Variétés Historiques et Littéraires (07/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 18

Chapter 183,610 wordsPublic domain

Les regretz que font ceste maudicte gent de quicter un si noble pays en sont à la desesperade, car, combien qu'ilz en ayent emporté les trésors, il leur fasche d'y laisser les maisons; et tout ainsi qu'ilz ont traicté les François par leur injustice, Dieu les traicte par sa justice. Car, de pleine arrivée qu'ilz entrèrent en France, le moien qu'ilz conceurent en celuy pays pour se prevaloir, ce fut de descouvrir les plus riches cuisines, et où gisoient les plus grandz tresors, et faire tant par fas et par nefas que de s'y habituer, et quelque chose qu'il y eust s'y faire tousjours les plus grands; non obeyr, mais toujours commander; à l'appetit se renommer du Prince, et par le tesmoignage de trois ou quatre pallefreniers atiltrez pour ce faire, asseuroient qu'un gueux de leur pays estoit un grand gentilhomme, lequel avoit esté destruict par fortune de gueule, di-je de guerre; et mettoient en admiration si grande les faictz et gestes de telz couards, que plusieurs croyans la vérité estre telle qu'on leur rapportoit, estoient par aucuns subitement nommez monsieur; lors, se sentans honorez si à coup de telz honneurs, estoit par subite poursuyte enjoinct à leurs faux-tesmoings de venir de fois à autre promptement leur dire qu'ilz vinssent incontinent parler à la Royne, qui estoit un sujet envers le peuple de les faire entrer en credit, car dès ceste heure là commencèrent à faire de cent solz quatre livres, et de quatre livres rien, envers ceux qui leur prestoient de leur bien, et eux ne se soucians point des plainctifs et remonstrances qu'on faisoit, s'ingerèrent contrefaisans les habiles à pindariser[259], sur tous les estatz et mestiers de la France, comme par manière de soubresault, intentionner le Roy et les Princes à la manutention et correction des abus qui se pouvoient commettre en iceux, comme s'estimans gens plus capables et cognoissans à telles faciendes[260] et subtilitez y prevenir les plus habiles, plus capables et de meilleur esprit que les plus vaillans qui s'y peussent rencontrer, s'estimant supportéz du Prince, devant lequel on n'eust osé dire du contraire, combien qu'à chaque fois ilz s'y trouvoient vaincuz: et pour autant que telles entreprinses ne se faisoient par eux que pour descouvrir la source du traffic, procedant du debit, se tailloient un revenu prins sur iceux, pour autant qu'estans sortis et chassez de leur pays comme gens bandoliers[261] et abandonnez à tous vices, et venuz en la France comme belistres, pour se monstrer capables de respect plus qu'autres nations, pour cause du grand support dont ilz estoient, appuyez par la benevolence et bien-vueillance que la Royne mère leur portoit, donnoient à entendre que sur le traffic de toutes sortes de marchandises il se pouvoit lever certains deniers sans interesser les opposans qui se pourroient complaindre, et pour mettre leur larrecin en evidence sans pouvoir descouvrir leur felonnie et cautelle, accostoient un banquier de Venise[262], lequel faisoit offre de grand somme de deniers au Roy, à ce qu'il luy pleut luy octroier certain denier sur cent de quelle marchandise que ce fust au poix pesant, ou tant sur livre, lequel poix semblant de petite valeur, leur estoit soudainement octroyé, et remonstrant aussi le dict suppliant, lequel avoit sa part du butin, que c'estoit pour l'entretement d'iceux belistres destruictz par fortune de gueule, di-je de guerre, pour la vie et le vestement, lesquelz par ce moyen du petit venant au plus grand, de serviteurs sont devenuz grands maistres, et ont tellement poursuivy telz imposts et enchères sur les dictes marchandises, que pour maintenant il s'en lève un denier inestimable, au detriment de plusieurs personnes.

