Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 2

Chapter 23,480 wordsPublic domain

Les personnages qui sont autour du piedestal representent la Force dont la Justice doit estre aydée, car depuis qu'elle est armée de puissance elle presse les passions violantes de l'ame du celerat qui a pour objet la punition qui le retient, et le bon à la vertu, qui l'engaige à bien faire. Les L. L. qui sont assises en des croissans representent le nom de Louys le Juste, que son peuple comble de benedictions, afin que, croissant en aage, en justice, pieté, clemence et en toutes autres sortes de vertus, nous puissions vivre en esperance que la France reverra encore le siècle doré. La piramide assise au milieu de la cadrature nous represente la Justice, qui est un des fondemens principaux du bastiment d'un Estat, justice qui vient du ciel divinement s'espandre sur la personne des roys; comme nous voyons l'humeur se puiser dedans l'eau, la chaleur venir du feu, la solidité du corps naistre de la terre et l'esprit se tirer de l'air, de mesme nous pouvons dire la justice venir de Dieu sur les roys, qui la renvoyent par reflection, comme les sources font leurs ruisseaux, dessus leurs peuples pour leur en faire user une plus tranquille et plus assurée. Aussi la justice est-elle la fin de la loy, la loy l'oeuvre du prince, et le prince l'image de Dieu. Les quatre vases qui sont au pied de la piramide representent les quatre cas dont la Justice est animée, qui sont le commandement, la deffence, la permission et la punition, car la fin de la loi gist à commander, deffendre, permettre et punir. Cela estant inviolablement gardé fera que nous verrons le bouton et la fleur de la justice rendre les quatre coins du royaume tout odorans. En la pointe de la piramide est un soleil brillant qui porte le nom de ce grand roy, qui nous represente la Religion, qui est la première colonne, le principal apuy des royaumes, et le pivot qui donne le mouvement à ceste miraculeuse machine qui brille continuellement sur la justice, sur les lys et en la paix, et particulièrement au siècle où nous sommes, où nous voyons Sa Majesté estre le premier et principal protecteur, de sorte que nous pouvons dire que c'est un Cesar conquerant, un Auguste pacificateur de son Estat et un Constantin restaurateur de son Eglise.

En la quatriesme action, il s'est veu cent partemens de fusées enrichir le ciel d'un million d'estoilles, diverses sortes d'autres feux que l'on a veu serpenter dedans l'air et dedans l'eau[14]. L'on a veu des commettes non decendre du ciel, mais sortir de terre pour aller dans les cieux y porter les voeux et les prières de tous les sujets de Sa Majesté pour perpetuer les jours à la durée d'un siècle de ce grand roy, borner son royaume des confins de l'univers et le rendre le plus heureux monarque qui aye jamais veu le soleil.

[Note 14: Ceci nous fait souvenir du feu d'artifice du _Menteur_ (acte 1er, sc. 5), qui, selon la mode du temps, auroit aussi été tiré sur la rivière:

Après qu'on eut mangé, mille et mille fusées S'élançant dans les airs, ou droites ou croisées, Firent un nouveau jour, d'où tant de serpenteaux D'un déluge de flamme attaquèrent les eaux, Qu'on crut que, pour leur faire une plus rude guerre, Tout l'élément du feu tombait du ciel en terre.]

_Memoire veritable du prix excessif des vivres de la Rochelle pendant le siège._

_Envoyé à la Royne mère._

_A Paris, par Nicolas Callemont, demeurant rue Quiquetonne._

M.DC.XXVIII[15].

