Part 14
Les impositions et gravesses mises sur le peuple, et les tailles excessives, aydent grandement à la cherté, comme il a esté dit cy dessus; le remede desquelles aussi consiste en la benignité du roy, en laquelle nous devons tant esperer, qu'estans ostées les causes pour lesquelles il les a imposées, qui sont les guerres civiles et le payement de ses debtes, il en deschargera son pauvre peuple, qui de ceste esperance allége sa pauvreté; et quant aux guerres, qui ont enseigné au soldat l'insolence pour brusler, piller, ravager et dissiper, tout cela requiert de belles ordonnances militaires sur le reglement de la vie des gens de guerre.
La cherté de cinq ou six années que nous avons eues stériles l'une après l'autre, causée par les moyens cy dessus declarez, peut estre corrigée et y peut estre remedié par bonnes ordonnances sur la distribution, ordre, reserve, vente et taux des vivres, lesquelles suppléeront aucunement à ladite stérilité, et nous apporteront, sinon un grand marché de toutes choses, pour le moins meilleur que nous ne l'avons: car il n'y eut jamais si grande stérilité ny disette de biens que la bonne police n'y ait suppléé; mais là où elle defaut, on pourroit avoir des vivres en abondance que la cherté y sera tousjours. Mais il y a un moyen lequel, quand tous les autres cesseroient, nous peut seul oster la grande cherté et couper broche à tous monopoles: c'est qu'aux principales villes de chacune province on dresse un grenier public dans lequel on pourra assembler telle quantité de bleds qu'on verra estre nécessaire pour partie de la nourriture des habitans de la dite province, lesquels greniers seront ouverts et le bled distribué au peuple à mesure qu'on verra la nécessité et que le marché ordinaire n'y fournira plus, ou que le bled y sera trop cher par le monopole du marchant[204]. Et où une ville se trouvera necessiteuse, les autres villes seront tenues la secourir, ou ceux des dites villes qui auront charge de la police advertir souvent les uns les autres de la quantité et pris de leurs grains, et pourront contraindre tous gentilshommes, fermiers, marchands et autres, de vendre leurs bleds, et n'en faire autre réserve que pour leur provision; et si aucun marchant veut acheter des bleds en une province pour les transporter en l'autre, il sera tenu advertir les officiers de la dicte police de la quantité du bled qu'il veut acheter et du lieu où il le veut transporter, afin que les dits officiers puissent donner advertissement aux autres de l'achapt, quantité, pris et transport des dits bleds. Par ce moyen le gentilhomme, l'abbé, le fermier, seront contraints de vendre leurs bleds au mesme pris qu'il se vendra au grenier public, le marchant ne pourra monopoler, les bleds seront conservez aus dits greniers publics, bien mesnagez, et eschangez d'an en an. Tellement que, si les moyens et remèdes à la cherté cy dessus deduits sont pratiquez et joints avec ce dernier, nous ne pouvons sinon esperer une prompte abondance de toutes choses en ce royaume, lequel par ce moyen nous verrons florissant, craint, redouté et remis en sa première splendeur, voire plus grande qu'il ne fut jamais. Voylà ce que nous pouvons dire des causes de la cherté et des moyens d'y donner un bon remède, après ce que depuis cinq ans en a bien doctement et encore plus discouru M. Jean Bodin, advocat en la cour, en un bel oeuvre qu'il a fait, duquel nous avons tiré une grande partie de cestuy avec quelques articles de la susdite remonstrance du dit sieur president Bailly, y ayans mis du nostre ce que nous a semblé convenable et propre à la matière que nous avions deliberé de traiter.
[Note 204: Sur l'abus du monopole des marchands de blé, dont il a déjà été parlé, V. notre t. 3, p. 316-317.]
_Le May de Paris._
M.D.C.XX. In-8.
* * * * *
_Au Roy._
Recalme ton lustre, ô Paris! Cesse tes pleurs et tes orages, Ton roy, ton vrai soleil, te rend les adventages Qui t'ont donné le prix[205].
