Variétés Historiques et Littéraires (05/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 15

Chapter 151,167 wordsPublic domain

[Note 250: La _fougade_, _foucade_ ou _fougasse_, étoit une sorte de petite mine qu'on préparoit sous un ouvrage qu'on vouloit faire sauter. Ce mot s'employoit aussi figurément. On dit encore dans quelques provinces d'une personne qui va par élans et par fougue: _elle fait tout par foucade_.]

Les voilà donc en danger d'estre enroolez soubs le drapeau des morfondus, car d'attendre à l'année qui vient, il n'y faut pas seulement songer. Maistre Gonnin ne veut pas embrouiller ses prédictions de cest article: ils voient arrivé ce qu'il a predit, à sçavoir (prenez bien garde), et retenez les termes icy expressément couchez:

Que jamais les fols ne joueront bien leur roolet; Que les outrecuideux donneront du nez à terre; Que les ambitieux, pour regarder de trop près le soleil, Deviendront lousches ou aveugles, etc.

Hé, ne le voit-on pas? que sont devenus ces courriers sans commandement? _Castiga, Castiga, la frusta, la frusta à quelli forfantelli_; qu'on les chastie ces soldats morfondus.

Et bien donc? qu'est-ce? qu'en dites vous? ha violeurs, mais il faudra estre vieleurs, et sonner le _troin troin_ de porte en porte pour gaigner quelque double[251], et n' sçay encor si on leur donnera permission, car, si les sergents de l'hostel de Scipion[252] les trouvent, ils seront incontinent enostelez, fustigez et rasez, et alors on les cognoistra bravement, et chacun dira: Aga mon amy, Aga m'amie, et beau Dieu! quelles gens sont-ce là? C'estoient des gaspilleurs du pauvre monde, des violeurs de femmes et filles, et maintenant ils sont soldats de plate-bourses, ils se sont mis vieleurs chantans par les portes, _fanfara helas! fanfara soldadons, fanfara bourse-plate_. Et falloit-il faire tant de bruit pour donner du nez si tost à terre. Hélas! il est arrivé à ces pauvres infortunez tout de mesme qu'aux cigales qui chantent tout l'esté, sans apprehender l'hyver, et, l'automne venu, elles deviennent enrouées, et ne peuvent plus chanter: ainsi ces plate-bourses et morfondus ne chantent plus. Il y a bien des helas cachez dessoubs les boutons du pourpoint; il y a bien de la demangeaison derrière l'oreille, beaucoup de folie en la teste, et encor plus de repentir au coeur. On entend desjà tant de: helas! je me repens! helas! je n'y pensois pas! helas! que feray-je? j'ay vendu mon espée pour du pain; au moins si j'avois pour achepter une meschante viéle! Ha! qu'on dit bien vray, quand le fol est pris, il a beaucoup plus de temps pour se repentir que pour fuyr! O que bien a dit le poète[253] parlant de la pauvre Caliston séduite:

_Eheu! quam difficile est crimen non prodere vultu!_

[Note 251: Il est parlé dans l'_Histoire comique de Francion_ (Rouen 1635, in-8, p. 689) «des anciennes trompettes revenues des guerres» qui gagnoient leur vie à fanfarer sur le Pont-Neuf aux dépens de la bourse et surtout des oreilles du passant. Selincourt se plaignoit en 1633 de ce qu'on n'employât à la chasse que de simples cors au lieu de trompes, «qui, dit-il, se font entendre de plus de deux lieues, et, ajoute-t-il, de ce qu'on a établi une licence de sonner à la manière des maîtres du Pont-Neuf.» Cité par Le Grand d'Aussy, _Vie privée des François_, édit. Roquefort, t. 1, p. 426.]