[Note 15: Cette pièce, très rare, a été analysée dans une relation du siége de la Rochelle reproduite, d'après l'édition du temps, par les _Archives curieuses_, 2e série, t. 3, p. 111-113.--Un autre _Mémoire_ sur le même sujet parut alors sous le titre de _Mémoire très particulier de la despence qui a esté faicte dans la ville de la Rochelle, avec le prix et qualité des viandes qui ont esté excessivement vendues en ladite ville, depuis le commencement du mois d'octobre jusqu'à sa réduction_. _A Paris, chez Charles Hulpeau, sur le pont Sainct-Michel, à l'Ancre double, et à sa boutique dans la grand salle du Palais, 1638, avec permission_; in-8. Il existe entre les deux pièces, pour quelques détails de l'étrange tarif qu'elles donnent l'une et l'autre, des différences que nous signalerons au passage.]

Depuis qu'une fois les hommes se retirent du sentier de la raison, non seulement ils se rangent au nombre des brutes, mais s'abaissent encore en un degré beaucoup plus bas: car, si les animaux iraisonnables souffrent quelquefois, ce n'est que par quelque accident, pour lequel eviter la nature leur a desnié la prevoyance; et les humains, qui prevoyent leur malheur et cognoissent bien le goufre dans lequel leurs violentes passions les vont precipiter, ne laissent pas de les suivre avec le mesme visage que si elles alloient les faire participant des honneurs d'un celèbre triomphe.

L'obstination des Rochelois donne assez de lumière à ceste verité, qui, soubs pretexte de mettre tous ceux de sa suitte en liberté, en a privez un bon nombre de la vie et fait abismer leurs ames aux creux des enfers, où elles sont reduictes en une horrible et perpetuelle servitude.

Elle a changé en un neant leur souveraineté pretendue, et, cependant qu'ils s'amusoient à forger de la monnoye[16], ils ne consideroient pas que ceste furie marquoit leurs ames à son coing pour les rendre là-bas de meilleur alloy et en faire un payement aux diables, desquels elle avoit emprunté les artificieuses inventions avec lesquelles elle avoit tant pris de peine pour les perdre.

[Note 16: Ceci prouveroit que les Rochellois fabriquèrent une monnoie ayant cours dans leur ville pendant le siége, comme cela s'est très souvent pratiqué. Les pièces en sont, à ce qu'il paroît, devenues très rares, car Tobiesen Duby et M. Cartier ne les mentionnent pas dans leurs curieux travaux sur les _Monnoies obsidionales et de nécessité_.]

Ainsi ceux qui mettoient l'esperance de leur conservation au ciel, à la mer et à la terre, ont trouvé que la terre, la mer et les cieux ont esté les propres ministres de sa ruyne, et que, lors qu'ils presumoient de faire estimer leurs courages affamez de gloire, leurs corps furent tellement affamez de vivres que le plus grand nombre a esté contrainct de succomber soubs les efforts de la necessité, et l'autre reduict à les achepter au prix dont le memoire suivant faict mention:

Un biscuit de demy-livre, 25 livres. La livre de boeuf, ou vache, 12 livres. La livre de cheval, 6 livres. La livre de chien, 20 sols. La teste de chien, 10 livres. Un oeuf, 8 livres. La pinte de vin, mesure de la ville[17], 7 livres. La livre de peau de boeuf apprestée, 3 livres[18]. Une poulle, 24 livres. Un mouton, 300 livres. Une vache, 2,000 livres. La livre de sucre, 24 livres. La livre de castonnade[19], 16 livres. Une mourue, 10 livres. Une seiche, 6 livres. La livre de confiture commune, 16 livres. La livre de peau de boeuf seiche, 20 sols. Une racine de poirée, 8 sols. Deux feuilles de choux, 5 sols[20]. Un oignon, 10 sols. Une trippe de boeuf, 3 livres. Une trippe de cheval, 20 sols. Une pomme, 32 sols[21]. La pinte de lait, 3 livres[22]. Le boisseau de bled, mesure de la Rochelle, 800 livres. La huictiesme partie du boisseau de bled, avec le sang de pigeon, 90 livres. Le boisseau de vaisse, 100 livres. La livre de viande d'asne, 32 sols. Un pasté d'une ruelle de boeuf, 100 livres. Un collet de mouton, 27 livres. La livre de lart, 12 livres. L'once de pain ordinaire, 32 sols. L'once de pain de paille fait avec sucre, 22 sols. Un reffort, 5 sols[23]. La livre de raisins frais, 18 livres. La livre de beurre, 18 livres. La livre d'huille, 18 livres. L'once de pain d'iris, avec sucre, 24 sols.[24]

[Note 17: Dans le _Mémoire très particulier_ la pinte de vin n'est portée qu'à 3 livres, mais sans doute d'après la mesure de Paris, qui alors eût été moindre que celle de la Rochelle.]

