Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 12

Chapter 123,462 wordsPublic domain

Puisque vous m'assurez que vous ne sçavez pas l'historiette de Zest et de Pouf, dont on parle tant ces jours-cy[238], je vais vous l'aprendre en peu de mots. Chacun la brode en sa manière: vous la broderez aussi comme il vous plaira; quant à moy, je la rapporteray simplement telle qu'on me l'a racontée; la voicy. Un marchand fort à son aise et très homme de bien (que j'appelleray Florame) avoit une fille très jolie, très sage et très aimable (je luy donneray le nom de Cephise). Elle fut accordée en mariage à Theador, jeune homme de merite. Ces deux parties se convenoient parfaitement, tant par leur condition et leur humeur que par un attachement reciproque. La ceremonie du mariage fut arrestée pour estre faite de grand matin. Palmis, un oncle de Theador, homme agé, fort gay, et qui ayme à se faire autant qu'il peut un plaisir de tout ce qui se presente, fut convié de la nopce, ainsi que l'usage le demande; il promit de s'y trouver. Après cette promesse, il prit son neveu Theador en particulier et luy dit: «Mon cher neveu, j'iray à votre nopce, et je pretends y avoir du plaisir et vous en faire: c'est sous ces deux conditions que je m'y trouveray. Le plaisir que je pretends vous faire, c'est de vous donner deux mille ecus, mais à condition que vous m'en accorderez un autre. Ce n'est pas à dancer que je demande, car mon age ne le permet pas; le festin me touche encore moins, car je suis ennemy des grands repas. Voicy donc ce que j'exige de vous.» Il luy dit ensuite en secret ce qu'il souhaitoit, luy fit promettre de n'en rien dire à personne, l'assurant que, s'il ne gardoit pas exactement ce secret, il ne luy donneroit pas les deux mille ecus. Theador luy promit d'estre fidele: on sçaura dans la suite de quoy il s'agissait. Le mariage se fit la nuit suivante. A deux heures du matin on coucha la mariée, et tout le monde se retira. Theador se deshabille, ensuite prend sa robe de chambre, tire une montre sonnante de sa poche, la met sur la table, et luy se place sur une chaise auprès du feu, et reste tranquillement dans cette situation, sans dire un seul mot. Cephise impatiente l'examine; et enfin, trouvant ce procedé fort etrange: «Monsieur, luy dit-elle, je croy que vous dormez!--Zest, repondit Theador.--Qu'est-ce que cela veut dire? Est-ce que vous vous moquez de moi? repliqua Cephise.--Pouf, repartit Theador.--Mais, Monsieur, je croy que vous perdez l'esprit, ajouta l'epousée.--Zest, ajouta aussi l'epoux.» Enfin la pauvre Cephise n'eut pour toutes reponses de Theador à ses remontrances et à ses reproches, que des Zest et des Pouf. Fatiguée et alarmée par une conduite si bizarre, elle se lève, s'habille et va trouver ses parents. Le père et la mère, la voyant, et se persuadant que c'estoit quelque grimace de pudeur qui l'amenoit auprès d'eux: «Allez, allez, ma fille, luy dirent-ils; retournez auprès de vostre mary; croyez-nous, ne faites pas tant la difficile: vous êtes à luy, et ainsi.....--Helas! mon père, ma mère, repondit-elle en les interrompant, ce n'est pas ce que vous croyez. Mon mary est devenu fou: c'est ce qui m'a fait sortir de la chambre; venez, et vous verrez que je ne ments point.» Ils allèrent pour voir ce qui en estoit; ils commencèrent leur discours par des plaintes, ils le continuèrent par des prières et le finirent par des menaces; et à tout cela Theador ne repondoit que Zest et Pouf. Il n'en fallut pas davantage pour leur persuader que leur gendre estoit fou. On envoye querir sur le champ le notaire, afin qu'il en dresse un acte. Estant arrivé, il veut raisonner avec Theador, afin d'être temoin par luy-même de sa folie; Theador ne luy donne que des Zest et des Pouf pour reponse. Le notaire commence à dresser son acte; quatre heures sonnent, et dans ce moment on voit sortir d'un cabinet prochain, d'où l'on pouvoit facilement tout voir et tout entendre ce qui se passoit dans la chambre de Theador, on voit sortir, dis-je, Palmis, l'oncle, avec une bourse à la main qui contenoit deux mille ecus en or. «Ah! mon cher neveu, s'ecria-t-il, que je suis content de vous, puisque, par obéissance, vous avez eu assez de force, ainsi que je l'avois souhaité, pour ne donner pendant deux heures à votre chère epouse que des Zest et des Pouf, malgré la sincère tendresse et l'attachement passionné que vous avez pour elle! Voicy la recompense que je vous ay promise: certes vous l'avez bien gagnée.» Theador parut tout autre; il presenta cette bourse à Cephise, qui, quoyqu'elle la receut avec joye, fut encore bien plus sensiblement touchée de voir que son cher epoux avoit, au lieu de folie, autant de sagesse que d'amour. Chacun se retira fort content, et ceux qui restèrent dans la chambre ne le furent pas moins.

