Part 15
Je vous supplie d'escouter le ramage D'un jeune oiseau que l'on a mis en cage Bien plus estroit qu'il n'estoit paravant Quand il voloit par l'air au gré du vent. Sur l'aubespin, tout herissé de poinctes Durant la nuict souspiroit ces complainctes; Puis sur un sault[288], embrazé de l'amour, Il saluoit la belle aube du jour; Là il baignoit le tendre bout de l'aisle Pour rafraischir sa chaleur naturelle; Puis sur le soir, en tranquille repos, Prenoit congé du soleil jà renclos; Tout luy estoit agreable à delivre, Et maintenant il se fasche de vivre. Quand il se void d'autruy et non plus sien, La seule mort seroit son plus grand bien; Ayant perdu une si douce vie, De plus chanter il a perdu l'envie. Un rossignol perd volontiers ses chants, Ayant perdu la liberté des champs; Il ne fait plus que languir en servage, Se tourmentant dans l'enclos de sa cage. Mais tout ce dont[289] il est plus estonné, C'est que je suis l'oiseau emprisonné. Or, je vous prie, oyez un peu ma prise; Amoindrissez le soing qui vous maistrise Pour escouter comment je fus choisi Entre un milier et hardiment saisi[290]. Cinq gros sergens, aux vineuses roupies, Enluminez à force de rosties[291], Ouvrant les yeux comme de gros hibous, Sur le collet il me sautèrent tous. L'un me saisit durement par la manche, L'autre à la main et l'autre par la hanche, L'autre au manteau, et l'autre, enbesongné[292], Disoit m'avoir le premier empoigné. J'en avois deux me menant sous l'aisselle, Comme un amant mène une demoiselle, Cinq au derrière et quatre à mon devant, Pour m'empescher de trop fendre le vent. Les uns devant me faisoient faire place, Aux deux costez serrant la populace. Un gros ribault mon espée m'osta Et la bailla à un, qui l'emporta; Autour de moy ses gens estoient en cerne. Mes yeux luisoient ainsi qu'une lanterne Non point du vin que j'avois entonné, Car je n'avois encore desjeuné. De tous costez tirassé par ces piffres, Un affecté me monstroit quelques chiffres Et un papier qui parloit de prison, Contre lequel je disois ma raison: «Hé! menez moy, pour mon dernier refuge, Disois je à eux, un peu devant le juge.» Mais, quelque droit que je leur sçeus prescher, Jamais aucun ne me voulut lascher; Chacun taschoit d'en emporter sa pièce; Le plus petit me tenoit à la fesse, Et le plus grand, faisant du bon valet, Tout furieux me tenoit au colet. De çà de là tiré par leur main croche, J'allois branslant comme une grosse cloche; Comme un corps sainct ils m'eslevoient en l'air, Ne me donnant le loisir de parler; De la façon ma personne conduite Tiroit après des gens une grand suitte; De la rhumeur je fus si estourdy Que je n'ouy carillonner midy. Je fus posé par ses fauces canailles En sentinelle entre quatre murailles, Où pour certain vous me pourrez trouver, Faute qu'aucun ne m'en veut relever. Le seul regret qui le plus m'accompagne, C'est de n'avoir plus large la campagne. Je crie assez pour sortir de ce four, Mais à ma voix tout est là dedans sourd. Si tout ainsi sourde m'est vostre oreille, Si vostre veue à me garder ne veille Et si non plus vous n'avez de moy soing, Je n'iray pas à dix mille lieues loing. Ma garde là jamais ne m'abandonne, Tant elle a crainte et peur de ma personne; Tous mes valets, mes huissiers, mes portiers, L'ont plus de moy que moy d'eux volontiers. Pour y aller il ne faut qu'un quart d'heure, Mais à venir, Sire, je vous asseure Que si fascheux et long est le chemin Qu'on est plus tost à la mort qu'à la fin; Il en est peu qui ait de la contrée Si tost trouvé l'issue comme l'entrée, Et seroit on cent fois plus tost sorty Du labyrinthe que Dedalle a basty. Je n'en tien pas une meilleure mine; En vain je pense et en vain je rhumine Tous les moyens de changer de logis, Je ne le puis, si je n'ay des amis. Où estes vous, ô vertueuse bande? Sur mon tombeau respandez vostre offrande; Vostre bienfaict me peut rendre allegé Du purgatoire où je me voy plongé; Venez à moy comme vertueux anges Me retirer des cavernes estranges Pour me remettre où je vivois jadis Dans les cartiers du mondain paradis. Si à ma voix vostre oreille est muette, Trop arrosez de la liqueur de Léthe[293], Vostre sourdesse et vostre long habit[294] Me feront, las! jouer à l'esbahy; J'ay trop longtemps joué ce personnage. Je m'en rapporte à mon pasle visage; Vostre pinceau, liberal et doré, Le rende tost vermeil et colloré. Lors moy, oyseau qui eut l'aisle couppée, Et qui fut prins si bien à la pipée, Estant sorty par vous de mon enclos, Parmy les bois chantera vostre los.