[Note 259: C'est-à-dire _faire les beaux parleurs_ sur des choses dont ils ne savoient pas le premier mot. On a cru longtemps que ce mot étoit de Ronsard. Jacques Pelletier, dans son _Art poétique_, lui en a même fait honneur, mais à tort. Le mot est dans Rabelais, liv. 2, ch. 6: «Seigneur, sans nulle doubte, ce gallant veut contrefaire la langue des Parisiens; mais il ne fait que escorcher le latin, et cuide ainsi _pindariser_.»

MM. Burgaud des Marets et Rathery, dans leur excellente édition de _Rabelais_, t. 1, p. 254, sont les premiers qui lui ont fait cette restitution. Au 17e siècle, ce mot avoit vieilli. (Vigneul-Marville, _Mélanges d'hist. et de littérature_, 1re édit., p. 102.) M. J. Chenier le rajeunit avec esprit dans son épigramme contre La Harpe, qui, «dans un écrit sur la langue révolutionnaire, avoit proscrit le verbe _fanatiser_, et avoit posé, comme règle générale, qu'aucun adjectif en _ique_ ne peut produire un verbe en _iser_»:

Si par une muse électrique L'auditeur est électrisé. Votre muse paralytique L'a bien souvent paralysé; Mais quand il est tyrannisé, Souvent il devient tyrannique: Il siffle un auteur symétrique, Il rit du vers symétrisé, D'un éloge _pindarisé_ Et d'une ode anti-pindarique. Vous avez trop dogmatisé: Renoncez au ton dogmatique; Mais restez toujours canonique, Et vous serez canonisé.]

[Note 260: _Intrigues_, _cabales_. Le recteur Rose, dans sa _harangue_, dit au duc de Mayenne: «Ces politiques ont des dragons sur les champs qui prennent tous vos pacquets et devinent par politique tous vos chiffres..., si bien qu'ils sçavent toutes vos _faciendes_, et à Rome, et à Madrid, et en Savoye, et en Allemagne...» (_Satire Menippée_, édit. Charpentier, p. 106.) De ce mot étoit venu celui de faciendaire, que Pasquier (_Recherches de la France_, liv. 6, ch. 27) a employé au sujet du pape Pie II: «Homme grand _faciendaire_, dit-il, ainsi qu'il l'avoit bien fait paroître par ses déportements.»]

[Note 261: Mot que celui de bandit a remplacé depuis. V. notre t. 6, p. 323, note.]

[Note 262: Quoiqu'on eût mis des entraves à l'établissement des banquiers italiens à Paris, ils s'y étoient bientôt trouvés en grand nombre. Ils avoient payé la pension de 15,000 écus sols qu'on exigeoit d'eux au préalable, d'après l'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye de 1561, et ainsi autorisés ils s'étoient mis en mesure de la reprendre par fractions sur ceux qui vouloient bien se faire leurs clients. Pendant la régence de Marie de Médicis, le nombre des banques italiennes augmenta encore à Paris. V. notre édition des _Caquets_, p. 40, note, et notre t. 6, p. 279-280, note. Toutes les grosses affaires de France étoient aux mains de ces hommes d'argent, «sortis du fin fond de la Lombardie», comme il est dit dans une pièce de notre t. 3, p. 174. Cette pièce, qui roule toute sur les malversations des gens de finance à cette époque, Lombards ou autres, a pour titre: _La rencontre merveilleuse de Piedaigrette avec maistre Guillaume_, etc. Le nom de l'auteur nous avoit échappé. Notre ami Ch. d'Héricault nous a fait remarquer qu'il se trouve en acrostiche dans les vers qui terminent la pièce. Toutes les initiales réunies forment NOEL MAURAISIN.--Pour en finir avec ces banquiers d'Italie, nous nommerons encore l'un des plus célèbres, Lumagna, qui a déjà été cité au passage dans une pièce de notre t. 2, p. 99. Mademoiselle de Polaillon, veuve de notre résident à Raguse et fondatrice de l'institut des filles de la Providence, au faubourg Saint-Victor, en 1630 (Tallem., in-12, t. 10, p. 114-116), étoit de cette famille, sur laquelle on trouvera de très intéressants détails dans les _Oeuvres posthumes de Grosley_, _Biographie des Troyens célèbres_, à l'article des _Colbert_, qui furent les correspondants des Lumagna.]