[Note 238: C'est en effet une aventure qui fit alors beaucoup de bruit. Nous en connaissons un autre récit sous ce titre: _Relation remarquable de ce qui s'est passé au mariage de Mademoiselle_ (Tout lui faut) _avec M._ (Qui donne), _et comme il s'y est pris pour connoître le caractère de sa femme la nuit de ses noces_. C'est, sauf la forme, tout à fait la même histoire.]

_Approbation._

J'ay lu, par ordre de Monsieur le lieutenant general de police, une historiette du temps, qui a pour titre: Zest Pouf, dont on peut permettre l'impression. A Paris, ce vingt-trois mars 1711.--PASSART[239].

Veu l'approbation du sieur Passart, permis d'imprimer. Fait le 26 mars 1711.--M. R. DE VOYER D'ARGENSON.

Registré sur le livre de la communauté des libraires et imprimeurs de Paris, nº 193, conformément aux reglements, notamment à l'arrest de la Cour du parlement en datte du 3 decembre 1705, ce 27 mars 1711.--DE LAUNAY, syndic.

[Note 239: Nous avons déjà rencontré ce nom de _Passart_; il est bon de nous expliquer à ce sujet. C'est le masque derrière lequel se cachoit l'abbé Chérier, «gros rejoui, dit Piron, qui n'avoit de bréviaire que la bouteille, et d'autre bénéfice que la censure de la police. On n'a de lui, c'est toujours Piron qui parle, que les Approbations des sottises sans nombre de son temps, sous le nom factice de _Passart_. A sa mort, ce bel emploi, bon pour ses pareils, fut donné au celèbre auteur de _Rhadamiste_.» Au sujet de cette succession, Piron fit une épigramme à laquelle les lignes que nous venons de citer servent de commentaire. Voici l'épigramme:

Dieu des vers, sous ton pavillon Qu'on vogue bien à la male heure! Pour placer le grand Crebillon, Il faut que le gros Cherier meure. Quelle place! Pour moi, j'en pleure. Examiner avec degout Nos rogatons de bout en bout! Du moins l'autre (en paix soit sa cendre) Approuvoit ou reprouvoit tout Sans lire ou sans y rien entendre.

_Oeuvres complètes d'Alexis Piron_, édit. Rigoley de Juvigny, in-8, t. 7, p. 240.