[Note 288: C'est évidemment un saule que l'auteur a voulu dire.]
[Note 289: Imp.: donc.]
[Note 290: Le prologue, dans sa rhétorique convenue, n'avoit rien que d'ordinaire. L'allure devient ici plus vive et tourne à un tableau qui ne manque ni d'esprit ni de vivacité. Il y a là comme un souvenir de l'épître de Marot à François Ier sur un sujet analogue; on y trouvera même l'imitation du passage:
Pour faire court, je ne sçeus tant prescher Que ces paillars me vousissent lascher. Sur mes deux bras ils ont la main posée Et m'ont mené ainsi qu'une espousée, Non pas ainsi, mais plus roide un petit.
(_Epître XXVI_, édit. Lenglet Dufresnoy, La Haye, 1741, in-4, t. 1, p. 444.)]
[Note 291: Est-il besoin de dire que c'étoient des rôties au vin?]
[Note 292: Affairé, faisant l'important, la mouche du coche, en un mot.]
[Note 293: De l'eau du Léthé.]
[Note 294: Faut-il lire _oubli_?]
FIN.
_Sur les Dragonnages_[295]
_Extrait d'un registre de la famille de Jean R., de Crest, en Dauphiné_[296].
[Note 295: Nous empruntons encore cette pièce au nº 5 de la _Revue trimestrielle_ de Buchon. Nous conservons, comme il l'avoit fait, l'orthographe du manuscrit.]
[Note 296: Crest est un chef-lieu de canton du département de la Drôme, arrondissement de Die.]
Le 26e décembre 1683. Les draguons sont arrivés à Crest; M. le conte de Tessay[297] commandant on régiment logis chez moy; le jour de dimanche ont parti pour aler à Soul et à Bordiau[298], où il y eut rencontre aprochant Bordiau, où il s'en tua biaucoupt de part et d'autre.
[Note 297: René de Froullay, comte de Tessé, plus tard maréchal de France. Les _Biographies_ ne parlent pas de son commandement dans le Dauphiné, mais nous en avons eu connoissance par les _Mémoires_ de Choisy. C'est là, selon l'abbé, qu'il commence de se mettre en évidence. «Le comte de Tessé, dit-il, quoiqu'il ne fût encore que brigadier, alla commander en Dauphiné à la place de Saint-Ruth. Il étoit jeune et promettoit beaucoup: une prestance agréable, du courage, beaucoup d'esprit, de l'ambition et une diligence à la Boufflers, lui tenoient lieu d'expérience, et l'on jugeoit aisément qu'il pourroit aller loin.» (Coll. Petitot, 2e série, t. 63, p. 313.)]
[Note 298: Bourdeaux, chef-lieu de canton du département de la Drôme.]
Dieu soit loué!
Le 27e décembre 1683. Jeudi à midi les dragons sont arrivés à Crest contre ceux de la R. P. R.[299]. On les a logés sur toutes les familles de ladite R.
[Note 299: De la religion prétendue réformée.]
J'ey ut de logé chez moy, dans ma maison, M. le conte de Tessay, mestre de camp de son regiment de draguons. Il a parti de la maison le dimanche matin 30e décembre, pour aler à Soult et à Bordiau, là où il a fait une rancontre des gens de Bordiau et de Besodun. Ce sont batus contre les draguons, où il en a demeuré sur la place de part et d'autre une centaine ou environ.
Le lundi 8e novembre 1683 est arrivé la compagnie des draguons de M. Sauvel, du régiment du chevalier de Tessay et Hiure, où ils ont demeuré logés sur les habitans de la dite R. jusques au 1er de mars 1681, qui est 112 jours.
Pour mémoire. Le 1er d'octobre 1685, judi a l'eure de midi, deux archers ont mis en prison Isabeau Gounon, ma fame, pour l'obliger à changer de religion, où el a dimuré jusques à huit eures du soir.
Le même jour j'ey fait l'ajuration de l'eresie de Calvin par devant M. l'intendant et j'ay signé avec M. le conte de Vacheres et mon cousin à Crest le dit jour chez M. de Pluvinel.