De première arrivée qu'ilz entrèrent en France, s'estant faict recevoir en grace envers la Royne mère[263] qui ne leur manquoit de rien, se ruèrent sur les plus grands tresors qui fussent en la France, ou les deniers estoient tous comptéz, sçachant qu'ayant ceux là incontinent auroient les autres, sans dissimulation, et qu'ayant les chemins ouverts à leur volonté, fust pour entrer ou pour sortir de la France, ilz ne pouvoient manquer de mettre en execution tous leurs desseins, et emporter d'iceluy royaume tout ce qu'ilz avoient à souhait d'enlever et d'avoir.

[Note 263: Catherine de Médicis.]

Dont à leur arrivée ayant descouvert la plus belle prinse qui fust en la ville de Paris, estans conduicts par celuy banquier de Venise qui faisoit les premières advances au Roy, appuyez de la Royne mère, s'advancèrent d'usurper et ravir les trois parts du revenu de l'hostel Dieu de Paris, sans exception de ce que le reste pourroit devenir, comme disant: «Si pour ce coup nous n'en avons assez nous prendrons le reste.» Et avec les registres changez et le numero aussi, rechangèrent les dattes pour au temps advenir ne s'appercevoir de leurs larrecins, sans avoir aucun soucy de la vie ou de la mort des pauvres malades qui y surviennent tous les jours, qui a faute d'estre traictez humainement, ceux qui pourroient eschaper y demeurent et meurent, mais non pas des Italiens, car il ne s'en trouve point de pauvres, sinon que de François qui ont esté appauvris par le pillage fait par telz goulfarins, lesquels pauvres François errans ça et là par le pays, deshabituez de leurs maisons par l'execrable outrage commis par iceux, que souz un semblant se prevaloir de telles calamitéz, ont esté si rudement traictez par ceux qui les soustenoient, qu'il a fallu que plusieurs ayent quicté la terre pour le cens. Or, Dieu ayant maintenant sceu l'insolente poursuyte que telle maligne gent exerçoient contre ses serviteurs, les a rendus esvanouys de sa lumière, s'enfuyans plus tost de nuict que de jour, sont tellement eshontez de leurs larcins si manifestes que rien plus, qui est la cause de leur fuyte et route, sans avoir nulle discretion du lieu où ilz se doivent arrester, et sont pour le jourd'huy en telle confusion, que ne se sentans seurement en leur pays, se delibèrent se retirer en Turquie, qui est le lieu où leur devotion est du tout adonnée, pour lesquelz ilz ont tant deceuz de chrestiens, parce que le schisme qui y est apposé, et le scandale par eux y advenu, dont le Roy, le peuple et les princes sont en telle dissention, n'est du commencement jusques à la fin provenu de leur malefice, dont pour se sauver passent les mers pour s'en venir ès sus dictz lieux de Barbarie, pource que c'est un pays propre à desniaiser et là où il y a bien à prendre, et sans rendre compte sourdement desrober, tromper et decevoir les plus fins et habiles, et à faire sauts et gambades.

Ilz ont par leur ruse et cautelle Deceu l'ame de maint fidelle, Pippé le Roy, trompé les princes Et pillé toutes les provinces.