En disant qu'on n'avoit de l'abbé Chérier que ses approbations de censeur, Piron s'est trompé. Il a écrit dans le burlesque; il a été l'un des successeurs du comte de Cramail, l'un des devanciers de M. de Bièvre. Ainsi, en 1725, il donna _l'Homme inconnu, ou les Equivoques de la langue, dédiées à Bacha Bilboquet_. A la page 53 de leur 2e volume d'avril 1775, les auteurs de la _Bibliothèque des Romans_ reproduisent cette bouffonnerie, et donnent, comme préface, des détails sur Chérier: «Nous savons de quelques gens qui l'ont connu que c'étoit un plaisant de profession et de caractère, mais souvent fort agréable. Il fit imprimer son _Homme inconnu_, à la suite d'un _Ana_ de sa façon intitulé _Polissonniana_, qui est un excellent extrait des bonnes ou mauvaises plaisanteries connues avant le temps où il écrivoit. Comme pendant 90 ans le goût avoit eu le temps de se perfectionner, l'_Homme inconnu_ vaut mieux que le _Courtisan grotesque_.»]

_Catechisme des Normands[240]._

[Note 240: Cette pièce se trouve à la suite de celle qui a pour titre _Catéchisme des courtisans_ (Cologne, 1668, pet. in-12), et que nous avons reproduite dans notre tome 5, p. 75-95.]

_Catechisme des Normands, composé par un docteur de Paris._

_Demande._ Etes-vous Normand?

_Réponse._ Oui, par la grace de ma naissance et par la grace de mon intrigue.

_D._ Qui est celui qu'on doit apeller Normand?

_R._ C'est celui lequel, etant né d'un père normand, naturellement intriguant, fait profession exacte d'une intrigue dissimulée.

_D._ Qu'est-ce que l'intrigue dissimulée?

_R._ C'est celle que le Normand a apris de ses ancêtres, et qui la communique de père en fils.

_D._ Est-il necessaire au Normand d'avoir cette intrigue dissimulée?

_R._ Oui, s'il ne veut agir contre l'inclination naturelle de la nation normanique.

_Du signe du Normand._

_D._ Quel est le signe du Normand?

_R._ C'est d'être toujours prêt à faire de faux serments en faveur de celui qui lui donne le plus d'argent[241].

[Note 241: Celui dont parle Chicaneau (_les Plaideurs_, act. I, sc. 6):

Un grand homme sec, là, qui me sert de témoin, Et qui jure pour moi lorsque j'en ai besoin,

est de la même race.]

_D._ Comment fait-il le signe?

_R._ En tenant ses mains dessus sa tête pour affirmer plus hardiment le faux serment qu'il fait pour vil prix, et les rabaissant lorsqu'on lui fait offre de plus d'argent qu'il n'en a reçu pour les lever, afin d'affirmer effrontement le contraire de son premier serment.

_D._ Pourquoi fait-il le signe de la sorte?

_R._ Pour tromper et decevoir ceux qui ont confiance en ce signe, auquel il prend plaisir.

_D._ Quand le Normand fait-il le signe?

_R._ Depuis son berceau jusqu'au dernier soupir de sa vie.

_De la fin du Normand._

_D._ Quel est la fin du Normand?

_R._ C'est de trahir ses plus grands amis.

_D._ En quoi consiste le dessein du Normand?

_R._ Il consiste à établir sa fortune aux depens du bien d'autrui et de l'honneur du prochain, sans épargner sacré ni profane.

_Des moyens de parvenir à cette fin._

_D._ Par quels moyens parvient-il à cette fin?

_R._ Par quatre moyens, sçavoir: l'infidelité, tromperie, haine et mechantes actions.

_D._ Qu'entendez-vous par l'infidelité?

_R._ J'entends que le Normand ne garde jamais la parole qu'il a promise.

_D._ Que devons nous croire du Normand?

_R._ Que c'est le plus grand fourbe du monde.

_D._ Expliquez-nous ce mot de fourbe?

_R._ C'est-à-dire qu'i est naturellement trompeur.

_D._ Comment trompeur?

_R._ C'est en proferant des paroles contraires aux pensées de son coeur, louant par paroles ceux qu'il blâme en lui-même, flattant et caressant ceux qu'il aime le moins, baisant ceux qu'il dechire par ses fausses impostures comme un Judas, aplaudissant les discours d'autrui, pour exciter à les continuer, afin d'en tirer une mauvaise consequence.

