Variétés Historiques et Littéraires (07/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 22

Chapter 223,513 wordsPublic domain

[Note 293: Cette pièce est indiquée dans le _Catalogne de la Bibliothèque Impériale_ (_Hist. de France_, t. 1, p. 547, nº 1232). Sauf quelques variantes, et surtout quelques amplifications de récit, elle n'est guère autre chose qu'une reproduction de ce qui se lit, sur cette même échauffourée, dans le _Mercure françois_, t. 10, p. 473-478. De ci de là se trouvent pourtant quelques détails nouveaux. Nous les noterons au passage. Cette tentative des _croquants_ est la moins connue de celles qu'ils hasardèrent; il n'en est parlé que dans cette pièce et dans le _Mercure_. Leur entreprise du mois de juin 1594 avoit été plus sérieuse et avoit eu plus de retentissement. C'est alors que ces Jacques de la fin du XVIe siècle avoient pris le nom qu'on leur donne ici, et qu'ils gardèrent. L'Estoille, à la date que nous venons de donner, parle de cette _Ligue des crocans_, «qui, dit-il, fust presque aussitost dissipée qu'eslevée, comme les vieilles Jacqueries de Beauvoisis et autres semblables, sans teste et sans chef. Ils en vouloient surtout aux gouverneurs et aux tresoriers, qui estoient cause que le roy dit, jurant son ventre-saint-Gris et gossant à sa manière accoustumée, que, s'il n'eust point esté ce qu'il estoit, et qu'il eust eu un peu plus de loisir, qu'il se fust faict volontiers crocan.» (L'Estoille, coll. Michaud, t. 2, p. 239.) Palma-Cayet parle aussi de ce grand _remuement_ qui eut lieu dans les pays de Limousin, Périgord, Agenois, Quercy (coll. Petitot, 1re série, t. 42, p. 222): «Du commencement, dit-il, on appela ce peuple mutiné les _tard-avisez_, parceque l'on disoit qu'ils s'advisoient trop tard de prendre les armes, veu que chacun n'aspiroit plus qu'à la paix, et ce peuple appeloit la noblesse _croquans_, disant qu'ils ne demandoient qu'à croquer le peuple; mais la noblesse tourna ce sobriquet de _croquant_ sur le peuple mutiné, à qui le nom de _croquant_ demeura.» Le P. Daniel admet cette étymologie (_Hist. de France_, règne de Henri IV, t. 3, p. 1648). Le _Dictionnaire_ de Trévoux pense, au contraire, que le nom de ces révoltés vient du _croc_ dont ils s'étoient fait une arme. Le plus probable, c'est qu'on les nomma ainsi à cause d'une paroisse, non pas du Limousin, mais de la Marche (arrondissement d'Aubusson), appelée Crocq, et qui auroit été le point de départ du premier mouvement. En mai 1637, ils s'agitèrent du côté de Bergerac, mais le duc de La Valette les anéantit. On peut lire à ce sujet: _La prise de la ville de Bergerac et entière dissipation des croquants par le duc de La Valette_, 1637, in-8. Le mot _croquant_ resta pour désigner un paysan. V. La Fontaine, fable _la Colombe et la Fourmi_.]

* * * * *

_La Defaicte des Croquans en Quercy, le vij juin 1624, par Monsieur le mareschal de Themines._

Le Roy ayant estably une eslection au pays du haut et bas Quercy, qui auparavant procedoient à l'assiette des tailles et département d'icelles sur les parroisses de la dite province par assemblée des Estats et aussi pour tout ce qui concernoit les affaires dudit païs particulierement, quelques esprits de discorde, ennemis du repos public, firent passer secrettement des avis de paroisse en paroisse, figurant au pauvre peuple des chimères en l'air, disant que le clergé, la noblesse et tiers estat leur tiendroient la main si l'on vouloit prendre les armes et s'assembler pour abolir ceste eslection, qu'on leur representoit estre la ruine du pays [comme si c'estoit à ceste canaille de se devoir opposer aux volontez de Sa Majesté, qui pour éviter tant de foulle qui se fait à l'imposition des taxes desdites assemblées, et ce qui s'en ensuit, par l'advis de son conseil, et pour soulager son pauvre peuple de la dite province, qui a par cy devant receu assez d'incommoditez durant les derniers troubles de la rebellion, avoit doncques creé et estably cette eslection[294]].

