Part 9
Je n'oserois, la noble troupe Qui habitez dessus la croupe Du haut mont heliconien, Parmi les oeillets et les roses Qui en tout temps y sont escloses Dans le cristail pegasien; Je n'oserois, dis-je, à ceste heure Cheminer vers vostre demeure Pour invoquer vostre secours, Et pour gouster de l'Hipocrène Le doux nectar, qui y amène Mesmes les dieux à tous les jours: Car je craindrois qu'une carcace, Une charongne, une crevace, Dont il me faut icy parler, Infectast de sa pourriture Ceste liqueur, la nourriture De ceux qui vous vont visiter. C'est un nez, mais nez de manie, Dont je veux faire anatomie Pour en oster le souvenir, De crainte que par une peste Il ne conduise tout le reste Des mortels au dernier respir. S'il y avoit quelque esperance Qu'il peust prendre convalescence, Esculape, je te prierois Le traitter; mais plustot ton ame Hipolite pour sa Diane Feroit vivre encore une fois: Car desjà un infect ozène[123] Y a fait naistre une gangrène Qui le prive de cet espoir, Et puis son odeur ne demande Que joindre son corps à la bande Qui habite au triste manoir. Il est encor bien raisonnable Que de ce nez abominable, Desjà cogneu de tous les dieux, Qui le nient pour leur ouvrage, L'horreur, et l'effroy, et la rage, Paroissent pour l'eviter mieux. Ce membre donc contre nature, Puis qu'il fait une telle injure Au plus beau corps de l'univers, Il faut l'accommoder en sorte Que l'on dise: La peste est morte Par la mort de ce nez pervers. Encor n'aura-t-il ceste peine D'esprouver, comme ceux qu'on meine Au gibet, la rigueur des fers De ceux qui font l'anatomie. Suffira pourveu que je die Ses veritez dedans mes vers. D'entre les parties integrantes Qui en ce nez me sont presentes, D'abord je descouvre une peau Douce ainsi qu'un peigne à estoupe, Molle comme d'un boeuf la croupe, Et blanche comme un vieux fourneau. Sous ce cuir il y a des muscles Qui servent à ce nez de busques[124] Mouvant ainsi qu'un elephant Fait sa trompe, ou bien, pour mieux dire, Comme sur le mast d'un navire Une girouette le vent. Au milieu est un cartilage Que la carie a par usage Troué comme est le parchemin D'un laboureur par où il passe La poussière qui se ramasse Parmy le meilleur de son grain. Des os poreux comme une esponge, Qu'un ulcère sans cesse ronge, Font de ce nez le fondement; Il a des veines, des artères, Des nerfs gros comme des vipères, Et si n'a point de sentiment. Toutes ces parties, dans leur place, Composent ceste affreuse masse, Qui en sa situation Semble se maintenir dans l'ordre Que nature aux autres accorde Dedans leur composition. Mais sa trop molasse substance, Qui paroist ainsi qu'une pance De quelque boeuf de nouveau mort Remplie de fumier et d'ordure, Monstre que desjà la nature L'a reduict à son dernier sort. De sa grandeur parler je n'ose, Car c'est la plus horrible chose A le voir quand il veut partir De sa maison pour quelque affaire, Qu'il faut ouvrir porte cochere, Et si ne peut presque sortir. Dans Meroé il se rencontre Des hommes dont le nez fait monstre[125] Autant qu'un des plus gros canons De l'arsenac; comme besaces, Les femmes jettent leurs tetaces En arrière jusqu'aux talons. Mais nez encor grand davantage, Puis que ton maistre a eu partage Avec ces monstres d'Arcadie; Lors que, faisans guerre à Diane, Leur forme fut une montagne Par leur temeraire folie. Ce nez punais n'a d'autre usage Que pour servir à la descharge Comme cloaque du cerveau, Ou bien comme une chante-pleure[126] Par où il decoule à toute heure Plus d'une bassée de morveau Au reste, ce nez poly-forme Ne peut garder aucune forme, Comme les autres, arrestée: Tantost il prend une figure, Tantost une autre qui ne dure Pas plus que celle d'un Protée. A l'un il paroist gros et large, Remply