Variétés Historiques et Littéraires (05/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 19

Chapter 193,562 wordsPublic domain

[Note 308: Ces valets des jeux de paume, qui marquoient les points et qui essuyoient les joueurs après la partie, s'appeloient _naquets_. V. Fauchet, _Orig. des chevaliers_, liv. 1, chap. 1.]

[Note 309: Lisez: frère Jean des Entommures.]

Je plains seulement, pendant cette saison aqueuse et flecmatique, les pauvres fiancées qui ne pourront cheviller leur marché legitimement, ny faire ficatores jusques à Quasimodo: car, s'il est deffendu aux anciennes personnes de manger de la chair, il n'est pas raisonnable que les jeunes gens, souples comme les poutres qui sont dans les prairies de Bretaigne, en goustent un petit tantinet, ne facent des endrogines ny du potage à quatre genoux, me rendant ennemy capital, et du tout diametrallement opposite, aux raisons que la fille d'un certain ministre de Normandie, qui avoit emprunté un pain sur la fournée, alleguoit (interrogée sur l'enflure de _fructus ventris_, sçavoir est) qu'elle avoit ouy prescher à monsieur le predicant, son père, que la chair qui entroit au corps ne souilloit point l'ame, comme si c'estoit les seulles viandes, bonnes de soy, qui nous souillassent; plustost que la defence d'en user, ou que la pomme qu'Adam mangea eust plustost corrompu sa posterité que le peché qu'il fit transgressant le commandement de Dieu. Ceste damnable proposition semble avoir enhardy nos sablins reformez de manger de la viande en caresme et du poisson aux jours gras, accomplissant les documens de la loy comme les escrevisses, comme les cordiers, à reculons, suyvant en cela les institutions de l'heresie et la doctrine de Jean de Noyon, je dis de Calvin, premier heresiarche de la France, qui, pour faire pulluler ses dogmes impieux, donnoit toutes sortes de licences à ceux qui beuvoient l'absinthe de son erreur dans la coupe dorée de la paillarde de l'Apocalipse, je dis de la reforme. Pythagore n'estoit pas de l'humeur de nos nouveaux cabalistes, car il n'eust pas voulu gouster du plus petit oyseau du ciel, ny du plus petit poisson de la mer, disant par ses pertinentes raisons que la nature, ceste grande prodigue, nous produisoit assez d'autres choses pour manger, sans appareiller pour nostre nourriture les animaux ayans vie. Mais tue, esgorge, esventre, estrippe chapons, poulets, pigeons, codindes, tant que voudront ces messieurs de courte devotion, nous serons aussitost à Pasques comme eux pour manger des oeufs; mais, pour leur faire un prouface, je leur veux donner ce quatrain:

Gressez tant que voudrez votre gozier d'harpie, De poulles et chapons en secret comme loups, Vous ne me ferez point, je vous promets, d'envie, Car je trouveray Pasque aussi-tost comme vous.

Il est vray que c'est une grande incommodité de manger tousjours du harenc aussi sallé que s'il partoit de la cacque, et de la morue aussi douce que de l'eau de la mer; toutesfois, pour expedier, il faut suppleer au deffaut des poissonnières, je veux dire que, pour la destremper dans nos bacquets humanistes, il faut boire en grand diable et demy: plus l'on boit, plus on en va mieux. Six sepmaines sont bien-tost passez; nous serons aussi estonnez que les mattes quand il tonne; je dis que nous nous trouverons au samedy de Pasque en corps et en ame comme bibets. Ce sera lors que les diablesses de poissonnières, qui boivent pinte de vin tout d'un traict, auront trouvé le caresme bien court, encor qu'il ait esté trop long de la moitié, pour les parjuremens, injures, pouilles, vieutes, qui se font entre comptans, avec leurs malleboches, double fièvres quartaines, s'entredonnans trippes et dins, sans rien retenir, à tous les diables, lesquels ont bon marché de telles denrées, qui se donnent à si bon compte. Aussi, quand telles sortes de gens n'auroient peché ny fait aucune offence en toute leur vie, seroit capable d'entretenir un prestre en confession une quarantaine d'années, s'il y pouvoit autant estre: car, tout ainsi que les destours du dedalle menoient d'un chemin en un autre, et d'un autre en un autre, accusant un peché, ce peché les conduit en un autre, et cet autre en un autre, de sorte que l'on ne peut sortir de ce tortueux labirinthe qu'avec grande difficulté.