[Note 294: Tout ce paragraphe manque dans le _Mercure françois_.]

Là dessus, après que les offices furent levés, et qu'on se vouloit instaler[295], un nommé Doüat, natif de Quercy, autrement Anniac, homme aagé de cinquante cinq ans ou plus, qui se mesloit de faire des horoscopes, grand physionomiste et chiromancien, qui a tousjours dit qu'il mourroit entre deux airs, après avoir commandé 5,000 hommes, practiqué secrettement beaucoup de feneans qui avoient esté congédiez des compagnies depuis la paix, et ceux cy d'autres, qu'en moins de quatre jours, sur la fin du mois de may, ils furent en nombre de huict mille hommes de pied. Leur pretexte estoit (bien que faux) que le païs seroit chargé de nouveau des tailles, pour les gages, esmolumens, signature de roolles et autres droits de ceste nouvelle eslection; et en outre, que les plus riches de la dite province, qui ont les plus grands taux, jusqu'à trois ou quatre cens livres, achepteroient des offices pour estre exempts, et que pour cela on n'osteroit cette taille du païs, ains qu'on la cottiseroit sur le menu peuple, avec les cruës tant vieilles que nouvelles à l'équipolent, et autres semblables raisons irraisonnables, de point de valeur et d'effect; ces pauvres gens ne considerans pas qu'il leur faut aller baiser le baboïn tout le long de l'année à ces estats, faire de grands presens, payer leurs frais, et de leur train, la plus part y amenant toute leur maison, donner des pierreries à leurs femmes, des estoffes, des chevaux à d'autres, et enfin de l'argent pour la taxe de chacun de ceux qui y ont sceance, et tant d'autres incommoditez au prejudice des habitans de ceste province, etc[296]. Ces huict mille hommes[297] (portans chacun vivres pour trois jours et de l'argent pour en achepter d'autres après avoir despendu leur provision), sans autrement fouler ny faire aucun ravage au peuple, s'acheminent vers les maisons de quelques particuliers, qui avoient achepté des dits offices[298], les pensans surprendre en personne pour en faire leur volonté; mais ne les trouvant point, ils ont abatu leurs maisons, arraché les fondemens, bruslé leurs meubles et leurs métairies ou domaines, arraché les vignes, labouré les prés, couppé les bleds estans encore en fleur, enfin exercé tout ce qui se pouvoit imaginer d'indignité sur les biens de ces messieurs les esleuz. Sur ce commencement, un nommé Barrau, natif de Gramat en Quercy, qui a esté nourry et eslevé parmy la noblesse du dit païs, et qui a porté les armes à ces derniers troubles dans les regimens devant Montauban et ailleurs, s'en allant pour certains affaires d'un de ses amis hors la province[299], ayant rencontré ces supprimeurs d'eslection, renvoyé ses memoires et depesches, se joinct à eux, qu'enfin les voila en nombre de seize mille hommes armez la plus grand'part de faux, manchées à rebours, bastons à deux bouts, et autres longs bois; quelques-uns avoient des mousquets et des picques, desquels ils avoient dressé des compagnies assés bien rangées pour l'offensive et deffensive; ils envoyent à Cahors[300], demandent deux de ces nouveaux esleuz pour leur estre baillez entre leurs mains et en faire leur volonté, autrement qu'on leur ouvrist la porte pour y entrer et les prendre; ils en mandent autant à Figeac, au refus de quoy l'on menace de se venir loger ès environs et y faire le degast. Le menu peuple de ces villes commence à gronder, se resout de prendre les armes pour faire ouvrir les portes, aymant mieux perdre ce qu'on demandoit que souffrir le dégast de leurs domaines et deperition de leurs maisons champestres; le conseil de la maison de ville[301] delègue des habitans pour advertir en diligence monsieur le mareschal de Themines, gouverneur pour le roy dans le pays, qui tout aussi tost s'achemine à Cahors avec le peu de monde qu'il avoit, prend une cinquantaine de soldats de la dite ville[302], employe bien peu de noblesse; enfin tout ce qu'il avoit ne faisoit pas deux cens hommes à pied ou à cheval; employe entre autres monsieur le vicomte d'Arpajon son gendre[303], qui en deffit trois compagnies en chemin, venant se joindre avec mon dit sieur le mareschal, lequel cognoissant ceste formillière de reformateurs, indigne de voir le lustre de son espée, qu'il ne vouloit aussi profaner avec le sang de ces misérables, alla au combat avec ce qui est dit, un baston à la main, les charge, les met en desordre et en route[304]. Dieu, qui favorise les justes querelles, donne une telle espouvante à ces croquans, que si monsieur le mareschal de Themines n'eust crié qu'on ne tue plus, toute leur armée y eust demeuré sur la place; il se contente des chefs Doüat et Barrau, qui furent ses prisonniers, et désarme le reste. C'estoit le septiesme juin dernier.

