, eurent lettres royaux Pour evoquer, dont la Cour est saisie, Ce gros procès farcy de fantaisie, Qui, sur le champ, dos à dos les a mis. Et plus y perd qui plus y aura mis. Voilà comment se passa tout l'affaire Jusqu'où j'en sçay; pour ce je me veux taire, Laissant là bas ce prince reculé, Entre les sots bien immatriculé.
[Note 106: C'est-à-dire magnifique. Au 16e siècle, et même, comme on le voit ici, au commencement du 17e, tout ce qui étoit beau se disoit en cramoisi. V. Henri Estienne, _Dialogue du nouveau langage françoys italianisé_. Pour _fier_, _superbe_, on disoit _rouge_. Dans _L'Amant rendu cordelier à l'observance d'amour_, on lit _les plus rouges_ (pour _les plus fiers_) _y sont pris_. Brantôme se sert du même mot à propos de l'insolence des Suisses contre M. de la Trémouille à Novare. Du mot _rouge_ ainsi employé on fit le mot _rogue_, par une simple transposition de lettres.]
[Note 107: C'est-à-dire «à la comédie aux Pois pilez», comme on lit dans le _Baron de Fæneste_, édit. Mérimée, p. 155. Ménage a rencontré juste pour l'étymologie du nom de ces farces. On appeloit _pois pilés_, dit-il, le marc des pois dont on avoit fait de la purée, et il n'étoit pas étonnant qu'on désignât par le même nom ces farces, qui n'étoient que salmigondis. Une phrase des _Lettres de Malherbe à Peiresc_ (p. 24) lui donne raison, en prouvant qu'en effet _pois pilés_ s'employoit dans le sens qu'on lui attribue ici: «C'est assez, Monsieur, écrit Malherbe; il faut finir nos fâcheux discours, qui sont plutôt _pois pilés_, c'est-à-dire une purée, un salmigondis, qu'une lettre.»]
[Note 108: Notre maître farceur, on le voit, étoit initié aux raffinements de libertinage que la main pudique de Mlle Lambercier révéla à Jean-Jacques Rousseau enfant, et qu'il ne voulut plus désapprendre. Engoulevent mettoit en pratique ce que d'autres mirent en traité, notamment Meibomius et Doppet. Voici le titre de leurs petits livres si étrangement érotiques: _J. H. Meibomii De flagrorum usu in re venerea_, Londini, 1665, in-24; _Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amour_, par D..., s. l., 1788, in-18. Pendant la Régence, le rôle du fouet s'étoit déplacé: on ne se faisoit plus fouetter, on fouettoit. «Fouetter ses maîtresses et les battre à coups de verges, écrit la mère du régent, est un raffinement de débauche dont il y a de nombreux exemples.» (_Nouvelles lettres de madame la duchesse d'Orléans_, édit. G. Brunet, 1853, in-18, p. 282.)]
[Note 109: _Nescia_, ignorante, niaise:
Tant ne fut _nice_, encor que _nice_ fût Madame Alix, que le jeu ne lui plût.
(La Fontaine, _Le faiseur d'oreilles_.)]
[Note 110: Galant, muguet, joyeux drôle, toujours en _ses gogues_ ou en goguette. On le prenoit souvent, comme ici, en ironie. V. Rabelais, liv. IV, ch. 65, et liv. V, ch. 13.]
[Note 111: On se servoit du mot _momon_, comme ici, pour désigner une bande de masques, ou, comme dans _le Bourgeois gentilhomme_, acte V, sc. 1, pour désigner le mannequin, sorte d'idole carnavalesque, que les masques traînoient avec eux. On connoît la fameuse farce attribuée à Sigongne: _Le Balet des Andouilles portées en guise de momon_, 1628, in-8.]
[Note 112: Les chausses à l'allemande étoient toutes couvertes de ces crevés, _descoupures_ et _esgratignures_ dont la mode avoit fait si grande fureur au 16e siècle, et que Marie de Romieu recommandoit comme le suprême de l'élégance dans les accoustrements. V. son _Instruction pour les jeunes dames_, 1573.]