D'autre costé, les bouchers, poullayers, charcuitiers et paticiers, ayans eu la commodité d'user les semelles de leurs souliers à force de leur pourmener, de faire une illiade de brochettes de bois et de degresser leurs estals, assomment, tuent, esgorgent, plument, couppent, dehachent, et parent leurs boutiques de boeufs, de moutons et de pourceaux mis en mille pièces, de façon qu'ils chantent le _Te Deum laudamus_, au lieu de faire dire des vigiles pour luy.

Neantmoins, de toutes les personnes qui se trouvent de repos et de la confrarie de Jean de Loisir, tant à cause du caresme que pour l'occasion de la marchandise qui ne va pas si bien que l'on voudroit, il n'y en a point qui rendent meilleur service au roy que ces braves atlettes qui vont en garde pour les bourgeois. Leurs corps sont infatigables au travail, leurs yeux au sommeil et leur vie à la peine, et ne se plaisent rien tant qu'à coucher sur la dure, d'avoir le mousquet sur l'espaule et l'espée à leur costé de fer, et d'estre sans cesse en faction avec grande sobriété. Mais où m'emporte mon discours? Retournons à nos moutons: c'est une marchandise propre à ces messieurs dont j'ay traicté dans ce purgatoire, lequel je leur dedie, car je croy, par metaphore, que le caresme ne semble moins long, et ne fache moins ces messieurs les bouchers, charcuitiers, cuisiniers, paticiers, trippieres, sablins, fiancés, valets de jeux de paulme, chanteurs, joueurs d'instrumens et autres gens de bon appetit, qui aiment mieux un quartier de mouton qu'un gigot de morue, et une perdry qu'un pruneau, que le purgatoire de l'autre monde est fait pour purger les ames. Adieu.

_Discours de la mort de très haute et très illustre princesse Madame Marie Stuard, royne d'Ecosse, faict le dix-huitième jour de fevrier 1587._

In-8[310].