_D._ Vous dites que le Normand parvient à la haine?

_R._ Oui; mais il faut entendre comment, parceque, quand le Normand haït quelqu'un, il ne lui decouvre pas sa haine ouvertement; au contraire, il la dissimule et retient dans son coeur, il flatte et loue celui qu'il haït le plus, et le baiser du Normand est un veritable signe de la haine qu'il a dans son coeur.

_D._ Si le Normand retient la haine dans son coeur, il ne fait aucune mechante action au dehors pour parvenir à sa fin?

_R._ Pardonnez-moi, car les mauvaises actions du Normand ne paroissent au dehors que lorsqu'il s'apperçoit que facilement elles pourroient servir à son dessein.

_D._ Le Normand manifeste donc ses mauvaises actions?

_R._ Ils les manifeste le moins qu'il peut, car il les commet toujours de bonne intention, disant qu'il ne cherche que la gloire de Dieu, que le profit et utilité spirituelle de son prochain, et que tout ce qu'il fait provient de son grand zèle seulement[242].

[Note 242: Tartufe, à ce qu'il paroît, étoit de Normandie.]

_D._ Comment fait-il ces mauvaises actions par ces moyens-là?

_R._ Non seulement, car, quand il a proferé des paroles indiscrètes et calomnieuses, ah! qu'il fait de mauvaises actions! Il les impute à des personnes innocentes, et, pour les faire croire veritables, il sollicite par promesse et argent.

_De l'esperance du Normand._

_D._ Quelle est l'esperance du Normand?

_R._ C'est de s'elever au-dessus des autres.

_D._ Comment?

_R._ En paroissant au dehors homme de bien, devot, sincère, obligeant, doux comme un agneau, quoiqu'il soit au dedans un loup ravissant, ingrat, fourbe, indevot, mechant, en un mot un très grand hypocrite, et un sepulchre blanchi[243].

[Note 243: _Sepulcrum dealbatum._ C'est ainsi que le Christ désignoit les Pharisiens: «beaux au dehors et pleins de pourriture au dedans».]

_D._ Comment?

_R._ C'est en imposant de faux crimes à ceux qui occupent les charges, etant amis, auxquelles ils aspirent, faisant de fausses attestations, certificats et autres pièces d'ecritures qu'ils font signer par de faux temoins pour faire entendre que ce qu'ils disent est veritable.

_D._ Comment connoissez-vous cela?

_R._ Je le connois en ce qu'il a beaucoup d'amour pour sa personne et ses propres interêts, et point du tout pour son prochain.

_Les bonnes oeuvres du Normand._

_D._ Si le Normand n'a point de charité pour son prochain, il ne fait donc aucune bonne oeuvre à l'egard de son prochain?

_R._ Aucunes, à la verité; mais toutes mechantes, conformement aux dix commandemens qu'il a appris de ses ancêtres.

_D._ Quels sont ces dix commandemens?

_R._ Les voici:

Tes intérêts tu garderas et attireras parfaitement.

Dieu en vain tu jureras pour affirmer un faux serment.

L'argent d'autrui tu n'epargneras, ni son honneur pareillement.

Le bien d'autrui tu ne rendras, et garderas à ton escient.

Faux temoignage tu diras, et mentiras adroitement.

L'oeuvre des mains tu n'oublieras, pour derober finement.

Les biens d'autrui tu convoiteras, pour les avoir injustement.

L'oeuvre de chair tu desireras, et accompliras avec le tems.

_Des oeuvres de misericorde du Normand._

_D._ Combien le Normand a-t-il d'oeuvres de misericorde?

_R._ Sept, sçavoir: trahison, flaterie, gourmandise, larcin, mensonge, envie et imposture.

_D._ Si le Normand n'observe ces dix commandemens et ne fait ces oeuvres de misericorde, qu'en sera-t'il?

_R._ Il contreviendra aux maximes et aux inclinations de la nation normanique, et aux habitudes naturelles de ses ancêtres, et merite d'être estimé honnête homme.

