Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 11

Chapter 113,639 wordsPublic domain

Un jour, au temps le plus gay de l'année, Et tost après son aube saffranée, Pour mieux passer ce jour en liberté, Je m'esloignay de l'importunité Du bruit du bourg et de la populace, Qui s'assembloit dans la commune place Pour y danser, ainsi qu'une fois l'an L'on n'y voit rien que danse et que berlan. Estant party en alongeant ma veue Vers le costé où tendoit ma reveue De ce jour-là, qu'agreable et serain Favorisoit mon fantasque dessein, A petits pas, portant en main un livre, Je m'esloignois, non de tout soing delivre[230], Des lieux frequens, et costoyant un pré De vert naissant et de fleurs diapré, Comme je fus dans une large plaine, A trois cents pas d'une forest prochaine, J'ouïs là près une champestre voix Qui dit ainsi par trois ou quatre fois: Pauvre resveur, qui aujourd'huy t'esgare Pour ne voir point l'importune fanfare De tes voisins, vien-t'en passer le jour Dans ce bocage où je fais mon sejour, Et tu verras de ces hautaines roches, D'entre le bois et les campagnes proches, L'air et les dons qu'en ce mois gracieux Nous recevons de la terre et des cieux; Et si de plus, en ouvrant ton oreille, Tu ouyras en seconde merveille Maints petits cors qui tous sans nul discord Font en ce bois un agreable accord. A ceste voix, une humeur plus esmue Qu'auparavant me pousse et me remue Et me fait prendre un sentier buissonneux Pour aller droit aux antres caverneux Du bois non loing, où j'ouy d'abordée, Des oiselets la musique accordée Et dessoubs eux deux murmurans ruisseaux, Clairs et bordez de touffus arbrisseaux Et saules vers, dont la torte racine Cause maints tours à l'eau douce argentine Qu'en serpentant fait son cours ondoyant Dans les valons de ce bois verdoyant. Un peu plus bas, le long de ce bocage, Dans les buissons d'un petit marescage, Un rossignol, en diverses façons, Y fredonnoit plusieurs belles chansons; Un autre encor, non loin de ceste place, Luy respondoit d'une très bonne grace; Et un troisiesme, un peu plus à l'escart, Tenoit son rang et sa musique à part; Et tous sçavans, parmy ceste vallée, S'accordoient mieux qu'aux nopces de Pelée Tout ce qu'on peut d'Orphée et d'Amphion Faire sonner sur le haut Pelion: Car dans le bois jadis le mesme Orphée Ne chanta mieux, ny sur la vague enflée Celuy auquel les dauphins et les flots Furent humains, et non les matelots. D'autre costé, je n'eus si tost pris garde Haut et comment qu'une troupe gaillarde D'oiseaux branchez dessus les arbres vers Remplissoit l'air de mille tons divers, Que j'apperceu venir de branche en branche Un pinçonnet d'une volonté franche Pour se percher et chanter à l'envi Près où j'estois, comme à demy ravi. Mais il n'eut pas si tost quitté sa troupe Qu'à l'instant mesme un autre le galope, Comme sçachant par un naturel soing Qu'il auroit tost de son ayde besoing, Dont le premier, herissant son plumage, Commence un vers en son petit ramage, D'un air si gay qu'il sembloit à l'ouïr Qu'il ne chantoit que pour me resjouyr; Et le second aux poincts de la musique Luy respondoit cantique après cantique Si doucement qu'on eût dit qu'en ce lieu Se devoit faire un miracle de Dieu, Et que Dieu mesme avoit pour ceste feste Fait assembler une troupe celeste D'anges chantant, en semblance d'oiseaux, Sa saincte gloire entre ces arbrisseaux: Car il n'y a ny jeu, ny bal, ny troupe De corps humains, ny sur l'humide croupe Des flots salez Triton, ny ceste voix Qu'on attribue aux filles d'Achelois[231], Ny cor ny luth, ny tout ce que l'on touche Par art subtil des mains et de la bouche, Qui peut donner, selon mon jugement, Plus de plaisir