Variétés Historiques et Littéraires (07/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 16

Chapter 163,650 wordsPublic domain

Miracle, citoyens! celuy dont la fureur Remplit toute l'Europe et de sang et d'horreur, Met les grands à l'aumône et le peuple en chemise[229], Profane les autels et ravage l'Eglise, Bourrelé de l'excès de son ambition, S'alambique l'esprit de la religion, Recherche les saints lieux, reclame les reliques, Couvre de pieté ses humeurs tyranniques. Demons, souffrirez-vous que ce faux Capelan Puisse vivre en repos, qui commande en tyran? Que ce fameux ingrat, cet infame corsaire, Loge dedans les cieux son ame sanguinaire? Non, je n'estime pas que ce soit son dessein; Vous êtes ses tuteurs, il suit votre destin. Tous les deguisemens sont de votre fabrique; Il sçait tous les secrets de votre politique, Embrasse vos conseils, se régit par vos loix, Et brouille comme vous l'etat des plus grands roys. Sous luy les plus vaillans conduisent les armées, La France a pris le nom des Isles fortunées. Un moine, un renégat, l'un blanc et l'autre gris[230], Servent insolemment ce cruel Phalaris; Le plus gros des voleurs dispose des finances, Et le plus corrompu tient en main la balance. Enfin la cruauté, la rage et le depit Ont mis sous ce bon chef les bourreaux en credit; Mais toutes les vertus de cette ame bien née, Ne se pouvant asseoir, s'en iront en fumée. Les rares qualitez de ce grand favory S'etoufferont bientôt, s'il a le cul pourry[231]. Chirurgiens affronteurs, dont la vaine science A trompé ce puissant ministre de la France, Vous ne meritez pas d'avoir part aux honneurs, Vous n'aurez plus ce digne objet de vos labeurs: Vos consultations ne sont que des chimères. Pour guerir ce derrière, il faut de grands mystères. La terre ne peut plus soulager ses douleurs, Elle ne peut souffrir l'eclat de ses grandeurs. Le ciel, qui seul fournit à ses hautes pensées, Prolongera le cours de ses belles années, Forcera les destins, fera cesser ses maux, Luy rendra la santé pour prix de ses travaux. Il importe fort peu que le peuple malade Des corps resçuscitez nous presente en parade. Retirez-vous d'icy, podagres et teigneux, Saint Fiacre[232] n'a plus de vertu dans ces lieux. Membres cicatrisez par des anciens ulcères, Vous n'aurez plus de quoy soulager vos misères; Ce bon saint, delaissant son temple et ses autels[233], Abandonne le soin du reste des mortels. Encor son entremise et sa sainte prière Auront assez de peine à sauver ce derrière. Son ulcère, vengeur du sang des innocens, De leurs rudes prisons, de leurs cruels tourmens, Ne peut quitter son maitre en luy laissant la vie, Ny amoindrir son mal, augmentant sa folie. Ce traitre neanmoins, en depit de son sort, Et malgré le destin, fait un dernier effort, Implore les secours d'une main souveraine, Puisqu'elle a rendu son esperance vaine. Nogent[234], le plus falot de tous les favoris, Avec un plein pouvoir est party de Paris, Pour ravir cet ancien protecteur de la Brie, Enlever saint Fiacre du sein de sa patrie. Mechant! c'etoit assez de ruiner tant d'estats, De troubler le repos de tant de potentats, Qu'un prêtre scelerat eût ravagé la terre, Qu'il eût porté partout le flambeau de la guerre; Ton insolence va jusques dedans les lieux, Tu fais venir les saints au lieu d'aller à eux, Tu les assujettis aux loix de ton caprice, Tu veux qu'ils soient temoins de tes noires malices. Mais, helas! tout fait joug sous cet enlevement; L'evêque, le clergé, sont sans ressentiment, Et les peuples, reduits à un triste servage, Souffrent sans murmurer voler leur heritage, Piller leurs saints tresors, prendre leurs ossemens, Fouiller au plus sacré de tous leurs monumens. Deux graves deputez chargez de la conduite Mettent par les chemins tous les galleux en fuite, Reservant la vertu de ce vol pretieux Pour donner guerison à ce cul glorieux. Thetis, doyen de Meaux, en habit magnifique, Doit estre le premier porteur de la relique; Le bon docteur Julien, quoy qu'en très grand emoy, Suivra cet harangueur au mepris de sa foy, Et, quoy qu'il soit le plus zelé de la Sorbonne, Quitte son serieux, et prend l'humeur boufonne, Prête son ministère à ce plaisant esbat, Qui ressemble à celui qui se fait au Sabbat. Armand dedans son lit reçoit cet ambassade, Et, la face tournée, offre son cul malade, Surpassant la fierté des princes ottomans, Qui presentent leurs dos à leurs chers courtisans. L'orateur, étonné de cette pourriture, Ateste ciel et terre et toute la nature; Dit que l'on fait grand tour à la vertu du saint; Du voyage inutile et du travail se plaint; Qu'il est vray qu'un teigneux, un galeux, un podagre, Sont objets du pouvoir de monsieur saint Fiacre; Mais qu'il ne guerit pas un phantôme sans corps; Que sa vertu ne peut resusciter les morts; Qu'il ne peut pas ôter le butin à la terre, Ny sauver ce mechant, plus digne de tonnerre; Que ce cul est dejà le partage des vers, Et que l'ame d'Armand est le prix des enfers. Ainsi, tous murmurans, deputez et reliques Crient qu'on les a pris pour de vrais empiriques; Qu'on les a fait venir pour soulager un mal Dont le ciel, juste auteur, punit ce cardinal, Dompte ce furieux et venge l'arrogance Qui lui fait mepriser les princes de la France, Qui fait porter son trône au dessus de nos lys; Mais l'insolent ne peut y demeurer assis. Ce cruel Philistin a senty la vengeance Du grand Dieu protecteur de l'arche d'alliance, Cet impie est frappé, mais non pas dans le coeur: Un poltron n'eut jamais cette marque d'honneur; Son dos, son cul, rongez, serviront de victimes Et d'expiation aux horreurs de ses crimes.