comme un nez de mesnage; A l'autre il se monstre carré, Long, plat ou rond comme une boule; A celuy-cy en bec de poule, A celuy-là tout resserré. Et, d'autant que ceste figure Fait trop de tort à la nature Par un changement si divers, Je tascheray de la descrire (Non pas que je pense tout dire En si petit nombre de vers). Nez d'Acteon, quand par mesgarde Il vit Diane avec sa garde Dedans une fontaine nue; Nez de porc, nez de Bucephale, Nez d'un monstre cynocephale, Nez fait en crouste de tortue; Nez que les pots et les bouteilles Ont peint avec plus de merveilles[127] Que n'eussent fait les Gobelins[128]; Nez qu'encor toute la vermine A gravé avec plus de mine Que les graveurs parisiens: Car les fourmis, les marivoles[129], Les areignes, les mouches-folles, Les martinboeufs, les annetons, Les cirons, les poux, les chenilles, Les morpions, vers à coquilles, Les hurbecs, les puces, les taons, Les punaises, les escrouelles, Les papillons, les sauterelles, Les janjeudis, les escargots, Bref, toutes les meres barbotes En ont abandonné leurs grotes Pour y apporter leurs efforts; Nez fait en cornet d'ecritoire, Qui sert à quelque vieux notaire Il y a plus de deux cens ans; Nez à fourbir les lichefrites, Nez à fouiller dans les marmites Et à ne laisser rien dedans; Nez encor fait comme une rève, Nez qui ne donne point de trève Aux orphelins de ton quartier, Nez fait en patte d'escrevisse. Semblable à un cornet d'espice, Nez fait en pilon de mortier, Tu serois bon aux mascarades Pour faire rire les malades En ce bon jour du mardy-gras, Car tu as desjà la figure De quelque boëte à confiture Et d'une chausse à hypocras[130]; Nez en forme de descrotoire, Nez, comme il est à tous notoire, Doux à toucher comme le houx, Net comme le penis d'un ladre, Chaud comme une pièce de marbre, Poly comme un topinamboux; Nez de citrouille, nez de pompe, Nez de citron, nez de cocombre, Nez propre à servir de boulon Pour exprimer le jus de treille, Nez fait en bouchon de bouteille, Nez de gourde, nez de melon, Nez propre à faire ouvrir la fente D'un tronc où l'on veut faire une ente[131]; Nez en coque de limaçon, En esventail de damoiselle; Nez qui serviroit de truelle Et d'oyseau[132] à quelque masson; Nez fait en trident de Neptune, Tu servirois encor d'enclume A quelque pauvre forgeron, A un vieux suisse de brayette, A un tisserant de navette, A un patissier de fourgon, De crochet à quelques bons drolles Pour porter dessus leurs espaules Bources, cottrets, fagots, rondins; Nez qui as encor bien la mine De porter le bled et farine Comme les asnes des moulins. Tu serois encor très commode Pour servir, gros nez à la mode, De seringue aux pharmaciens: Car tu trouverois à veuglette Ces trous dont ta langue en cachette A souvent frayé les chemins; Nez à embaucher une botte, Nez propre à mettre en une porte Au lieu de quelque gros marteau, Nez fait comme un vray pied de selle Dont se sert quelque maquerelle Pour descharger son gros boyau; Nez, vray comme il faut que je meure, Tu es semblable à une meure; Mais, quand je voy tous ces picquons, Tu me sembles une chastaigne Qui est encor dedans sa laine, Armée comme des herissons. Tu as encor à des morilles Du rapport par tous ces reicilles Que font les souris et les rats Sur toy, quand la nuict favorable Les fait sortir de quelque estable Pour venir prendre leurs esbats. Mais les rats ont fait des merveilles, Car ils t'ont fait cornet d'abeilles, Et, si ton maistre avoit dessein D'en loger dedans tes fossettes, Pourveu qu'elles fussent plus nettes, Il auroit tousjours quelque essein, Essein qui le feroit gros sire, Pourveu qu'il fist autant de cire Et de miel comme du cerveau Tu fournis les tiens à toute heure, Coulant comme une chante-pleure