Part 5
Les murailles sont faictes de grosses pièces de boeuf salé entassées les unes sur les autres en façon de pierres de taille.
Les moulures frisées, corniches et architectures sont composez de cervelas, andouilles, boudins et saucisses.
La tapisserie qui est dedans ne sont que perdrix rosties, oisons farcis, pastez chauds, levraux à la sauce douce, poulets fricassez, salades, grillades, capilotades et carbonades.
La fontaine du lieu est tousjours pleine de hachis et de salmigondis.
Les portes sont composez de belles, bonnes et friandes tartes attachez avec des gonds de macarons et biscuis.
La court est pavée de toute part de dragées, poix musquez, noix confites, muscadins et mirobolans.
La couverture est faite d'ecorce de citron, arrangée comme fines ardoises.
L'arsenac dudict chasteau est remply d'un grand attiral de poilles, de poillons, bassins, chaudrons, lechefrites, pots, pintes, chopines, cruches, assiettes, escuelles, plats, cuillers, fourchettes, grils, cousteaux, chesnets, chandeliers, lampes, broches, marmites, bancs, tables, tabourets, landiers, chaudières, seaux, nappes, serviettes, tisons, fagots, busches, bourrées, entonnoirs, verres, tasses, gondoles et autres menus fatras.
Certifions toutes lesdites choses certaines et veritables; mandons à tous ceux quy ne le voudront croire d'y aller voir: car tel est nostre plaisir.
Enjoignons à tous nos ordres fessiers, je veux dire officiers, de ne jouir de ladicte escorniflerie sans au prealable avoir pris de nos lettres, et deffendons à tous nos subjects de l'un et l'autre sexe, de quelque qualité et condition qu'ils soient, de troubler ces presentes.
Donné en nostre chasteau de Breses, à onze heures du matin, jour de septembre trente-deuxième, quatre mille quatorze cens quatorze vingts quatorze ans, quatorze mois, quatorze septmaines, quatorze jours, quatorze heures, quatorze minutes et quatorze momens après la creation du monde.
Signé: BOY-SANS-SOIF, et HARPINEAU[140], _Secretaire_.
[Note 140: Ce Harpineau, ou plutôt Herpinot, étoit un farceur qui jouoit ses farces aux halles. Nous publierons dans nos volumes suivants quelques pièces parues sous son nom. M. Leber a parlé de lui dans son livre sur Tabarin: _Plaisantes Recherches d'un homme grave sur un farceur._]
_Factum du procez d'entre messire Jean et dame Renée._
Quicquid tentabat dicere versus erat.
S. D. In-8.
De Mesme[141], à toy-mesme semblable Pour la justice inviolable, Et vous, les anges du conseil De vostre Mesme non pareil, Il vous faut la verité dire. Il est vray que nostre messire, Clerc alors, alors escolier, Laïque alors et seculier, Je ne sçay pas en quelle année, Des mains de madame Renée A reçeu la somme de tant, Mais sans luy demander pourtant. Comme il se plaignoit à sa tante, Sa compagne, outre son attente, Avec des escus intervint, Dont il en prit environ vingt. Eust-il refusé leur bel offre? Elles en ont d'autres au coffre!... Les plus reformez sont vaincus Par le blond lustre des escus[142]. Vrai est que par obeissance Il leur en fit recognoissance, Et vray qu'en l'obligation Il a mis la condition De ne payer qu'au prealable Il n'eust moyen. Au cas semblable, Il est très veritable encor Que la dame, en livrant cest or, L'asseura que de la cedule Ne s'ensuivroit poursuite nulle, Et qu'elle en soit prise à serment: Il ne ment, pour luy, nullement. Et toutesfois dame Renée, Contre la parole donnée, A tout propos, mal à propos, Ne le laisse point en repos. A peine est-il seur en l'eglise, Où les criminels ont franchise[143]. Elle en veut, il n'a pas de quoy. Necessité n'a point de loy. Messire Jean est pauvre prestre. Riche de rien l'on ne peut estre. Il n'a rente ny revenu, Gros benefice ny menu; Il n'a pas mesme une chapelle: Au blanc il est[144], blanc on l'appelle[145]: De tout il est