_D._ Si tout ce que nous venons de dire est vrai, on ne peut avoir de confiance au Normand?

_R._ Nullement du monde: car enfin, confiez-vous en lui, il vous trahit; louez-le, il vous meprise; meprisez-le, il vous adore; et après tout c'est un lion à ceux qui le craignent, et une vraie poule aux genereux.

* * * * *

Je prie Dieu qu'il inspire au lecteur des sentimens contraires aux pensées de ce catechisme.

_Chanson des Normands_

Sur l'air des Pendus.

Or ecoutez, petits et grands, Le catechisme des Normands, Peuple connu de notre France Par la chicane et la potence: C'est la double inclination De cette noble nation.

--Mais, sitôt qu'un Normand est né, A la mort est-il condamné? (_Oui._) --Mais sa mort est un mystère: Il ne rentre point dans la terre; Il meurt plus glorieusement, En montant vers le firmament.

--Q'entendez-vous par ce discours? Est-ce qu'ils ont l'âme à rebours? (_Non._) --J'entends que dans la Normandie On ne fait point cas de leur vie, Car plus de cinq cens il est clair Que les trois quarts meurent en l'air.

Pour un trépas si glorieux, Quel theâtre est le plus fameux? --Domfront jadis eut cette gloire, Et plus d'un Normand, dit l'histoire, A deux heures on y pendit, Qui n'etoit venu qu'à midi[244].

--Un titre si bien appuyé, S'est-il toujours bien conservé? (_Oui._) --C'est toujours pour leur usage Que tout le païs se partage Entre ces deux metiers si beaux, Des cordiers et des bourreaux.

[Note 244: M. Pluquet, dans ses _Contes populaires et proverbes_, in-8, p. 116, cite le dicton normand:

Domfront, ville de malheure, Pris à midi, pendu à une heure.]

_Edit du Roi portant suppression des charges de capitaines des levrettes de la chambre du roy et des levriers de Champagne; donné à Versailles au mois de mai 1786; registré en la chambre des Comptes le 15 septembre 1786; registré en la cour des Aides le 20 septembre 1786._

_A Paris, chez P. G. Simon et N. H. Nyon, imprimeurs du Parlement, rue Mignon._

1787.

Louis, par la grace de Dieu, roi de France et de Navarre: A tous presens et à venir, Salut. Les charges de capitaines des levrettes de notre chambre et des levriers de Champagne, dont etoit pourvu le sieur de Vassan, etant vacantes par la demission qu'il en a faite en nos mains, nous avons jugé à propos d'en ordonner la suppression[245]. A ces causes et autres à ce nous mouvant, de l'avis de notre conseil, et de notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, nous avons, par notre present edit, perpetuel et irrevocable, eteint et supprimé, eteignons et supprimons, à compter du premier de ce mois, les charges de capitaines des levrettes de notre chambre et des levriers de Champagne, vacantes comme dit est. Voulons en consequence que les gages et autres attributions desdites charges, pour lesquelles ledit sieur de Vassan, dernier pourvu d'icelles, etoit employé, tant sur l'etat de notre venerie, sous le titre de capitaine des levriers de Champagne[246], que sur celui de notre argenterie, menus-plaisirs et affaires de notre chambre, sous le titres de capitaine des levrettes de notre chambre, en soient rayés et ôtés à compter dudit jour premier du present mois. Si donnons en mandement à nos amés et feaux conseillers les gens tenant notre chambre des comptes et cour des aides à Paris que notre present edit ils aient à faire registrer, et le contenu en icelui garder, observer et executer pleinement, paisiblement et perpetuellement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements, et nonobstant toutes choses à ce contraires: car tel est notre plaisir. Et, afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous y avons fait mettre notre scel.