De pituite et de morveau. Mais, ô nez! tu es trop malade, Tu n'es bon qu'à mettre en salade Qu'un vieux empirique affamé Donneroit à son torche-botte, Pour esprouver son antidote, Au lieu du plus fin sublimé. Nez de crapaut, nez de vipère, Nez de serpent, nez de Cerbère, Nez du plus horrible demon Qui soit dans la troupe infernale, Nez à qui plus rien je n'esgale Pour en ignorer le vray nom. Mais d'où vient que ce nouveau monstre Sous tant de figures se monstre, Sinon que pour punition Il ait esprouvé tous les charmes De Circé, et senty les armes De toute malediction? Il est ainsi, je te le jure, Mais sans te faire aucune injure, Car je sais trop bien, nez punais, Qu'on n'en pourroit pas assez dire Pour au vray te peindre et descrire, Et qu'on n'acheveroit jamais. Encor si tu n'avois d'enorme Que cette si changeante forme, Tu ne serois si desplaisant; Mais ceste infecte pourriture, Tous ces excremens de nature Font que tu es à tous nuisant: Car là-dedans un crin de truye, Plus gluant qu'une fraische plye, Bourgeonne, comme par despit, Plus ord que celuy de Meduse Après que Neptune, par ruse, En eust pris l'amoureux deduit; Crin qui faut en chambres secrettes Arracher avec des pincettes Quand on veut ce gros nez larder, Ou bien pour y souffler de l'ambre Pour un polipe ou pour un chancre Dont on ne le sçauroit garder: Car un punais carcinomate[133] Pour ordinaire le dilate Encor plus qu'un gros limaçon, Et s'il ne peut, quoy qu'il se peine, Respirer s'il ne prend haleine Par la bouche en nulle façon. Nez qu'il faut encor que l'on sale Pour t'empescher d'estre plus sale, Et pour retrencher le chemin A la rigueur de quelque ulcère Qui te conduira à la bière, S'il en peut estre un si malin; Ulcère qui dans le visage Te ronge jusqu'au cartilage, Et tout ce qui dans le tombeau Nous laisse à descouvert la face D'une espouventable carcasse, Le changeant en terre et en eau. Nez qu'il faut remplir, pour tout dire, De ces bonnes poudres de Cypre Et de ces unguens de senteurs, De crainte que dedans le monde Le feu et l'air, la terre et l'onde, Soient infectez de tes odeurs; Mais de crainte encor davantage Que les humains ayent partage En ceste malediction, Comme desjà dedans ta race, Par une hereditaire trace Nous voyons ceste infection. O salle engeance de vipère! Pourquoy avois-tu un tel père, Lequel à la posterité Laissast le plus horrible monstre Qui dans l'univers se rencontre, Avoir tout le monde irrité? Monstre qui, s'il estoit pour vivre Longtemps, pourroit enfin produire, Par ses sales exhalaisons, Une peste au monde commune Qui blesseroit mesme la lune Et pervertiroit nos saisons. Mais, ô bon heur pour la nature! En toy comme en ta geniture Ceste peste pourra perir, Puisqu'un chacun aura la force D'eviter la punaise amorce Qui te fera bien tost mourir. Pleust à Dieu que desjà la Parque T'eust fait approcher de la barque De ce vieux nautonnier d'enfer, Afin qu'en delivrant les hommes Il y conduise tes charongnes Pour à jamais les estouffer! Aussi bien n'y a-il au monde Une Arabie tant feconde Gui produise suffisamment D'aloës, d'encens et de mirrhe, Et tous les simples qu'on peut dire, Pour te composer des unguens. Or, sus, ceste Parque infernale Se lasse que de toy on parle. Commence donc, ô nez pervers! A n'esperer plus dans ce monde Demeurer; il n'y a que l'onde Qui te conduira aux enfers. Mais je crains bien que ceste race, Quoy qu'on y ait marqué ta place, Ne t'en accordera l'entrée, Crainte que ta puante haleine Ne soit une nouvelle peine Aux esprits de ceste contrée. Ouy, l'on t'en fermera la porte; Mais une plus affreuse grote Qui se rencontre en l'univers Est preparée pour ta demeure, Où tu souffriras en une heure Plus qu'en mil ans dans les enfers.