[Note 229: C'est le mot de François Ier sur les Guise, mot mis ainsi en quatrain par Passerat:

Françoys premier predit ce point, Que ceux de la maison de Guise Mettroient ses enfants en pourpoinct Et son pauvre peuple en chemise.]

[Note 230: Je n'ai pas besoin de faire remarquer qu'il s'agit ici du P. Joseph, l'_éminence grise_.]

[Note 231: «Le cardinal estoit sujet aux hemorroïdes, dit Tallemant, et Juif l'avoit une fois charcuté à bon escient.» (Edit. in-12, t. 2, p. 229.) C'est de Jean-Jacques Juif que Tallemant parle ici. Il étoit chirurgien du roi, et célèbre pour ces sortes d'opérations. Il en avoit fait une pareille à Voiture, qui l'en remercia dans ces vers:

J'ai reçu deux coups de ciseau Dans un lieu bien loin du museau, Landerirette Je m'en porte mieux, Dieu merci! Landeriri.

Juif mourut en 1658.]

[Note 232: La maladie dont souffroit le cardinal se rapprochoit de celle qu'on appeloit _fic_ ou _ficus_, et que la ressemblance de son nom avec celui de saint Fiacre avoit fait placer sous l'invocation de ce patron. V. _Gloss._ de du Cange, au mot _Ficus_, t. 3, p. 280, col. 3, et Le Duchat, remarques sur le chap. 2, liv. 2, de la _Confession de Sancy_. On lit dans l'_Etymologie des proverbes françois_ de Fleury de Bellingen, p. 317, un plaisant passage de l'_Hippocrate dépaysé_, au sujet de cette maladie et de son opération:

Grand bien fait ce mal de saint Fiacre. Qui veut dire autant que fi atre Quand on vuide le sang du cul A gens mornes comme un cocu, A la phrenesie arrangée; Par le cul la teste est purgée.]

[Note 233: Saint Fiacre avoit vécu en solitaire dans le diocèse de Meaux, et c'est dans cette ville que sont encore ses reliques. V. Mabillon, _Acta SS. Benedict._, t. 2, p. 599.]

