Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 4

Chapter 43,554 wordsPublic domain

Au temps que les hommes se mouchoient à la manche, Sire, se trouva un philosophe, lequel, ayant hasardé toute sa chevance à la mercy de la mer, comme après de longues attentes il receust les nouvelles asseurées du naufrage, sans se passionner[55] autrement ny faire le malade, comme les hommes de ce temps, il se consola de ceste sorte: _fortuna jubet me expeditius philosophari_. Si un sage peut usurper les discours d'un fol, et celuy qui par son destin est miserablement exposé en butte aux rigueurs de la fortune se servir des termes sortis de la bouche de celuy qui ne se doit plaindre que de sa sottise, je diray le mesme aujourd'huy: à mesure que la Fortune a joué de mes restes, elle m'a desantravé de tous les empeschemens qui m'ostoient le loisir de me venir arraisonner avec Vostre Majesté. Lors que par faute de prise elle a cessé de me meffaire, elle a commancé de me permettre de me plaindre, et certes je ne pouvois plus à propos vous mettre en veue mes disgraces que lors qu'elles sont arrivées à leur feste. Je voy Vostre Majesté froncer le sourcil et dire à part soy: N'entendray-je jamais autre chose que doleances? D'où nous vient ce transi avec sa maigre mine? De quoy a-il à se plaindre? Qui est-il? qui me l'a emmené icy? Helas! Sire, donnez-moy un quart d'heure d'audiance, et vous sçaurez le tout. Je suis Turlupin, fils de Jacques Bonhomme[56], non de celui qui crioit antan[57] comme les anguilles de Melun[58] et se plaignoit à tort. Le vray Jacques, qui feust mon père, mourut il y a bonne pièce de temps; mon ayeul avoit nom Bontemps[59]. Si vous voulez que je repète plus haut mon origine, je descens en droitte ligne de l'un des fils de Noé, je ne vous sçaurois dire lequel; j'avois ung frère qui fust estranglé par ung chat qu'il avala dans une pottée de laict[60], dont bien luy en prinst: il ne partist pas à jeun de ce monde. Mon education feust chés mon oncle le curé, frère de ma mère, qui m'enseigna à lire et escrire, et du latin autant qu'il en peut suffire pour mourir de faim dans une bonne ville, et se pendist à la fin de gayeté de coeur l'année des grandes foüasses[61]. L'avoir de mon père consistoit en une maison, un champ et une vigne, qu'il me conserva et laissa en mesme estat qu'il l'avoit receu de son père, mon ayeul. Le bon homme alla de vie à trespas l'an de grace mil cinq cens quatre-vingts-six, et tomba malade le propre jour qu'il ouyst publier deux ou trois douzaines de nouveaux edicts. J'estois lors assez jeune, et toutesfois de tel aage qu'à peu d'années de là je me sentis les espaules assés fortes pour la voiture d'ung mousquet, que je portay heureusement soubs la banderolle des catholiques zelez jusques à l'année quatre-vingts-dix-sept, qui feut celle mesme de l'enterrement de la saincte union et de mon bonheur tout ensemble. Dès lors la misère me vint accueillir; je commançay d'espouser avec le soing de mon mesnage ung chagrin qui ne m'a depuis quitté. La première attaque que la Fortune me livra feust la saysie de ma maison pour les tailles accumullées de quatre ou cinq années, subhastation[62] et adjudication à vil prix à ung frère du collecteur qui avoit jetté les yeux de concupiscence dessus. Despuis ce temps-là mes maux allèrent tousjours croissant à veue d'oeil. J'estois voisin d'ung gentil-homme, lequel pour mon malheur n'estoit point pensionné, et si croyoit avoir droict et cause de l'estre. Ses discours n'estoient que reniemans et menaces qu'il s'assigneroit luy-mesmes sa pension sur tel qui n'y pensoit pas. De faict il ne tarda guères que je me veis prins au collet par quatre de ses valets, et mené pieds et poings liez dans son chasteau, où Monsieur me feist entendre, par la bouche de son palefrenier, qu'ayant receu de grands et notables dommaiges durant ces derniers troubles, tant en bestail qu'en une maison qui auroit esté soubslevée par la poudre, il auroit souvant demandé au roy une pension pour son desdommagement, qui lui auroit esté refusée, à raison de quoy il se prenoit à moy, qui avois vendu la terre de laquelle feust faitte la poudre dont ses ennemys bouleversèrent sa dicte maison. J'euz beau alleguer toutes les excuses qui pouvoient servir pour ma justification et protester de tous depens, dommaiges et interests, mon arrest me feut incontinant prononcé, par lequel on me condamna, pour reparation du dommage receu par monsieur de Peu de Credit (ainsi s'appelloit le gentil-homme), ceder au dict seigneur le champ dont avoit esté tirée la terre pour la confection de la dite poudre, si mieux je n'aymois estre pendu par les pieds et estouffé de fumée de foing mouillé, sauf mon recours contre ceux qui auroient fait jouer la saucisse[63]. Mal conseillé que je feus, je feis ce que plusieurs veaux eussent faict: je prestay obeissance à l'arrest avec moins de raison que le gentil-homme qui esclaira maugré luy l'audiance de vostre parlement en plein midy, ce mois de juillet dernier, et permis l'execution en estre faitte au gré de Monsieur, par deux notaires et quelques tesmoings qui m'aidèrent à la passation d'un contract de vente du dit champ, et faction de quittance par moy du prix dont estoit convenu. Ma mauvaise fortune ne s'arresta pas là: je suis adjourné un lundy gras après diner, à la requeste du docteur Fripesausse, se plaignant de ce que le jour precedant moy, Turlupin, estant en masque, aurois traicté injurieusement sa robe doctoralle et deffait deux plis d'icelle, pour reparation duquel tort il requeroit que je feusse condamné à les remettre en tel estat qu'ils estoient auparavant, et en tous les depens, dommages et interests par luy souffert, et à souffrir l'impertinence de la requeste; assignation qui me convia d'honorer de quelques coups de poing le grouin de monsieur le sergent, qui ne manqua pas d'en charger son exploit; tant procedé que me voilà condamné par l'ordinaire en je ne sçay combien de livres d'amende pour la rebellion par moy faicte, et pour le principal à reparer l'injure et le dommage que le demandeur avoit receu en la deformation de sa robe par un reagencement des plis, et en tous les depens de l'instance.