[Note 123: Ulcère du nez putride et fétide. (_Dict. de Furetière._)]
[Note 124: Le _busque_ étoit un treillis dur et piqué que les tailleurs mettoient au bas des pourpoints pour leur donner plus de fermeté.]
[Note 125: C'est-à-dire a de l'_apparence_, du _volume_.]
[Note 126: Sorte d'arrosoir dont l'eau s'échappoit avec un bruit agréable. De Cailly fut un jour fort tourmenté au sujet de l'étymologie de ce mot. Il s'en vengea par cette épigramme:
Depuis des jours on m'entretient Pour savoir d'où vient _chantepleure_. Au chagrin que j'en ai, j'en meure! Si je savois d'où ce mot vient, Je l'y renverrois tout à l'heure.]
[Note 127: Dans les _Joyeusetez_ publiées par M. Techener se trouve une pièce où le mauvais état d'un nez pareil à celui-ci est aussi reproché aux vendeurs de vins frelatés:
. . . . . . . . . . . . . . . . . Par taverniers brouilleurs de vins Gros bourgeons avons entour nez; Ce sont biens que nous ont donnés Les taverniers en leurs buvettes. Voyez nos nez bien bourgeonnez. N'en reste plus que les cliquettes.]
[Note 128: Ils faisoient déjà merveille, surtout pour la teinture rouge, un demi-siècle avant l'époque où cette pièce dut paroître. Dans son ode XXIe, Ronsard avoit pu vanter:
... Le riche accoustrement D'une laine qui dément Sa teinture naturelle Espaisse du Gobelin, S'yvrant du rouge venin Pour se desguiser plus belle.]
[Note 129: Mouches de marais.]
[Note 130: C'est ce que Taillevent appelle le _couloir_ dans lequel on mettoit le vin et tout ce qui composoit l'hypocras. «Et le pot dessoubs, dit-il, et le passez tant qu'il soit coulé, et tant plus est passé et mieux vault, mais qu'il ne soit esventé.»]
[Note 131: Greffe.]
[Note 132: Ce qui sert à porter le mortier. Cet outil s'appelle ainsi à cause de sa forme, et parcequ'on le porte comme des _ailes_ sur le dos. Vigneul-Marville a employé ce mot dans ses _Mélanges_, t. 3, p. 278.]
[Note 133: Pour _carcinome_, cancer.]
_Extraict de l'inventaire quy s'est trouvé dans les coffres de M. le chevalier de Guise, par madamoiselle d'Antraige et mis en lumière par M. de Bassompierre. Avec un brief catalogue de toutes les choses passées par plusieurs seigneurs et dames de la cour, le tout recherché et escript de la main dudict defunct et presenté aux amateurs de la vertu._
M.DC.XV., in-8[134].
[Note 134: Cette pièce doit être rangée dans un genre de facétie que ce bon Palaprat, qui sans doute n'avoit pas même lu Rabelais et son chapitre de la _librairie de Saint-Victor_, crut avoir inventé au XVIIe siècle. (V. ses _oeuvres_, Paris, 1712, in-12, t. 1, p. 278-279.) C'est un de ces catalogues de _livres imaginaires_ sur lesquels M. P. Jannet, sous le pseudonyme de Hænsel, a publié dans le _Journal de l'amateur de livres_ (1er septembre 1848) un très curieux article, que nous avons cherché à compléter dans une lettre publiée par le même journal au mois de janvier 1850. La pièce que nous reproduisons est si rare qu'elle nous échappa alors, ainsi qu'à M. G. Brunet, qui avoit le premier donné un petit supplément à l'article de M. Hænsel dans le numéro du 1er décembre 1848 du journal déjà cité.]
ET PREMIÈREMENT,
Un traicté de la bonne inclination des bastars, desdié à M. de Vandosme, par le comte d'Auvergne[135].