A bon droict tu sechois d'ennuy, Perdant les rays de sa lumière, Car des bords du Levant jusqu'à l'autre barrière Il n'est rien tel que luy.
Depuis Clovis tu n'eus jamais Un roy si comblé de merveille, Ny pour régir ton cours une vertu pareille Ne luyra désormais.
La douceur et la probité, L'amour et la recognoissance, La valeur et l'honneur avecques la prudence, Ornent sa Majesté.
C'est la vray ame de Henry, De qui tu fus la bien-aymée, Un phoenix qui renaist de la cendre animée D'un père tant chery.
Père qui te sceut delivrer Du frein de la guerre homicide, Et te fit (se baignant dans les gloires d'Alcide) Ton bon-heur recouvrer.
Que donc tu reprennes vigueur; Que tes ennuys gaignent la fuitte, Et que maints doux plaisirs d'une meilleure suitte Relogent dans ton coeur.
Belle, que tes cheveux espars R'aquèrent leur grace et leurs charmes, Que tes yeux languissants tesmoignent, pour des larmes, Des ris de toutes parts.
Que ce teint de royales fleurs, Où la tempeste fait ombrage, Comme devant remette, en brisant son nuage, Ses premières couleurs.
Relève ce front et ce port, Que mesmes l'estranger admire, Puis que ton grand soleil heureusement aspire A te donner confort.
Aussi bien, reyne des citez, Il n'est chose qui n'embellisse Ores que le printemps dans les campagnes glisse Mille diversitez.
La terre, que l'hyver obscur Transissoit de neige couverte, Des-ombrage son teint, reprend sa robbe verte, Et l'air redevient pur.
Tout brille, tout est embasmé, Dans le sein des molles prairies, De parfums odorans, comme de pierreries Largement parsemé.
De branche en branche les oyseaux Leurs chansonnettes apparient; Les ruisselets d'argent aux zephires marient Les concerts de leurs eaux.
Et l'amour, pour entretenir Les vives escences du monde, Voltige en s'esbatant d'une aisle vagabonde, Faisant tout r'ajeunir.
En ce temps, parmy tant de feux Que la nuict range sur nos testes, Les Gemeaux, qui sur l'onde accroissent les tempestes, Ont leur règne tous deux.
Mais pour les faveurs dont ce roy T'honore d'une ame benigne, Que luy veux-tu donner, ô Paris! qui soit digne De luy comme de toy?
Voicy le plus beau mois de tous, Mois gaillard, où d'accoustumance On fait present d'un may[206], quand il reprend naissance Par un mouvement doux.
Ha! que luy presenterois-tu, Quel arbre ou quelle fleur d'eslite, Si les plus excellents ont voué leur merite A sa digne vertu?
Sa main toute de palmes rompt, Et pour une tierce couronne Maint tortis de laurier plainement environne Ses temples[207] et son front.
L'oeillet est compris en son teint, Le beau lys en son armoirie, Et sa lèvre, imitant une jeune prairie, De la rose se peint.
Arrière tous ces vains presens, Qu'ailleurs s'anime leur victoire; Ils manquent pour un roy si renommé de gloire, En de si nouveaux ans.
Le present, le may qu'il luy faut, D'une vraye recognoissance, Est l'arbre de l'amour et de l'obeissance, A qui rien ne deffaut.
C'est la vive fleur de renom Que le devoir a mis en estre, Et la fidelité que l'on void apparoistre En l'esclat de ton nom.
Sus donc, astre de l'univers, En qui tant de bien se descouvre, Porte luy maintenant jusqu'au chasteau du Louvre Sur l'aisle de mes vers.
[Note 205: A la fin d'avril 1620, Louis XIII s'étoit mis en route pour aller jusqu'à Tours se réconcilier avec sa mère. A peine étoit-il à Orléans, que Luynes, qui le conduisoit, changea de pensée et le ramena brusquement à Paris; de là ce compliment poétique. Le départ avoit du reste soulevé bien des plaintes. V. notre édition des _Caquets de l'Accouchée_, p. 57, note 2.]