[Note 310: M. Brunet (_Manuel du libraire_, tome 2, p. 103) parle de ce Discours. Après l'avoir décrit, il ajoute: «A cette pièce s'en trouve quelquefois jointe une autre dont voici le titre: _Version françoise d'une oraison funèbre faicte sur la mort de la royne d'Ecosse, par le R. P. en Dieu M. J. S., 1587._» Il en indique aussi une réimpression faicte à Anvers en 1589, et mentionnée par M. Oettinger dans sa _Bibliographie biographique_. Mais ce que ne dit pas M. Brunet, c'est que cette pièce n'est autre chose que la copie presque complète de toute la première partie d'une dépêche que M. l'Aubespine de Châteauneuf, notre ambassadeur près d'Elisabeth, avoit envoyée à Henri III quelques jours après l'exécution, le 27 février 1587, dépêche dont l'autographe est conservé à la Bibliothèque impériale, fonds Béthune, nº 8880, fol. 7, et qui reproduit elle-même textuellement un rapport adressé à l'ambassadeur par quelque gentilhomme de sa suite. Une copie de ce rapport, qui a pour titre: _Advis sur l'execution de la royne d'Ecosse, par M. de la Chastre_, se trouve aux mss. de la Bibliothèque impériale, collect. des 500 Colbert, t. 35, pièce 45. Nous devons la connoissance de ce dernier fait à une note de M. A. Teulet, qui, dans sa belle publication faite pour le Bannatyne club d'Édimbourg: _Papiers d'Etat relatifs à l'histoire d'Ecosse au XVIe siècle_, t. 2, p. 890-899, a donné dans toute son étendue la dépêche de M. de Châteauneuf. M. Teulet ignoroit l'existence de la pièce imprimée qui en reproduit la partie la plus intéressante. M. Mignet ne semble pas non plus l'avoir connue; il ne la mentionne pas aux divers passages de son _Histoire de Marie Stuart_ (t. 2, p. 353, etc.) où il cite la dépêche de M. de Châteauneuf. Le fait de cette publication d'un papier d'Etat tolérée, sinon autorisée, par le roi, est d'une importance qu'il n'est pas besoin de signaler, surtout lorsque l'on considère qu'il est tout à fait d'accord avec les sentiments de Henri III, en cette circonstance sympathiques pour Marie Stuart, hostiles pour Elisabeth, et tendant à attirer l'intérêt sur l'une et la haine contre l'autre.--Nous reproduisons ici la première édition du _Discours_. Il est probable qu'elle suivit de près l'arrivée de la dépêche, dont elle est une copie partielle, et qu'elle fut ainsi donnée à Paris vers le commencement de mars 1587. Elle précéda donc la relation du même événement faite par Bourgoin, médecin de Marie Stuart, avec ce titre: _La mort de la royne d'Ecosse, douairière de France, où est contenu le vray discours de la procedure des Anglois à l'execution d'icelle_, etc. Ce dernier récit, publié dans les premiers mois de 1589, a été repris par Jebb au t. 2, p. 612, de son grand ouvrage: _De vita et rebus gestis serenissimæ principis Mariæ Scotorum reginæ._ Ces publications faites à Paris sont un fait curieux; elles prouvent l'ardeur de la curiosité populaire à s'enquérir de tout ce qui avoit trait à l'histoire de la femme charmante et infortunée qui avoit été reine de France; elles coïncindent à merveille avec ce que nous savions de l'exposition d'un tableau représentant le supplice de Marie Stuart, qui attiroit une telle foule au cloître Saint-Benoît, où on le faisoit voir, et excitoit de tels murmures d'indignation, que le roi, de peur de quelques troubles, fut obligé de le faire enlever par un ordre dont la copie est conservée à la Bibliothèque impériale (fonds Béthune, nº 8897). La vente des petits livres où ce même supplice étoit raconté ne fut certainement pas l'objet de mesures pareilles. Catherine de Médicis et son fils devoient, en bonne politique, l'encourager. La publication de ce récit, pour ainsi dire _officiel_, qu'ils tolerèrent, je le répète, si même ils ne l'ordonnèrent pas, en est une preuve. Ce qui contribueroit encore à nous le faire croire, c'est le soin qu'ils avoient pris auparavant pour faire disparoître tout ce qui, loin d'apitoyer en faveur de Marie Stuart, tendoit à exciter les haines contre elle. Il se trouve à ce sujet une lettre très intéressante de Catherine de Médicis au président de Thou dans le bizarre recueil publié à Paris, en 1818, sous le titre de: _Life of Thomas Egerton, chancellor of England_, gr. in-8, non terminé. Voici cette lettre, datée de Blois le 22 mars 1572, et que dut motiver le libelle de Buchanan de _Maria Scotorum regina_: «Je vous prye vous enquerir doulcement qui est l'imprimeur qui a imprimé ung livre, traduit du latin en françoys, faict à Londres contre la royne d'Escosse, et faire prendre et brûler secrettement et sans bruict tout ce qui se pourra trouver desdicts livres, de sorte que, s'il est possible, il n'en demeure un seul formulaire, faisant faire aussi soubz mains deffences à tous imprimeurs d'en imprimer, soubz telles peines que vous adviserez.»]

Le samedy quatorzième jour de febvrier 1587, M. Belé, beau-frère de Vvalsin-Han, fut depesché sur le soir, avec commission signée de la main de la royne d'Angleterre, pour faire trancher la teste à la royne d'Ecosse, et commandement aux comtes de Chersbery, de Hent et de Rotoland, avec beaucoup d'autres gentils-hommes voisins de Socteringhan[311], de assister à la dicte execution.