[Note 55: Sur ce mot, dont l'usage commençoit alors, voir notre t. V, p. 328.]

[Note 56: C'étoit toujours le nom du peuple, consacré même par les ordonnances royales. Il en est une de François Ier du 23 septembre 1523, publiée dans le _Bulletin des sciences historiques_ du baron de Férussac d'après l'original conservé aux Archives (t. 16, p. 354-360), par laquelle expresse défense est faite aux «avanturiers, vagabonds, oiseux, etc., de baptre, mutiler, chasser et mettre le BONHOMME hors de sa maison»; car l'on étoit alors au temps où, comme dit Des Periers (69e _Nouv._), les soudards vivoient sur le _bonhomme_.]

[Note 57: L'année dernière, _ante annum_. On se rappelle le vers de Villon:

Mais où sont les roses d'antan.]

[Note 58: L'origine du dicton: _Il crie comme l'anguille de Melun, avant qu'on ne l'écorche_, n'est pas bien certaine; seulement, l'on n'en est plus à croire qu'il s'agit d'un nommé Languille, natif de Melun, etc. Je vous fais grâce de l'histoire. Ce qu'il y a de plus probable, c'est qu'il ne faut voir là qu'une allusion au _cri_ des marchandes de poissons, vendant toutes fraîches, avant de les écorcher, les anguilles si renommées de Melun. _Anguille de Melun, avant qu'on ne l'écorche!_ crioient-elles de leur plus forte voix; et il n'en fallut pas davantage pour que le peuple imaginât son dicton. Le _cri_ dont je viens de parler se retrouve presque textuellement dans: _le Coq à l'asne et chanson sur ce qui s'est passé en France puis la mort de Henry de Valois_, _etc._, 1590, in-8:

.... On oit crier Les _anguilles de Melun_, Suivant le dire commun, _Sans qu'on parle d'escorchier_.]