[Note 206: C'étoit en effet l'usage, mais il commençoit à se perdre alors. Au XVe siècle, personne n'y manquoit, pas un amant surtout. On lit dans _le Sermon joyeux auquel est contenu tous les maux que l'homme a en mariage, nouvellement composé à Paris_:
Quand vient le premier jour de may A son huys fault planter le _may_, Et le premier jour de l'année Faut-il qu'elle soit estrennée.
Cette coutume galante avoit fait créer le joli verbe _émayoler_, qui se trouve dans ces vers de Froissard:
Pour ce vous veux, Madame, émayoler. En lieu de may, d'un loyal coeur que j'ay.]
[Note 207: Pour _tempes_. V. plus haut, p. 15.]
_Le Pot aux Rozes decouvert du plaisant voyage fait par quelques curieux au bois de Vincennes à dessein de voir Jean de Werth[208], et ce qui s'en est ensuivy._
_A Paris, par Guillaume Sausse, à la rue des Trois-Citrouilles, à l'enseigne des trois Poireaux, vis-à-vis des trois Navets._
[Note 208: C'est le soudard Brabançon, rendu si fameux par le dicton populaire. Né dans la Gueldre, simple soldat de fortune, il étoit arrivé au commandement de l'armée bavaroise après la mort d'Aldringer, en 1634. Il n'y avoit pas de chef de bandes que l'on redoutât plus en France, aussi ce fut une véritable panique à Paris, lorsqu'on y sut, en 1636, que la prise de Corbie par les Espagnols venoit de lui ouvrir un libre passage jusqu'aux portes de la capitale. V. notre t. 5, p. 338, note. C'est alors que Scarron écrivoit au chant du _Typhon_:
On dit que quelques bons esprits Ordonnèrent qu'on fît des grilles Pour se garentir des soudrilles Du redoutable Jean de Vert.
Deux ans après, les Parisiens prirent leur revanche de cette belle frayeur. Jean de Werth et le duc de Bernard de Weimar, qui commandoit pour la France, se rencontrèrent près de Rheinfeld. Il y eut deux actions. Dans la première, le 18 février, les François furent défaits; mais dans la seconde, cinq jours après, c'étoit le tour de Jean de Werth, qui fut complètement battu et fait prisonnier. Pour que les Parisiens n'en doutassent point, on le leur amena. C'est à Vincennes qu'il fut enfermé. Tout le monde l'alla voir, et beaucoup sans doute eurent des déconvenues pareilles à celle des curieux dont on raconte ici le voyage. Les chansons allèrent leur train, chacune ramenant à la fin des couplets le nom du chef qu'on avoit tant redouté, mais dont on se moquoit à présent qu'on ne le craignoit plus. De là le dicton: _Je m'en moque comme de Jean de Werth_. Lui cependant ne se moquoit pas moins des moqueurs. Il passoit ses journées en véritable Allemand, c'est-à-dire à boire, et, dit Bayle, «à prendre du tabac en poudre, en cordon et en fumée.» V. son _Dictionnaire_, art. _Werth_. On le garda jusqu'en 1642, et ces quatre ans, dit Mlle Lhéritier, l'une des dernières qui l'aient chansonné, furent appelés _le Temps de Jean de Werth_. V. _Mercure galant_, mai 1702, p. 77. A peine libre, il ne chercha qu'une revanche; il la trouva bientôt à Tudlingen, où, le 25 novembre, il aida vigoureusement Merci et le duc Charles à battre le maréchal de Rantzau.]
