Part 15
Leues et publiées en l'auditoire et par Civil du Chastelet de Paris, seant noble homme et sage M. Nicolas Luillier, escuyer, conseiller du Roy nostre Sire, lieutenant civil de la prevosté de Paris, en la presence du conseil et du procureur du Roy, commissaires et examinateurs, advocats, procureurs et autres practiciens audict Chastelet. Et ordonné qu'elles seront enregistrées ès registres ordinaires dudict Chastelet, publiées à son de trompe et cry public par les quarrefours de ceste ville de Paris, lieux et endroicts accoustumez à faire cris et proclamations, et par la prevosté et viconté de ladicte ville de Paris. Et est enjoint aux prevosts et soubs baillifs de ceste dicte prevosté et viconté faire estroictement garder et observer chascun en son esgard, destroict et jurisdiction le contenu esdictes lettres. Faict audict Chastelet le lundi huictième jour de mars, l'an mil cinq cens soixante quatre.
Signé: GOYER ET COLLETET[213].
[Note 213: V., sur la famille, Colletet, notre t. 4, p. 161.]
Leues et publiées à son de trompe et cry public par les quarrefours de ceste ville de Paris, lieux et places accoustumez à faire cris et proclamations, par moy Claude Adam, commis de Hilaire de Briou, crieur juré et sergent royal du Roy nostre Sire, prevosté et viconté de Paris, accompaigné de Claude Malassigné, trompette juré dudict seigneur, et autre trompette, le samedi dixième jour de mars mil cinq cens soixante quatre.
Signé: C. ADAM.
_Discours de la deffaicte qu'a faict Monsieur le duc de Joyeuse[214] et le sieur de Laverdin[215] contre les ennemis du Roy et perturbateurs du repos public à la Motte Sainct-Eloy, près Saint-Maixant en Poictou, le vingt-uniesme jour de juin 1587, dont les enseignes ont esté apportées au Roy estant à Meaux, le samedy vingt-septiesme de juin._
_A Paris, pour la veufve de Laurent du Coudret, suyvant la coppie imprimée à Poitiers._
[Note 214: Anne de Joyeuse, duc, pair et amiral de France, l'un des favoris de Henri III. Il fut tué cette même année, le 20 octobre, à Coutras.]
[Note 215: Jean de Beaumanoir, marquis de Lavardin, fait plus tard maréchal de France. Il avoit d'abord servi dans les rangs des huguenots. Il étoit colonel de l'infanterie françoise depuis 1580; il mourut en 1614.]
Le roy desirant sur toutes choses que ses subjects vivent toujours en la crainte de Dieu, en union, paix et tranquilité, pour y parvenir a cherché et cherche encores tous les jours tous les moyens à luy possibles; neantmoins, au mespris et contemnement de ses edicts et ordonnances, en certains et divers endroits de son royaume plusieurs perturbateurs du repos public se sont eslevez, qui par voye et soubs voeu d'hostilité se sont mis aux champs, lesquels ont saisy et prins aucuns chasteaux, places et villes, principalement au pays de Poictou. Car ayant cherché et amassé quelques forces jusques au nombre de quatre ou cinq mille hommes de pied et bien peu de cavallerie, ont couru jusques sur les limites du pays d'Anjou, ransonnant et pillant les villages et bourgs; et, ayant fait cela, taschèrent et essayèrent par tous moyens à eux possibles de surprendre la ville de Saulmur, afin d'avoir un passage et entrée sur la rivière de Loire à leur commandement et devotion. Mais tout aussi tost que la noblesse du pays eust esté advertie de telle chose (qui avoient et ont fort grand interest en la conservation et deffence d'icelle ville), se jetta dedans pour la garder et deffendre à l'encontre des dicts rebelles. Messieurs de Tours et d'Angers, en ayant ouy parler et en estans aussi advertis, y envoyèrent pareillement quelque bon nombre d'hommes bien armez et force munitions de guerre, comme voisins et bons amis sont tenuz faire l'un pour l'autre; ce que possible fut cause (et n'en faut douter) que les dicts rebelles laissèrent leur chemin et mechante entreprinse, et, prenans autre route, commencèrent à se retirer et cheminer le plus diligemment qu'ils purent vers le pays de Mayne, menaçant ceux de la dicte ville de Saulmeur de les venir revoir quand ils auroient auguementé et aggrandy leurs forces. Toutesfois, Dieu ne voulant permettre que leurs menaces eussent lieu, a permis que monsieur le duc de Joyeuse les en a bien empeschez, comme vous sera dit cy après[216].
