Variétés Historiques et Littéraires (07/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 24

Chapter 242,731 wordsPublic domain

[Note 332: Ville du grand-duché de Luxembourg, dans la forêt des Ardennes. L'église de l'abbaye, qui est fort belle, n'étoit pas encore reconstruite telle qu'on la voit aujourd'hui.]

[Note 333: Village à une lieue de Namur.]

[Note 334: Saint-Nicolas-du-Port, dans le diocèse de Toul.]

[Note 335: L'église de Saint-Marcou se trouve à Corbeny, dans le département de l'Aisne, sur la route de Laon à Reims. Elle dépendoit de la cathédrale de cette dernière ville. Les rois y alloient faire une neuvaine après leur sacre, et avant de toucher les écrouelles. C'est à l'intercession de saint Marcou qu'ils devoient de les guérir.]

[Note 336: Lieu de pèlerinage dans le département de l'Aisne, arrondissement de Laon.]

[Note 337: Nous avons déjà parlé de ce célèbre lieu de pèlerinage, situé à deux lieues de Châlons-sur-Marne, dans une note de notre édition des _Caquets de l'accouchée_, p. 275. On peut consulter aussi Pavillon-Pierrard (_Description historique de l'église de Notre-Dame-de-l'Epine_, Châlons, 1825, in-8), et le _Magasin Pittoresque_, (t. 20, p. 233), qui a donné une excellente gravure de ce bijou de notre architecture gothique. Des érudits d'outre-Rhin avoient prétendu que cette chapelle avoit été construite par un prêtre de Cologne (_Coloniensis sacerdos_), et ils partoient de là pour soutenir que le style gothique étoit chez nous d'importation allemande. Leur principal argument étoit une inscription qu'ils lisoient en latin, mais qu'il falloit lire en patois champenois, comme M. Didron s'en avisa le premier. La voici: GUICHART ANTHOINE TOS CATRE NOS AT FET. Il s'agit des piliers du rond-point de l'église, que ce Guichart, maçon très champenois, avoit réédifiés _tous quatre_ au 15e siècle. V. la belle introduction du livre de M. L. Dussieux: _Les artistes françois à l'étranger_. Paris, Gide et Baudry, 1856, gr. in-8, p. XI-XII.]

[Note 338: Ceci nous explique le motif de ces processions, manifestation évidente des catholiques contre ceux de la religion. Nous y trouvons aussi la raison de ces promenades de pénitents que Henri III conduisoit à la même époque dans les rues de Paris. Où l'on n'a voulu voir que des mômeries ridicules, il faut reconnoître une démonstration catholique exigée par les besoins du moment. Cette année même, au mois de mars, Henri III avoit donné à ces sortes de professions de foi un caractère pour ainsi dire officiel, par la création de la confrérie des Pénitents. (_Journal_ de P. Fayet, p. 28.)]

[Note 339: V. plus haut, p. 234.]

[Note 340: Village du département de Seine-et-Oise, canton de Montmorency. Les fidèles y affluoient autour de la châsse du saint qui lui avoit donné son nom. C'est surtout le dimanche après le 12 juillet que les gens de Paris y couroient en foule.]

[Note 341: «Le 10 septembre, dit L'Estoille, vindrent à Paris, en forme de procession, huict ou neuf cens qu'hommes que femmes, que garçons que filles. Ils estoient habitants des villages de Saint-Jean, des deux Gémeaux et d'Ussy en Brie, près La-Ferté-Gaucher, et estoient conduits par les deux gentilshommes des deux villages susdits, vestus de mesme parure, qui les suivoient à cheval, et leurs damoiselles aussi, vestues de mesme, dedans un coche. Le peuple de Paris accourut à grande foule pour les voir venans faire leurs prières et offrandes en la grande eglise de Paris, esmeu de pitié et commiseration, leur voiant faire tels penitentieux et devocieux voyages, pieds nuds et en longueur et rigueur des chemins.»]

[Note 342: L'abbaye de la _Victoire_, à une demi-lieue environ au levant de Senlis. Elle avoit été fondée en 1214 par Philippe-Auguste, après la bataille de Bouvines. V. Vatin, _Senlis et Chantilly_, 1847, in-8, p. 173.]