[Note 59: C'est Roger Bontemps, vieux type de joyeuseté qui existoit bien avant l'époque où l'on a cru le retrouver personnifié dans la personne de Roger de Collerye. Il figuroit dans les farces et moralités avec un costume particulier, comme on en a la preuve par la _Moralité de l'homme pécheur_, où il est dit que _Franc-Arbitre_ paroît habillé en Roger Bontemps. (_Hist. du Théâtre françois_, par les frères Parfait, t. 3, p. 89.) Cet habit sans doute étoit _rouge_, la couleur joyeuse par excellence, et c'est de là qu'étoit venu probablement, aussi bien que de la figure rubiconde du personnage, le surnom de _Rouge_, bientôt devenu _Rouger_ ou _Roger_, qu'on avoit donné à Bontemps. C'est l'avis de Pasquier (_Recherches de la France_, liv. 8, ch. 62), et celui aussi d'Henri Estienne, qui dit dans ses _Deux dialogues du nouveau langage françois italianizé_, _etc._ (_Dialogue_ 2e, p. 599): «Nous appelons volontiers un pourceau, ou un gros pourceau, un gros homme qui est de la confrairie de saint Pansard et de l'abbaye de _Roger Bon Temps_ ou Rouge Bontemps, comme aucuns estiment qu'il faut dire.» Voy. sur ce type une curieuse note de M. de Montaiglon, _Anciennes poésies_, t. 4, p. 122.]

[Note 60: C'est une vieille plaisanterie d'où pourroit bien être restée l'expression: avoir un _chat_ dans la gorge.]

[Note 61: C'est-à-dire l'année des grands pains.]

[Note 62: Vente faite par force, _sub hasta_, comme les exécutions militaires.]

[Note 63: Petit sac de toile goudronnée rempli de bonne poudre qui servoit d'amorce pour les mines.]