destitué: Il n'est pas mesme habitué[146]. Bien est vray que dame Simonne[147] A cure pour qui la sermonne; Mais ce n'est pour luy ses morceaux, C'est aux Angevins et Manceaux: Sur Monstreuil Bellay son attente Encore incertaine est flotante; Sur la Flocelière il ne peut, Le marquis toutesfois le veut. Dès qu'il aura le benefice, Le moindre annuel ou service, Il luy promet de s'acquitter. Soy-mesme il veut s'executer. Si la fortune n'en envoyé, Il ne sçait point un autre voye. Ses escoliers sont enlevez Par les jesuites arrivez. Il n'a plus ny landis[148], ny toiles, Ny chandelles: il lit aux estoiles. Un petit clerc des Bernardins, Attentif après ses jardins, Perd la memoire de l'année; Un autre à demy l'a donnée. Celuy qui payoit pour Renaut En Champagne a gaigné le haut; L'un est allé moisne se rendre, L'autre ne veut plus rien apprendre; La maille il n'a pas de Maillé, D'en avoir il n'est pas taillé. Il n'est plus de galand au monde; Un autre plus ne le seconde; Il n'est plus d'abbé de Tyron[149] Qui le retienne en son giron. Un seul moyen luy reste à vivre: Au libraire il revoit un livre Et violente son humeur Pour corriger un imprimeur, Et c'est où la demanderesse Pour avoir de l'argent s'adresse. Quel besoin qu'il vint un huyssier Encor, appellé Menecier, Luy signifier la requeste? Il a bien autre affaire en teste: Il soigne à la correction De l'espineuse impression; Il veille après le Sainct-Gregoire[150]; Il perd le manger et le boire; L'Aristophane qu'il traduit Interrompt son repos la nuict: Liber encor est à la porte, Qui de ses feuillages apporte. Les escoliers chomment après, Et les imprimeurs sont tous prests De faire de nouveaux dimanches, Donnant au Blanc des formes blanches. Colas le Duc, à Laon, d'ailleurs, Emporte ses habits meilleurs, Et son argent; il le fait courre Pour essayer à le recourre; Il faut qu'à son autre garçon Il face rendre sa leçon; Le Clerc le presse de sa rime; Il n'a pas encore dit Prime, Il n'a pas dit son chapelet, Comment aller au Chastelet? Sans paroistre à l'heure assignée, Il consent que dame Renée Se paye sur Pierre le Lon[151]. Or il est à la paye long. Plus, il luy cede une autre somme Que luy doit Freval[152], pareil homme, Et les mois de son escolier; Il l'avoit jà dit à Choulier, Qui n'a laissé de le poursuivre; Mais sans plaider il ne peut vivre. Quand au payement de tous frais, Despens, dommages, interests, De leurs nullitez il proteste, Puisqu'il a rendu manifeste A Choulier, et puis au sergent, Qu'il cedoit l'arrest de l'argent. Quant à l'usuraire demande, Elle en devroit payer l'amende. Au quatorzième chant royal, Tout usurier est desloyal, L'on doit fuir sa compagnie: Un saint canon l'excommunie. Vous avez au bon droit esgard. Cependant, Messieurs, Dieu vous gard! Vous mesme à nul autre semblable Pour la justice inviolable, Et vous, les anges du conseil, De vostre Mesme nompareil.
_Perdere scit, donare nescit._
[Note 141: Claude de Mesme, comte d'Avaux, alors conseiller au grand conseil.]
[Note 142: Les écus d'or, valant trois livres.]
[Note 143: La plupart des églises de Paris étaient lieux d'asile. L'enclos du Temple, le Louvre, avoient aussi ce privilége.]
[Note 144: «On dit d'un homme: Il est réduit au _bâton blanc_, ou absolument réduit au blanc, quand il est devenu extrêmement pauvre et misérable...» (Leroux, _Dict. comique_.)]
[Note 145: C'étoit le surnom, et non pas sans doute le nom, du pauvre prêtre messire Jean. On lui avoit donné ce sobriquet pour faire de lui l'homonyme de Jean le Blanc. La plaisanterie étoit assez sacrilége, appliquée à un prêtre: car on sait que, dans les pasquils irreligieux, c'est l'hostie qu'on personnifioit sous le nom de Jean Le Blanc. V. _Légende véritable de Jean le Blanc_, 1677, in-12, pièce comprise dans le cabinet jésuitique.]
