Variétés Historiques et Littéraires (05/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 20

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[Note 339: Pasquier, qui semble avoir réglé sa relation sur celle-ci, reproduit presque textuellement cette dernière phrase. Dans le récit conservé dans le _Recueil_ d'Egerton, il est aussi parlé de ces réjouissances.]

[Note 340: Ici la dépêche de M. de Châteauneuf continue ainsi: «Voilà tout ce qui s'est passé au vray. Les serviteurs de la dicte dame sont encore prisonniers et ne sortiront d'ung moys, guardés plus estroitement que jamais au dict chasteau de Fotheringay; les trois autres sont prisonniers, toujours en cette ville. Ne se parle pas si on les fera mourir ou si on les delivrera. Depuis la dicte execution, M. Roger et moy avons tous les jours envoyé demander passeport pour advenir Vostre Majesté de la mort de la dicte dame; mais il nous a eté refusé, disant que la royne ne vouloit pas que Vostre Majesté fust advertie de cette execution par autre que par celui qu'elle vous envoyeroit. De faict, ses ports ont esté si exactement guardés que nul n'est sorty de ce royaulme depuis XV jours que un nommé le Pintre, que la royne a despeché à M. de Staford pour advertir Vostre Majesté de la dicte execution.» Dans les quelques lignes qui sont le commencement de la dépêche et qu'on a supprimées dans la pièce imprimée, M. de Châteauneuf s'étoit plaint déjà des obstacles qu'il avoit rencontrés lorsqu'il avoit voulu faire parvenir au roi le récit du supplice de Marie Stuart. «Sire, avoit-il dit, Vostre Majesté sera peut-être estonnée de sçavoir les nouvelles de la mort de la royne d'Escosse par le bruict commun qui en pourra courir à Paris avant que d'en estre advertie par moy. Mais Vostre Majesté m'excusera, s'il luy plaist, quand elle sçaura que les ports de ce royaulme ont esté si exactement guardés que il ne m'a esté possible de faire passer ung seul homme; et si est plus que, ayant obtenu un passeport soubs aultre nom que le mien, celui que je envoyois a esté arresté à Douvres avec son passeport et y est encores à present, bien que je le eusse despeché dès le XIX de ce moys après midy.»]

[Note 341: «Cette assertion, dit M. Teulet en note, est tirée de l'avis de M. de la Châtre.» Nous en avons parlé plus haut. Après cette phrase, la dépêche de M. de Châteauneuf poursuit pendant plusieurs pages encore. Elle se termine par la signature de l'ambassadeur et par cette mention: _De Londres, le XXVII febvrier 1587._]