[Note 113: _Maroquin._]
[Note 114: _S'enfuir._ Cette expression, selon Cotgrave, correspondoit à cette autre: _fendre l'ergot_, et celle-ci, selon M. Francisque Michel, semble répondre à la métaphore populaire _je me la casse, je me la brise_, pour dire _je me sauve_. (_Etudes de philologie comparée sur l'argot_, p. 147.)]
FIN.
_Le Musicien renversé[115]._
[Note 115: Cette pièce, très rare, à ce point que nous n'avons jamais vu que l'exemplaire qui nous a servi pour la copie, est relative à la disgrâce de l'un des favoris de Louis XIII, qui, nous le ferons voir, doit être Barradas. Nous avons suivi le texte avec la plus grande exactitude, en regrettant de n'y pas mettre partout la clarté.]
Je sçay maintenant par usage Que la fortune en ses revers, Et par ces roulements divers, Abaisse les plus grands courages.
J'estois demy soleil en F...[116], Demy principe de clarté; Ores on m'en void escarté Pour un peu trop d'outre-cuidance[117].
Toute la cour à ma parole Changeoit d'avis et de dessein; Plus triste qu'un poignard au sein, Le Roy me donne une bricolle,
Bricolle qui me met en passe Pour jamais plus ne revenir, Au bien duquel le souvenir Tous malheurs mille fois surpasse.
J'etois dispensateur des vies, Des valeureux soulagement; On me punit pour seulement L'avoir de volonté ravie!
Que la fortune est inconstante! Que ses mouvements sont puissants! Que ses changements sont cuisans, Quand ils arrivent outre attente!
Arre abas[118] aujourd'hui, dit-elle, Arre abas de cette amitié, Qui, l'appellant chere moitié, Ne verra jamais sa pareille.
Mille carresses et complaisances Les P.[119] mesmes te faisoient: Car ceux-là qui le desplaisoient Sortoient bien-tost hors de cadence.
De peur qu'elle ne se relie, Ores te faut deposseder De ce que tu peux posseder, Parquoy elle estoit plus unie.
En rage, remply de cholere, Voy maintenant S...[120], Cete infortune tu soufrays Par son envie traversière.
Que si, luy dy-je alors, la Parque Qui trame le fil de tes jours N'en arreste bien-tost le cours; Je te feray passer la barque.
Le R.[121] est une epinette Dont je gouvernois les accors; J'avois eu la clef par le cors[122] Qui me fait maintenant faillette.
Si j'eusse bien sceu la musique, Pour accorder cet instrument Et ne chanter si hautement, Chacun ne me feroit la nique.
C'est des tons divers l'ignorance, Et du moyen de s'en servir, Qui fait maintenant asservir Mon coeur, mon bras et ma vaillance.
Celuy qui donne la mesure Cogneut mon ton trop elevé: Tu n'a pas, dit-il, espreuvé Que vaut en musique cesure.
Que si quelqu'un par aventure Entre en ma place en ce concert, Qu'il sache que le tenor sert, Et seul est exempt de cesure.
Que s'il veut toucher l'espinette, Il faut cognoistre les ressorts, Et n'imiter pas les efforts De quelque eclatante trompette.
Car c'est irriter la fortune, Ceste implacable deité, Tousjours diverse à l'unité, En diversité tousjours une.
[Note 116: France.]