[Note 146: On appeloit _habitué_ un prêtre qui s'attachoit volontairement au service d'une paroisse et qui y alloit dire la messe.]
[Note 147: Par dame Simonne Messire Jean n'entend-il pas parler de l'Eglise, de qui l'on n'obtenoit des bénéfices que moyennant finances, ce qui constituoit le crime de _simonie_?]
[Note 148: V., sur ce cadeau qu'à certain jour les élèves faisoient aux maîtres, la note d'une des pièces précédentes, p. 41.]
[Note 149: Philippe Desportes, qui, enrichi par la muse, avoit sans doute pris en pitié et protégeoit le pauvre prêtre poète. Il étoit mort en 1606, c'est-à-dire quelques années avant l'époque où cette pièce dut être écrite.]
[Note 150: Il s'agit ici, sans doute, de l'édition des Lettres et autres ouvrages de saint Grégoire de Nysse, que le P. Fronton du Duc donna à Paris en 1615, 2 vol. in-fol.]
[Note 151: Imprimeur parisien, l'un de ceux dont messire Jean devoit corriger les épreuves, ainsi qu'il vient de le dire. C'est en effet vers cette époque, en 1618, qu'il imprimoit. V. La Caille, p. 228.]
[Note 152: Jean de Fréval, imprimeur du même temps. V. La Caille, p. 234.]
_Le Purgatoire des Hommes mariez, avec les peines et les tourmentz qu'ils endurent incessamment au subject de la malice et mechanceté des femmes, quy le plus souvent leur sont données pour penitence en ce monde. Traicté non encore imprimé jusqu'à present, et adressé à ceux et celles quy ne se comportent en leur mesnage selon les loix de la raison._
_A Paris, jouxte la coppie imprimée à Lyon, par François Paget, imprimeur._
M.DC.XIX.
In-8º.
Les anciens payens, bien qu'ilz ne recognoissent le mariage pour un grand mistère, comme nous, estoient neantmoing en ce subject plus religieux que nous: car ils estimoient que les mariz estoient les maistres du corps et de la substance des femmes, pour en disposer à leurs plaisirs.
Et maintenant l'on voit ordinairement que quelques hommes pensent prendre des femmes pour en tirer de la compagnie, de l'amitié, de la consolation en leurs adversitez, et neantmoing, quand ils mènent leurs femmes en leurs maisons, ils mettent le plus souvent un enfer pour les tourmenter incessamment et pour combler leur vie de toutes les misères et tribulations, et ce quy est la cause du raccourcissement de leurs jours.
Car souventefois il se trouve des femmes quy font honte à des furies infernales, nées en ce monde pour tourmenter leurs maris; et encore en ces ames molles d'hommes, quy, trop uxorieux[153] et attendriz de ce sexe, trouvent estrange que des maris usent quelques fois de main mise, les quelles à tout le moins doivent recognoistre que les maris ont autant de puissance sur les femmes que l'esprit sur le corps en servitude, pour ne perdre la dignité que Dieu luy a donnée, ce qui occasionne les maris de chastier les femmes quand, au lieu de fidelles compagnes, elles veulent estre la gêne, la torture et la croix des maris; que les femmes ostent le ver quy leur ronge les esprits[154], incessamment plus pernicieux pour elles que ne sont des lions ou serpens, estant les feux quy leur rongent et devorent journellement les veines.
[Note 153: C'est-à-dire trop amoureux de leur femme. C'est le mot latin _uxorius_, employé par Horace, liv. 1er, ode 2, v. 18; par Virgile, _Enéide_, liv. 4, v. 266, etc. Il se prenoit, comme ici, presque toujours en mauvaise part, en façon de blâme contre les maris trop foibles.]
[Note 154: On croyoit que certaines maladies cérébrales venoient d'un ver logé dans la tête. C'est ce qu'on appeloit l'_avertin_ (voy. Des Perriers, _Contes et joyeux devis_, nouv. 105 et 125), et ce qu'on nomme encore aujourd'hui dans les campagnes le _ver coquin_. On attribuoit la même cause et l'on donnoit le même nom à la maladie des bêtes à laine que l'on appelle à présent le _tournis_. V. Olivier de Serres, _Théâtre d'agriculture_, in-4, t. 2, p. 768, 838.]