_L'Onozandre ou le Grossier, satyre[342]._

Je veux quiter Parnasse et l'onde pegazine Pour aller faire un tour jusques à Terracine, Desireux de chanter les buffles au col tors, Ou siffler dans un jonc le prince des butors. Buses, buses et ducs, tenez-moy lieu de muse. Ce n'est pas la raison qu'icy je vous amuse, Compagnes d'Helicon, à braire les chansons Qu'un tas de flatereaux font bruire en divers sons[343], D'Onozandre, occupé à ne croire qu'un homme Qui sçait parler latin puisse estre gentilhomme[344], Meprisant Apollon et ses coelestes dons Qui empeschent les gens de vivre de chardons[345]. Sus, invoquez oyseaux; de vos courses isnelles[346], Hastez-vous promptement de m'aporter[347] vos aisles, Que j'en prenne un tuyau pour peindre en cet escrit Celuy qui vous ressemble et de nom et d'esprit. Silence par trois fois en la trouppe arcadique: Que l'on cesse aujourd'huy la bruyante[348] musique Dans les champs auvergnacs, et qu'on m'aille chercher Sept asnes, mais des grands, que je veux ecorcher, Pour sur leur parchemin escrire la creance[349] D'Onozandre le grand, prince de l'Ignorance, Creance sans tumulte, et qui ne doit jamais Remuer dans l'Estat que vers Mirebalais, Mais dont les sens cachez font un si grand miracle Qu'ils canoniseront un jour dans le Basacle[350] Mon heros d'Arcadie. Exemple de nos ans, Ceux que l'on devroit voir dans les moulins brayans, Le bast dessus le dos, courbez sous la farine, Sont gens de cabinet, mesme que l'on destine Aux premières honneurs. Hé! quelle anrageson De voir dans un conseil un asne sans raison! M. D. M.[351] Qui croit que le grand Cayre est un homme, et les Plines Des païs eloignez comme les Filippines; Que l'Evangile fut ecrit dedans le ciel, Voire d'un des tuyaux de l'aille sainct Michel[352]; Qui tient que Mahomet, et les Turcs, et les Gots, Confraires de Calvin, estoient grands huguenots; Que Christofle portant le grand sauveur du monde[353] En plaine mer n'estoit jusques au cul dans l'onde; Que le pape reçoit tous les jours des messages Des saincts du paradis, voire que les sept sages Estoient fort bons chrestiens; que jadis[354] Machabé, S'il ne fut point mort jeune, eût esté bon abbé; Qui croit que paradis est en forme d'eglise, Et que le Bucentaure estoit[355] duc de Venise; Qui ne tient de bons mots que ceux d'Angoulevant, Et n'a rien en mepris qu'un homme bien sçavant[356]. Je l'ay veu maintefois, ô l'ignorant caprice! Citer monsieur saint Jean au livre de l'Eclypse: Et tout d'un mesme train faire croire à son sens, Que fisique et fthisique avoient un mesme sens. Mais après celuy-cy, menez, menez-le boire Voire sans le licol, ce grand asne en l'histoire, Puisqu'il dit que Priam soutint Agamemnon Les dix ans de son siège à grands coups de canon[357], Puisqu'il croit que Pâris, par qui mourut Achille, Fut tenu sur les fonds des bourgeois de la ville Qui porte ce nom-là, et que le Chevallier Ne doit croire avoir eu cet honneur le premier. Est-il pas bien plaisant, mais n'est-il pas bien buse De tuer Palamède avec un arquebuse? S'il parle de Brutus en sa grande action, Il se plaint que Cesar meurt sans confession, Et dit, la larme à l'oeil: Tant de prestres à Rome Ont donc laissé mourir sans confesse un tel homme! De quel treffle ou quel foin, quelle herbe ou quel chardon[358], Onozandre, peut-on te faire un digne don, Si tu crois que jadis l'empereur d'Alemaigne Dès le jour qu'il naquit s'appella Charlemaigne, Et que le grand Pompée, au temps des vieux Romains, Surpassoit de deux pieds le plus hault des humains[359]? Donnez-luy des sonnets, odes ou cenotafes, Toutes sortes de vers, il les nomme epitafes. L'esclavon, l'arabic, le turc, le bizantin, Tout langage estranger, il le tient pour latin; Que s'il entend tonner ou faire de l'orage, Il croit que l'Antechrist vient, et que son bagage Fait tout ce tintamarre. On le verroit allors, Priant fort à propos, dire vespres des morts, Chanter un _Te Deum_ sur un chant pitoyable, Non pas qu'il ayme Dieu, mais il craint fort le diable. Mais peut-estre qu'il sçait de l'histoire du temps! Il vit parmy la cour, c'est là que je l'attens. Son picotin en main, dites si c'est un homme, Mais, dites, n'est-il pas un animal de somme, Puis qu'il jure tout haut que les sept electeurs Sont indignes de plus creer les empereurs, Puisqu'ils ont la verolle et que l'on leur apreste A ce printemps prochain une exacte diette, Mesmes que l'empereur en est en fort grand soin, Et que c'est aujourd'huy son plus pressant besoin? Neantmoins, on le voit, ce gros asne, ou ce buffle, En pourpoint de satin decoupé sur le buffle, Marcher en face d'homme, et crier que le front, Que la bouche, le nez et les oreilles font La creature estre homme. Abus, il se mesconte: S'il met là son honneur, le monde y met sa honte. La face n'y fait rien: la mer a des poissons[360] Qui ont nostre visage; en cent mille façons Nature industrieuse a mis dedans les plantes, Dans les eaux, dedans l'air, dans les voutes brillantes, Le caractère humain, qui pour cela n'ont rien Du feu de Promethée, ce larrecin ancien, Sans lequel on est beste. Apprens, grossier profane, Qu'on peut en courte oreille estre un bien fort grand asne, Mesme on peut estre boeuf en visage de roy[361]; Je n'en veux à temoing qu'en nostre antique loy Nabucodonosor, ce grand prince d'Asie, Moins connu pour son daiz que pour sa frainesie. Après avoir longtemps dominé sous ses loys Les peuples d'Assirie, ensuite de cent roys, Ses illustres ayeux, d'un sceptre plus antique Que la tige d'Abram au peuple judaïque, Sans egard à sa race, ou à l'illustre sang Qui luy donnoient les biens, la coronne et le rang, Par jugement divin parut en face humaine, Paissant avec les boeufs le treffle, la vervaine, Se soulant de sainfoin, bien qu'un royal manteau Couvrist le corps du prince en couvrant le thoreau. Vray portraict d'Onosandre, excellante figure Representant le corps, l'esprit et la nature Du Grossier fort illustre en biens et en maison, Mais bien pauvre d'esprit, voire un gueux en raison, En sens un mendiant qui a des pous à l'ame Plus que n'ont en leurs corps les forçats de la rame. Or, buses, c'est assez. Prince de Betisi[362], Reclamez vos oyseaulx, qu'ils s'envolent d'icy Jusqu'au val de Padouse, où ils fairont entendre Ce que je leur apprens des vertus d'Onosandre, En proclamant un Dieu, comme on vit autrefois Posafon déifié par les oyseaux des bois[363].