[Note 311: Lisez _Fotheringay_. Il n'est pas besoin de faire remarquer que tous les autres noms ne sont pas moins affreusement défigurés. Nous allons les rétablir. Il s'agit d'abord de _Robert Beale_, clerc du conseil, beau-frère du secrétaire _Walsingham_, et qui fut en effet l'un de ceux qu'Elisabeth envoya pour signifier à Marie Stuart son arrêt de mort; ensuite viennent les comtes de _Shrewbury_ et de _Kent_, chargés d'assister au supplice, et le comte de _Rutland_. Aucune relation n'avoit constaté la présence de celui-ci; l'on savoit seulement par le _Martyre de la Royne d'Ecosse_, etc. (V. Jebb, t. 2, p. 320), qu'après le supplice il avoit paru aux funérailles, soutenant la comtesse de Bedford, qui représentoit la reine d'Angleterre.]

Le dict Belé mena avec luy l'executeur de Londres[312], qui fut abillé tout de velours noir, ainsi qu'il fut raporté[313]; et, partant la nuict du dict samedy au soir assés secretement, il arriva le lundy au soir seizième ensuivant, et le mardy furent mandés querir les dicts contes et gentils-hommes. Le dict jour au soir, M. Paulet, gardien de la dicte royne d'Ecosse, accompagné du dict Belé et du chef de la province, qui est celuy qui en chascun baillage est comme prevost des marchans[314] ou juge criminel, allèrent trouver la dicte dame, et luy signifièrent la volonté de la royne leur maistresse, qui est[315] contraincte de faire executer la sentence de son parlement.

[Note 312: On lit dans la dépêche: _l'exécuteur de cette ville_, ce qui se comprend, M. de Châteauneuf ayant daté sa lettre de Londres.]

[Note 313: _Var._: ainsi que j'entends.]

[Note 314: _Var._: des maréchaux. Il y a dans la dépêche une abréviation qui a pu motiver l'autre lecture. Celle-ci naturellement est la bonne. Ce chef de la province est celui que Pasquier, dans son récit de la mort de la reine d'Ecosse, désigne ainsi: «Le Prevost, qu'ils appellent schériff.» (_Recherches de la France_, liv. 6, chap. 15.)]

[Note 315: _Var._: estoyt.]

L'on dict que la dicte dame se monstra fort constante, disant que encores qu'elle n'eust jamais creu que la royne sa seur en eust voulu jamais venir là, si est-ce que, se voyant reduite en si grande misère depuis trois mois, qu'elle avoit la mort pour très agreable, preste à la recevoir quand il pleroit à Dieu.

Ils luy voulurent laisser un ministre[316], mais elle ne le voulust point. Il y a une grande salle au dict chasteau où l'on avoit faict dresser un eschaffaut couvert de drap noir[317], avec un oriller de velours noir.

[Note 316: Le docteur Fletcher, doyen protestant de Peterborough.]

[Note 317: «Au milieu de la salle, on avoit dressé un eschaffaut large de douze pieds, en quarré, et haut de deux, qui estoit tapissé de meschante revesche noire.» (_Le martyre de la royne d'Ecosse, etc._, dans _De vita, etc._, de Jebb, tom. 2, p. 306.)]

Le mescredy, sur les neuf heures, les dicts contes, avec son gardien, allèrent querir la dicte dame royne d'Ecosse, qu'ils trouvèrent fort constante, et, s'estant habillée, fut menée en la dicte salle, suivie de son maistre d'hostel, M. Melvin[318], son chirurgien[319] et son appoticaire, et d'un autre de ses gens[320]. Elle commanda que ses femmes la suivissent, ce qui leur fut permis, estant tout le reste de ses serviteurs enfermés dès le mardy au soir[321].

[Note 318: André Melvil. Il est nommé Melvin dans presque toutes les relations.]

[Note 319: Jacques Gervait.]

[Note 320: Pierre Gorjon.]

[Note 321: En outre de ceux qui viennent d'être nommés, elle avoit voulu avoir autour d'elle Bourgoing, son médecin, et Didier son sommelier.]

L'on dict qu'elle mangea avant que de partir de sa chambre, et, montant sur l'eschaffaut[322], elle dit à M. Paulet qu'il luy aydast à monter, que ce seroit la dernière paine qu'elle luy donneroit[323].