[Note 216: «Le dit sieur duc de Joyeuse, lit-on dans les _Oeconomies royales_, avec une grande et belle armée abondamment pourvue de toutes choses, et luy accompagné de tous les principaux seigneurs et plus galands hommes de la cour, s'achemina en Poitou.» (_Collect. Petitot_, 2e série, t. 1, p. 383.)]
Vous devez entendre qu'en ce pays de Mayne ils ont commis et faict tant d'execrables cruautez, mesme en une petite ville qui s'appelle Chevillé[217] où ils pillèrent tout et mesme violèrent femmes et filles, estimans estre bien vengez et satisfaits de la rage et fureur qu'ils avoient en leurs mauvais courages, et mesmes s'attribuans telles cruautez et forfaits (fort detestables à Dieu et au monde) à grand honneur et reputation. Depuis encores ils se sont emparez et investiz de Sainct-Maixant, Fontenay, Maillezant[218] et plusieurs autres bonnes places, et par ce moyen leur puissance, fureur et outrecuidance s'augmentoit et accroissoit tousjours de plus en plus; ce que le roy voyant avec grande patience, a esté enfin comme contraint y envoyer monseigneur le duc de Joyeuse.
[Note 217: Lisez _Chemillé_. C'est un important chef-lieu de canton du département de Maine-et-Loire, arrondissement de Beaupréau.]
[Note 218: Lisez _Maillezais_.]
Lequel s'achemina en la plus grande diligence qu'il peut au pays de Poictou, et feit dresser son camp à Loudun par monsieur de Lavardin, son lieutenant. Les ennemis, voyant les preparatifs qui se dressoient à l'encontre d'eux, deliberèrent de garder les villes qu'ils avoient prinses, pour le moins s'ils n'estoient assez forts pour faire teste et resister à la campagne. Ils envoyèrent donc deux regimens de leur armée, conduits par le sieur de Bourie, conducteur d'un regiment de Gascons, et Charbonnière, conducteur d'un autre regiment de François[219], pour se jetter dedans Sainct-Maixant; quoy entendu par monseigneur de Joyeuse, vint au devant et les rencontra en un bourg et chasteau nommé La Motte Sainct-Eloy, appartenant à monsieur de Lansac, à deux lieues de Sainct-Maixant. Là, les combat et en deffait cinq cens, qui se deffendirent vaillamment par l'espace de vingt-quatre heures, soustenans tousjours le choc, pensant avoir du secours; mais se sentans trop foibles, firent tant qu'ils gaignèrent l'eglise dudit La Motte Sainct-Eloy, où ils se renfermèrent et firent tout effort de se deffendre. Or la fin a esté qu'ils se sont renduz prisonniers; le dit sieur Bourie a esté tué et le capitaine Charbonnière prins prisonnier, et plus de soixante autres[220]. Il a esté tué, du costé de monseigneur le duc de Joyeuse, le sieur de Massé, un seigneur signalé. Les enseignes furent apportées par monsieur de Fumel au roy, estant à Meaux, le samedy vingt-septiesme jour de juin mil cinq cens quatre vingt-sept, six jours après la victoire obtenuë par monseigneur duc de Joyeuse, auquel Dieu donne la grace de le perseverer et vaincre les ennemis du roy, perturbateurs du repos public[221].