[Note 342: Bautru en est l'auteur. Le _Cabinet satyrique_ (Paris, jouxte la coppie imprimée à Rouen, 1633, in-8, p. 619-625), la donne sous ce titre: _L'Onosandre_, ou _la Croyance du Grossier, par le sieur Bautru_. C'est contre M. de Montbazon qu'elle est dirigée. Tallemant raconte à ce sujet cette anecdote: «... Le bonhomme avoit su que _l'Onosandre_ étoit une pièce contre lui. La reine-mère accommoda cela, et on dit que, M. de Montbazon, entr'autres choses, l'ayant menacé de coups de pied, il faisoit remarquer à la reine-mère: «Madame, voyez quel pied! que fût devenu le pauvre Bautru?» (_Historiettes_, édit. in-12, t. 3, p. 102.)]

[Note 343: _Var._:

D'Onozandre le grand ennemy de vos sons.]

[Note 344: Ceci justifie pleinement le vers des _Contreveritez de la cour_ (V. notre t. 4, p. 337).

Le duc de Montbazon ne parle que latin.]

[Note 345: _Var._:

Qui font que les humains ne vivent de chardons. Je vous invoque, oyseaux]

[Note 346: Vives, promptes, gaillardes.]

[Note 347: _Var._: de m'apprester.]

[Note 348: _Var._: la brayante.]

[Note 349: Pour croyance.]

[Note 350: Le Basacle est un moulin à eau qui existe à Toulouse depuis plusieurs siècles. Ses ânes étoient fameux par leur force. Nous avons fait une erreur à propos de ce nom dans notre t. 3, p. 71.]

[Note 351: Ce sont les initiales du nom de M. de Montbazon. M. de Monmerqué en a fait la remarque avant nous dans ses notes sur l'_historiette_ de Bautru (Tallemant, in-12, t. 3, p. 102). Elles ne se trouvent pas dans _le Cabinet satyrique_.]

[Note 352: Après ce vers, il y en a deux de passés que nous retrouvons dans _le Cabinet satyrique_.

Et que là tous les saincts l'on cache tout de mesme Comme nous le voyons aux temples de Caresme.]

[Note 353: Ce vers et le suivant ne sont pas dans _le Cabinet satyrique_.]

[Note 354: _Var._: Judas.]

[Note 355: _Var._: est le.]

[Note 356: _Var._:

Et n'a rien a mespris comme un homme sçavant.]

[Note 357: _Var._:

Il montre à son discours qu'il n'a pas de raison Et qu'il a le cerveau timbré comme un oison.]