[Note 295: «Et que les pourveus se voulurent instaler.» (_Mercure françois._)]

[Note 296: Tout le passage qui précède, depuis «ces pauvres gens, etc.», est beaucoup moins étendu dans le _Mercure françois_.]

[Note 297: «Qui se firent appeler les nouveaux croquans.» (_Mercure fr._, p. 475.)]

[Note 298: «d'esleus.» (_Mercure fr._)]

[Note 299: Ce détail manque dans le _Mercure françois_. Il y est dit seulement que Barau (_sic_), «ayant assemblé plusieurs autres troupes de paysans et fainéants, s'alla joindre à celles de Douat.»]

[Note 300: «et à Figeac», ajoute le _Mercure françois_. Il sembleroit faire croire ensuite que les révoltés demandèrent qu'on leur livrât, non pas deux, mais tous les nouveaux esleus.]

[Note 301: «de Cahors.» (_Mercure fr._)]

[Note 302: Ce détail manque dans le _Mercure_.]

[Note 303: «Qui avoit aussi assemblé quelques uns de ses amis.» (_Mercure fr._)]

[Note 304: «Ayant pris l'epouvante, dit le _Mercure_, ils se laissoient tuer en bestes, sans se defendre.»]

Tout le dommage qui fust de son costé fut un coup de mousquet par une espaule à l'un de ses gentilshommes nommé Bousquet, qui a esté à monsieur le comte de Clermont, et un gendarme de la compagnie de monsieur de Limiers eust un coup de picque dans une cuisse, de quoy ils ne sont point en danger de plus grand mal[305]. Le lendemain huictiesme juin, monsieur le mareschal fait conduire les prisonniers à Figeac, les met entre les mains du prevost, qui ce jour même fait exécuter Doüat par la main du bourreau, auquel l'on coupa la teste, et après luy avoir sorti le ventre fust mis à quatre quartiers; la teste est sur un poteau à Figeac, le reste dispersé par les villes de Quercy. Et le lundy dixiesme du dit mois, Barrau fut pendu à Gramat lieu de sa naissance. Il y en a quelques autres de prisonniers, ausquels l'on faisoit le procez. Voilà comment il fait bon se jouer avec son maistre et manger des cerises avec son seigneur: c'est cracher vers le ciel; qui s'oppose au roy, s'oppose à Dieu, car c'est son oingt qu'il nous a donné pour estre nostre Dieu en terre, lequel (après Dieu) nous devons craindre, honorer et luy obeyr avec toute fidelité. Ceux de Montauban commencèrent à lever l'oreille, et donnoient des advis secrettement à leurs voisins, car ils pensoient que ce fust un pretexte pour leur venir faire le desgast, tant ils se cognoissent coulpables[306]. Doüat dit sur l'échafaut que, si on l'eust laissé faire, il alloit commander à soixante mille hommes. Il avoit de pernicieux desseins, que Dieu luy a estouffez; car il pensoit entrer dans Cahors et en amener le canon pour faire de plus grandes executions; mais l'on a mis le cerveau au vent, afin qu'il emportast quand et luy les frivoles conceptions.