[Note 343: «Les 19 et 20 du dit mois de septembre, écrit L'Estoille, cinq autres compagnies de semblables penitents et pelerins vestus et accommodés, chantans et marchans de mesme façon que les precedents pour mesme occasion, habitans des villages et bourgs de Cerci, Villemaroeil, Saint-Clerc, Jouarre et autres lieux de la Brie, et de Roissy en France, et firent leurs prières et offrandes à la Sainte-Chapelle, et à Notre-Dame, et à Sainte-Geneviève. En plusieurs autres endroits de Brie, Champagne, Valois et Soissonnois, se firent de plusieurs villages pareilles peregrinations et processions de lieu à autre, en grande devotion, pour mesme occasion, et encore à ce qu'il pleust à Dieu et à Nostre-Seigneur, par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie, sa mère, que ces bonnes gens alloient prians et invoquans par leurs cantiques et oraisons, appaiser son ire et preserver le pauvre peuple de la contagion de la peste, qui fut aspre et grande par tout ce royaume, nommement à Paris et aux environs, tout au long de l'automne.»]

Priant nostre Seigneur Jesus-Christ (amy lecteur) qu'il nous vueille preserver et garder des astres qui nous menassent, dont l'experience s'est montrée, ainsi que verrez par ce present discours.

_Fin._

_Le Canard qui mange cinq de ses frères, et qui est mangé à son tour par un colonel[344]._

[Note 344: Cette pièce singulière, qui sous son titre burlesque cache une sorte d'apologue dont le sens avoit alors une grande portée, date des premiers temps de l'Assemblée constituante. Nous l'avons trouvée à la Bibliothèque impériale: V. _Catalogue de l'histoire de France_, t. 2, p. 528, nº 1767. Il n'étoit pas rare, à l'époque de Necker et de Calonne, de voir personnifier sous la piètre figure de dindons ou de canards plumés et prêts à mettre en broche, le non moins piètre sort des gens frappés par les impôts. Ainsi, c'est alors qu'on avoit mis en vers la parabole de ces misérables volatiles, consultés pour savoir non pas s'ils seroient mangés, mais à quelle sauce ils devroient l'être. V. Sallier, _Annales françoises_, 1re édit., p. 62, note. On en avoit fait aussi une caricature assez amusante, dont voici la légende: c'est Calonne, sous la figure d'un singe à la tribune, qui préside et qui parle; ce sont les canards et les dindons qui répondent: «Mes chers administrés, je vous ai assemblés pour savoir à quelle sauce vous voulez être mangés.--Mais nous ne voulons pas être mangés du tout!!!--Vous sortez de la question!...» (A. Challamel, _Histoire musée de la Révolution_, 3e édit., p. 11-12.)--De toutes ces facéties, au crayon et à la plume, celle que nous donnons ici n'est pas la moins curieuse. Il en fut fait plus tard une contrefaçon par un journaliste belge, Norbert Cornelissen, le même «qui, pendant cinquante ans, dit M. de Reiffenberg, eut, comme Diderot, de l'esprit pour tout le monde, et défraya la ville de Gand de discours, d'improvisations, de notices, de programmes, etc.» (_Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique_, 1850, p. 28.) Un jour il publia qu'on venoit de faire une expérience intéressante bien propre à constater l'étonnante voracité des canards: «On avoit, écrit-il, réuni vingt de ces volatiles; l'un d'eux avoit été haché même avec ses plumes et servi aux dix-neuf autres, qui en avoient avalé gloutonnement les débris; l'un de ces derniers à son tour avoit servi immédiatement de pâture aux dix-huit suivants, et ainsi de suite jusqu'au dernier, qui se trouvoit par le fait avoir dévoré ses dix-neuf confrères, dans un temps déterminé très court.» C'est tout à fait notre histoire, avec cette différence que, dans la pièce de 1789, le mangeur finit par être mangé et que le massacre de canards n'est pas aussi considérable; l'un dans l'autre, il n'y en a que six plumés et dévorés. L'écrivain belge, qui attribue l'invention à Cornelissen, ajoute: «Cette petite histoire fut répétée de proche en proche par tous les journaux et fit le tour de l'Europe. Elle étoit à peu près oubliée depuis une vingtaine d'années, lorsqu'elle nous revint d'Amérique, avec tous les développements qu'elle n'avoit point dans son origine, et avec une espèce de procès-verbal de l'autopsie du dernier survivant, auquel on prétendoit avoir trouvé des lésions graves dans l'oesophage. On finit par rire de l'histoire du _canard_, mais le mot resta.» L'étymologie nous sembleroit curieuse et acceptable si nous ne savions que dès le 16e siècle on disoit, dans le sens de mentir: _vendre ou donner un canard à moitié_, et pour menteur: _un donneur de canards_. V. _Les Néapolitaines_ de Fr. d'Amboise (anc. Th., t. 6, p. 301); Cotgrave, cité par Oudin, _Curiositez françoises_, au mot _Canard_. V. aussi la _Comédie de proverbes_, acte 3, se. 7; Venéroni, _Dictionnaire françois-italien_, 1723, in-4, au mot _Canard_; et surtout Francisque-Michel, _Etudes de philologie comparée sur l'argot_, p. 88.]