Il y a tousjours des personnes de si bon naturel et d'une humeur si joviale qui apprestent à rire sans y penser à plusieurs, pour ce que le desir et la curiosité des choses estant animées, et auquel on appette avec un desir extrême de voir: c'est là où nous nous trompons insensiblement dedans nostre imagination, et cecy est à remarquer, que certains quidans ayans fait partie d'aller se promener au Cours[209], prirent jour auquel ils avoient plus de loisir dans la semaine de se recréer, et devisans par ensemble sur le chemin des affaires du temps et de la guerre, chacun se plaignant de sa condition, quelqu'un d'entre eux rompit ces discours, et les fit deliberer d'aller jusques au bois de Vincennes, à cause qu'il y avoit (disoit-il) quelque cognoissance, et à dessein aussi d'y veoir le sieur Jean de Werth et de boire à sa santé; mais ils furent deçeus de leur intention, et leur advint toute autre chose qu'ils ne s'estoient proposez; car dès aussi tost qu'ils furent entrez dans le chasteau, on les receut assez courtoisement, firent quelques promenades dedans le parc, là où ils furent rencontrez de quelqu'un des soldats, qui en advertirent l'un des principaux officiers de là dedans; et ne voulant manquer à son devoir parce qu'en ces lieux de conséquence les chefs veulent sçavoir qui va et vient, afin qu'il ne se practique quelques secrettes entreprises dans ces lieux contre leur honneur, commande à quelques-uns de ses gens de les mener devant lui, ce qui fut fait, et lors il les interroge pourquoy et quelles affaires ils avoient dans ce lieu, de quelle condition ils estoient, s'ils n'estoient pas serviteurs du roy? Repondirent qu'ouy, et qu'ils estoient naturels François, et qu'ils exposeroient leurs vies et moyens pour son service. Dieu sçait si pas un d'eux n'eussent pas voulu estre à dix lieues de là, ne sçachans à quelle sausse manger ce poisson, et s'ils n'eussent pas couru comme si le diable leur eût promis trente sous. Je crois qu'ils eussent donné au diable les jambes s'ils n'eussent sauvé le corps, tant y a qu'on ne les epouvanta aucunement, pour ce qu'on n'avoit point dessein de leur faire tort ny déplaisir; ains il leur fut fait un commandement un peu d'importance, si vous le trouvez bon: que, puisqu'ils estoient si serviables, de vouloir prendre la peine de porter et monter trois ou quatre voyes de bois jusques au haut du donjeon. Qui fut bien ébahy? ce fut ces messieurs; et dès aussi tost se regardant l'un l'autre, se resolurent enfin de se mettre en devoir, chacun mettant la main à l'oeuvre et à qui mieux se dépescheroit, d'autant qu'on leur promettoit toute sorte de satisfaction et contentement, pour ce qu'on leur avoit promis trois pistoles pour boire, et leur faire voir aussi Jean de Werth, ce qui leur donna quelque consolation dans leurs travaux. Vous pouvez croire qu'il n'y en avoit pas un d'eux qu'il ne maudist de bon coeur celuy qui estoit la cause de leur faire tel office, d'autant qu'ils n'estoient accoustumez à faire telles corvées, chacun se prenant à son compagnon, et c'estoit à donner à autant de diables qu'il y a de pommes en Normandie celuy qui y en avoit donné le premier conseil; mais comme un mal n'est jamais seul qu'il ne soit suivy d'un autre, c'est que leur besogne estant achevée, ils furent honnestement remerciez, tellement qu'on leur fit voir les trois pistoles, qui avoient esté delivrées entre les mains d'un soldat de la garnison, qui avoit ordre de les mener rejoüir, avec plusieurs autres des camarades de son escouade, à la meilleure taverne du village. Chacun estant preparé à piller à deux mains, à qui mieux mieux, l'on choisit des viandes les meilleures qui estoient dans le lieu; ceux qui les firent apprester s'y peuvent cognoistre, chacun se met en devoir et de boire et de faire des santés à