[Note 305: Ces derniers faits sont moins circonstanciés dans le récit du _Mercure françois_. Le dernier blessé n'y est pas désigné.]

[Note 306: Ces dernières phrases ne se trouvent pas dans le _Mercure_, mais les paroles prêtées à Douat sur l'échafaud et les lignes qui terminent le récit sont, les mêmes que celles qui se lisent ici.]

_Les Vertus et Propriétés des Mignons_[307].

25 juillet 1576.

[Note 307: Cette satire en couplets «fut semée en ce temps à Paris et divulguée partout soubs ce titre.» L'Estoille, qui en parle ainsi (édit. Michaud, t. 1, p. 74), ne manqua pas de la recueillir. Elle se trouve parmi les manuscrits qui sont à la Bibliothèque impériale, mais les anciens éditeurs de son _Journal_ ont eu la pruderie de ne pas l'y joindre à sa date. M. Champollion l'a seul osé à moitié. A la suite du passage que je viens de citer, il a donné six des couplets. Les autres méritoient le même honneur, M. V. Luzarche l'a pensé; aussi a-t-il publié toute la pièce dans une note de son excellente édition du _Journal historique_ de P. Fayet, 1852, in-12, p. 151-160; nous le pensons comme lui, et c'est ce qui nous la fait reproduire ici. Nous en prenons le texte dans un volume très rare: _Le cabinet du roy de France, dans lequel il y a trois perles précieuses d'inestimable valeur, par le moyen desquelles Sa Majesté s'en va le premier monarque du monde, et ses sujets pas du tout soulagez_, 1581, in-8. Elle y porte pour titre: _Les indignitez de la cour_, et il existe quelques différences entre son texte et celui du manuscrit de L'Estoille. Nous indiquerons les principales.]

C'est assez chanté de l'amour, Il faut une nouvelle corde, Qu'un son plus tonnant nous accorde Les indignitez de la cour; Car chantant un accord semblable, On n'est pas tousjours agréable A toutes espèces d'humeurs: L'abeille le doux miel compose Du thin, du lys et de la rose, Et non tousjours de mesmes fleurs.

Ainsi qu'au printemps bien souvent Une saison mal temperée, Pour nostre malheur, fait et crée, Par un trop chaut humide vent, La chenille et la sauterelle, Ennemis de l'herbe nouvelle, Des boutons jadis fleurs-naissans, Qui, bestes du tout inutiles, Rongeans l'espoir des champs fertiles, Donnent la cherté aux paysans.

Tout ainsi les trop libres lois De la serve et esclave France Ont permis de prendre accroissance, Autour de nos princes et roys (Et c'est pour vengence divine) A je ne sçay quelle vermine De mignons venus en trois nuicts, Qui, comme les chenilles, paissent Nos fleurs sitost comme elles naissent, Et mangent en herbe nos fruicts.

Nostre roy doit cent millions, Et faut, pour acquiter les debtes Que messieurs les mignons ont faites, Rechercher les inventions Du nouveau tyran de Florence[308], Et les pratiquer en la France; Avant que l'argent en soit prest Monsieur le mignon le consomme, Et fait-on party de la somme[309] A cent pour cent pour l'interest.

Et cependant que les liens De ces tyranniques gabelles, Et les faix des daces nouvelles Qu'inventent les Italiens, Cruellement tuent et accablent Le peuple françois miserable[310], Ces beaux mignons prodiguement Se veautrent parmi leurs délices, Et peut estre dedans tels vices Qu'on ne peut dire honnestement.