[Note 219: «Le roi de Navarre, lit-on encore dans les _Oeconomies Royales_, avoit quatre ou cinq régiments, dont les deux premiers estoient ceux des sieurs Charbonnières et Desbories, lesquels il destina pour estre mis en garnison dans la ville de Saint-Maixent, en cas de siége; et pour éviter qu'ils ne mangeassent les vivres de la place et les tenir neantmoins tout prêts à se jeter dedans lorsqu'il en seroit besoin, il les fit loger à La Motte Sainct-Eloy, appartenant ce nous semble à M. de Lansac, leur ordonnant de s'assurer du chasteau; mais, à la prière du sieur de Saint-Gelais, qui estoit parent du seigneur d'iceluy et qui leur en respondit, ils n'y mirent personne dedans.» (_Collect. Petitot, ibid._)]
[Note 220: Le roy de Navarre étoit à La Rochelle, dit encore Sully, «lorsqu'il eut nouvelles de la defaite de ses deux régimens dans la butte Sainct-Eloy, où il fut exercé des cruautés inouyes, ce malheur estant arrivé par faute de s'estre logé dans le chasteau, dans lequel on logea des hommes peu à peu par lesquels ils furent attaquez.»]
[Note 221: Ce qu'on souhaite ici n'arriva pas, puisque, comme je l'ai dit en commençant, Joyeuse, quelques mois après, fut tué à Coutras. Ce furent les représailles du massacre dont vient de nous parler Sully. Lorsqu'il fut pris, il demanda grâce en offrant cent mille écus de rançon. Les soldats huguenots lui crièrent: «_La Mothe Sainct-Eloy!_» et le tuèrent sans merci. Il est fait mention du massacre de La Mothe et de la vengeance qui en fut prise dans une pièce très curieuse du temps de Louis XIII: _Pasquil satyrique du duc de (***) sur les affaires de France, depuis l'année 1585 jusques en l'année présente_ 1623, in-8:
Les Anglois qu'on deffit en bières (_sic_) Furent tous tués de sang-froit Il se fict un semblable exploict A La Mothe de Sainct-Eloy. Il fait bon maintenir sa foy, L'on s'en repentit à Coutras.]
_Lettre de Calvin, apportée des enfers par l'esprit du sieur Groyer aux pasteurs du petit Troupeau._
_Suivant la copie imprimée à La Rochelle par Estienne du Rosne, imprimeur et libraire._ 1641.
_Avec permission._
In-8.
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_A Monseigneur Monseigneur de la Porte, grand prieur de France, ambassadeur de l'ordre de Saint-Jean de Jerusalem, intendant general de la navigation et commerce de France, et gouverneur pour Sa Majesté de Broüage, La Rochelle, pays d'Aulnis et isles adjacentes._
Cher objet de tous les François, Grand protecteur des Rochellois, Exerce en mon endroit ta bonté coutumière; Permets à cet esprit naissant D'aller le front baissé rechercher la lumière, A la faveur de ton croissant.
Pierre GROYER, _Angevin_,
Escollier de philosophie au collége royal de La Rochelle.
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Pasteurs qui menez vos troupeaux Parmy des routes si cachées Et qui les abreuvez des eaux Que l'enfer semble avoir crachées, Cessez de suivre ces sentiers Au bout desquels vos devanciers Ont veu des loups et des vipères De qui la fureur et l'efort Leur ont fait rechercher le port Dedans la gueule des cerbères.
Le grand bruit de ces leopards Vous forcera d'ouvrir l'oreille, Et vous serez de toutes parts Attains d'une peur nompareille. Si vous jettez vos souliers vieux Pour mieux fuir devant leurs yeux, Ils vous poursuivront plains de rage, Et, après vous avoir vaincus, Puisque vous semblez aux cocus Ils vous feront entrer en cage.
Les libertez que vous prisez Se separeront de vos ames, Et tout ce que vous meprisez Vous tallonnera dans les flammes; Les jeusnes, les austeritez, Contre qui vous vous irritez, Seront vos plus doux exercices, Et, tous rongez de desplaisir, Vous sentirez qu'un fol desir Peut engendrer mille supplices.