Les femmes doivent estre tellement conjointes et obtemperées à la volonté des maris que, quant bien ils les battroient, les affligeant de paroles fastidieuses et grossières, elles sont toutefois tenues de fleschir à leurs maris. Sont-ils subjets au vin? La nature les a conjoinct ensemble. Sont-ils sevères, cruels, fascheux et implacables? Ce sont neantmoings leurs membres, voire leur chef, le plus excellent de leurs membres, comme disoit elegamment sainct Basile (_Homel. 7, Exameron_).
Les esclaves pouvoient entierement changer de maistre, mesme auparavant le decès des leurs; mais, quant à la femme, elle est serve pendant que son mary est en vie, et liée à la loy et volonté de son mary, ce dit sainct Chrysostome (_Inferm._, _de lib. repud._), et les humeurs fascheuses des maris ne peuvent excuser les femmes de se separer d'avec eux. Nous voyons qu'en nostre corps nous avons plusieurs vices et imperfections: l'un est boiteux, l'autre est tortu, l'autre a la main sèche, et ainsy des autres defaux, et neantmoing il ne se treuve personne si imparfait qui prenne en haine sa propre chair; mais un chacun la nourrit et l'entretient. Il ne se plaint point, il ne coupe point la partie vitieuse, mais la prefère le plus souvent à celle quy est la meilleure: car elle est à luy. Aussy ne faut-il pas que les femmes, quy sont mesme chair avec leurs maris, et quy sont faictes leurs membres par le mariage, se separent d'avec eux pour quelques causes et imperfections que ce puisse estre; tant s'en faut qu'elles les puissent trainer en justice comme une personne estrangère.
Premierement, la loy de Dieu, qui veut que les femmes laissent pères et mères pour suivre leurs maris (_Genes._, chap. 1), et donne puissance au mary des voeux de sa femme (_Numer._, chap. 30), qui luy est subject comme les membres sont à leur chef (_Ester._, cap. 1, 1; _Corint._, 2 et 1; _Petr._, 3 chap.); c'est pourquoy que la langue saincte, qui a nommé toute chose selon la vraye nature et proprieté, appelle le mary Basal, c'est le seigneur et maistre, pour monstrer que c'est aux maris à commander, et de chastier les femmes quand elles leur desplaisent et sont desobeissantes à leurs commandements.
Mais, pour abreger les descriptions des femmes, usant des termes de ce que dit un certain poète, sans toutesfois y mettre au nombre d'ycelles celles quy ont la prudence et la sagesse en recommandation, comme estant chose très contraire,
Le premier père Adam, prestre, par l'Eternel, Dès sa creation fut rendu immortel. Tout le temps qu'il fut seul, sa vie fut heureuse; Mais lorsque de sa chair la femme s'anima, Elle ravit son coeur, et luy si fort l'aima Qu'il mourust pour l'amour de sa faim malheureuse.
Ouy, femme, ô que ton coeur est faux et enragé! Les plus sainctz et devotz tu as trop outragé; Tu as remply les coeurs de rage et de furie. Ce grand poète, grand roy, ce grand prophète sainct, De la crainte de Dieu ne fut jamais atteinct Quand il perdit pour toy son capitaine Urie.
L'on ne voit animaux soubz la voute des cieux Plus cruels et felons et tant pernicieux Qu'est ce genre maudit, o très maudites femmes! Les dieux, nous punissant, vous logèrent çà bas Pour cizailler nos coeurs d'un eternel trepas. Des damnez malheureux plus saintes sont les ames.
Ny du foudre eclatant l'epouvantable bruit, Ny les affreux demons quy volent jour et nuit, Ny les crins herissez de l'horrible Cerbère, Ny du Cocyte creux la rage et le tourment, Ny du Père eternel le sainct commandement, Ne sçauroit empescher la femme de mal faire.