[Note 135: César, duc de Vendôme, étoit, comme on sait, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées (V. notre t. 2, p. 253), et le duc d'Angoulême bâtard de Charles IX et de Marie Touchet.]
Dialogue de la commodité des ongres, entre la comtesse de Vignoyts et la ravigrave, desdié à M. le comte de Curson[136].
[Note 136: Gentilhomme de la maison de Foix. V. sur lui un vers des _Contreveritez de la Cour_ dans notre t. 4, p. 343.]
Discours appoliticque, composé par Unisans, secretaire de M. le marechal d'Ancre, par lequel il veut prouver que la cagade faicte par son maistre a esté un violent effort de sa valeur, qui a despravé les functions de la vertu restringente, et non la foire de la prehension, comme veulent dire quelques medisans, desdié au dict sieur mareschal.
La vie de Charles le Simple avec les traictez des commoditez de l'ignorence, composé par M. de Souvray[137] pour servir d'instruction au roy.
[Note 137: Gilles de Souvray, marquis de Courtanvaux, maréchal de France, gouverneur de Louis XIII.]
Le pouvoir, faculté et vertu de l'engin de l'homme, trouvé aux registres du feu duc de Rais[138], et par luy desdié à la royne Catherine de Medicis, mis en lumière et faict imprimer aux despends du roy par le marechal d'Ancre.
[Note 138: Albert de Gondi, duc de Retz, maréchal de France. Il est souvent parlé de lui et de sa femme, Catherine de Clermont, dans la _Confession de Sanci_.]
Discours du procez intenté par devant les dames de la cour, d'un certain François, demandeur en requeste, tendant aux fins que soient faictes deffenses à tous les estrangers[139] de ne labourer les jardins des dictes dames, ny semer de leurs graines, veu les parties naturelles des François, avec l'arrest des dictes dames par lequel il est dict que les parties produiront leurs pièces par devant elles, pour icelles veues, visitées et meurement considérées, faire droict ainsi que de raison.
[Note 139: Les Italiens de la suite du marquis d'Ancre, _Coglioni di mila franchi_. V. notre t. 4, p. 25.]
Remonstrance faicte à la royne par madame d'Ancre sur le peu d'utilité qu'il y a d'employer les petits engins aux grandes et profondes affaires, tendant à ce que Bassompierre ne soit admis à ceux[140] du cabinet.
[Note 140: C'est-à-dire aux _affaires_. C'étoit alors un mot masculin. V. notre t. 1, p. 133, note.]
L'usage des casaques à deux envers[141] avec leurs utilitez et manière de s'en servir, composé et imprimé aux despens de M. le duc de Vandosme, desdié à la royne.
[Note 141: La casaque étoit aux couleurs, à la _livrée_ du parti qu'on suivoit, mais faite de telle sorte que, si, après la défaite du parti, il devenoit dangereux de la porter, l'on pouvoit la retourner sans qu'il parût qu'elle fût à l'envers. M. de Vendôme, l'un des esprits les plus changeants de ce temps-là, tantôt pour la reine, tantôt pour les princes, avoit une casaque de cette espèce. «Il falloit, dit Le Laboureur, vaincre ou mourir, ou bien devestir cette casaque, ce qui arrivoit assez souvent, ou pour arrester les fâcheuses suites d'un évenement sinistre, ou bien cela se faisoit pour eviter la honte et l'infamie d'une lasche action; ce qui pourroit bien avoir donné origine à l'expression proverbiale: _Il a tourné casaque_, laquelle se dit aujourd'hui de ceux qui changent de parti.» _De l'origine des armes_, Lyon, 1658, in-4, p. 8.]
La façon de prendre la place par derrière, de M. de Brissac[142], dedié aux beaux esprits de ce temps.
[Note 142: Ceci tendroit à nous donner sur les moeurs du maréchal de Brissac des soupçons qu'un passage de l'_Inventaire des livres de M. Guillaume_, mal compris par Le Duchat, nous avoit d'ailleurs suggérés déjà: «Une consolation à M. de Brissac sur la mort de sa femme, par le vidame de Chartres.»]
Comparaison en forme de parabolle de maquerellage et de l'art militaire, desdié à M. de Lavarenne[143], et composé par Bonneuil[144].