[Note 18: Dans le _Mémoire très particulier_ la livre de peau de boeuf est portée à 7 livres, encore ne dit-on pas, comme ici, qu'elle fût _apprêtée_.]

[Note 19: On disoit alors indifféremment _cassonnade_ ou _castonnade_, et les deux mots passoient pour aussi françois l'un que l'autre. Ménage même préféroit le dernier, mais il manquoit en cela à ses devoirs d'étymologiste, puisqu'en effet, le mot venant des _casses_ ou _caisses_, dans lesquelles ce sucre brut venoit du Brésil, c'est bien certainement _cassonnade_ qu'il faut dire. L'auteur des _Bagolins_, comédie imprimée à Amsterdam, en avoit déjà décidé ainsi en 1703. Bagolin, l'amant ridicule, faisant une déclaration à sa maîtresse, lui adresse ces vers:

Beau miel très savoureux, que doit lescher mon ame, Doux beure qui se va tout foudre par ma flamme, Luisant sucre candy, _cassonnade_ d'amour, Cresme de la beauté, tarte sortant du four, Regardez un amant qui devient confiture.]

[Note 20: Article porté à 10 sols dans le _Mémoire très particulier_.]

[Note 21: 30 sols seulement d'après l'autre _Mémoire_.]

[Note 22: _Var._: 4 livres.]

[Note 23: On ne trouve pas dans le _Mémoire très particulier_ le prix du raifort, mais, en échange, celui d'une rave, 8 sols.]

[Note 24: On ne trouve pas ici le détail de tout ce qu'on mangeoit à la Rochelle pendant le siége: les chats et les rats entroient dans le menu, et les puissants parmi les assiégés, voire M. de Rohan et sa mère, devoient se contenter de ce régal. On le sait par les _Mémoires_ de Feuquières. Ceux de Pontis donnent d'autres détails plus navrants. Ils parlent, entre autres, d'un hôtelier qui «pendant huit jours s'étoit tiré du sang et l'avoit fricassé pour en nourrir son pauvre enfant».]

_La grande proprieté des bottes sans cheval en tout temps, nouvellement descouverte, avec leurs appartenances, dans le grand magasin des esprits curieux._

* * * * *

SUBJECT DU PRESENT DISCOURS.

Je ne crains point d'avoir mon bas crotté, Car en tout temps sans cheval suis botté. Ce noble estat m'espargne argent et page, Laquais, cheval, foin, avoine et fourrage.

* * * * *

_A Paris, chez Nicolas Alexandre, rue des Mathurins._

M.DC.XVI.