et de contentement Que ces oiseaux, loing du bruit populaire, M'en ont donné dans ce bois solitaire, Bois où j'eus fait un bien plus long sejour Sans que je vis le beau char mène-jour, En s'abaissant vers l'onde marinière, Presque à demy de sa demy-carrière. De quoy marry, et prevoyant par là Qu'il faudroit tost me retirer de là, Je me tournay vers ceste trouppe heureuse, Et d'une voix plus triste que joyeuse, Les appellant mes hostes, mes mignons, Je dis ainsi: O mes chers compagnons! Ne pouvant guère arrester davantage Pour contempler vostre plaisant ramage, Ny ce qui est d'admirable en ce lieu, Il s'en va temps que je vous die adieu, En vous priant de croire que j'envie De revoir tost vostre agreable vie; De revoir tost dans ces antres moussez Non des bourgeois les palais tapissez, Ny des vergers arrousez d'eau forcée Jusqu'au plus haut d'une pierre percée, Ny d'un jardin les beaux compartimens, Ny des plus vains les riches vestemens, Ny cet esclat que dans les vagues perses[232] On va pescher, ny les couleurs diverses Dont autrefois à l'envy deux pinceaux L'un trompa l'homme, et l'autre les oyseaux, Mais pour y voir les beaux tapis sans leine Que le printemps, sans art, sans or, sans peine, Fait tous les ans et de tant de couleurs Qu'on n'en sçauroit estimer les valeurs: Car, sans mentir, il faut que je confesse, En admirant du grand Dieu la sagesse, Que ce creux verd, cet antre environné D'herbe et de fleurs et d'arbres couronné, Ce bois sauvage et tout ce grand parterre, Où vous vivez sans chicane et sans guerre, Est mille fois plus agreable à voir Que ce que l'or et l'art nous fait avoir. Or adieu donc, adieu, belle harmonie; Adieu, rochers, muette compagnie; Adieu, oiseaux; adieu, mes gringoteux; Adieu cent fois, mes petits vigoureux; Adieu, ruisseaux; adieu, plaisant boccage; Adieu, lieu sombre où je laisse pour gage De mon retour ma parole et ma foy, Et m'en revay voir ce qu'on faict chez moy. Je m'en vay donc, mais non sans avoir crainte D'y recevoir quelque nouvelle atteinte De desplaisir, car le peuple assemblé, Quand sur le soir il est un peu troublé, Mesme en ce temps où il est impossible Voir de Bacchus la troupe incompatible[233] Sans cris, sans coups, et sans y voir aussi Mespriser ceux qui ne font pas ainsi. Disant ces mois, une crainte legère D'esmouvoir trop l'hostesse bocagère Qui redit tout, en imitant les voix, Aux habitants des plaines et des bois, Me fit luy dire: O nymphe qui regrette Ton beau Narcisse! excuse et tiens secrette Ma libre plainte. Et, voulant m'en aller, D'un autre adieu je bornay mon parler, Non sans regret de ce qu'à la vollée Au mesme temps je vis la troupe aillée, Signe evident qu'après mon triste adieu Elle vouloit se desplaire en ce lieu. Ces oiseaux donc tout à coup s'envollèrent, Et, fendant l'air, autre part s'en allèrent Sans me laisser, après leur chant si beau, Pour entretien, que le doux bruit de l'eau, Bruit vers lequel, pour finir la journée, Avant partir, j'eus la veue tournée; Et contemplant ce crystal doux coulant, Qu'à plis sur plis s'en alloit, sautelant, Hors de ce bois, arrouser des villages Circonvoisins les prez et pasturages, Un penser creux, tout contre mon desir, Plus que devant me revenoit saisir; Mais ceste voix qu'au matin sur la plaine, S'estoit montrée, à mon besoing, humaine, Me voyant prest de rentrer en souci, Par charité, me dit encore ainsi: Mon cher amy, si tu veux compagnie, Acoste-moy; je m'appelle Uranie, Sage et sçavante, et prompte à redresser Ceux dont l'esprit ne fait que rimasser, Et que, tendant au moyen de complaire A ton humeur pensive et solitaire, Je te convie à revenir souvent Dans ce bocage où