Le 4e d'octobre 1685, jey condui ma fame au couvent de Sainte-Ursule, à Crest, où el a dimuré 14 jours, pour l'obliger à changer de religion, ce qu'el a fait dans le dit couvent le 18e d'octobre 1685, avec ma fille Isabiau R., devant M. le chanoine Dupuy de Crest.
S. Biguist et son fils sont presants et signés[300].
[Note 300: On verra un peu plus bas ce qu'étoient ces abjurations et conversions. On présentoit à Louis XIV ces actes, fruit de la terreur, et le roi croyoit avoir converti son peuple.
(_Note de Buchon._)]
Le 6e d'octobre, Michel R., mon fils, on l'a conduit en prison par quatre sergents du regiment de Vivone, pour l'obliger à changer de religion; ce qu'il a fait le même jour, par devant Monseigneur l'eveque de Valence, chez M. de Pluvinel, le gouverneur.
Le 16e d'octobre 1685, Pierre Giraud, d'Eure, mon valet, et Jean Miquaut, d'Eure, aussi mon valet, ont changé de religion, resues par M. le chanoine Dupuy de Crest, le dit jour.
Le 8e d'octobre 1687, Vendredi, on a donné la question dans la tour de Crest à deux jeunes garsons de Gigors[301], à un de Monclar, par estre acusés d'avoir été au presche dans les montagnes de Gigors.
[Note 301: Commune du canton de Crest.]
Le 9e d'octobre 1687, Samedi, on a pandu une fame de Belfort, qu'on tenoit en prison à Crest, acusée d'avoir esté à l'asamblée du prêche.
Le 11 d'octobre 1687, Lundy, on sorty de la prison un jeune garson, fils d'une pouvre veuve du lieu de Crupie[302], qu'on a pandu le sus dit jour, acusé d'avoir esté à l'asamblée pour precher.
[Note 302: Cruspies, canton de Bourdeaux, département de la Drôme.]
Le 7e d'avril 1686, Michel R., mon fils, m'a quité pour s'analer à Lion, et de là à Genève, pour fait de religion.
Le 12 mai 1686, Isabiau Gounon, ma fame, m'a quité pour aler à Lion, et de là s'en est alée à Genève[303].
[Note 303: Il est bon d'observer que ces assemblées n'avoient rien de séditieux. Les religionnaires lisoient les saintes Ecritures, les pasteurs y prêchoient la plus pure morale, et l'on terminoit ces exercices religieux en priant pour le roi et la famille royale.
(_Note de Buchon._)]
Le 29 novembre 1688, jour de saint André, l'on a fait le feu de joy pour la prise de Felisbourg par Monseigneur le Dauphin, avec grant réjouissance.
Le 6e faivrier 1689, le lieutenant de la compagnie de Monsieur de Mariane, cavaliers logés en Alès, a été dans ma grange de Lille à l'eure de dix après midy, accompagné de six cavaliers et du sieur Lambert, chatelain dudit Alès, et de M. de Fages, disant avoir été averti d'avoir asamblé de monde en ma dite grange pour fait de religion, ce qui etoit faux.
Dieu me garde de faux temoins et de la main de la justice!
S. Monier, de Dieulefit, avec un homme qui est aveugle, de Bordiaux, ont été pandus à Valence, pour acusé du crime d'asamblée.
On a pandu deux hommes de Tiaron à Valance, dans le mois de faivrier 1689, pour être acusé du même crime.
Dieu soit béni et loué à tout!
Le 9e octobre 1689. On a pandu deux hommes à Suse[304], un nommé Moralés et un garson de Barset, acusé de precher et de s'être asamblé.
[Note 304: Suse-en-Droist, canton de Crest.]
Dieu soit loué!
Il a été six hommes de Suse condamnés aux galères pour le crime d'avoir été asamblé.
Le 6e octobre. On assiege Ambrun.
Le 19e avril 1694. M. l'intendant a condamné vingt personnes à la mort, acusé d'asamblée, et deux à vie, qui est Mademoiselle Loutaud, de Sallient, et Legrangié, de Sallient, où il s'étoit asamblé; les vingt sont été pandus à Valance.
* * * * *
Nous ajouterons à ces notes l'extrait du registre du sieur R., qui rapporte les contributions qu'il avoit payées malgré sa conversion:
J'ay payé pour ma grange, au territoire d'Eure, pour contributions des draguons, qu'il ont demeuré à Eure 112 jours, 305 l. et 3 sols[305].