l'allemande. La collation faite et la besogne estant thoisée, il survint un mandement de la garnison, par lequel il fut commandé de se ranger à son devoir, ce qui troubla la feste, d'autant qu'il falloit obeyr aux commandemens, prindrent congé de la compagnie, les remerciant très affectueusement, n'oublians rien de toutes choses, sinon qu'à compter leur écot, laissant payer à ces messieurs qui avoient esté si serviables et officieux, qui en tindrent pour leur comte chacun cinquante-neuf sols, et un sou pour le garçon. Voilà ce que j'en ay appris par relation de ceux qui estoient témoins oculaires, mon dessein n'estant d'ailleurs de blasmer personne, estant tousjours d'une si gaye humeur, que tous ceux qui me font l'honneur de m'aymer ne peuvent se fascher, ny engendrer melancolie dans ma compagnie. Sur ce, je me recommande _ad vestras reverentias_, jusques à _revedere_. _Vale._
[Note 209: Il ne s'agit pas ici du _Cours la Reine_, mais de celui qui se trouvoit bien loin de là, près de l'Arsenal, où il longeoit la Seine, puis en retour les fossés de la Bastille. Le _mail_, planté par Henri IV, et qui est devenu le quai Morland, en occupoit une partie, et le _quai des Ormes_ en étoit le prolongement. Les carrosses s'y promenoient en revenant de Vincennes, comme au _Cours la Reine_ en revenant du bois de Boulogne. Il fut abandonné lorsque, vers 1670, Louis XIV eut fait planter le _Cours de la porte Saint-Antoine_, aujourd'hui le boulevard Beaumarchais. V. Piganiol, t. 5, p. 33, 54, et G. Brice, édit. de 1752, t. 2, p. 242.--C'est de ce _Cours_, voisin de l'Arsenal, qu'il est parlé dans une pièce de cette époque, _la Promenade du Cours à Paris_, 1630, in 8. On y lit entre autres détails:
A voir du haut de la Bastille Tant de carrosses à la fois, Qui ne croiroit que quatre roys Font leur entrée en ceste ville?...
Puis voici les reines qui viennent, et toutes les dames qui se démasquent et les saluent:
Amy, voicy venir les reines Avec autant de majestez Que toutes les divinitez, Qui sortent du bois de Vincennes; Il faut que tant d'astres errans Qui paroissent dessus les rangs Deviennent fixes à leur veue: Il se faut descouvrir icy, Que Cloris n'est-elle veneue! Je la verrois sans masque aussy.
Ces ombrages autour de l'Arsenal faisoient dire à Cl. Le Petit dans son _Paris ridicule_:
Le sujet quadre-t-il au nom? On y compte plus de mille arbres, Et l'on n'y voit pas un canon.]
_Edict du Roy pour contenir les serviteurs et servantes en leurs devoirs[210]._
1565. In-8.
[Note 210: Cette ordonnance est du 21 février 1565. Je ne sache pas qu'elle ait jamais été recueillie.]
Charles, par la grace de Dieu Roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
L'une des choses qui nous semble estre bien necessaire au libre et seur repos de nos subjects, ayans mesnage, famille et serviteurs, seroit de pourveoir à ce que leurs maisons fussent bien et loyalement administrées, parce qu'il advient souvent que les chefs des familles sont, par les mauvaises moeurs et conditions de leurs serviteurs, le plus souvent delaissez et abandonnez d'eux, se desbauchans de leurs services; qui est cause que plusieurs maisons de toutes qualitez sont le plus souvent volées, pillées et desrobées par lesdicts serviteurs. Aucuns desquels ayans laissé leursdicts maistres craignans d'être remarquez és malefices qu'ils y ont commis, attilttent et donnent addresse à d'autres par secrette intelligence, pour y commettre tels larrecins et voleries[211].
[Note 211: Sur la conduite des domestiques au XVIe et au XVIIe siècle, on peut lire avec fruit: _De ceux qui servent à gages ès maisons des grands seigneurs et bourgeois_, par Jean des Gouttes, _Lyon_, Fr. Juste, 1537, in-16; _Flaminio et Colomana, ou Miroir de la fidélité des domestiques_, par J. P. Camus, _Lyon_, 1626, in-12.]