Appel par moy au presidial; sentence par laquelle celle de l'ordinaire est confirmée en ce qui touche la rebellion, et, pour le surplus, hors de cours et de procez. Appel par la partie adverse au parlement de Paris. Cependant je supplieray Vostre Majesté de remarquer que pour subvenir aux frais de la justice, qui sont grands, comme vous sçavez, j'ay vendu les trois tiers de ma vigne; quoy faict, je me suis acheminé grand erre[64] en ceste ville, où, tandis que mon affaire meurissoit, je n'ay eu que trop de loysir de me promener, et tomber entre les mains des marchans de chair humaine, autrement peripateticiens du pont Neuf[65]. Il y aura tantost trois mois qu'un d'entr'eux, me tirant par la manche, me porta parole d'amour de la part d'une damoiselle, femme, ainsi qu'il disoit, à un des archers de vostre corps, sur le coeur de laquelle j'avois faict rejaillir, sans penser en mal, un traict de mon amour, urinant au dessous de sa fenestre[66]. La bonne opinion en laquelle, Dieu graces, j'ai tousjours eu ma personne, m'obligea non seulement de le croire, mais de m'en imaginer au double de ce qu'il disoit, et mon bon naturel de luy aller faire promptement exhibition de ma gentillesse. Pour n'estre importun à Vostre Majesté, je tairay ce qui se passa de menus entretiens entre nous ceste première journée et les suivantes: tant y a que je demeuray aussi satisfaict de ceste cognoissance qu'un escolier balotant à credit, d'autant que la damoyselle refusa un present de deux pistolles que je luy voulus faire. Ce calme dura jusques au jour fatal que je trouvay la suppliante toute esplorée, maugreant le ciel et la terre de son mauvais destin, qui vouloit qu'à faute de cent escus elle vist trainer honteusement son frère en galères. Ces lamentations estoient secondées de celles du mary, lequel adjoustoit qu'il contribueroit volontiers tous ses moyens, et engageroit jusques à sa casaque pour rachepter une personne que l'alliance luy avoit rendu si proche. Moy, qui suis de mon naturel plus sensible aux maux d'autruy qu'aux miens propres, me laissay toucher à la pitié et promis de faire prester la somme moyennant que le mary entrast solidairement en obligation. La condition fust acceptée et les cent escus delivrez par mon procureur, qui me prestoit le nom. Je n'oubliay pas de stipuler tacitement avec la demanderesse une rente quotidienne sur ses basses marches pour l'interest de la somme; et, m'estant retiré pour ce soir sans coup ferir, il me tarda qu'il ne fust jour pour aller lever mon usure. Mais, dieux! que devins-je le lendemain, quand, heurtant à la porte de cest honorable hostel, je feus adverty par les voisins que la locatairesse à laquelle j'avois affaire avoit demenagé dès les cinq heures du matin, et que j'eus aprins, de plus, que celuy qui prenoit qualité d'archer et de mary n'estoit mie ny l'un ny l'autre, ains un chirurgien ou empyrique qui luy avoit fait suer la verolle? Ce fust lors qu'il tinst à peu que ma constance ne fist nauffrage. Toutesfois, je me roidis contre mon affliction, et me resolus d'atendre de pied ferme l'issue de mon procez. Le pis fust quand, destitué de toutes sortes de moyens, je me vis en mesme temps frustré de l'assistance de mon advocat, lequel, imitant la statue de Memnon, cessoit de chanter à mesure que les beaux escus-sol[67] commançoient de ne l'animer plus de leurs divins rayons, et que je tournay mon soing à la solicitation des affaires de mon ventre, qui s'en alloit desesperé. Ma bource, comme dict est, estoit espuisée jusques au dernier rouge double. La necessité me suggera une invention qui fust telle: si mon hotesse estoit rioteuse[68] et mal gratieuse en mon endroit, à cause de ses vieux ans, j'avois un grand support et confidence en la chambrière. Cela ne me servist pas de peu, car, dès le jour que mon argent feust à la lie, je feis marché avec un honneste marchant, recelateur des meubles et ustensiles qui estoient dans ma chambre, que je divertissois par après aux heures les plus favorables, et apportois chez le dit marchant, sous le bon plaisir de Guillemette. Le premier meuble que je desplaçay fust une bonne double couverte, qui fust vendue cinquante sols; le tapis de la table ne fust pas des derniers; le ciel de lict et les rideaux suivirent après. Mon ventre alloit se repaissant de telles viandes, prest de contester et rapporter le prix sur celuy de l'autruche[69]. Peu à peu mes boyaux s'endurcirent tellement qu'enfin je me ruay sur un chandelier de leton; de là je vins aux chenets, qui estoient de fer; à une poesle de haute graisse, à la paile, aux pincettes; je reservay pour le dernier mets le pot-de-chambre, qui fust de haut gout. A peine les gons, serrures et autres ferremens des portes se preservèrent de mon enragé appetit, tandis je vois ma chambre ne me fournir plus d'alimans, non plus qu'un os d'esclanche de mouton rongé par quatre sergens à jeun. Je laisse à deviner, Sire, à ceux qui se sont trouvez quelquesfois en un tel accessoire, quelles furent lors mes pensées, et combien estranges les diverses resolutions qui esbranlèrent ma constance. Le premier advis que ma rage me proposa fust de m'arracher les dents, depuis la plus grande jusqu'à la plus petite[70], lequel me passa bien tost de l'entendement, à cause de l'estrangeté. Il me sembla plus expediant de m'aller lancer la teste première dans la Seine, ou m'escarbouiller[71] le moulle du bonnet contre le paroy. Mais ce dessein fust bien tost rebouché par l'apprehension des cruautez que la justice exerceroit après ma mort sur mes miserables reliques[72]; et, descendant aux remèdes plus doux, je pensay s'il ne seroit point meilleur de prendre le sac et la besace et commencer une vie apostolique; mais aussi tost je me resouvins des arrests de la court de parlement et de la Charité[73], que j'avois veu prester quelques jours auparavant par deux sergens à un mandiant valide qu'ils despouillèrent en pleine rue jusqu'à la chemise inclusivement. Adonc succeda à cest advis un autre qui sembloit d'apparence plus salutaire: ce fust d'achepter un estat de coupeur de bources, voleur de nuict, ou de quelque autre sorte de larron[74], et cestuy-là me sembla d'autant plus plausible que de tous les mestiers il n'y en a aucun qui soit aujourd'huy plus pratiqué en vostre royaume, ny plus impunement. Mais de ceste resolution fust-il diverty par le quatrain latin qui dict:

Nec lepus imbellis nec vulpes subdola vitat Retia quæ grandis rumpere pergit aper:

Retia lex tendit miseros captura latrones Quæ diti evolvit gratia sacrilego.

[Note 64: C'est-à-dire _vivement, en droite ligne_. _Erre_, d'où est venu le mot _errement_, encore employé dans ce sens: suivre les _errements_ de quelqu'un, signifioit route, chemin. «Il se sauvoit _belle erre_ sur une jument arabesque», dit Montaigne (_Essais_, Paris, 1789, t. 3, p. 164), et Marot dans sa 7e complainte:

Salut ne gist au tombeau, ny en terre; Le bon chrestien au ciel ira _grant'erre_, Fut le sien corps en la rue enterré.]

[Note 65: Il s'agit ici de ces industriels de toutes sortes qui exploitoient les passants sur le Pont-Neuf, et dont les plus nombreux, qu'on appeloit _capons_, avoient pour industrie d'attirer dans une partie de jeu le premier niais qui leur tomboit sous la main, de perdre un peu d'abord pour gagner tout ensuite. Nous avons déjà vu une partie de ce genre (V. t. 3, p. 273). Le nom de marchands de chair humaine qu'on donne ici à ces drôles nous feroit penser qu'ils exerçoient aussi déjà le métier de racoleurs, qui, au XVIIIe siècle, rendoit le passage du Pont-Neuf et le voisinage des _fours_ du quai de la Ferraille si dangereux pour les Nicaise de la province. V. le _Tableau de Paris_ de Mercier, ch. 50, et le _Supplément aux Essais sur Paris_, par Saint-Foix neveu, t. 1, p. 170.]

[Note 66: Nous trouvons dans les _Dames galantes_ de Brantôme, _Discours 2_, édit. Garnier, p. 171, l'histoire d'une grande dame qui s'enamoura de cette manière «d'un grand cordonnier, estrangement proportionné».]

[Note 67: L'auteur croit ici ce qu'on croyoit de son temps, que le nom l'_écu-sol_ venoit non pas _a solido_, mais _a sole_, et que cette monnoie étoit la même que les anciens écus au soleil de Louis XI et de Charles VIII: c'est une erreur. L'_écu-sol_ est le _sol_ d'or, et on l'appeloit ainsi à cause du peu de différence qu'il y avoit comme poids et comme valeur entre lui et les premiers écus d'or. Toutes les constitutions de rente, au XVIe siècle, se faisoient encore en _écus sols d'or_. Ils devoient peser deux deniers quinze grains. V. le _Tite-Live_ de Vigenère, t. 1, p. 1501.]