O bella cosa! disoit dernierement un ramoneur lombard voyant la merveille des bottes. Disons donc: Ho! messieurs, venez voir, venez voir, et tost donc! Voicy l'invention des inventions, voire la plus belle chose qui se puisse trouver au ratelier du grand chosier. Or escoutez donc, car vous verrez et orrez merveilles. Je souppois dernierement avec le bon père Crito (je m'enten bien); il estoit aussi un peu philosophe, et venoit tout estonné de faire la ronde autour de l'esquadre des fols, et, pour m'assurer de son dire, me jura sur son court et large coutelas qu'il n'estoit plus si fol qu'il souloit estre au temps du philosophe Menippus, qui portoit tousjours le pacquet de sa folie sur luy, soit qu'il allast aux champs ou qu'il fust de sejour en la ville. Revenant donc, dit-il, de ce beau pays des fols, il dit qu'il eut beaucoup de peine à retrouver le chemin, car l'air inferieur en estoit tout obscurcy, et ne sçavoit lequel regarder, tant il y en avoit; entre autres il vit la nouvelle façon des bottes sans chevaux et en fut tout estonné, veu que ce n'est la coustume en France d'avoir des bottes s'il n'y a cheval en l'escurie. Mais il s'advisa et dit en soy-mesme: Peut estre, helas! que je me suis fourvoyé et que je suis en l'autre monde. Et, cherchant de tous costez, s'asseura, cognoissant qu'il estoit à Paris, et sceut par un savetier au coin d'une rue[25] l'occasion de tant de bottes sans chevaux; et, beuvans ensemble, ledit savetier (salva reverentia vestra) luy dit: Monsieur, vous qui venez de loin, n'avez-vous point appris par ouyr dire pourquoy vous voyez tant de gens bottez? Il y a icy, je me doute, de la ruse et de la finesse cachée.--Je vous le diray, puisqu'il vous plaist me faire cest honneur que bevions icy particulierement au fond de ceste cave: personne ne nous orra. C'est (mais à vos graces cependant) qu'un certain quidam, gentil-homme sans nom, botté et espronné comme un cocq, mais sans cheval, est arrivé en ceste ville n'y a pas long-temps, et, feignant estre quelque grand entrepreneur, promit à plusieurs un secret pour paroistre galand homme et contre-faire le courtisan. O! que cela plaist à plusieurs aujourd'huy, qui demandent à ces pauvres col-porteurs: Et bien! mon maistre, y a-il rien de nouveau? Qu'est-ce que tu as là dans ta bale? N'est-ce que cela de nouveau? Et disant cela n'oublient une autre nouvelle façon de se curer les dents; mais, helas! les miserables n'ont encor desjeuné, quoy qu'il soit trois heures après midy, faute d'un sol pour demy-septier et deux liards de pain, et ils demandent de la nouveauté. C'est bien raison, puis que Moustafa porte des bottes, cheminans superbement les mains sur les costez comme pots à anses, dedaignans moustachiquement tout ce qu'ils rencontrent. Leurs foudroyantes espées peuplent presque tous les cimetiers de corps, lesquels, après avoir esté tuez de tels gens, ne laissent de se bien porter par après[26], et qui pis est, de leur regard louchant soubs un branlant pennache de demy-quart d'escu[27], ils font presques fremir Juppin, qui est sur le point, ce leur semble, de leur cedder son foudre et son aigle pour avoir paix avec eux, nonobstant qu'ils ne facent peur qu'aux limaçons[28], mousches et sauterelles. Je m'assure que, si le plaisant Lucian les rencontrait, il s'en riroit demesurement, et par pitié leur donneroit de ses roses, pour d'asnes (comme il fut autrefois) les faire devenir hommes[29], afin qu'estans deschargez du fardeau de folie, ils peussent passer la barque de Charon et aller hors de nostre sphoere danser aux champs Elisiens. Mais, à propos de bottes[30] (nous en dirons ce qu'il faut sur la fin), nostre Crito dit avoir ouy une grande plainte: c'est que les chapeliers sont tout estonnez non seulement de tant de bottes nouvelles, mais aussi des nouveaux chappeaux pour accompagner les dites bottes dans plus de la moitié de la Savaterie, et disent qu'en cela ils perdent l'escrime et le meilleur de leur latin, quoy qu'il n'y en ait guères: car en la fabrique des chappeaux l'un les veut pointus en pyramides, à la façon d'un pain de sucre[31], qui dansent en cheminant sur la perruque acheptée au Palais, garnie de sa moustache[32] à queue de rat derrière l'oreille; autres les veulent plats façon de chasse, ou à la cordelière, retroussez d'un costé en façon de mauvais garçon, avec un morceau de plume verte, jaulne, rouge, grise ou autrement, et voilà le galand; autres en veulent en façon de turban levantin ou moscovite, ronds et peu de bords[33], pour dire: Je ne suis plus Francé. C'est comme on parle maintenant[34]. Je veux une nouvelle façon. Et quoy! ne paroistray-je pas botté, espronné, moustaché et guirlandé? Si feray dea! C'est la verité, Monsieur; vous estes brave comme cela, et si paroissez autrement, vous vous pourriez bien hardiment dire descheu du point d'honneur et n'oseriez vous trouver au lendit de Sainct-Denys[35]. Une autre nouveauté, c'est les habits de certaines damoiselles imprimées nouvellement qui sont habillées à la suisse, faisant boufer hors des manches le taffetas, comme les brayettes d'iceux Suisses[36], où il y a du nez, quoy qu'on en die; mais elles gastent toute la bigarure avec leurs fausses perruques, saulpoudrées de poudre de Cypre[37] (c'est discrettement fait), à sçavoir pour corrompre une plus mauvaise odeur cachée dessouz, et _pro causa_[38]. Je les entends desjà, ce me semble, car elles ont bon caquet: «Nostre-Dame, ma mie, ma commère, qu'est cecy? de quoy se mesle-on? qu'a-on affaire de nos menues folies?» Patience, damoiselettes, attendez, _et non fumetis_, ayez patience. Elles portent encore (Ha! maistre Crito, vous direz tout à la fin) le teton bondissant[39] et relevé par engins au dehors, pour donner appetit et passetemps aux alterez. Ainsi marchoit Thaïs de Corinthe, Flora, Romaine, et autres femmes lascives; et, suivant cela, on dit que bon vin n'a besoin de bouchon[40].