[Note 358: _Var._:

De quelle herbe, quel foin, quel treffle, quel chardon.]

[Note 359: A la suite de ce vers, il s'en trouve dans _le Cabinet Satyrique_ quatre qui manquent ici. Ils rendent la pièce digne du recueil:

Si tu demande à tous si le paillard Ulysse, Qui chevauchoit partout, n'eut point la chaudepisse, Si tu crois un miracle, ayant mille putains, Que pourtant le grand Turc n'eust jamais les oulains.]

[Note 360: _Var._:

Tel porte la façon d'estre un homme en effect Et le considerant c'est un asne tout faict.]

[Note 361: Ce vers et les dix-neuf qui suivent manquent dans _le Cabinet satyrique_.]

[Note 362: Nous avons dit déjà, t. 4, p. 337, note 5, pourquoi l'on appeloit M. de Montbazon prince de Béthizy.]

[Note 363: _Var._:

Saphon deifier par les oyseaux des bois.]

_Le Conseil tenu en une assemblée faite par les Dames et bourgeoises de Paris. Ensemble ce qui s'est passé._ In-8. S. L. ni D.[364].

[Note 364: Cette pièce est la contre-partie de celle qui a pour titre: _La permission aux servantes de coucher avec leurs maîtres_, etc., reproduite dans notre t. 2, p. 237. Elle est conçue dans la même forme et écrite dans le même style. On voit par plusieurs passages qu'elle a positivement été faite pour servir de réponse à l'autre. Je penserois volontiers que toutes deux sont du même auteur.]

Soit que ce soit l'ambition, qui souvent donnant à travers l'esprit des femmes, leur fasse croire au rabais de leurs merites, si tant est qu'elles sçachent que les chauds baisers des maistres du logis s'estrangent[365] dans les doux embrassemens de quelque gentille saffrette[366] de servante; soit que ce soit qu'au sortir d'une si aggreable escarmouche et d'un cultis si souvent reiteré, l'on ne puisse si prestement fournir à l'appoinctement, et qu'il ne leur reste plus que du son et de la lie, au contentement que elles espèrent entre les bras de leurs chers epoux;

[Note 365: S'égarent.]

[Note 366: V., sur ce mot, notre t. 2, p. 242.]

Quoy que s'en soit, après que nos sus dites servantes eurent faict signifier l'arrest[367] qui avoit esté donné à leur proffict (contre leurs maîtresses), dame Avoye, seante en son siége au Pilory, Mesdames les maîtresses, se trouvant survenues en ce jugement, creurent qu'il falloit faire une assemblée, affin qu'agissant par un si sage conseil, on peusse plus seurement fournir de productions et de deffences pour ce dict procez.

[Note 367: C'est l'_Ordonnance de dame Avoye, enjoignant à toutes servantes, chambrières, filles de chambre_, etc., _de coucher avec leurs maîtres_, qui fait partie de la pièce à laquelle celle-ci répond. V. notre t. 2, p. 240.]

A raison de quoy il fut arresté que ceste tant authentique et magistrale assemblée se feroit au cimmetière des Innocents, à la sortie du marché.

De tous cotez accoururent les femmes, bourgeoises, marchandes, damoiselles, presidentes et plusieurs autres qui avoient intherest en la cause. Les scribes n'eurent pas si tost faict faire silence que très honorée dame madame Calette (preferable à toute autre, tant pour sa singulière prudence que vigilance touchant nos affaires, affublée d'un crespe noir) commença par ces mots:

_Harangue de dame Madame Calette._

Chères dames, de quel courage souffrirons-nous que nos esclaves, ces petites goujattes d'amour, ces brayettes de suisses, ces quintènes[368] de bordel, ces pissepots de nos maris, nous bravent, et qu'à la fin elles nous foullent aux pieds? Voyez (je vous prie) avec quelle astuce elles ont obtenu deffaut contre nous! avec combien de charmes, de visages raffinez, elles ont sceu suborner les juges à nostre desavantage? Il n'y en a aucun à voir qui ne soit pour elles! C'est faict de nous, si par une sage remonstrance nous ne les supplions et remonstrions que les juges, ayant esté aveuglez, corrompus et gaignez, nous permettent une evocation en quelque autre ressort, où la justice bandant les yeux, et d'une egale balance, pèse les justes droicts de nostre deffence. Donc, mes chères dames, advisez où il sera le plus expedient de revoquer ce procez.