[Note 245: On avoit douté de l'existence de cette charge au moins singulière. L'édit qui la supprime convaincra les plus sceptiques. Il en étoit d'ailleurs parlé déjà dans le _Traité des droits_ (t. 1, p. 530), où nous trouvons mentionnés auprès de deux _porte-chaises d'affaires_--le nom de cet emploi en dit assez--un _capitaine des levrettes de la chambre_, ayant 2,466 livres de gage. Chaque _porte-chaise_ n'en avoit que 800. La charge supprimée ici devoit dater de Louis XIII, qui avoit mis à la mode les petits levriers d'Angleterre pour la chasse du lapin. Sélincourt, dans son _Parfait chasseur_ (1683), parle de ceux que ce prince avoit fait dresser et qu'il lançoit dans la petite garenne placée au bout du jardin des Tuileries. Je ne sais qui fut alors _capitaine des levrettes_, mais, comme on le voit, sa charge lui survécut; elle se multiplia même: car, lorsqu'on créa les maisons du comte de Provence et du comte d'Artois, par édits des mois d'avril 1771 et octobre 1773, on les pourvut l'un et l'autre d'un _capitaine des levrettes_, aux gages de 1,000 livres, tandis que le _maître de mathématiques_ n'en avoit que 200, et le _premier peintre_ 600!]

[Note 246: Les levriers de Champagne passoient pour être les plus vigoureux et les _plus vites_ du monde, comme dit Sélincourt. On les employoit pour la grande chasse, comme les levriers d'Angleterre pour la petite.]

Donné à Versailles au mois de mai, l'an de grace mil sept cent quatre-vingt-six, et de notre regne le treizième.--_Signé_ LOUIS.--_Et plus bas_: Par le roi, _signé_ le baron DE BRETEUIL.--_Visa_ HUE DE MIROMENIL.

Registré en la chambre des comptes, ouï et ce requerant le procureur general du roi, pour être executé selon sa forme et teneur, le quinze septembre mil sept cent quatre-vingt-six.--_Signé_ MARSOLAN.

Registré, ouï et ce requerant le procureur general du roi, pour être executé selon sa forme et teneur. Fait à Paris, en la première chambre de la cour des aides, le vingt decembre mil sept cent quatre-vingt-six. Collationné.--_Signé_ Baron DES BORDES.

_Histoire veritable de la mutinerie, tumulte et sedition faite par les prestres Sainct-Medard contre les fidèles, le samedy XXVII. jour de decembre 1561._

* * * * *

_Pseau._ XLVI.

Dès qu'adversité nous offense, Dieu nous est appuy et defense: Au besoin l'avons esprouvé, Et grand secours en luy trouvé.

* * * * *

Le bruit commun, dès sa naissance, et quand il vient premierement à sortir en evidence, est ordinairement accompaigné de tant de mensonges, qu'en son accroissement elles multiplient de telle sorte qu'avant qu'estre espandu jusques aux lieux où il prend fin se trouve tant perverti, deguisé et corrompu qu'il n'a plus rien de conforme à la verité; et ce advient principalement pour deux occasions: l'une pour estre mal affecte à la cause, l'autre pour se faire savant des choses que l'on a veues; dont la première induist à enrichir le compte de ce qui sert à la cause exposée, et taire ou deguiser ce qui est contraire; la seconde fait rapporter tout ce qu'on imagine de vray semblable pour très certain et veritable, par un desir de satisfaire à la curiosité de ceux qui s'en enquièrent. Or, les choses où les hommes se monstrent plus curieux et se rendent plus affectez sont celles de la religion, qui en rend la verité si peu cogneue qu'à grand peine se peut-elle savoir que bien obscurcie et masquée de quelque fiction mensongère. Ce que ayant consideré, j'ay entrepris de garantir une esmotion advenue ces derniers jours de l'injure des faux rapports et deguisemens de verité, à ce que tel evenement, qui n'est de petite importance bien entendu au vray, retourne à la confusion de ceux que l'on jugera avoir le tort, promettant de m'employer du tout à dire verité, et ne reciter que les choses dont je suis tesmoing occulaire, me sumettant aux reproches de tous ceux qui y ont assisté qui en voudront parler sans affection.