Leur parler et leur vestement Se voit tel qu'une honneste femme Auroit peur de recevoir blasme[311] S'habillant si lascivement. Le col ne se tourne à leur aise Dans le long reply de leur fraise[312]. Desja le froment n'est pas bon Pour l'empoix blanc de leur chemise; Il faut, pour façon plus exquise, Faire de ris leur amidon.

Leur poil est tondu par compas, Mais non d'une façon pareille, Car en avant, depuis l'oreille, Il est long, et derrière bas. Il se tient droit par artifice, Car une gomme le herisse Ou retord ses plis refrisez, Et dessus leur teste legère Un petit bonnet par derrière Les monstre encor plus desguisez[313].

Je n'ose dire que le fard Leur soit plus commun qu'à la femme: J'aurois peur de leur donner blasme[314] Qu'entre eux ils pratiquassent l'art De l'impudique Ganimede. Quant à leur habit, il excede Leur bien, et un plus grand encor[315]; Car le mignon, qui tout consomme, Ne se vest plus en gentil-homme, Mais (comme un prince) de drap d'or.

Pensez-vous que ces vieux François[316] Qui, par leurs armes valeureuses, En tant de guerres dangereuses Ont fait retentir autrefois Le bruit espandu de leur gloire, Avec le nom de leur victoire, De çà, de là, de toutes parts[317], Eussent leur chemise empoisée, Eussent la perruque frisée, Eussent le taint blanchi de fard[318]?

Hector ainsi ne s'atteintoit, Ainsi ne s'atteintoit Achille, L'un qui, preux, défendoit sa ville, Et l'autre qui la combattoit. Mais ainsi le mol Alexandre, Qui ne savoit pas se defendre, S'accoustroit d'un atour mignard Et fuyoit au bruit des armes; Et au grand conflict des alarmes Se cachoit, poltron et couard.

Et toutefois ce mol troupeau, Ces faces ganymediennes, Ces ames epicuriennes, Qui ne sont qu'un pesant fardeau Et faix inutile à la France, Consomment toute la substance De l'eglise et du noble aussy. Et le tiers estat miserable Gemit sous le faix importable De ces prodigues sans soucy.

Les premiers et plus grands honneurs De vous, anciens capitaines, Pour la couronne de vos peines, Sont pour ces delicats seigneurs, Qui, pour le guerdon de leurs vices, Sont jouissans en leurs delices De l'honneur par vous merité. Que vous sert d'aller à la guerre, Puisqu'on peut tels degrez acquerre Par une molle oisiveté?

Les grands biens à Dieu destinez Et consacrez à son service Sont, pour nourrissiers de leur vice, Baillez à ces effeminez, Qui trocquent, eschangent et vendent Les bénéfices, et despendent Les biens vouez au crucifix, Que l'on leur baille en mariage, En guerdon de maquerellage, Ou pour chose de plus vil prix.

Et, pour pouvoir mieux contenter Leur pompe, leur jeu, leur bombance Et leur trop prodigue despense, Il faut tous les jours inventer Nouveaux estats[319], nouvelles tailles, Qu'il faut du profond des entrailles Des povres sujets arracher, Qui traînent leurs chetives vies Sous les griffes de ces harpies Qui avallent tout sans mascher.

Ouvrez les yeux, peuples françois, Voyez vostre estat miserable, Vous de qui le nom redoutable Faisoit peur aux plus puissans rois Et aux nations les plus braves; Ores, miserables esclaves, Sous tel joug cois vous vous tenez, Et laissez manger la substance De tous les estats de la France A ces mols et effeminez.

[Note 308: François de Médicis étoit alors grand-duc de Toscane. On sait quelle étoit son habileté pour l'invention de nouveaux impôts et sa rigueur à les exiger. Quatre ans après l'époque dont on parle ici, il ne fut arrêté ni par la famine, ni par la peste, qui désoloient ses états, et leva des contributions plus que jamais exorbitantes.]