J'ai connu très particulièrement, mon cher oncle, un colonel au service de Hollande, fort gourmand, et même un peu goulu; ce brave militaire avoit imaginé une manière peu commune de manger des canards excellens, et voici quelle etoit sa methode:

Ce fier Batave faisoit chercher six canetons, que l'on plaçoit dans un endroit où ils pouvoient barboter à leur aise, et trouver de quoi s'empifrer comme des chanoines. Lorsque le gourmand s'appercevoit que sa troupe choisie commençoit à avoir une demarche lourde et embarrassée, il examinoit avec soin celui qui avoit le mieux profité, et, quand il voyoit qu'il y en avoit un qui avoit un ventre qui touchoit presque à terre, il lui attachoit un ruban rouge à la patte. Le cuisinier savoit ce que cela vouloit dire, et, en consequence, le lendemain, il prenoit un des cinq compagnons, le tuoit, le plumoit, le coupoit par morceaux, et le faisoit manger par celui qui avoit été honoré du cordon. Cet honnête frère auroit fort bien expedié dans un jour toute la chambrée; mais comme ce n'etoit pas tout à fait pour lui faire fête qu'on le nourrissoit de cette façon, on avoit soin de lui menager sa bonne fortune, et ordinairement ce n'etoit que le neuf ou le dixième jour qu'il avaloit le dernier.

Le mangeur avoit son tour; mais sa destinée etoit plus noble, puisqu'il étoit reservé pour la bouche du colonel: aussi, avant d'être sacrifié, il avoit l'avantage d'être loué par l'etat-major du regiment; j'en ai même vu quelques-uns qui ont eté assez heureux pour paroître au gala couronnés avec autant d'eclat que l'echappé des isles Sainte-Marguerite.

Mais, mon cher neveu, me direz-vous, qu'ont de commun vos canards et votre colonel hollandois avec les affaires importantes que nous traitons dans ce moment? Le voici, mon cher oncle:

J'etois hier au soir au Jardin du Roi, lorsqu'un petit chirurgien qui arrivoit de Versailles nous dit: «Messieurs, je vous apporte une nouvelle bien singulière: on assure que MM. les évêques deputés sont convenus de manger chacun par jour un curé; et, d'après le calcul de M. de Lalande, ces prélats avaleront les derniers le 12 de ce mois[345]. Or, s'il est vrai, comme je n'en doute pas, que messeigneurs, après avoir empifré nos bons pasteurs, les croquent, j'ose me flatter que vous ne révoquerez pas en doute la petite friandise de mon colonel hollandois, puisque, par sa nature, un canard, à ce que disent les Italiens, est comme un cardinal, c'est-à-dire un animal _vorax et rapax_.»

[Note 345: Il est fait allusion ici aux discussions élevées dans le sein de l'Assemblée constituante au sujet du sort des curés, dont un grand nombre fut piètrement réduit à la portion congrue, tandis que le magnifique traitement des évêques étoit maintenu et que plusieurs de leurs pareils continuoient à s'engraisser en d'opulents bénéfices. V. le _Moniteur_ du 23 au 28 sept. 1789. Sélis, dans son intéressante brochure: _Lettre d'un grand vicaire à un évêque sur les curés de campagne_, in-8 de 32 pages, 1789, met en regard le sort d'un curé à portion congrue et celui d'un curé voisin dont le bénéfice vaut 10,000 fr.]

_Réponse de M. le Curé à son neveu._

Vous avez cru, mon cher neveu, me faire une plaisanterie; eh bien, il faut que je vous avoue que nous avons parmi nous beaucoup de canetons, et qu'à l'exception de quatre ou cinq de nos prélats députés, les autres cherchent à nous faire barboter et à nous empifrer. Je connois même plusieurs de mes confrères qui, après avoir mangé deux ou trois de leurs camarades, ont été avalés par nos messeigneurs; mais, Dieu merci, jusqu'à présent, on n'a pas encore enlevé de mes ailes une seule plume. Je lis tous les matins mes instructions, et je dis: Louis XVI t'a rendu tes droits; souviens-toi que le curé de V..... est assis à côté de ce pontife orgueilleux, qui, l'année dernière, le faisoit attendre deux heures dans son anti-chambre, qui croyoit qu'il étoit du bon ton de ne pas l'admettre à sa table, et qui souvent, sans vouloir l'écouter, le renvoyoit à un jeune grand vicaire, nourri de vanité, pétri de suffisance et moins instruit qu'un enseigne des gardes françoises. Rappelle-toi que la dignité de ton sacerdoce ne te permet aucune complaisance, et que tu ne dois jamais oublier que le Roi te regarderoit comme le plus vil des esclaves, si après avoir eu la bonté de rompre tes chaînes, tu les reprenois. Soyez donc, mon cher neveu, tranquille sur mon sort, et dites à votre carabin que je ne permettrai pas qu'on m'attache le ruban à la patte, quand bien même l'on me flatteroit de l'honneur d'être croqué par une éminence.