l'agreable vent Est du tout propre à celuy qui veut boire De l'eau sacrée aux filles de Memoire, Et qui commence à faire peu de cas Des eaux du monde et de ses vains tracas, Non que j'aprouve en cela qu'il te faille T'y abuser les jours que tu travaille De ton mestier, n'ayant autre moyen De pouvoir vivre au rang des gens de bien. Travaille donc, et, sage et par mesure, Vend ton ouvrage et ne preste à l'usure, Car aujourd'huy, et presqu'en tous estats, On n'use plus de reigle et de compas; Mais de ton gain en rien ne te dispose Sans faire estat d'espargner quelque chose Pour t'en ayder, s'il arrivoit un temps Rude à passer vers la fin de tes ans; Et, remettant jusqu'à la conference D'un autre jour toute autre remonstrance, Bien qu'à ce coup tu peux juger combien Je te souhaitte et d'honneur et de bien, Je te diray, d'une plus longue aleine, Tout ce qui cause au monde tant de peine; Et, pour meshuy, je diray seulement Que si chacun gardoit soigneusement La foy dans l'ame et la mesure entière Qu'il faut tenir en chacune matière, De père en fils, chacun s'entretiendroit Selon le temps en l'estat qu'il faudroit; Par zèle et droit, l'obeyssance deue A Dieu, au Roy, seroit de tous rendue; Le bon conseil, dans les royalles cours, Empescheroit des partisans le cours; L'achapt, l'estat, ne seroit en cet aage, Ny la faveur des grands tant en usage; La soye en draps seroit, comme autrefois, Pour les seigneurs, les princes et les rois; Du fier bourgeois la femme riche et belle Ne se feroit appeller damoiselle[234]; Dans l'art d'autruy nul ne s'embrouilleroit, Et sans procès chacun travailleroit; Le vieil Bacchus n'useroit tant ses coupes, Et les jureurs seroient en moindres troupes; L'Amour aussi n'auroit entre ses mains Qu'en tout honneur le pouvoir des humains; L'ambition, la vanité, l'audace, Ayant ainsi à la vertu fait place, De toutes parts et en toute saison, Le tout yroit au train de la raison. Mais, aujourd'huy, ne voyant sur la terre Qu'ambition, estats, chicane et guerre, Je voudrois bien te pouvoir obliger Par mes discours de ne t'en affliger Et de fuir toute vaine folie Pour voir souvent ceste forest jolie, Et, le faisant ce mois et l'autre encor, Tu jouiras d'un petit siècle d'or. Fay donc cela ainsi que je l'ordonne, Ou, mesprisant l'advis que je te donne, A tout le moins, sans me vouloir tromper, Fay-moy responce et puis t'en va souper. Incontinent que ceste Muse aimable Eut achevé son discours veritable, En regardant son beau visage uny, Son teint sans fard, ses cheveux d'or bruny, Son corps parfait, sa contenance telle Que le maintien d'une fille immortelle, Pour luy respondre et ne luy rien celer De ce qu'ailleurs je n'oserois parler, Je dis ainsi (en voix de pleurs suivie): Si je pouvois gaigner ma pauvre vie Dans un desert, je serois beaucoup mieux Entre des rocs qu'entre des envieux, Car en ce lieu je ne verrois le riche Envers le pauvre estre cruel et chiche, Ny les paysans à toute heure poussez Dans la taverne et dans plusieurs procès Par des tyrans et gens qui veulent estre Fort estimez sans se faire cognoistre En rien, sinon qu'en science profonds Pour s'acquerir injustement des fonds. Je ne verrois en si rude contrée Ceux que je vois soubs le manteau d'Astrée, Lesquels, en lieu de rendre à nos tabus Le droit escrit, commettent tant d'abus Que la raison, souvent comme en desroutte, Veut et permet de faire banqueroutte A ceux qui sont, par defaut sur defaut, Si molestez que tout bien leur defaut, Car, sans mentir, quand une chère année, Sterile en blé, nous est du ciel donnée, C'est en ce temps qu'un esclave enchainé Parmy les Turcs n'est pas plus mal mené Qu'ils sont, helas! sans