Parmy les tenebreux cachos Où vous mettront ces Poliphèmes, Dieu, vous privant de tout repos, Se vangera de vos blasphèmes; Vos crimes, qui luy font horreur, Porteront sa juste fureur A faire esclatter son tonnerre Dessus vos corps chargez de fers; Vous sentirez dans les enfers Celuy que vous niez sur terre.
Vous ne pourrez jamais le voir, Jamais vous ne l'aurez pour père, Puisque vous refusez d'avoir Sa très chère espouse pour mère. La douceur de ce Roy des Roys (De qui vous violez les loix Et que vous appelés barbare Le faisant autheur de tous maux) Pour faire place à nos travaux Se retirera du Tartare.
Son bras, qui ne peut se tenir De secourir et de bien faire S'exercera lors à punir Ceux qui sont enclins à mal faire. Sous la pesanteur de sa main, Combattus de soif et de faim, Si vous ouvrez vos bouches grandes, Soudain les serpens, les aspics, Les crapaux et les basilics Les rempliront de leurs viandes[222].
Les orfrayes et les corbeaux Tiendront le haut bout à vos tables; Vous n'oirez point des chants plus beaux Que leurs cris très espouvantables; Dans ces contagieux festins, Vous serez serviz de lutins, De Mégère et de Tysiphone, Qui, vous presantant du poison, Vous feront dire avec raison: «Jusqu'au bord pleine tasse on donne.»
Vostre dessert sera du fiel Force pommes de colloquinte; L'on vous presentera le miel Qui se rencontre dans l'absinte, Et, quoy que pour n'en goûter pas Vous meditiez de grands combats, Votre deffence sera vaine: L'on a delibération Non par commemoration Que vous ferez ainsi la cène.
Là on viendra vous inviter A faire compagnie à Baize Qui disne du corps de Luther Qu'on a fait rostir sur la braize; Vous verrez l'infame Astarot Traitter le confrère Marot Avec une main meurtrière; C'est là qu'il dit à ce boureau: «Je suis fait semblable à un veau Qui boult au fond d'une chaudière.»
Luy-mesme se ronge le coeur Et fulmine contre ses crimes, Et cet escervelé mocqueur Pleure au plus profond des abismes. Les seuls dont il oit les sermons Sont les Furies, les Demons, Qui luy livrent dix mille allarmes, Et dans son chaleureux tourment Il n'a de rafraîchissement Que le seul torrent de ses larmes.
Et moy, malheureux apostat, Qui ay fait passage a leurs vices, L'on m'a reduit en un estat Où je les surpasse en supplices; Eux-mêmes me lancent des dars, Et, tournant leurs affreux regars Vers mon corps brulant et difforme, Ils crient à perte de voix Que c'est dans l'enfer où je dois Faire une seconde réforme.
Je le voudrois, mais je ne puis; La justice veut que je souffre Les misères et les ennuis Que vomit cet horrible gouffre, Où je suis mort pour les plaisirs, Où mes horreurs et mes desirs Me tiennent toujours dans l'orage, Où tout bute[223] à me désoler, Où rien ne vient me consoler Que le désespoir et la rage.
Mes yeux ardans et enfumez N'aperçoivent que des potences Des roües, des feux allumez, Instruments de mes pénitences. Les cyclopes de ces fourneaux Ne mettent l'acier en carreaux[224] Qu'afin d'en escraser ma teste; Mon esprit s'abisme en des flots Sur qui le vent de mes sanglots Fait souslever une tempeste.
Les gesnes qu'on me fait sentir Emplissent d'horreur ma caverne, Mes desespoirs font retentir Toutes les places de l'Alverne, Les Mores, les Egyptiens, Les Barbares, les Indiens, Sont icy sains et sans divorce, Car tous les maux rongent mes os Et les demons dessus mon dos Lassent leur colère et leur force.
Ces antres nourrissent des ours Qui conspirent mes funerailles, Et, pour les haster, les vautours Viennent arracher mes entrailles. J'envie une seconde mort; Mais celuy qui regist mon sort Avec le fer et la balance Me fait vivre, et, tout irrité, Il veut bien que l'éternité Soit plus courte que ma souffrance.