[Note 25: Chaque coin de rue avoit alors son savetier, qui étoit le grand causeur, le grand gabeur, le gazetier de tout le voisinage. On connoît cette jolie épigramme de d'Aceilly:

Le savetier de notre coin Rit, chante et boit sans aucun soin. Nulle affaire ne l'importune. Pourvu qu'il ait un cuir entier, Il se moque de la fortune Et se rit de tout le quartier.]

[Note 26: C'est à peu près le vers du _Menteur_:

Les gens que vous tuez se portent assez bien.]

[Note 27: Le luxe des panaches étoit une des grandes dépenses des courtisans. Une plume d'un demi-quart d'écu étoit du dernier misérable. Le Mascarille des _Précieuses_ (scène 10) se vante que chaque brin des siennes lui coûte un louis d'or.--Les panaches se portaient surtout à l'armée, ce qui fait dire par du Lorens, dans une de ses _Satyres_, 1624, in-8, p. 60:

Si la guerre n'étoit un moyen de voler, Sans ailes ni sans _plume_ on n'y voudrait aller.]

[Note 28: Comme les Espagnols, grands mangeurs d'escargots et d'oignons, et que toutes les caricatures du temps nous représentent largement pourvus de ces denrées. V. _Musée de la Caricature_, premières livraisons.]

[Note 29: On connoît ce passage de la _Luciade_ où Lucius, changé en âne, retrouve sa forme humaine après avoir mangé une couronne de roses. V. la traduction de P. L. Courier, _Oeuvres_, édit. du _Panthéon littéraire_, p. 135.]

[Note 30: On n'est pas bien d'accord sur l'origine de cette locution proverbiale. Il se pourroit qu'elle vînt de l'anecdote dont nous avons déjà parlé (t. 5, p. 186), et qui nous montre François Ier se décidant tout à coup à substituer la langue françoise à la langue latine dans les tribunaux, parce-qu'un seigneur que la cour avoit _debouté_ (debotaverat) avoit cru être _débotté_ par elle. Cette importante mesure auroit, en effet, été prise ainsi _à propos de bottes_. M. Quitard pense cependant que cette expression est plus ancienne. Il dit l'avoir retrouvée dans un livre antérieur au règne de François Ier, avec une note marginale qui en attribuoit l'origine aux exactions que les Anglois, maîtres de la France, commettoient contre les paysans, jusque là qu'ils prélevoient de fortes dîmes et de grosses sommes pour leurs souliers et leurs bottes. (Quitard, _Dictionnaire des Proverbes_, p. 163-164.)]