[Note 234: C'est Bautru, l'un des amuseurs du cardinal. Sa femme, qui craignoit que la reine Marie de Médicis et plus tard Mazarin ne prononçassent son nom à l'italienne, ne se faisoit appeler que madame de Nogent. (_Menagiana_, 1715, in-8, t. 1, p. 267. Fr. Barrière, _La Cour et la ville_, p. 32-33.)]

_Institution de l'Ordre des chevaliers de la Joye, sous la protection de Bachus et de l'Amour, etablie à Mezières le 18 janvier 1696[235]._

[Note 235: Cette pièce est citée dans les _Curiosités littéraires_; Paris, Paulin, 1845, in-12, p. 373. C'est la seule chose que nous connoissions de l'ordre burlesque dont elle est la charte. Ces sortes de chevaleries bouffonnes étoient alors un amusement à la mode. Nous en citerons quelques unes des moins connues, sans nous éloigner de la fin du XVIIe siècle et du commencement du XVIIIe: _Les Chevaliers de la Grappe_, institués à Arles par Damas de Gravaison; les statuts ont été publiés en 1697, in-12; l'_Ordre de la Meduse_, fondé à Toulon par M. de Vibray, et dont les prouesses se trouvent racontées dans le rare petit volume: _Les agreables divertissemens de la table, ou Le reglement de l'illustre societé des frères et soeurs de l'Ordre de Meduse_; Marseille, de l'_imprimerie de l'Ordre_, s. d., in-12. _Mère Meduse_, c'est la bouteille. Les _mystères_ ou banquets de l'ordre avoient lieu tous les mois; chaque membre avoit un surnom significatif, par lequel seul on devoit le désigner. Il étoit défendu de se servir des mots _vin_, _boire_, _monsieur_ et _madame_; on les remplaçoit par _huile_, _lamper_, _mon frère_ et _ma soeur_. Citons encore l'_Ordre de la mouche à miel_, créé à la cour de madame la duchesse du Maine, à Sceaux, et sur lequel on peut lire de très curieux détails dans les _Mémoires_ de madame de Staal, édit. Collin, in-12, t. 1, p. 129; l'_Ordre des Allumettes_, le moins connu de tous, fondé vers 1643 à Chaumont en Bassigny, dans la société de la marquise d'Eseau (V. _Mém._ de l'abbé Arnauld, coll. Petitot, 2e série, t. 34, p. 209-210); enfin l'_Ordre des Baise-Cul_, qui ne nous est connu que par un passage des _Lettres_ de madame du Noyer, t. 1, p. 304.]

Comme le carnaval a été de tout temps la saison de la joye et des divertissemens, il semble que ce seroit être ennemi de soy-même que de passer dans la tristesse un temps consacré aux jeux et à la bonne chère; c'est dans cette pensée que le sage instituteur de cet ordre a pretendu bannir par une agreable societé la melancolie qui règne si fort dans cette ville, et faire couler cet heureux temps dans des plaisirs continuels et toujours nouveaux.

Pour eviter la confusion dans une si belle entreprise, il a luy même donné les règles qui suivent, telles qu'elles luy ont eté inspirées par Bacchus et par l'Amour, protecteurs de cet ordre.

On a d'abord jugé à propos d'establir trois dignitez, qui seront remplies par trois personnes d'un merite distingué, ennemies mortelles du chagrin et capables d'inspirer de la joye dans les coeurs qui en sont les moins susceptibles. Ceux qui possederont ces dignitez enivrantes seront:

L'eminentissime grand maistre, le grand commandeur de l'ordre, le grand prieur.

Ils seront distinguez: le grand maistre, par un ruban vert, large de deux doigts, qu'il portera en bandoulière, au bout duquel sera attachée une medaille d'argent, relevée des armes de l'ordre, qui representera Bacchus et l'Amour avec leurs attributs, qui s'embrasseront pour marque de leur union et seront couronnés d'une mesme couronne, composée de pampre et de mirthe, avec cette devise autour de la medaille: _La joye nous unit_.