[Note 368: On sait que dans les lices la _quintaine_ étoit le poteau contre lequel on s'exerçoit à jeter les dards ou à rompre la lance.]

_Resolution de Mesdames sur la harangue de dame Madame Calette._

La harangue finie, celles qui estoient le plus interessées en ceste cause demandèrent à la compagnie qu'il leur pleust accorder que le lieu où se debvoit resoudre ce differend fust au cimmetière des Innocents, pour là, au retour du marché des halles, se saisir plus aisement de celles qui avoient esté les chefs de ceste rebellion entre les servantes, pour les punir selon leurs demerites.

_Assemblée des Dames pour dire leurs plainctes._

Après qu'une quantité de coiffes, de chapperons, de masques[369] et d'escoiffions[370] se fust rendue au dict consistoire, dame madame Calette, assise sur le cul d'un mannequin (à cause de la lassitude du chemin), fit signe de l'oeil à une espicière assez falotte de se lever, et proposer le subject de sa plaincte.

[Note 369: Sur l'usage des masques, même chez les bourgeoises, V. notre t. 1, p. 307, et notre édition des _Caquets de l'Accouchée_, p. 105.]

[Note 370: On appeloit ainsi l'espèce de coiffe que portoient les femmes du commun. On disoit aussi _scoffion_, comme dans ces vers de Ronsard:

Son chef estoit couvert folastrement D'un _scoffion_ attifé proprement.

On le trouve encore sous cette forme dans les épithètes de de la Porte. Il ne falloit confondre l'_escoffion_ ni avec la _calle_ que portoit sans doute Mme Calette, qui vient de parler tout à l'heure, ni avec la _cornette_. Scarron le donne à entendre quand il fait dire par un de ses personnages:

Estes-vous en cornette ou bien en _escoffions_?

Molière s'est servi une fois de ce mot, dans _l'Étourdi_, act. 5, sc. 14; mais il vieillissoit de son temps.]

La petite espicière, craignant de se voir desobeyssante au commandement qui lui estoit faict, après avoir coloré son teinct d'une couleur vermeillette, et comme baissant la teste, dict: Ce n'est pas que mon desir glouton ne sçache bien se contenter, et que le garçon de la boutique ne calfeutre aussi bien mon bas que maistre juré qui soit au mestier de cultis; mais je ne puis souffrir qu'une truande s'engresse à mes despens, et qu'une telle maraude souille l'honneur de mon lict. Je suis contraincte de l'appeller pardevant vous, en vous remontrant combien de fois je les ay surprins dedans le magasin, où, allant pour quelques affaires, je les avisois par le trou de la serrure (car ils avoient verrouillé la porte sur eux) qui touchoient si rudement que c'estoit pitié de les voir. Je ne sçay où ils pretendoient gister ce jour-là, mais ils doubloient fort le pas; mais entr'autres, une fois, se doubtant que ceste place n'estoit pas de grande resistance, et que les soldats estoient là à decouvert, ils montèrent plus haut au grenier, puis s'enfermèrent dans une tonne vuide, où après quelques coups fourrez, ils s'estocadèrent si rudement que, roulants sur le plancher en ceste tonne, cela fit un grand bruict. Ce qu'entendant, je monte droict en haut, où je vis ceste tonne courir çà et là sur le plancher; ne sçachant que c'estoit, je voulus conjurer le diable de sortir de là dedans, où, après quelques conjurations, j'apperceu sortir un des pieds de mon mary, passé entre les jambes de ma drôlesse. Ah! quel crève-coeur! Depuis trois ans que je suis avec luy, je n'ay eu qu'un enfant; encor est-il fluet qu'il ne se peut soustenir.