Nous avons, vous et moi, deux tâches bien difficiles à remplir: si vous tuez votre malade, c'est pour toujours; et moi, si je n'ai pas soin de son ame, il est perdu pour l'éternité. Travaillons donc avec zèle, et marchons avec fermeté et courage chacun dans notre état.

Adieu, je vous embrasse de tout mon coeur.

_Fin._

FIN DU TOME VII.

TABLE DES PIÈCES

CONTENUES DANS CE VOLUME.

1. Manifeste et prédictions des plus véritables affaires qui se doibvent passer en France cette année 1620, par le sieur de La Bourdanière 5

2. La faiseuse de mouches 9

3. Les plaisantes ruses et cabales de trois bourgeoises de Paris 19

4. L'Archi-Sot, écho satyrique 37

5. Sur les revenus des Pasteurs 53

6. La Requeste présentée à Nosseigneurs du Parlement... pour la diminution d'une demie année des loyers[346] des maisons, chambres et boutiques (19 juin 1652) 61

[Note 346: Depuis l'impression de cette pièce nous avons trouvé une note curieuse à y ajouter. Le 15 avril 1722 fut rendu un arrêt statuant sur les loyers de la ville de Versailles, dans lequel il est dit: «Se réserve Sa Majesté de pourvoir à la fixation des loyers, en cas d'excès de la part des propriétaires.» (_Journal_ de Marais, _Revue rétrospective_, 30 nov. 1836, p. 203.)]

7. Reproches du capitaine Guillery faits aux carabins, picoreurs et pillards de l'armée de messieurs les Princes 71

8. Manifeste de Pierre du Jardin, capitaine de la Garde, prisonnier en la Conciergerie du Palais 83

9. Histoire du poète Sibus 89

10. Discours sur les causes de l'extresme cherté qui est aujourd'hui en France (1586) 137

11. Le May de Paris 193

12. Le pot aux rozes decouvert du plaisant voyage fait par quelques curieux au bois de Vincennes, à dessein de voir Jean de Werth 199

13. Edict du Roy pour contenir les serviteurs et servantes en leurs devoirs 205

14. Discours de la deffaicte qu'a faict M. le duc de Joyeuse et le sieur de Laverdin contre les ennemis du Roy à La Motte Sainct-Eloy 211

15. Lettre de Calvin, apportée des enfers par l'esprit du sieur Groyer, aux pasteurs du petit Troupeau 217

16. Discours de la prinse du capitaine Chapeau et du capitaine la Callande, ensemble l'exécution qui en a esté faicte à Montargy 227

17. Sur l'enlèvement des reliques de saint Fiacre, apportées de la ville de Meaux pour la guérison du derrière du C. de R. 231

18. Institution de l'Ordre des Chevaliers de la Joye, établi à Mézières 237

19. La grande division arrivée ces derniers jours entre les femmes et les filles de Montpellier 247

20. Discours de la fuyte des impositeurs italiens 261

21. Les ceremonies faites dans la nouvelle chapelle du chasteau de Bissestre le 25 aoust 1634 271

22. Discours nouveau de la grande science des femmes, trouvé dans un des sabots de maistre Guillaume 281

23. Les amours du Compas et de la Règle, et ceux du Soleil et de l'Ombre 287

24. Ennuis des paysans champestres 295

25. Le plaisir de la noblesse, sur la preuve certaine et profict des estauffes et soyes..., par B. de Laffémas 303

26. Conspiration faite en Picardie (1576) 315

27. La nouvelle defaitte des Croquans en Quercy, par M. le mareschal de Themines 323

28. Les vertus et propriétés des Mignons 331

29. Passage du cardinal de Richelieu à Viviers 339

30. Le vray Discours des grandes processions qui se font depuis les frontières de l'Allemagne jusques à la France (1584) 347

31. Le Canard qui mange cinq de ses frères et qui est mangé à son tour par un colonel 359

* * * * *

[Notes au lecteur de ce fichier numérique:

--Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.

--Les dates suivantes ont été remplacées:

---- "(10 avril 1653)" par "(10 avril 1563)"

---- "24 mars 1483," par "24 mars 1583"

--Les lettres supérieures unusuelles sont encadrées de parenthèses.]