[Note 117: C'est, en effet, ce qui avoit perdu Barradas. «J'ai, écrit Malherbe, ouï dire à Mme la princesse de Conti qu'elle avoit vu qu'un jour le roi, par caresse, lui jeta quelques gouttes d'eau de naffe au visage dans la chambre de la reine. Il se mit dans une telle colère qu'il sauta sur les mains du roi, lui arracha le petit pot où etoit l'eau..., et le lui cassa à ses pieds.» Malherbe ajoute: «Ce n'est pas là l'action d'un homme qui vouloit mourir dans la faveur.» (_Lettre à Peiresc_, 19 décembre 1626.) Sa disgrâce, encore une fois, et ce qu'on lit ici le confirme, ne dut pas avoir une autre raison. Ce qu'on trouve raconté dans le _Menagiana_, l'histoire du chapeau de Louis XIII tombé par terre, et sur lequel pisse le cheval de Barradas, ce qui met le roi dans une furieuse colère et cause par suite le renvoi du favori, me paroît être une invention. (_Menagiana_, 1715, in-8, t. 1, p. 254.) On trouve dans Tallemant, édit. in-12, t. 3, p. 66, d'autres preuves de l'orgueil impudent de Barradas. Sa faveur n'avoit pas duré plus de six mois; on en fit le proverbe _fortune de Barradas_, pour dire une courte fortune. (Amelot de la Houssaye, _Mémoires histor._, t. 2, p. 12; voy. aussi _Coll. Petitot_, 2e série, t. 49, p. 42, 43.)]
[Note 118: Il y a certainement un jeu de mots ici sur le nom de Barradas.]
[Note 119: Les princes.]
[Note 120: Quel est le nom qui correspond à cette initiale? Je ne sais. Peut-être est-ce _Simon_, mais il ne suffit pas à la mesure. En y ajoutant _Rouvray_ ou _Rouvroy_, on a le vers complet, et la rime est à peu près suffisante. On se trouve aussi d'accord avec l'histoire. C'est en effet Simon de Rouvroy, ou, comme l'appelle Malherbe, le _sieur Simon_, qui fut le successeur de Barradas dans les bonnes grâces de Louis XIII. V. la _Lettre à Peiresc_ citée tout-à-l'heure. Il y gagna de pouvoir _canoniser_ son nom, comme on disoit, et de s'appeler Saint-Simon, puis de devenir duc et pair, titre dont fut si fier son fils, l'auteur des fameux _Mémoires_. V. Tallemant, édit. in-12, t. 3, p. 65; Amelot de La Houssaye, _Mémoires_, t. 2, p. 12. Le père et le fils, celui-ci surtout, eurent beau faire sonner haut leur naissance, on n'y croyoit pas. «Cette famille, dit Mathieu Marais, qui n'est pas bien ancienne, et qui se pique d'une noblesse fausse, a bien besoin d'honneurs.» (_Journal de Marais_, Revue rétrosp., 30 nov. 1836, p. 194.)]
[Note 121: Royaume.]
[Note 122: N'y a-t-il pas là une allusion, sinon à la manière dont Barradas s'étoit mis en crédit, du moins à la cause si bizarre de la fortune de Saint-Simon. «Le roi, selon Tallemant (_ibid._), prit amitié pour lui parce qu'il rapportoit toujours des nouvelles certaines de la chasse, ne tourmentoit pas trop les chevaux, et parce que, lorsqu'il portoit en un _cor_, il ne bavoit pas trop dedans.»]
FIN.