[Note 322: _Var._: Le dit chafault.]

[Note 323: Ce détail ne se trouve qu'ici. Dans les autres relations, on s'accorde à dire qu'elle n'eut besoin de l'aide de personne. «La reine, dit M. Mignet (t. 2, p. 365), suivie d'André Melvil, qui portoit la queue de sa robe, monta sur l'échafaud avec la même aisance et la même dignité que si elle étoit montée sur le trône.»]

Estant[324] à genoux, elle parla long-temps à son maistre d'hostel, luy commandant d'aller trouver son fils pour luy faire service, comme s'assuroit qu'il feroit tousjours aussi fidellement que il avoit faict à elle; que ce seroit luy qui le recompanseroit, puis qu'elle ne l'avoit peu faire de son vivant, dont elle estoit très marrie, et luy chargea de luy porter sa benediction (laquelle elle fit à l'heure mesme).

[Note 324: _Var._: là.]

Puis elle pria Dieu en latin avec ses femmes, n'ayant voulu permettre que un evesque anglois, là presant[325], approchast d'elle, protestant qu'elle estoit catholique et qu'elle vouloit mourir en ceste religion.

[Note 325: Suivant tous les autres récits, il n'y avoit là que le doyen de Peterborough, désigné plus haut.]

Après cela elle demanda au sieur Paulet si la royne sa seur avoit pour agreable le testament qu'elle avoit faict quinze jours auparavant pour ses pauvres serviteurs. Il luy respondit que ouy, et qu'elle feroit accomplir ce qui y estoit contenu pour la distribution des deniers qu'elle leur a ordonné.

Elle parla de Nau, Curl[326] et Pasquier, qui sont en prison, mais je n'ay pas sceu au vray ce qu'elle en dict[327]; puis, s'estant remise à prier Dieu, mesme à consoler ses femmes, qui ploroient, elle se presenta à la mort fort constamment.

[Note 326: Nau et Curl étoient les deux secrétaires de Marie Stuart. Ils avoient été arrêtés lors de la découverte du complot de Babington, et leurs aveux, ceux de Nau surtout, ayant fait convaincre la reine de complicité, avoient achevé de la perdre. Nous ne savons quel est le Pasquier nommé ici avec eux. Nous ne le retrouvons nulle part.]

[Note 327: Elle parla de Nau avec amertume. Déjà, dans son entrevue avec les comtes de Kent et Shrewbury, ayant appris que Nau vivoit encore: «Quoy! avoit-elle dit, je mourrai et Nau ne mourra pas! Je proteste que Nau est cause de ma mort.»]

Une de ses dames[328] luy banda les yeux[329], puis elle se baissa sur un billot[330], et l'executeur luy trancha la teste avec une hache à la mode du[331] pays[332]; puis print la teste, la monstrant à tous les assistans[333], car l'on laissa entrer en la dicte sale plus de trois cents personnes du bourg et autres lieux.

[Note 328: _Var._: femmes.]

[Note 329: C'est Jeanne Kennedy qui lui banda les yeux avec «un mouchoir brodé d'ouvrage d'or... qu'elle avoit spécialement dédié à cet effet», dit Est. Pasquier, d'accord pour ce détail avec le récit de Bourgoin dans Jebb, t. 2, p. 610.]

[Note 330: _Var._: bloc.]

[Note 331: _Var._: de ce.]

[Note 332: «Bandée, elle s'agenouilla, dit Pasquier, s'accoudoyant sur un billot, estimant devoir estre executée avecques une espée, à la françoise; mais le bourreau, assisté de ses satelittes, luy fit mettre la teste sur ce billot, et la luy couppa avecques une douloire.» D'après le _Vray rapport sur l'exécution_ (Teulet, t. 2, p. 880-881), il paroît que le bourreau n'abattit la tête qu'au second coup; il fallut même, suivant _le Martyre de la royne d'Ecosse_ (Jebb, t. 2, p. 308), qu'il s'y prit à trois fois: «Le bourreau luy donna un grand coup de hache, dont il lui enfonça le attifet dans la teste, laquelle il n'emporta qu'au troisième coup, pour rendre le martyre plus illustre.» D'après notre relation, le supplice n'auroit pas été aussi long, ce qui est d'accord avec un autre récit reproduit dans le recueil déjà cité, _Life of Thomas Egerton_, et où il est dit que le bourreau lui abattit la tête «assez soudainement».]