[Note 309: _Var._:

Et fait un party de la somme.]

[Note 310: V. l'une des précédentes pièces sur les _impositeurs italiens_.]

[Note 311: _Var._:

Auroit peur d'en recevoir blasme En usant si lascivement.]

[Note 312: _Var._:

Leur oeil ne se trouve à son aise Dedans le reply de leur freize.

Le premier vers vaut mieux en ce qu'il donne une idée de la hauteur des fraises, qui alloient jusqu'aux yeux.]

[Note 313: «Ces beaux mignons, dit L'Estoille (t. 1, p. 74), portoient les cheveux longuets, frisés et refrisés par artifice, remontant par-dessus leurs petits bonnets de velours, comme font les putains, et leurs fraizes de chemise de toile d'atour empesez et longues de demi-pied, de façon qu'a voir leurs testes dessus leurs fraizes, il sembloit que ce fust le chef de saint Jean dans un plat.» Une anecdote qui se trouve dans le _Peroniana_ (Cologne, 1691, in-12, p. 145) donne mieux que tout ce que nous pourrions dire une idée de la largeur des fraises qui se portoient alors: «La reyne, lisons-nous..., ayant mis une fort grande fraize, voulut manger de la bouillie et se fit apporter une cuiller qui avoit un fort grand manche, si bien qu'elle pouvoit manger sa bouillie sans gâter sa fraize.» Henri III s'en étoit lassé quelque temps: «Au commencement de novembre (1575), dit l'Estoille, le roi laissa sa chemise à grands godrons, dont il étoit autrefois si curieux, pour en prendre à collet renversé à l'italienne.» Mais en 1578 la mode des fraises «d'un tiers d'aulne» reprit plus que jamais fureur. (_Mém._ de P. Fayet, p. 2.) Les _collets_ revinrent et restèrent. Sous Louis XIV pourtant, les arriérés, comme le Sganarelle de l'_Ecole des maris_, jouée en 1661, ne s'y étoient pas encore conformés. «Ma foi, dit Lisette de ce suranné,

Ma foi, je l'enverrois au diable avec sa fraize.»

V., sur les collets et rabats à godrons, t. 1, p. 163.]

[Note 314: _Var._:

J'avois peur d'en recevoir blasme.]

[Note 315: _Var._:

Tout leur bien et tout leur trésor.]

[Note 316: _Var._:

Pensez-vous que nos beaux François.]

[Note 317: _Var._:

En tant de périlleux hazards.]

[Note 318: Longtemps ce fut le blanc dont on se placardoit la figure qui s'appela _fard_. V. _Notice des manuscrits_, t. 5, p. 163. L'usage universel du rouge au 18e siècle, où la poudre dont on se couvroit la tête rendoit le blanc impossible pour le visage, a seul fait donner au mot _fard_ le sens que nous lui donnons. Regnier (sat. 9, v. 8) parle aussi de la _céruse_ dont on se fardoit. Cette mode de teinture faciale étoit venue d'Italie, comme tous les vices et les ridicules du même temps. V., dans un livret très rare publié vers 1500, _Bazelletta del preclarissimo poeta Faustino de Rimine_, un sonnet moral sur la manie de se farder (Catal. Libri, p. 238, nº 1481).]

[Note 319: _Var._:

Nouveaux imposts.]

_Passage du Cardinal de Richelieu à Viviers._

_Anecdote extraite du journal manuscrit de J. de Banne_[320].

[Note 320: Ce fragment très curieux, qui contient sur l'un des plus intéressants épisodes de la fin de la vie du cardinal de Richelieu des détails fort circonstanciés, n'a été publié que dans le nº 5 de la _Revue trimestrielle_, p. 200-202. Il est à peu près inconnu, presque inédit, car le numéro dans lequel il a été inséré est le plus rare de cette publication, que Buchon dirigeoit, et qui a été interrompue par la révolution de juillet. Nous ne savons quel est le J. de Banne dont le journal manuscrit contenoit cette anecdote.]