[Note 252: C'est la belle maison bâtie à la fin du XVIe siècle dans la rue de la Barre par Scipion Sardini, gentilhomme italien de la cour de Henri III. Sous Louis XIII cet hôtel devint l'un des _hôpitaux des pauvres renfermez_ «pour les hommes et les garçons», lisons-nous dans le _Supplément_ aux _Antiquitez de Paris de Du Breul_, p. 46. L'on ne sait pas au juste à partir de quelle époque il reçut cette destination. La Tynna dit, d'après Piganiol (t. 5, p. 122), que ce fut en 1636, M. L. Lazare en 1622; mais la date de notre pièce prouve que dès 1614 la transformation de l'élégant hôtel en hospice avoit eu lieu. Par ordonnance du 27 avril 1636 il fut déclaré, ce qu'il est encore, l'une des propriétés de l'hôpital général. Les bâtiments en sont occupés aujourd'hui par la boulangerie des hôpitaux et hospices civils de Paris. Le nom de Scipion a été conservé et a même passé à la rue de La Barre, où se trouve l'établissement. Le vieil hôtel y survit par quelques restes précieux, six arcades surmontées de médaillons en terre cuite. «C'est, dit M. de Laborde, un curieux spécimen d'un genre de construction dont nous n'avons pas d'autre exemple à citer dans Paris, et d'une décoration qui n'a que trop d'imitateurs dans nos maisons modernes.» (_Revue nouvelle_, 1er mars 1846, p. 389.)]

[Note 253: Ovide, au liv. 2 des _Métamorphoses_.]

O qu'il est mal aisé de tenir caché le meffait! Les voylà donc bien à sec, bien faits de corps, sans manteau, sans poignard ny espée, encor moins de mousquet! Et pourquoy cela? Parceque

On peint Bellonne et Mars tousjours tous nuds, Car ceux qui s'y sont pleus, tels en sont revenus.

Ha ha! ils pensoient tout fendre nostre gros bois[254]; mais ils ont faict comme l'ours, qui, pour avoir le miel caché dans le chesne entr'ouvert, s'y enserra gentiment les pattes, parce que le renard osta les coins[255]. Ils se promettoient trop à un coup; mais poisson qui nage n'est pas prest; le _Bouillon_[256] n'en vaut rien, il est trop fade. O qu'ils sont tristes! car

Faute d'argent n'emplit pas la bouteille; Faute d'argent rend l'homme tout deffaict; Faute d'argent l'homme gras et refaict Rend maigre et sec, tremblant comme la feuille[257].

[Note 254: Cette locution est restée, mais diminuée. On dit seulement aujourd'hui de quiconque promet des merveilles: _il va tout fendre_; d'où le mot _fendant_ pour _fanfaron_.]

[Note 255: _Le Roman du Renart_, publié par Méon, t. 2, p. 24.]

[Note 256: On joue ici sur le nom du maréchal de Bouillon, qui étoit, avec le prince de Condé, l'un des meneurs des troubles. On a souligné à dessein le nom dans le texte, pour rendre cette allusion plus transparente que toutes les autres qui se trouvent dans cette pièce.]

[Note 257: Ces quatre vers font partie d'une chanson qui étoit déjà populaire au XVIe siècle, et qui se trouve dans le Recueil que Pierre de Phalèse réimprima à Louvain en 1554. Elle a pour refrain ce vers qui devint proverbe, et que Rabelais cite comme tel (liv. 11, ch. 16):

Faute d'argent est douleur non pareille,

Roger de Collerye a pris cette chanson pour en faire son 71e rondeau. (V. ses _Oeuvres_, édition elzevirienne, p. 223.) Nous allons rétablir d'après lui les quatre vers cités incorrectement ici:

Faulte d'argent n'emplist point la bouteille, Faulte d'argent rend l'homme tout deffaict, Triste et pensif, non pas gras et reffaict, Mais mesgre et sec, tremblant comme la feuille.]

Jamais le peintre Appelles ne depeignit mieux sa Venus que les voylà proprement despeints, et, comme dit la fin de la prediction,

C'est trop folement despendu, Quand pour despendre on est pendu; Qui plus despend qu'il n'a vaillant Faict le cordeau dont il se pend.

Qu'on fasse son profict: baste pour ce coup! _Motus_, la caille pond. C'est assez, ostez-vous de là.

_La Misère des Apprentis imprimeurs appliquée par le detail à chaque fonction de ce penible etat. Vers burlesques._

S. L. ni D. In-8.