_Histoire admirable d'un faux et supposé mari, advenue en Languedoc l'an 1560[123]._
_A Paris, pour Vincent Sertenas, tenant sa boutique au Palais, en la gallerie par où on va à la chancellerie._
[Note 123: Ce supposé mari n'est pas autre que le faux Martin-Guerre, le fameux Arnauld du Thil. Son histoire, restée connue de tout le monde, ne passe pas généralement pour être aussi ancienne. Sa popularité soutenue l'a pour ainsi dire rajeunie, si bien que ceux qui la racontent la croient volontiers d'hier. Il étoit bon de la remettre à sa vraie date, par la publication d'un récit contemporain: c'est ce qui nous a déterminé à donner cette pièce, d'ailleurs fort rare. Cette aventure fit grande émotion à l'époque où elle se passa; Henri Estienne en parle dans la préface de son _Apologie pour Hérodote_ (édit. 1735, t. 1, p. 29), et la donne pour une excellente preuve du système qu'il soutient, à savoir qu'il n'est fable du vieil historien grec dont la vraisemblance ne puisse être prouvée par quelque fait moderne. Montaigne fait aussi mention de cette bizarre histoire, et dit même avoir assisté aux débats auxquels elle donna lieu. Toujours sceptique, il va jusqu'à douter de la justice de l'arrêt qui en amena le dénouement. Devant cette sentence, comme en toutes choses, il dit son fameux _Que sais-je?_ (_Essais_, liv 3, ch. 11.) «Je veis en mon enfance, écrit-il, un procez que Corras, conseiller de Toulouze, feit imprimer, d'un accident estrange: de deux hommes qui se presentoient l'un pour l'aultre. Il me soubvient (et ne me soubvient aussy d'aultre chose) qu'il me sembla avoir rendu l'imposture de celui qu'il jugea coulpable, si merveilleuse et excedant de si loing nostre cognoissance et la sienne, qui estoit juge, que je trouvay beaucoup de hardiesse en l'arrest qui l'avoit condamné à estre pendu. Recevons quelque forme d'arrest qui die: «La Cour n'y entend rien», plus librement et plus ingenuement que ne feirent les Aeropagistes, lesquels, se trouvant pressez d'une cause qu'ils ne pouvoient developper, ordonnèrent que les parties en viendroient à cent ans.» Jean de Coras, dont vient de parler Montaigne, est le même qui, malgré la protection du chancelier de L'Hôpital, fut vivement poursuivi comme calviniste, et, peu de temps après la Saint-Barthélemy, finit par être pendu à Toulouse, aux branches de l'orme du Palais. Il avoit, comme nous l'a dit Montaigne, écrit longuement sur le procès qui nous occupe. Son ouvrage à ce sujet, ou plutôt ses commentaires, que Du Verdier qualifie de _très doctes_, furent imprimés à Paris et à Toulouse _par diverses fois_ (_Bibl. franc._, édit. R. de Juvigny, t. 1, p. 482). En voici le titre, d'après l'une des meilleures éditions: _Arrest memorable du parlement de Tholoze, contenant une histoire prodigieuse d'un supposé mary, enrichi de cent et onze annotations par M. Jean de Coras_; Paris, Galiot du Pré, 1572, in-8. Hugues Sureau (_Suræus_) en fit une version latine, imprimée à Francfort, chez Wechel, 1588, in-8. On peut lire, sur cet ouvrage, ce qu'en a dit Jean Coras, le poète, dans la notice latine qu'en sa qualité de membre de la même famille, il a consacrée au jurisconsulte toulousain, et consulter aussi les _Mémoires de littérature_ de Sallengre, t. 2, 1re partie, p. 224.--L'histoire de Martin-Guerre eut du retentissement jusqu'à l'étranger, surtout dans les Pays-Bas. Hubert Goltz donna à Bruges, en 1565, une édition du commentaire de Coras; et Jean Cats fit de cette aventure le sujet d'un poème en hollandois que Caspar Barlæus traduisit en vers héroïques latins. Je n'ai pas besoin de dire que tous les recueils de _causes célèbres_ en ont répété le récit avec plus ou moins d'exactitude. La relation la plus circonstanciée est celle qui se trouve dans les _Imposteurs insignes_ de J. B. de Rocols, 1728, in-8, t. 1, p. 318. Nous y recourrons pour l'éclaircissement de plusieurs faits.]
1560.
_Avec privilége royal._
AU LECTEUR.
SONNET.
Les histoires qu'on lit les plus prodigieuses, Ou du tems des chrestiens ou celui des ethniques, Les esprits fabuleux des poètes antiques, Les peintures qu'on void par tout si monstrueuses,
Les finesses qu'on dit les plus ingenieuses, Ou en Plaute, ou Terence, ou en nouveaux comiques, Les plus estranges cas des argumens tragiques, Les transformations d'Ovide merveilleuses,
Tous les enchantemens et la sorcellerie, Toutes illusions, toute la tromperie, Bref tout ce qui fut onc' des plus grands imposteurs,
Si tu lis cest escrit, ne te sembleront riens Après le faux mary par cauteleux moyens Trompant femme, oncle, tante, et seurs et senateurs.
* * * * *