Le grand commandeur et le grand prieur porteront une mesme medaille[236] au bout d'un ruban vert qui leur pendra au col. Les simples chevaliers et officiers subalternes la porteront aussi avec un ruban vert, attaché à la boutonnière du juste-au-corps; sur les revers de la médaille de l'ordre les chevaliers feront graver la devise qui conviendra le plus à la disposition de leurs coeurs.

[Note 236: L'ordre de la _Mouche à miel_ avoit aussi sa médaille; elle a été gravée dans les _Récréations numismatiques_ de Duby.]

L'eslection des trois premières dignitez de l'ordre se fera à la pluralité des voix dans la première assemblée, où, après une ample effusion de vin, on implorera le secours et l'inspiration des divinitez protectrices.

_Règles des Chevaliers de la Joye._

I.

Ceux qui voudront être reçus dans l'Ordre de la Joye seront obligés de fournir des certificats en bonne forme de leur belle humeur, de leur gayeté et de leur honnesteté avec les dames, et s'obligeront d'executer à la lettre les statuts de l'Ordre.

II.

Chacun des chevaliers fera choix d'une dame qu'il fera recevoir chevalière avec luy; elle donnera les mêmes preuves et jouira des prerogatives de son chevalier, sera obligée de porter comme lui une medaille et de se conformer religieusement aux statuts.

III.

L'on ne recevra dans l'Ordre aucun chevalier qui ne soit gentil-homme, ou qui ne vive noblement.

IV.

Pour entretenir la bonne union, qui fait une des principales parties de l'Ordre, les chevaliers s'assembleront deux fois la semaine, le dimanche et le jeudy, pour deliberer sur les affaires de l'Ordre.

V.

Les jours d'assemblée, les chevaliers regaleront leurs confrères chacun à leur tour, avec abondance de vin, de toutes sortes de liqueurs, de violons et de bonne chère; surtout la joye fera l'ornement de leur repas.

VI.

Pour eviter la confusion, l'on donnera un bouquet au chevalier qui sera obligé par son tour de regaler ses confrères.

VII.

Dans les repas que se donneront les chevaliers, feront un carillon perpetuel de verres, qui ne sera interrompu que par des chansons bachiques, et les plus divertissantes.

VIII.

Les chevaliers porteront toute sorte de respect au grand maistre, et à ses officiers, lesquels seront assis, dans les repas, par distinction, sur des chaises élevées au dessus du reste des chevaliers, et le grand maistre aura la sienne au dessus de la leur.

IX.

La dame du grand maistre et celles des premiers officiers observeront la mesme elevation des rangs que leurs chevaliers auront dans les assemblées.

X.

Lorsque le grand maistre commandera à quelqu'un de chanter ou de regaler la compagnie par quelques comptes agréables, il ne s'en pourra defendre sous quelque pretexte que ce puisse estre.

XI.

La dame du grand maître aura le même empire sur les chevaliers.

XII.

Les chevaliers et leurs dames vivront dans une parfaite union et soutiendront envers eux et autres tout l'honneur de l'ordre, au peril de leur vie et de leurs biens.

XIII.

S'il arrivoit par malheur quelque different entre les chevaliers ou leurs dames, le grand maître et ses officiers le termineront sur le champ de leur propre authorité, et ceux qui ne voudront pas obeir à leur decision seront chassés honteusement de l'ordre comme perturbateurs de la joye publique.

XIV.

Les chevaliers et chevalières seront obligés de porter en tous temps leur medaille; ceux qui seront surpris sans en avoir seront privés pour la première fois des plaisirs de deux assemblées, pour la seconde seront interdits de l'ordre si longtemps qu'il plaira au grand maître, et à la troisième fois seront exclus sans retour de la societé de leurs confrères et livrés en proye à leurs remords.

XV.

Un chevalier, le jour de sa réception, après avoir fait choix d'une chevalière, s'attachera à elle, la proviendra en tout ce qu'elle pourroit exiger de luy, et luy ôtera tout sujet de jalousie, en ne marquant point d'empressement pour d'autres que pour elle, sans neantmoins manquer à la civilité, qui demande un accueil riant pour tout le monde.