esperance aucune De pouvoir vivre, à faute de pecune, Auprès de ceux qui, pleins d'impieté, Les ont reduits en telle extremité, Qu'il est certain que, si Dieu, qui attire A soy les bons, tout bon ne les retire De cet estat, les tailles et les cens, Les interests qu'ils payent tous les ans, Les frais sur frais et mille autres subsides[235], Qui, surpassant le travail des Belides, Feront mourir du soir au lendemain Ces pauvres gens de misère et de faim; Car j'en ay veu, tous les jours dans la peine, Se nourrissant de raves et d'avoine, Et d'eau bouillie, ou bien de petit laict; Que s'ils avoient du beurre ou un poulet, Cela seroit, à la première feste, Porté par eux au richard qui leur preste A dix pour cent une somme d'argent, Que, par mesconte et courses de sergent, Il fait grossir; puis, quand ces pauvres hommes Sont obligés pour de plus grandes sommes, Feignant d'avoir affaire de son bien Tout en un coup, il ne leur laisse rien. Et, quand il met le pied dans un village Pauvre de gens et bon de labourage, Il court, il veille, il ne repose point, Il vit esclave, et son trop d'avarice, Qui le conduit de l'un à l'autre vice, Le rend semblable à celuy qui dans l'eau, Sans pouvoir boire, est jusques au museau. Qui ne seroit, estant près de la porte De ces tyrans chez qui le peuple porte Presqu'à toute heure et en toute saison Le cochon gras, la poulaille et l'oison, Fasché de voir ces pauvres redevables Parler tremblans à ces insatiables, La teste nue et les corps descharnés, De faim, de froid, et de crainte estonnez, Prier, flatter, faire la reverence, Pour avoir deux ou trois jours de patience, Et comme après ils s'en revont soudain Sans qu'on leur donne un seul morceau de pain, Ou, quand ils ont moyen de faire boire Maistres et clercs, il est facile à croire Qu'ayant saoulé ces renards et ces loups, Ils payeront bien cherement pour tous! Voilà comment, ô Muse très acorte! Les pauvres sont mengez de telle sorte Que bien souvent le pauvre d'aujourd'huy Nourrit le riche, et meurt de faim chez luy! En faisant vendre et le fonds et les meubles Des pauvres gens, ces gros mangeurs de peuple Ne croyent pas qu'en ce bas univers Nous devons tous estre mangez des vers. Un autre mal, en ces personnes cautes, C'est qu'ils n'ont guère, en confessant leurs fautes, Le coeur contrit, ny l'ame en son bon poinct, D'autant qu'après ils ne s'amendent point. Pour mon regard, le manquer de promesse En cet endroit me fait trembler sans cesse, Et m'en fera, jusqu'au bout de mes jours, Hayr la cause et les mondains sejours. Pour ne voir donc le sergent qui emporte, Après moisson, du pauvre la recolte, Ny ces brouillons, riches comme bourgeois, Estre le fleau des pauvres villageois, Ny l'officier qui sans argent doit rendre Justice à tous, de tous ne fait que prendre, Ny l'hypocrite en ses devotions, Son corps au temple et l'ame aux passions; Ny bonneter[236], soubs la fausse apparence D'un bel esprit, le vice et l'ignorance; Ou, en un mot, pour ne voir plus du tout Le monde au monde aveuglé jusqu'au bout, Il est certain que, quand j'aurois au large Un bon domaine exempt de toute charge, Près de la presse où le riche empressé De trop de biens tient le pauvre opressé, Je n'aurois point à gré ceste fortune, Estant si près de la tourbe importune; Mais que, si Dieu m'en donnoit, à l'escart, Non pas autant ny seulement le quart, Ains soubs le chaume, estroite et bien acquise, Une logette à mon humeur requise, Et tant soit peu pour m'y entretenir, Je lairrois tout pour m'y aller tenir; Et là, pour vrai, je penserois mieux vivre Au petit pot[237], et le droit chemin suivre, Que dans un bourg où je suis envié De ceux pour qui je me