[Note 68: _Pointilleuse_, _querelleuse_. Le mot _riotte_ s'employoit encore couramment au lieu de disputes, débats, en plein XVIIe siècle. «Il est vrai, écrit Mme de Sévigné à Bussy le 21 avril 1670, qu'il est surprenant de voir qu'ayant de l'agrément l'un pour l'autre et un bon fonds, il arrive de temps en temps des _riottes_ entre nous deux.» Saint-Simon, dans ses notes sur le _Journal de Dangeau_, écrit aussi (29 août 1717): «Les _riottes_, les petites intrigues, les déplorables galanteries, pour en parler modestement, de cette cour de Mme la duchesse de Berry, n'ont que trop fait de bruit dans le monde, tant que Dieu l'y a laissée.»]

[Note 69: Il y a ici une allusion très peu claire à la réputation qu'ont les autruches de digérer tout ce qu'elles ont avalé, fût-ce des cailloux ou du fer.]

[Note 70: Le poète Bibus, dont les misérables aventures sont racontées dans une pièce du _Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps_, _etc._, Ch. de Sercy (1661, in-12), en avoit eu le courage. Il avoit vécu pendant plusieurs jours de ses dents, arrachées une à une par un opérateur du Pont-Neuf.]

[Note 71: _Ecraser._ «Ez ungs, dit Rabelais (liv. 1, ch. 27), escarbouilloyt la cervelle, ez aultres rompoyt bras et jambes.»]

[Note 72: Alors, en vertu de l'ancienne coutume, l'on confisquoit les biens de ceux qui s'étoient suicidés, l'on traînoit leur corps sur la claie et on l'attachoit à une fourche. (V. _Somme rurale_, liv. 2, tit. 34; et Beaumanoir, _Coutumes du Beauvoisis_, ch. 69.) On lit dans _le Compte de recettes et dépenses de la ville d'Arras_, année 1498, dont Monteil possédoit le manuscrit, un article relatif à une de ces exécutions faites sur le cadavre des suicidés: «Au dit Mathieu Leroux, varlet du guet..... LVIII solz, VIII deniers, quant Jehan Cabou, barbier, se _désespéra_ en la maison de la Rosée de fer, et qui feust traîné à la justice et mis à une fourche de bois.» Montesquieu, dans la 76e de ses _lettres persanes_, s'indigne de ces cruautés, encore en pleine vigueur au XVIIIe siècle, contre les suicidés, et qui, écrit-il, «les faisoient mourir, pour ainsi dire, une seconde fois.»]

[Note 73: Il s'agit ici, non pas de l'hôpital de la Charité, mais de la maison de la _Charité chrestienne_ fondée rue de Lourcine, en 1578, par Nicolas Houel, pour servir d'asile aux soldats estropiés. Henri III ne prit pas seulement sous sa protection cet établissement, qui étoit en germe ce que fut plus tard, sous Louis XIV, la magnifique fondation des Invalides; il fit de la maison du philanthrope Houel le chef-lieu d'un ordre militaire dont tout officier ou soldat glorieusement blessé dans les armées du roi faisoit de droit partie. Cet ordre avoit pour insigne une croix brodée sur le côté gauche du manteau, avec ces mots à l'entour, en broderie d'or: «_Pour avoir fidellement servy._» Cette fondation de Henri III est de 1589; Henri IV la confirma par une ordonnance de 1597, décidant que, dans la maison de la Charité chrestienne, «seroient reçus, pansés et médicamentés (ainsy que les pauvres honteux de Paris) les pauvres gentilshommes ou soldats blessés pendant les guerres.»--Un passage de la satire 11e de Régnier, que personne n'a compris parceque tout le monde a voulu voir dans l'hospice de la _Charité_ qui y est nommé l'hôpital de la rue Jacob, fait ainsi allusion à ces Invalides du temps de Henri IV. Le poète parle de Macette et de ses compagnes. Or, dit-il,

Or j'ignore en quel champ d'honneur et de vertu, Ou dessoubs quels drapeaux elles ont combattu, Si c'estoit mal de sainct ou de fiebvre quartaine; Mais je sçais bien qu'il n'est soldat ni capitaine, Soit de gens de cheval, ou soit de gens de pié, Qui dans la Charité soit plus estropié.