[Note 305: 305 livres 3 sols pour 112 jours, la dépense des dragons n'avoit pas été forte, du moins quand on la compare à celle qu'ils faisoient ailleurs, notamment en Normandie. V., à ce sujet, la curieuse brochure de M. Lacour: _La Carte à payer d'une dragonnade normande._ Paris, 1857, in-18.]
J'ay payé pour la contribution que Eure etoit en ayde à Chateuil, et a été pour les draguons, 200 l. et 7 sols.
J'ay payé pour la contribution que ceux de la R., dite R., étoient aydés pour les draguons, pour ma grange de Lisle, pour 3 mois 23 jours, finis au 1er mars 1624, 91 l. et 4 sols.
Plus, j'ay payé pour la contribution des draguons en ayde que le comte de Saval, pour ma grange de Mansouet, 104 l.
_Brevet d'apprentissage d'une fille de modes à Amatonte._
1769.
Fut presente Anne la Babille, Veuve de Nicaise Couvreur, Dans son vivant juré-porteur, Demeurante dans cette ville, Près la rue du Grand-Hurleur[306], La quelle dame comparente Pour l'avantage et le profit D'Agnès Pompon, dont elle est tante, Fille agée, ainsi qu'elle a dit, De quatorze ans moins trois semaines Et dont les moeurs toutes chrestiennes Assurent la fidelité, La place par pure bonté, Pour l'espace de six années Complètes et bien employées, A commencer dès aujourd'huy, Chez la bonne mère Tapi, Maitresse et marchande de mode De cette ville de Paris, Demeurante rue Commode[307] A l'enseigne de la Souris.
D'autre part, la dame Tapi, Etant aussi presente ici, Prent et garde pour apprentisse, Et promet du mieux qu'elle puisse A la susdite Agnès Pompon Montrer son metier de lingère Et tout ce dont elle s'ingère Dans sa noble profession, Sans user jamais de mystère; De plus, elle promet aussi, En faveur de cet acte-ci, Lui donner tout le necessaire, Le lit, le feu et la lumière; S'oblige de l'entretenir De jupe et de robe galante, Le tout fait d'etoffe avenante A l'état qu'elle va tenir; S'engage de plus à fournir A la susdite demoiselle Bonnets montés, fine dentelle, Enfin tout ce qui peut servir A toute fille de boutique Qui veut avoir de la pratique; Il est même au long arrêté Que la dite mère maitresse, En bonne et complaisante hotesse, Dans tout temps, hiver comme été, Se chargera du blanchissage De tout menu linge d'usage Tant apparent que plus caché, Même du bandeau de Cythère, Chaque fois qu'il pourroit echoir Que ladite en auroit affaire Pour besoin qu'on doit icy taire, Mais qu'il étoit bon de prevoir.
A ceci fut enfin presente La demoiselle Agnès Pompon, Demeurante même maison Chez ladite dame sa tante, Laquelle tient le tout pour bon, Consent à l'exécution Et promet de son mieux apprendre Ce que sa maitresse Tapi Voudra lui donner à comprendre, Ne se faisant aucun souci, Pour achalander la boutique Et faire venir la pratique, D'assurer le premier venu Que c'est parce qu'il est connu Qu'on lui vent pour somme modique Ce qu'il paie trois fois trop cher; De faire semblant d'ajouter Un pouce en sus de la mesure, Tandis que par secrette allure Elle en aura su retrancher Cinq bons doigts à son avantage; Même, de plus, elle s'engage, Sans cependant blesser l'honneur, De se conformer à l'usage, Ce qui lui tient jà fort au coeur, Qu'en livrant toile de Guiber[308] Pour un prix de beaucoup trop cher, En habile et fine marchande Elle la vendra pour Hollande; Bien entendu que tout ceci Se fera selon l'ordonnance, La main dessus la conscience.
En outre, elle promet aussi D'executer avec souplesse Ce que lui dira sa maitresse, Pourvu que la religion Ne contredise sa leçon, Et que la probité l'ordonne, Non cette austère probité Dont se pare l'antiquité, Car celle-là n'est plus la bonne; Mais la probité du comptoir, Celle que l'interêt façonne, Que le marchand fait tant valoir Pour tromper avec plus d'adresse Les dupes de sa politesse.
Enfin, la docile Pompon, Pour faire en toute occasion L'avantage de sa maitresse, Se propose de consentir A satisfaire le desir Des voluptueuses pratiques Qui soutiennent tant de boutiques Qui brillent de cette façon[309].