suis employé. Mais, n'y ayant maison ny jardinage, Ny rien du tout pour y lever mesnage, Je suis contraint à demeurer chez moy, Où je travaille en peine et en esmoy, Et de mon art, bien qu'il ne soit facile Ny lucratif, ains pauvre et difficile, Gaigner ma vie au mieux que je pourray Et celle aussi de la charge que j'ay, Charge qui m'est à nourrir si pénible Qu'en travaillant le plus qu'il m'est possible, J'ay bien souvent reçeu et despendu L'argent plus tost que l'ouvrage rendu; Et, s'il advient que j'aye en ma boutique, De fresche mode et non pas à l'antique, Quelque harquebuse ou bien des pistolets Faits de ma main, et non par des valets, Et que je sois au temps de m'en defaire En les portant où j'ay charge d'en faire, Il faut peiner, et, pour estre payé, Patienter quand on est delayé. Donc, pour mon bien, portant ainsi l'ouvrage Loing de chez moy, ceste peine et l'usage M'ayant, ce semble, un peu par cy devant Fait en mon art plus sage que sçavant, Le cours du temps, qui tout forme et defforme, Et qui rend tout à la saison conforme, Par ce travail me faisoit esperer Ce qu'autrefois je n'osois desirer. Mais, n'ayant plus toute la patience Qu'il faut avoir pour vivre en esperance, Ny l'honneur d'estre à bien servir parfait, Ny les moyens qu'il faut pour cet effect, Ny la santé, qui doit este première Au corps (prison de l'ame prisonnière), Ny, en un mot, l'espoir de mieux avoir Ny trouver mieux, Muse, je feray voir Par mes escrits, à tous ceux dont j'espère Ayde et confort au fort de ma misère, Que plus je vay et plus je suis troublé, De soing, d'ennuy et de peine accablé, Et que, chargé au declin de mon aage Au pardessus de mes force et courage, Je suis reduit en tel estat de corps Que je n'envie au monde que la mort. Et pleust à Dieu, ô Muse bien heureuse! Que ceste mort invisible et fascheuse, Qui va par tout sans crainte et sans esgard, Fust desjà preste à me tirer son dard, Ou que Dieu mesme à la mortelle escorce De ma pauvre ame eut donné plus de force: Non ceste force où soubs trop de roideur L'ambition augmente son ardeur Après le lucre, ou à prendre les armes Pour en avoir, quand Mars, par ses alarmes, Enfle le coeur, et revestir le corps Des hommes vains d'un fer qui par dehors, Grisé, ressemble à un monstre effroyable, Qu'armé d'escaille en la mer navigable, Fait, sans rien craindre, aux troupeaux de Tethys Ce que souvent les grands font aux petits; Mais seulement que mon corps miserable Avec la force eust le desir durable De supporter, en ce temps desbauché, L'affliction, et non pas le peché, Et d'estre aussi, à la dernière atteinte Où le destin rendra ma vie esteinte, Exempt d'avoir jusques au moindre pas Marché ça bas sans reigle et sans compas. Alors je n'eus presqu'achevé de dire Ces mots ainsi, que j'aperçeu sous-rire Ceste deesse en habits precieux, Et quant et quant s'en remonter aux cieux; De quoy marry, en reprenant la trace Par où j'estois allé vers ceste place, Je m'en revins, à cause que, sans bruit, Le jour desjà faisoit place à la nuict. Estans chez moy, sans penser à la lime, Toute la nuict j'escrivy ceste rime, Pour faire voir, quoy qu'estant fort lassé, De poinct en poinct ce qui s'estoit passé Ce jour de feste en ma seule presence, Dans la forest où, pour ne voir la dance, J'estois allé, et y retourneray (S'il plaist à Dieu) vers le retour de may. Mais, attendant que ce temps-là revienne, Et que sans guerre un chacun s'entretienne D'un art penible, en peine on me verra, Jusqu'à la borne où mon temps finira, Gaigner ma vie; et, craignant le reproche D'estre prolixe, aux vers je coupe broche, En suppliant de tous les roys le roy De conserver et mes amis et moy.