Voire vrayment (dict madame Charlette, femme d'un apothicaire), voilà bien dequoy se plaindre! Est-ce un? Il pesche toujours qui en prend un; il y a huict ans que je suis avec le mien, sans que j'en puisse avoir un; c'est bien peu! Je ne sçay ce qu'il met en ses drogues, mais elles sont de bien peu d'operation. Naguères nous allâmes en pelerinage à Liesse, esperant que par l'intercession de ceste saincte Dame je pourrois avoir un heritier du fruict de nos travaux; mais à peine fumes-nous de retour que l'on me parla de sage-femme: c'etoit la nostre qui étoit accouchée. Hé bien! voilà comme nos marys peschent en eaue trouble; ces grands vault riens sçavent bien enfourner au four d'autruy et ne trouvent jamais le nostre assez chaud. Cependant ce ne fut pas tout, car ceste truande, après m'avoir faict la nique, obtint provision de cinquante escus[371]. Deussay-je en payer cent, et qu'il m'en fit autant!

[Note 371: Sur les dommages-intérêts auxquels avoient droit les servantes séduites par leurs maîtres, V. notre t. 1, p. 318-320, note.]

La G. print alors la parole, et dict à une de ses voisines qui estoit là: Sainement (ma commère, ma mie), je n'eusse jamais pensé, avant que d'entrer en mariage, qu'il s'y fist tant de meschancetez. Ces jours derniers, comme j'estois allé à la messe, je ne fus pas de retour qu'entrant dans la salle avec mon boullanger, pour conter avec luy, je les vis tous deux sur le lict vert, si eschauffés au jeu que l'on eust dict qu'ils en avoient à quelqu'un. Ceste fine beste, se voyant surprise, joue si dextrement son jeu que, se glissant dessous son maistre, se coula derrière le long d'une tapisserie jusqu'à la porte, et ainsi gaigna le haut. Bon Dieu! que je l'eusse pelottée si elle ne se fust esquivée, et que je luy eusse donné de gourmades! Encores passe pour un coup, mais je vous laisse à penser si c'est là la première fois!

Une certaine P., portant je ne sçay de colère sur sa face, allongea le col, puis dict: C'est assez patienter. Ce vilain ruffien, non content d'en avoir jusqu'aux bretelles, toutes les nuicts se lève du lict, puis, feignant d'avoir un cours de ventre, va droict à la garde-robbe, où, le rendez-vous estant avec une de mes filles de chambre, l'enfile avec tant de zèle que l'on diroit qu'il enfileroit des perles; mais, comme il demeuroit trop long-temps en son embarquement, je l'allay trouver, où je le vis tout estendu et se tourmentant comme un malade de sainct[372]. J'eus souleur. A l'heure j'appellay Guillaume, Janne, Pierre, Jacques, cocher, laquais, et recognu enfin que c'estoit. La pauvrette, de honte qu'elle avoit, se print à plorer, et troussa sa chemise par devant pour s'en cacher la face[373]. Dieu sçait comme je l'accommoday! Je fis venir tous les valets d'estable, qui luy donnèrent cent coups d'estrivières et luy arrachèrent poil à poil la barbe du menton renversé. Ce ne fut pas tout: pour obvier à tous inconveniens, et qu'une autre fois elle ne pust servir au dict mestier, je fis venir nostre mareschal, qui l'encloua si bien qu'elle s'en souviendra, ne luy laissant qu'un petit trou d'arrousoir pour luy passer l'urine. Voilà comme je les etrille. Un chacun se print à rire là dessus, et sembla-on approuver ce chastiment par un sousris qui s'esleva en la compagnie.

[Note 372: C'est-à-dire atteint d'épilepsie. On donnoit ce nom de _mal de saint_ à certaines maladies, telles que le _mal saint Mathelin_, qui étoient placées sous l'invocation de tel ou tel patron. V. _Ancien théâtre françois_, t. 2, p. 415.]

[Note 373: Dans les _Fantaisies de Bruscambille_ et dans une pièce du même temps, _Complexions amoureuses des femmes_, etc., se trouve la même plaisanterie sur les filles qui, par pudeur, se couvrent les yeux avec leur chemise.]

Mais la B., mal contente de son mary, ne pust rire et ne finit de gronder jusqu'à ce qu'on luy eust dit: Hé bien! Madame, qui vous tourmente? Parlez.