_Les ceremonies faites dans la nouvelle chapelle du chasteau de Bissestre[264], suivant l'ordonnance de Monseigneur l'Archevesque de Paris, à l'establissement de la pieté et charité du Roy, en la Commenderie de Sainct-Louis, soubs la conduitte de Monseigneur l'Eminentissime cardinal duc de Richelieu, pair de France, le jour et feste de sainct Louis, le 25 aoust 1634._

_A Paris, chez Jean Brunet, ruë Neufve-Sainct-Louis, au Trois de chifre[265]._

1634. In-8.

[Note 264: Ce château, bâti au XIIIe siècle, sur l'emplacement de la _Grange aux Queux_, par Jean, évêque de Wincester, dont le nom, altéré dans le langage parisien, devint celui de _Vicestre_ ou _Bicestre_, étoit passé, au siècle suivant, entre les mains du duc de Berry, frère de Charles VI, qui en avoit fait don au chapitre de Notre-Dame. Jusqu'en 1632, il ne changea plus de propriétaire. C'est Louis XIII qui l'acheta alors. Il tomboit en ruine, et il fallut le rebâtir tout entier. «L'an 1632, lit-on dans le _Supplément des Antiquités de Paris_ de Du Breuil, 1639, in-4, p. 87, ce château fut entièrement rasé jusqu'aux fondements, et de la grande place où il estoit on desseigna y faire un lieu pour y loger et recevoir les soldats estropiez aux guerres pour le service du Roy, et, dès lors, on commença la closture des murailles, avec quatre pavillons aux quatre coings, où on fit bastir une chapelle qui fut béniste par l'archevesque.»]

[Note 265: Sur cette enseigne, V. notre t. 6, p. 5, note.]

Il faut confesser avec verité que la France et tous ceux de la lignée de ce grand et très pieux Roy sainct Louis ont des graces et des faveurs du ciel qui ne sont communiquées à aucun empire du monde, et des prérogatives par dessus tous les autres princes de la terre.

Si jamais nous avons remarqué les effets de la providence divine dans la conduitte d'aucuns de nos Rois, il nous faut admirer ceux que nous voyons journellement dans les heureux succez des justes entreprises et affaires (puis que d'autres il n'entreprend) de notre monarque françois Louis XIII.

C'est Louis le Juste, autant heritier de la piété et de la devotion de ce grand Roy sainct Louis, que de son sceptre et de sa couronne, puis que par ses bonnes vie et moeurs, nous voyons autant et plus de prosperitez dans la France que soubs ce grand sainct son ayeul.

Ce pieux Roy (parangon de toute saincteté) estoit grandement zelateur de la justice, et judicieux à mesnager de son espargne pour le soulagement de son peuple. Ne voyons-nous pas aussi que nostre cher Louis a un singulier soing de ses sujets, tel que celuy qu'un bon père a de ses enfans?

Toutes les nations de la terre sçavent combien il a ruiné de mauvais desseins pour asseurer la paix dans son Estat, et la tranquillité parmy ses peuples.

Sainct Louis, voyant quantitez de desordres et de dissolutions effrenés de vivres, sans religion, sans justice, sans police, et sans aucune consideration des sujects, voulut (comme il fit), ayant donné la paix à son peuple, y apporter un meilleur ordre, ce qui luy succeda doucement et heureusement: aussi Dieu fortifioit de son assistance ses sainctes inspirations.

Ne voyons-nous pas les mesmes procedures en ce genereux Roy Louis XIII, lequel par ses indicibles travaux a terrassé l'heresie qui troubloit son royaume, et (ainsi que son ayeul S. Louis) a restably la religion en sa gloire et donné la plus parfaite paix qui aye jamais esté souhaitée à son peuple, et que maintenant avec ses très illustres ministres, vrais conservateurs de son Estat, que sa Majesté n'a plus grande recommandation que d'establir un bon ordre dans son royaume, d'y entretenir la vraye religion de ses pères, et faire regner la justice pour la conservation de ses sujets?

Ainsi par la consideration de ses belles, genereuses et pieuses actions, son peuple le doit justement appeler leur père, la noblesse son prince, les lois leur gardien et tuteur, la France son Roy, son eglise galicane son protecteur et deffenseur, et les pauvres l'autel commun des affligez.

Entre toutes les vertus de sainct Louis, son historiographe rapporte qu'il estoit fort judicieux à bien recognoistre et recompenser les bons offices, et services qui luy estoient rendus avec affection et fidelité.