[Note 230: _Libre, sans gêne._ On disoit plus ordinairement _à délivre_.]

[Note 231: Les Sirènes, filles d'Acheloüs.]

[Note 232: On sait que les huîtres perlières dont l'écaille fournit la nacre se pêchaient alors exclusivement dans le golfe Persique.]

[Note 233: Du latin _incomptus_, en désordre. Je ne connois pas d'usage plus ancien du mot _incompatible_. Il étoit encore si nouveau au milieu du XVIIe siècle dans le sens qu'il a gardé, que M. Sainte-Beuve (_Revue des Deux-Mondes_, 1er janv. 1848, p. 3) s'étonne de le trouver dans les oeuvres du chevalier de Méré, et le recommande à l'Académie pour son Dictionnaire historique, si jamais il arrive jusqu'à l'I. Malheureusement personne ne peut en répondre, et ce n'est pas surtout le cas de dire: Qui vivra verra.]

[Note 234: V., sur ces prétentions des bourgeoises, une pièce de notre t. 1, _Le bruit qui court de l'épousée_.]

[Note 235: On trouve dans les fragments du _Voyage de Locke en France, de 1675 à 1679_, donnés par la _Revue de Paris_, t. 14, un passage sur l'état des paysans qu'on peut rapprocher de celui-ci. «J'ai, dit Locke, p. 75, causé long-temps avec un paysan, qui m'a dit qu'il avoit trois enfants en bas âge, et que pour nourrir sa femme, lui-même et ses enfants, il gagnoit sept sous par jour. Là-dessus il falloit payer la taille, le loyer de la cabane, et vivre, non seulement pendant les jours ouvrables, mais les dimanches et jours fériés, jours où l'on ne travailloit pas. La maison de ce malheureux, ou plutôt la hutte misérable où sa famille étoit entassée, ne se composoit que d'une seule chambre à une seule porte, sans fenêtre ni cheminée, découverte par le haut et de l'aspect le plus affreux. Il louoit ce taudis douze écus par an, plus quatre livres pour la taille. Quelques jours auparavant, le collecteur avoit enlevé les ustensiles du ménage, la poêle à frire et la marmite. Pour nourriture ordinaire, ces pauvres gens n'ont que du pain de seigle et d'avoine et de l'eau, rarement de la viande.» Ailleurs, p. 15, il avoit dit, après une visite faite aux galères de Marseille: «Les galériens ont meilleure mine que les paysans.»]

[Note 236: Saluer, _tirer le bonnet_. On lit dans Regnier, satire 8, vers 175:

Voyant un président qu'il étoit nécessaire D'estre toujours après ces messieurs _bonneter_.]

[Note 237: «Nos pères disoient, lit-on dans le recueil de pièces contre le connétable de Luynes (p. 295), _tenir au petit pot_, pour tenir dans un état modeste.» On avoit aussi le proverbe pour les gens d'un état contraire: «_La soupe du grand pot, et des friands le pot pourry._» (La Mesengère, _Dict. des prov._, 1re édit., p. 313.)]

_Zest Pouf, historiette du temps._

_De l'imprimerie de la veuve Nicolas Mazuel, rue de la Bouclerie, au bout du pont Saint-Michel._