O tourment! ô rage! ô fureur! O parents qui me vistes naistre, Que ne m'arrachiez-vous le coeur Au moment que je receus l'estre. Mère qui m'avez enfanté, Vous m'eussiez alors exempté Des malheurs sous qui je succombe Si par le tranchant d'un cousteau Vous m'eussiez tiré du berceau Pour me porter dessous la tombe.
Que faisiez-vous dans les deserts, Tygres, où cherchiez-vous des vivres, Alors que mon esprit pervers Diminuoit les sacrez livres? Quand je voulus les effacer, Et que je les osay placer Au rang des choses apocriphes, Vous deviez déchirer mon flanc; Ce forfaict de mon propre sang Devoit estre escrit par vos griffes.
Helas! si je pouvois trouver La sortie de ce dedale Où mon sort me fait repreuver Tout ce que l'on feint de Tantale, J'irois vous revoir, ô mortels! Pour immoler sur vos autels Mon coeur et mon visage blesme. Ils brusleroient au lieu d'encens Et de tout le cours de mes ans Je ne ferois qu'un seul caresme.
Vous qui recevrez cet escrit Cherchez desormais les saints temples, Recognoissez y Jesus-Christ; Servez à vos troupeaux d'exemples; Embrassez la devotion; Quittez vostre religion Très mal fondée et mal acquise; Qu'elle ne soit plus vostre but, Puisqu'on ne trouve aucun salut Separé du seing de l'Eglise.
[Note 222: _Viande_ alors, comme _victus_, dont il est le dérivé, se prenoit pour toute espèce de vivres. V., pour divers exemples, L. de Laborde, _Glossaire_, p. 541.]
[Note 223: _Buter_ dans le sens de _tendre à_. Quelquefois on se servoit d'une autre expression dont celle-ci n'est que l'abréviation:
Voilà bien _frappé en la butte_ Pour les faire tous tourmenter.
(_L'Apocalypse saint Jean Zébédée_, etc. 1541, in-fol. goth., feuillet X.)]
[Note 224: C'est-à-dire en _foudres_. Les _carreaux_ étoient de grosses flèches à fer carré qui se lançoient avec l'arbalète. Les _carreaux_ du jeu de cartes viennent de là; comme les _piques_, ils ont été empruntés aux armes de la chevalerie. On leur a donné la couleur rouge, parceque le trait qu'ils rappellent étoit souvent rougi au feu avant d'être lancé. Le _vireton_ et le _matras_ étoient des projectiles d'une plus grande force encore que les _carreaux_. V. _Etudes sur le passé et l'avenir de l'artillerie_, par Louis-Napoléon Bonaparte, t. 1er, p. 18.]
_Discours de la Prinse du capitaine Chapeau et du capitaine la Callande[225], de par Monsieur le Prevost de l'hostel, grand prevost de France, ensemble l'execution qui en a esté faicte dans la ville de Montargy, pour avoir lever des compagnies sans commission et pour avoir voller et ransçonner les bourgs et villages tant de autour de Montargy que du chasteau Renard[226] et Osouay[227], dont les testes des capitaines ont esté apportées devant le chasteau du Louvre, à Paris._
_A Paris, pour Laurens du Coudret, maistre imprimeur._
1586. In-8.
[Note 225: C'étoient deux des capitaines de ces troupes ligueuses qui l'année précédente s'étoient emparées du château de Montargis.]
[Note 226: Chef lieu de canton du département du Loiret, arrondissement de Montargis; Anquetil en étoit prieur. On montre encore la tour du château où il écrivit une partie de son _Histoire de France_. (Boyard, _Statist. de l'arrondiss. de Montargis_, p. 67.)]
[Note 227: Commune du même arrondissement, canton de Lorris.]