[Note 143: Le fameux La Varenne, qui, de cuisinier, étoit devenu marquis, conseiller d'Etat et gouverneur de La Flèche, le tout grâce à ses obligeants services de proxénète, ce qui faisoit dire qu'il avoit plus gagné à porter les _poulets_ du roi qu'à les piquer.]
[Note 144: René de Thou, seigneur de Bonneuil, introducteur des ambassadeurs. V. Blanchard, _Eloges des présidents à mortier_, et notre t. 4, p. 341.]
Paradoxe par lequel il est prouvé que les ladres n'ont point d'autre commodité que l'incommodité en ceste vie, composé par Plainville et desdié à M. de Rostin[145].
[Note 145: Il est appelé M. Le Rostein dans la facétie du même genre que celle-ci qui a pour titre: _Bibliothèque de Mlle de Montpensier_. On y met sous son nom un livre dont le titre: _Les lamentations de saint Lazare_, est loin de démentir ce qu'on lit ici. Il paroît décidément qu'il étoit lépreux.]
La comedie de ma commère, représentée de MM. les princes retirez de la cour, en faveur du president de Thou.
Discours de patience, dicté par Mme de Longueville[146] et dédié à la marquise d'Ancre.
[Note 146: Catherine de Gonzague de Clèves, mariée en 1582 à Henri d'Orléans, duc de Longueville, morte en 1629, âgée de 61 ans.]
Traicté des plus emerveillables coups de plume et de rabots[147] que les predecesseurs de Conchine et de sa femme ont donné pour le service de la republique du duc de Florence, avec l'arbre et genealogie, le tout fidellement extraict par Dolé et dedié au seigneur Jean de Medicis.
[Note 147: Le père de Concini était menuisier.]
Les moyens de bastir superbement et solidement avec la cire, sans crainte d'autres chaleurs au soleil que celuy de justice ne luit point sur nostre orison, par le chancelier de Sillery[148], dedié aux ouratiers[149] de la chancellerie.
[Note 148: Nicolas Brûlart, marquis de Sillery, garde des sceaux depuis 1604. V. notre t. 2, p. 133.]
[Note 149: Lisez _couratiers_, _courtiers_.]
L'invention, sans magie, pour faire parler les morts, par MM. les secretaires d'Etat, dedié aux thresoriers de l'espargne.
Charme du scilence, apporté du sabat par la Dutillet[150], de l'an mil six cens dix, au duc d'Espernon, pour s'en servir en temps et lieu.
[Note 150: Dame galante et fort intrigante. Il est parlé d'elle au liv. 2, chap. 1, de la _Confession de Sanci_, et d'Aubigné la nomme au chap. 16 du _Baron de Fæneste_. Ce _Charme du silence_, qu'elle donne en 1619 à M. d'Epernon, n'étoit pas sans utilité pour lui, puisqu'on l'accusoit de savoir la vérité sur l'assassinat de Henri IV, et puisqu'il sut trouver le moyen de ne pas la dire.]
Articles secrets de l'alliance d'Espaigne, dedié à Messieurs de la religion.
Comparaison des grands exploits faicts en la mer Méditerranée par le general des galeres avec ceux de M. l'amiral en la mer Oceane, dediez à M. de Villars[151].
[Note 151: Honorat de Savoie, marquis de Villars, avoit eu la charge d'amiral après l'assassinat de Coligny. Il n'y fit pas merveille, et la comparaison indiquée ici n'étoit certainement pas à son avantage.]
Un traicté de la furie, et description par le comte de Brissac, avec un discours des commoditez des calottes, dedié à la Margellette.
Discours sur l'appareil que le marquis de Marigny, Chateauneuf de Bretaigne, Silly[152] de Normandie, Mailly de Picardie, et plusieurs autres, font pour aller à Saint-Mathurin[153], pour estre guaris du mal de teste, desdié au mesme.
[Note 152: Henri de Silly, comte de Rochepot.]
[Note 153: Patron des fous.]
La vie de Ludovic Sforce, composée par Peronne, desdiée au duc d'Espernon[154].