_Formulaire des voeux d'un chevalier de la Joye._

Jay, tel ....... fait voeu, en presence de Bacchus et de l'Amour, d'observer religieusement les statuts de l'ordre illustre de la Joye, et promets de garder jusqu'au dernier soupir la belle humeur, qui est une des plus belles qualitez d'un chevalier accompli; je promets de conserver toute ma vie une complaisance et une honnesteté inviolable pour les dames, et de regarder d'un oeil tranquile la perte de nos biens, plutôt que de sortir du caractère d'un veritable chevalier de la joye. En foy de quoy j'ay signé le présent serment d'une encre de couleur de vin.

Fait à Mezières, ce..... jour de.....

Tel.

_Manière de recevoir un chevalier de la Joye._

Après que l'on aura fait lecture des statuts au chevalier que l'on voudra recevoir, le grand maître, accompagné de ses officiers et suivi de tous les chevaliers et chevalières de l'ordre, le fera mettre un genoüil en terre et recevra son serment, qu'il fera en la manière cy-dessus; on luy fera passer ensuite par trois fois un verre de vin sur la tête des plus grands qui se trouveront, qu'il avalera d'un seul trait sans chanceler; cette ceremonie etant faite, le grand maître prendra une médaille que l'on luy apportera dans un bassin d'argent, laquelle le grand commandeur et le grand prieur attacheront au nouveau chevalier, après quoy il embrassera tous les chevaliers et chevalières qui seront présents, et l'on lui expediera ses lettres de reception. La même chose s'observera à la reception de la dame que le chevalier presentera à la dame du grand maître pour sa chevalière.

_Lettres patentes à la réception d'un chevalier._

Nous, ennemi capital du chagrin, ami de la liberté et grand maistre de l'ordre de la joye, sur preuves à nous données de la belle humeur, complaisance pour les dames et bonne appetit de tel ..............................., l'avons trouvé digne de participer aux plaisirs de notre ordre; enjoignons à nos bons et feaux amis rotisseurs, cabaretiers, traiteurs, patissiers, caffetiers, marchands de rataffia et violons, d'avoir à le reconnoître pour membre de notre corps, dès ce jour et à l'avenir, et de luy fournir, sitôt qu'il se presentera, tout ce qui peut contribuer à la joye, à la bonne chère et aux cadeaux qu'il voudra donner aux dames; car tel est notre plaisir. Fait à Mezières, etc.

Jour de

_Signé_ .............

Et au bas:

Collationné à l'original, par moy, secretaire de l'ordre de la Joye.

Le chevalier de BELLE HUMEUR.

_Noms des chevaliers de l'ordre de la Joye._

L'Eminentissime grand maître de l'ordre, ennemy capital du chagrin et ami de la liberté. Le grand commandeur de l'ordre, partisan des jeux, des ris et de la bonne chère. Le grand prieur de l'Ordre. Le fleau de la Melancolie. Le secretaire de l'Ordre. Le chevalier de la Belle Humeur. Le chevalier du Printemps. Le chevalier Fidel. Le chevalier Fretillant. Le chevalier Sans Soucy. Le chevalier de l'Espérance. Le chevalier Constant. Le chevalier Magnifique. Le chevalier Complaisant. Les dames des chevaliers porteront leur nom[237].

[Note 237: Nous avons déjà publié plusieurs pièces du genre de celle-ci, notamment dans notre t. 3, p. 147, 159, 297; t. 5, p. 69. On peut voir d'ailleurs, sur «ces divers ordres de plaisir institués pour l'amusement des oisifs», le _Rabelais_ de l'Aulnaye, Paris, 1820, in-12, t. 3, p. 7-8.]

_La grande division arrivée ces derniers jours entre les femmes et les filles de Montpellier, avec le sujet de leurs querelles._

_A Paris._

M.DC.XXII. In-8[238].

[Note 238: Cette pièce est tout à fait dans le goût des _Caquets de l'accouchée_, et paroîtroit sortie de la même plume. Elle est d'ailleurs du même temps, et traite de faits dont il y avoit été dit un mot, p. 158.]