La perfection de l'homme (sans laquelle il ne peut estre politique, et moins apte pour se nommer membre du corps mystique de Jesus-Christ) consiste en l'obeyssance deue à Dieu, et par consequent à ceux lesquels il a establis sur nous, quels sont les prelats et ministres de l'Eglise, les roys, princes et aultres par eux deleguez pour la vengeance des malfaiteurs et asseurance de ceux qui chemineront selon la loy. De sorte que ceux qui, ou de fait ou de propos, contreviennent à ceste ordonnance, semblent d'autant indignes du nom chrestien qu'ils se reculent de la trace de l'Escriture saincte, et refusent suyvre celuy Jesus-Christ duquel ils se denomment et glorifient, voire mesme se bandent contre Dieu, autheur et protecteur de la dignité royale. Quand tu viendras en la terre que le Seigneur ton Dieu te donne, et que tu possederas, et y demeureras et diras: «Je mettray un roy sur moy comme toutes les nations qui sont à l'entour de moy», lors tu constituras sur toi le roy que le Seigneur ton Dieu eslira du nombre de tes frères. Quoy considerant, l'homme chrestien rejettera tout pretexte et couleur que puissent prendre les rebelles, puisque, suyvant la doctrine de l'apostre sainct Pierre, les subjets se doivent en toute crainte soubmettre à leurs maistres, non seulement bons et humains, mais aussi rigoureux. Car cela est aggreable si quelqu'un, à cause de la conscience qu'il a envers Dieu, endure fascherie, souffrant injustement: car ne permet aucunement nostre Dieu se bander contre son maistre, ne le vassal prendre les armes contre son roy. Qu'ainsy soit pour le vous donner à entendre de deux capitaines: ne craignant Dieu, ne roy, ny justice, se sont mis à lever des hommes sans permission ni commission du roy (nostre très souverain seigneur et maistre), et pilloient, ransçonnoient tous les pauvres laboureurs d'entour la ville de Montargy, jusques à violer femmes et filles, et mesme jusque à battre et tuer et meurdrir leurs hostes et hostesses.
Dont Dieu ne lessans les meschans impunis, et la sainte justice en estant advertie, M. le prevost de l'hostel et grand prevost de France, ayant entendu les plaintes et advertissement des pauvres laboureurs des cruaultez et tirannies faites par Jehan Bellange, dict capitaine Chapeau, et par Jehan du Dont, dict capitaine La Calande, et les soldats de leurs suittes, les a fait prendre trois lieues près Montargy, près Osouy, et furent amenez dans la ville de Montargy, et condamnez par juste sentence de M. le prevost de l'autel, grand prevost de France:
Que le capitaine Chapeau-Rouge et le capitaine La Calande seroient rompus dans la halle, le lundy dix-septième jour de mars mil cinq cens quatre vingts six, et leurs testes apportées devant le chasteau du Louvre à Paris.
_Remonstrance._
Que pourront donc alleguer les rebelles, veu que les exactions que les princes pourroient faire ne sont suffisantes causes d'esmouvoir leurs sujets contr'eux? On peut faire des remontrances, requerir des estats et rechercher autres voyes raisonnables, non lever les armes, assassiner son prince; joinct que, quand on auroit regardé toutes choses d'oeil sain et droict, on verroit que plusieurs causes légitimes, voire comme necessitez urgentes, contraignent quelquefois les rois requerir de leurs sujets aides et subsides plus que de coustume, parquoy il faut que ceux qui se glorifient du nom de chrestien, qu'ils regardent à prier Dieu pour leur roy, selon la doctrine de sainct Paul.
_Sur l'enlevement des reliques de saint Fiacre, aportées de la ville de Meaux pour la guerison du derrière du C. de R[228]._
[Note 228: Nous trouvons cette pièce dans le _Tableau de la vie et du gouvernement de messieurs les cardinaux Richelieu et Mazarin et de monsieur Colbert, representé en plusieurs satyres et poésies ingenieuses_, etc. Cologne, P. Marteau, 1694, in-12, p. 29-33. Elle avoit été publiée séparément, sous un titre moins atténué que celui qui se lit ici: _Sur l'enlevement des reliques de saint Fiacre, pour la guerison du cul de M. le cardinal de Richelieu_, 1643, in-8.]