[Note 31: C'est ce que G. Naudé, dans le _Mascurat_, in-4, p. 187, appelle des chapeaux en pot à beurre.]

[Note 32: Sur ces _moustaches_ ou cheveux tombant sur les côtés de la perruque, V. le t. 3, p. 243.--Celles qu'on appeloit _cadenettes_ devoient leur nom à l'un des frères de Luynes, Honoré d'Albert, seigneur de _Cadenet_. Ménage nous l'avoit appris depuis long-temps; les _Historiettes_ de Tallemant nous l'ont confirmé. V. édit. P. Paris, t. 1, p. 399.]

[Note 33: Sur ces diverses formes de chapeaux, voir _le Satyrique de cour_, dans notre t. 3, p. 245.]

[Note 34: C'étoit la prononciation à la mode, due à l'imitation de l'accent efféminé des Italiens. «On n'ose plus, dit Henry Estienne dans son _Dialogue du nouveau langage françois italianizé_, Paris, 1579, on n'ose plus écrire _françois_, _françoise_, sous peine d'être appelé pédant.» Courval Sonnet, qui avoit vu les progrès de cette mauvaise prononciation, et qui la trouvoit tout à fait triomphante sous Louis XIII, à l'époque même où parut la pièce que nous reproduisons, s'en explique ainsi dans une de ses _satyres_:

Bref, que dirai-je plus? Il faut dire il _allèt, Je crès, françès, anglès, il disèt, il parlèt_.

C'est donc inutilement que les doctes, Pasquier en tête, avoient proscrit cet accent exotique. «Le courtisan aux mots douillets, écrivoit-il dans sa quatrième lettre à Ramus, nous couchera de ces paroles: «_reyne_ (au lieu de _royne_), _allèt_, _tenèt_, _menèt_ ... Ni vous, ni moi, je m'asseure, ne prononcerons, et moins encore écrirons, ces mots de _reyne_, _allèt_, _menèt_.» V. _Lettres de Pasquier_, in-fol., t. 2, p. 46, 57-58.]

[Note 35: On sait que le _landit_ étoit la foire qui se tenoit à Saint-Denis dans la dernière quinzaine de juin.]

[Note 36: V. _le Satyrique de cour_, dans notre t. 3, p. 248, note.]

[Note 37: Cette poudre, dont nous avons déjà parlé, t. 3, p. 253, note, resta long-temps en faveur pour la toilette des hommes comme pour celle des femmes, surtout pour les perruques:

Le matin y met de l'ambre, De la pommade, de l'iris, _Des poudres du nom de Cypris_, Qui s'attachent à la pommade.

_Vers à la Fronde sur la mode des hommes, présentés aux curieux du temps..._, 1650, in-4.

«Diane, lit-on dans le _Francion_, édit. de 1663, p. 267, se plaignit à sa servante de ce qu'il y avoit eu quelque gueux qui avoit fait de l'ordure dedans son banc. Ce fut cela qui l'en fit sortir; mais la poudre de Cypre dont vous étiez couvert vous empescha de sentir une si mauvaise odeur.»]

[Note 38: Ce qui donne raison à ce joli distique de Martial dans l'une de ses épigrammes (liv. 2, épigr. 12):

Hoc mihi suspectum est, quod oles bene, Posthume, semper. Posthume, non bene olet, qui bene semper olet.]

[Note 39: V. notre t. 3, p, 257-258.]

[Note 40: C'est, comme on sait, le vieux proverbe latin qui se trouve dans les _Mimes_ de Publius Syrus: _Vino vendibili hedera non opus est._]