Au surplus, si, par aventure, La jeune apprentisse Pompon, Pour suivre une fringante allure, Ou chose de cette nature, Fait son paquet dans son chausson Et se retire à la sourdine Avant que les six ans prescrits Fussent tout à fait accomplis, Dans ce cas que l'on imagine, La susdite veuve Couvreur Donne sa parole d'honneur De faire chercher la coquine Depuis Paris jusqu'à la Chine, Enfin de fureter partout Jusqu'à ce qu'elle vienne à bout De retrouver la libertine, Afin de la rendre aussitôt A sa bonne et chère maitresse, Non sans la punir comme il faut De ce petit tour de jeunesse, Pour ensuite plus sagement Achever son apprentissage.
Tel est l'acte auquel bonnement Chaque comparente s'engage, Même sur la foi du serment, Quoi qu'en ce cas très peu d'usage. Vous noterez que le present S'est fait sans debourser d'argent, Car, chose rare, les parties, Sur les choses s'etant unies, Ont promis les executer Sans y mettre et sans en ôter, Voulant les remplir telles quelles, S'obligeant chacune à veiller A l'execution d'icelles Sans y jamais rien deroger.
Fait et passé dans une chambre De la venerable Tapi, Le dimanche avant midi, Le dernier du mois de decembre De l'an mil sept cent soixante huit. En bas, lesdites comparentes Ont toutes signé les presentes Avec le notaire Expedit, Excepté la dame Babille, Laquelle, quant on la requit De mettre son nom par escrit, A dit que sa main inhabile N'en fit jamais la fonction, Mais que sa langue, plus docile, En pareille occasion Etoit un supplément utile Et lui servoit de caution, Prononçant mille fois son nom, Babille, Babille, Babille, etc.
[Note 306: Ou plutôt du _Grand-Huleu_. Les lingères et les filles de modes étoient depuis longtemps nombreuses dans ce quartier. Leur industrie y servoit de couvert à un autre métier que leurs voisines du _Huleu_ faisoient aussi, mais sans prendre la peine de le cacher. La belle lingère des _Deux-Anges_ dont Bassompierre nous a conté l'étrange aventure avoit sa boutique sur le _Petit-Pont_, mais la maison où elle logeoit, chez sa tante, et où elle donnoit ses rendez-vous, étoit par ici, au coin de la rue Bourg-l'Abbé. (_Mém. de Bassompierre_, coll. Petitot, 2e _série_, t. 16, p. 364.)]
[Note 307: Il n'a jamais existé à Paris de rue de ce nom.]
[Note 308: Toile blanche de lin assez commune qui se fabrique à Louviers. On l'appelle ainsi à cause d'un nommé Guibert, qui en fabriqua le premier.]
[Note 309: Les demoiselles patentées se plaignoient du tort qui leur étoit fait par cette concurrence déloyale. Il parut à ce sujet, la première année de la Révolution, une brochure formulant les plaintes de l'une des plus fameuses matrones, «Florentine de Launay, cessionnaire de Rose Gourdan, propriétaire du Grand-Balcon, sis rue Croix-des-Petits-Champs-Saint-Honoré.» Voici quel en est le titre: _Requête présentée à M. Silvain Bailly, maire de Paris, par Florentine de Launay, contre les marchandes de modes, couturières et lingères, et autres grisettes commerçantes sur le pavé de Paris._ A la suite se trouvent _les noms et demeures des grisettes_.]
FIN.
_Requête[310] d'un poëte, à M. de Vattan[311], prévost des marchands de Paris, pour être exempté de la capitation[312]._
[Note 310: Nous n'avons trouvé cette pièce que dans un recueil françois qui se publioit à Londres au dernier siècle, _Le nouveau Magazin françois, ou Bibliothèque instructive et amusante pour le mois de janvier_ 1750; in-8, p. 206-208.]
[Note 311: Félix Aubery, marquis de Vattan. Il ne fut prévôt des marchands que de 1740 à 1741. La date de la requête qu'on lui adresse ici n'est donc pas bien difficile à préciser.]
[Note 312: C'étoit une taxe _par tête_, comme son nom l'indique. On ne l'imposoit que dans les grands besoins de l'Etat. Un édit du 18 janvier 1695 l'avoit établie, à condition qu'elle cesseroit à la fin de la guerre, ce qui eut lieu en effet; mais elle ne tarda pas à revivre, et cette fois pour ne plus cesser. Elle est remplacée aujourd'hui par ce que nous appelons la contribution mobilière et personnelle. La connoissance de toutes les affaires concernant la capitation étoit attribuée au prévôt des marchands; de là la requête du poëte à M. de Vattan.]