Se peut-il trouver aucun qui ayant tant soy peu manifesté son affection au service de nostre bon prince qui n'aye reçu de sa Majesté toutes sortes de contentement, d'amour et de recompenses, et voire mesme plus que jamais ils n'en eussent esperé, tant son bon et royal naturel est porté à recognoistre par ses bienfaits ses bons et fidèles serviteurs?

Se peut-il voir encore un plus grand amour de charité que celuy que sa Majesté a de nouveau estably d'une commenderie fondée au nom de son ayeul sainct Louis, au lieu et place du chasteau de Bissestres[266], en laquelle, par l'ordre et conduitte de ce prudent et très genereux cardinal duc de Richelieu, judicieux pilote de son Estat, y doit estre admis pour estre nourris et entretenus tous les pauvres soldats que le sort de la guerre a rendu infirmes, et hors de pouvoir gaigner leurs vies[267]?

[Note 266: «L'an 1633, lit-on encore dans le _Supplément_ de Du Breul, p. 87, le Roy fit une déclaration par laquelle il se déclaroit fondateur d'une commanderie qui se commençoit avoir lieu sous le nom de Sainct-Louys, et dès lors les allignements furent pris pour les bastiments, qui doivent être en quarré...»]

[Note 267: La maison de la _Charité chrestienne_, fondée par Nicolas Houel, rue de Lourcine, avec le patronage royal de Henri III et de son successeur, avoit été le premier asile qu'on eût ouvert aux soldats invalides. V. notre t. 6, p. 64-65, note, et Isambert, _Anciennes lois franç._, t. 14, p. 599; t. 15, p. 301. Pendant la Fronde, Bicêtre leur servoit encore de refuge; mais une partie des bâtiments, qui s'étoient construits à grand peine et surtout lentement, car en 1639 ils étoient loin d'être achevés, souffrirent beaucoup des troubles: ils furent presque démolis. Les invalides, réfugiés dans ce qui avoit été respecté, furent sollicités à la révolte par les Frondeurs. Ils s'y seroient laissé entraîner si, lit-on dans une _mazarinade_, l'influence factieuse n'eût été heureusement combattue «par un ecclésiastique de grande maison, qui, avec un autre ecclésiastique et un maréchal de France, avoit été chargé de la conduite de Bicêtre.» (_Remontrance au peuple par L. S. D. N. L. S. C. E. T._, 1649, in-4.)--Jusqu'en 1656 les invalides y restèrent. Cette année-là, par ordonnance royale en date du 27 avril, les _enfants trouvés_ durent prendre leur place, «en attendant, lit-on dans l'ordonnance, que les pauvres fussent renfermez, à quoy les lieux et bastiments de Bicestre ont été par nous affectez, revoquant, en tarit que de besoin seroit, tous autres brevets et concessions qui pourroient en avoir été obtenus en faveur des _pauvres soldats estropiez_.» Quelque temps après, Bicestre recevoit sa part des dix mille pauvres dont on avoit fait raffle dans les rues de Paris. V. notre édit. du _Roman bourgeois_, p. 311, note.]

Or, comme les principales intentions de ce grand Roy et de cet esminent cardinal sont de commencer toutes choses pour la gloire de Dieu, à celle fin que tout ce qui reste à faire en succèdent mieux, Sa Majesté auroit donc voulu qu'après les enlignements de cète charitable place auroient estez pris, suivant le dessein qui en a esté faict par l'ordre de Monseigneur l'eminentissime cardinal, à qui elle a confié la conduite de ceste piété, qu'on commença à la construction d'une petite chapelle qui seroit nommée du nom de son ayeul sainct Louis, à celle fin que dans icelle, en atendant le bâtiment de l'eglise qui doibt estre dans le lieu, que les ouvriers et autres y fissent leurs exercices de devotion, et voulant sa dite Majesté que, pour ce faire, le service divin commençast à s'y dire le jour et feste de Sainct-Louis.