A quoy voulans pourveoir, afin de préserver nostre peuple, en tant que possible sera, de tels maulx et inconveniens, si pernicieux et dommageables qu'ils sont à la chose publique de nostre royaume:
Nous, à ces causes, après avoir eu sur ce l'advis et conseil de la Roine nostre très honorée dame et mère, princes de nostre sang et gens de nostre conseil privé, avons dict, declairé et ordonné, disons, declairons et ordonnons par ces presentes,
Que doresnavant tous serviteurs domestiques, cherchans ou estans appellez en commencement de service, ne seront receus en service d'homme ou de femme quel qu'il soit qu'ils ne facent apparoir à leurs maistres par acte vallable et authentique de quelle part, maison et lieu, et pour quelle occasion, ils sont sortis. Comme en semblable ceux ayans jà servi maistre quelque temps, et estans hors de leurs services, ne seront receus en services d'autres maistres ou maistresses que au preallable ne leur soit aussi apparu, par suffisante attestation susdicte de leursdicts premiers maistres, de l'occasion pour laquelle ils sont sortis.
Defendant très expressement à tous chefs de maisons et famille, de quelque estat, qualité ou condition qu'ils soyent, de ne les recevoir en leur service sans avoir ledict acte et certification, et aussi de ne les licentier et mettre hors de leursdicts services sans leur bailler aussi acte de l'occasion de leur congé. Et ne sera loisible au serviteur, sur peine d'estre puni comme vagabond, de sortir sans avoir ledit acte et certification, pour le representer où besoin sera, afin que la fidelité et loyauté du serviteur soit d'autant mieux cogneue à un chascun[212]. Ce dont nous chargeons très expressement lesdicts maistres et chefs de famille respectivement, sur peine de cent livres tournois d'amende, applicable un tiers au Roy, un tiers aux pauvres, et l'autre tiers à l'accusateur, que nous voulons être levée promptement et sans deport sur lesdicts contrevenans.
[Note 212: En 1628, ces sortes de _livrets_ exigés des domestiques et des maîtres furent remplacés par d'autres formalités. On créa un bureau où tout serviteur devoit être enregistré et avoir son signalement; en 1690 ce bureau existoit encore dans la _cour Lamoignon_; toute personne venant à Paris pour exercer un métier devoit, aussi bien que les domestiques, aller s'y faire inscrire. (Hurtaut, _Dict. histor. de la ville de Paris_, t. 1, p. 701-702.) Il étoit défendu aux domestiques de rester hors de service. La fille de chambre trouvée sans condition étoit fouettée et on lui coupoit les cheveux; l'_homme de chambre_ étoit envoyé «en galère». L'hôtelier qui les logeoit étoit condamné à de fortes amendes; après une double récidive, on confisquoit sa maison au profit de l'Hôtel-Dieu. (Delamare, _Traité de la Police_, tit. 9, _Juridict. du prévôt de Paris_, ch. 3.)]
Si donnons en mandement par ces mesmes presentes à tous nos baillifs, seneschaux, prevosts, juges, prevosts de nostre hostel, où leurs lieutenans, et autres nos justiciers et officiers qu'il appartiendra, que cesdictes presentes ils facent lire, publier et enregistrer et le contenu d'icelles entretenir, garder et observer inviolablement, à peine de s'en prendre à eux, et encourir en l'amende susdicte. Car tel est nostre plaisir. En tesmoin de ce nous avons faict mettre nostre seel à cesdictes presentes.
Donné à Tholouse le vingtunième jour de febvrier, l'an de grace mil cinq cens soixante cinq, et de nostre règne le cinquième.
Ainsi signé sur le reply:
Par le Roy en son Conseil,
DE L'AUBESPINE.
* * * * *
Et seellé du grand seel de cire jaune sur double queue.