Perfide et abominable ville, qui par tes impies et damnables revoltes penses faire teste long temps à ce grand Monarque qui te tient assiegée[239], c'est maintenant que tu peux recognoistre à bon droit que tes trahisons ne te servent qu'à advancer ta ruyne, tes mutineries n'enclinent qu'à ta cheute, tes revoltes ne panchent qu'à ton renversement.

[Note 239: Louis XIII étoit venu mettre le siége devant Montpellier en août 1622.]

Et bien que tu sois la demeure ordinaire des medecins, tu n'en trouveras pourtant pas un si expert qui puisse remedier aux playes journalières qu'on donne aux tiens, ny remplastrer les bresches que les canons du Roy font continuellement à tes bastions et murailles; ton MONT sera PILLÉ[240] si tu ne plies sous le joug de l'obéissance; les divisions qui sont parmi tes Citadins le peuvent tesmoigner, et les desordres continuels qui sont au milieu de ton enclos en pourront porter suffisante preuve.

[Note 240: Ce mauvais jeu de mots sur le nom de Montpellier se trouvoit presque justifié par les menaces que le prince de Condé prêtoit au roi: «Il avoit dit, en plusieurs endroits, que si le roy entroit dans Montpellier, il donneroit la ville au pillage.» (_Abrégé chronol. de l'Hist. de France, pour faire suite à celui de Franç. de Mezeray_, t. 1, p. 308.)]

Dernièrement, que les habitans de Montpellier voulurent mettre le né au vent pour faire une sortie, et qu'on leur tailla de si belles croupières, où mesme un de leurs principaux capitaines fust estendu sur la place, les femmes et les filles de la dite ville ayans eu le bruit de cecy s'assemblèrent en un lieu pour ensemblement deplorer leurs malheurs et abjurer la guerre cause de tant de maux.

Se caussam clamant, crimenque, ca utque malorum, Filia quæque manu flavos Mons pessula crines, Et roseas trahit ungue genas[241].

[Note 241: Ces vers sont une altération de ceux de Virgile, _Æneid._, lib. 12, v. 600-605.]

Il semble que Virgile eût prophetisé ces vers sur Montpellier, veu qu'on ne les sçauroit adapter à chose où il y ait plus de correspondance: car les bourgeoises de ceste ville, qui ont de coustume de voir un nombre infini de jeunes godelureaux qui y vont estudier en medecine, estant privées de leurs douces compagnies et des joyeux passe-temps que leur entretien leur donnoit auparavant ceste revolte, jointe à une infinité de pertes qu'ils ont faites depuis qu'ils se sont souslevez contre les armes de leur souverain, ne peuvent tenir les sanglots qui se crevent dans leurs bouches, ny boucher le passage aux soupirs qu'ils ressentent pour ce subjet.

Et quoy! dit une vieille chappronière[242] qui tenoit le haut bout en l'assemblée, serons-nous toujours misérables? Faut-il que nos maris soyent cause de nos malheurs? Ne suffisoit il jusques icy de nous avoir deschirez par lambeaux? Nous mesmes nous nous plantons le couteau dans le sein. Nous mesmes nous courons à bride abatue à nostre mort, et semble à voir qu'il nous tarde que nous ne soyons toutes dans nostre propre ruyne ensevelies miserables et mal-heureuses, pour ne revoir jamais la lumière du ciel. Faut-il, dis-je, que nos maris soient tellement oublieux de leur salut et du nostre, que de se precipiter dans les hazards et les dangers pour lutter contre les destins qui n'ont premedité autre chose que nostre totale perte? Ha! les larmes me crevent le coeur? les soupirs me bouchent les conduits de la parolle, les sanglots m'etouffent. Mon pauvre mary, hélas! ou es-tu? ou es-tu, ma seule consolation?

[Note 242: C'est-à-dire _portant chaperon_, ce qui étoit la marque de la petite bourgeoisie. V. notre t. 1, p. 306, et les _Caquets de l'Accouchée_, p. 21.]