Pour mettre en exécution la pieuse devotion du Roy, le sieur de Saint-Germain, choisi pour ses merites, tant par sa Majesté que par mon dit seigneur l'eminentissime cardinal, pour la direction et conduite du bastiment de ceste commenderie, auroit en toute diligence fait bastir et eslever une chapelle dans le milieu du dessein, où doit estre basty la grande eglise de ceste place, et par la grande diligence qu'il auroit fait apporter, ceste chapelle a esté en cinq à six jours en estat d'un lieu de dévotion.

Or, comme il faut que toutes choses soient reglées selon les cas, et notamment celles qui regardent le culte divin, cette chapelle, ainsi promptement ediffiée, et en estat d'y celebrer la sainte messe, suivant la volonté du Roy, ledit sieur de Saint-Germain en auroit donné advis à Monseigneur l'illustrissime archevesque de Paris, pour obtenir de luy la permission de faire celebrer en cette dite chapelle le service divin, et de nommer qui luy plairoit pour ce faire.

Son illustrissime reverance, pour satisfaire à la devotion de sa Majesté, auroit commis messieurs le Grand Penitentier et Promoteur pour se transporter sur les lieux du chasteau de Bissestre, avec monsieur Davou, l'un des chanoines de l'eglise Nostre-Dame, pour voir et visiter si ladite chapelle, bastie dans ce dit lieu, estoit en estat requis d'y celebrer la sainte messe, pour à leur rapport en ordonner ce que de raison, attendu l'importance de ceste place, qui a esté par cy-devant l'azille et le receptacle des mauvaises actions de personnes mal vivantes.

Pour ce faire, les dits sieurs Grand Penitentier, Promoteur et Davou, se transportèrent sur les dits lieux du chasteau de Bissestre, le mercredy sur les quatre heures après midy, 23 juillet 1634, et après que ledit sieur de Sainct-Germain leur eust fait entendre qu'elle estoit la volonté du Roy et de Monseigneur l'eminentissime cardinal duc, il leur fit voir en quel estat ladite chapelle estoit.

Les dits sieurs commissaires voyant le peu qui restoit à faire pour mettre en estat ladite chapelle, pour y celebrer la saincte messe le jour et feste de Sainct-Louys, ainsi qu'estoit la volonté de sa Majesté, et sur les asseurances que leur auroit données ledit sieur de Sainct-Germain de faire orner richement la dite chapelle de tout ce qui seroit necessaire pour une si celèbre action, lesdits sieurs commissaires en auroient fait leur rapport au dit seigneur archevesque.

Surquoy il a esté ordonné que le curé de Gentilly, comme estant pasteur dans l'estenduë de ceste chapelle du chasteau de Bissestre, commenceroit, avec ses prestres habituez et autres, les ceremonies de l'establissement de la devotion dans ce lieu, par une benediction, suivant ce qui est prescript dans le manuel de l'eglise de Paris, et en suitte de ce, les premières vespres de l'office de sainct Louys, dont la dite chapelle doit porter le nom, le lendemain les matines du jour et la grand'messe, et ainsi tout le reste de l'office de la ferie.

Pour l'ornement de ceste chapelle, ledit sieur de Sainct-Germain y a fait porter une quantité de ses riches tableaux de devotion; plus, a aussi par sa vigilance recherché les plus beaux et riches ornemens qui luy a esté possible, pour la celebration du service divin.

Et le tout estant ainsi richement paré de tapisseries, beaux tableaux, et d'exquis ornements, les ceremonies se sont devotement faictes, suivant l'ordonnance dudit seigneur archevesque.

A cet establissement de devotion y est accouru un nombre infini de peuples, tant de la ville que des faux-bourgs de Paris, qui y ont fait prières à Dieu pour le Roy, et ont admiré et loué la grande charité de sa Majesté, et le grand zèle dudit seigneur cardinal duc.

Ce grand Roy imitant donc les actions du debonnaire et pieux sainct Louis, elles seront tousjours agréables à Dieu, et regnera selon son coeur.