[Note 333: «Il la décoiffa par manière de mespris et dérision, afin de monstrer ses cheveux desjà blancs, et le sommet de la teste nouvellement tondu, ce qu'elle estoit contrainte de faire bien souvent à cause d'un reume auquel elle estoit subjette.» (_Le Martyre de la royne d'Ecosse_, dans Jebb, t. 2, p. 309.) Etoit-ce par ordre d'Elisabeth que le bourreau agissoit ainsi, et n'y avoit-il pas de la part de la reine d'Angleterre un raffinement de vengeance à faire ainsi montre que cette femme, dont la jeunesse et la beauté l'avoient si cruellement insultée, n'avoit pas échappé plus qu'elle aux atteintes de l'âge et des infirmités? Ce passage, que personne ne cite, méritoit d'être remarqué.]

Aussi tost le corps fut couvert d'un drap noir et reporté en sa chambre, où[334] il fut ouvert et embaulmé, comme l'on dict[335].

[Note 334: _Var._: j'ay entendu qu'il.]

[Note 335: «Le corps fut porté en une chambre joignante celle de ses serviteurs, bien fermée de peur qu'ils n'y entrassent pour luy rendre leur debvoir.» (_Le Martyre de la royne d'Ecosse_, p. 309.)]

M. le conte de Cherobery depescha à l'heure mesme son fils[336] vers la royne d'Angleterre pour luy porter nouvelles de ceste execution, laquelle ayant esté faicte le mercredy dix-huictiesme du dit[337] mois de febvrier, sur les dix heures du matin, lequel arriva vers Sa Majesté le jeudy en suivant dix-neufviesme.

[Note 336: Henry Talbot.]

[Note 337: _Var._: de ce mois.]

Lesquelles nouvelles ne furent long-temps celées[338], car, dès les trois heures après midy, toutes les cloches de la ville de Londres commencèrent à sonner, et firent feux de joye par toutes les rues, avec festins et banquets[339], en signe de grande rejouissance[340]. Le bruit est que la dicte dame mourant a tousjours persisté à dire qu'elle estoit innocente, et qu'elle n'avoit jamais pensé à faire tuer la royne d'Angleterre, et qu'elle pria Dieu pour elle, et qu'elle chargea le dict Melun de dire au roy d'Escosse, son fils, qu'elle le prioit d'honorer la royne d'Angleterre comme sa mère, et de ne departir jamais de son amitié[341].

[Note 338: On lit dans la dépêche de M. de Châteauneuf: «Lequel courier arriva à Grenvich, sur les neuf heures du matin, vers Sa Majesté, le jeudy dix-neuviesme.» Ensuite se trouve ce passage, omis ici: «Je ne sçay si il parla à la royne, laquelle se alla pourmener ce jour à cheval, puis au retour parla longtemps au roy de Portugal. Ledict jour de jeudy, je depeschés à Vostre Majesté pour luy porter ceste nouvelle, laquelle, etc.» Le roi de Portugal nommé ici est D. Antonio, prieur de Crato, alors réfugié près d'Elisabeth, et qui avoit un intérêt indirect dans le dénoûment de ce drame, puisque, lors du dernier complot des agents de Marie Stuart avec ceux de Philippe II, il avoit été convenu expressément que, si l'affaire réussissoit, l'on commenceroit par le livrer lui-même aux mains du roi d'Espagne. La mort de Marie Stuart enlevoit un chef à ces conspirations renaissantes dont il eût été l'une des premières victimes. V. Mignet, _Histoire de Marie Stuart_, t. 2, p. 288, et notre livre _Un Prétendant portugais au XVIe siècle_, passim.]