_Memoire touchant la seigneurie du Pré-aux-Clercs, appartenante à l'Université de Paris, pour servir d'instruction à ceux qui doivent entrer dans les charges de l'Université._[155]
_A Paris, chez la veuve de Claude Thiboust et Pierre Esclassan, libraire-juré et imprimeur ordinaire de l'Université, place de Cambray, vis-à-vis le collége Royal._
[Note 155: Ce _Mémoire_, fort rare et fort curieux, est, comme on le verra, l'oeuvre d'Edme Pourchot, professeur de philosophie au Collége des Grassins, et à plusieurs reprises recteur de l'Université de Paris. Il mourut âgé de 83 ans, le 22 juin 1734, après avoir mérité de tout point ce que dit de lui dans son _Dictionnaire historique_ l'abbé Ladvocat, qui l'avoit beaucoup connu: «Il fut sept fois recteur de l'Université et travailla avec zèle _à la défense de ses droits_ et au maintien de sa discipline.» Le long travail qui suit, touchant une propriété d'autant plus chère et plus précieuse à l'Université qu'elle lui fut contestée davantage, est une preuve qu'Edme Pourchot ne négligea rien pour être digne du premier de ces éloges. Il trouva les principaux éléments de son _Mémoire_ dans celui, plus important et plus rare encore, qu'Egasse du Boulay avoit publié neuf ans auparavant sous ce titre: _Fondation de l'Université de Paris par l'empereur Charlemagne, de la propriété et seigneurie du Pré aux Clercs_, 1675, in-4. C'est à l'extrême obligeance de M. Le Roux de Lincy que nous devons de connoître ce remarquable volume, dont nous avons vu dans son cabinet le seul exemplaire connu. Il a bien voulu nous permettre, dis-je, de prendre toutes les notes qui pouvoient compléter ou éclaircir différents passages de la pièce reproduite ici.]
M.DC.XCIV.
In-4.
Anno Domini 1694, die quarta mensis septembris, habita sunt comitia ordinaria delegatorum Universitatis apud amplissimum D. Rectorem M. Edmundum POURCHOT, in collegio Mazarinæo, in quibus inter cætera dixit ampliss. D. Rector sibi semper summopere cordi et curæ fuisse ne amplius Academiæ bona in incerto essent, sed tuto loco collocarentur eaque deinceps citra fraudem administrarentur; ideoque diplomate regio, ad Prætorem urbanum, jurium Academiæ facultatem conficiendi librum censualem, quo quincunque in dominio academico seu _Prato Clericorum_, ut vocant, prædia possident, nomen suum profiterentur, unde acquisivissent, quidve annui census aut reditus deberent singuli declararent; rem jam ad exitum esse perductam, paratamque brevem eorum omnium prædiorum simul et possessorum descriptionem, ex qua, si modo, et olim jam placuit, publici juris fieret, documentum commode capiant viri Academici; proinde sibi videri e re esse Academiæ eum typis mandari.
Re in deliberationem missa, audito prius M. Gilberto HEBERT, pro procuratore generali Universitatis, qui una cum M. Medardo COLLETET, Academico quæstore, in eam quoque rem incubuerat, omnes sententiam dixerunt hoc ordine.
M. Petrus GUISCHARD, sacræ Facultatis Theologiæ decanus, dixit summo se affici gaudio quod tandem absolutum esset illud opus jam diu a se expectatum, de quo sæpius ad sacrum ordinem retulisset, nec quicquam morari se quin statim in lucem prodeat.
M. Vincentius COLLESSON, consultissimæ utriusque Juris Facultatis decanus, idem censuit, addiditque certissimam esse hanc viam occurrendi fraudibus hactenus in administratione patrimonii Academici fieri solitis; atque universam Academiam amplissimas teneri agere gratias iis omnibus qui in id opus, ex quo tantum emolumenti sperare liceat, aliquid contulerint; maxime ampliss. D. Rectori, auctori et suasori hujus consilii, quo res Academiæ restituit.
M. Claudius BERGER, saluberrimæ Facultatis Medicinæ decanus, idem comprobavit, eoque libentius, quod, ubi, primum jam ab octodecim mensibus sermonem ea de re fecisset ampliss. D. Rector, palam testatus fuerit nihil posse fieri utilius ut prospiceretur rebus Academiæ.
M. Joannes-Baptista FRETEAU, honorandæ Gallorum nationis procurator, gratias quoque habuit ampliss. D. Rectori de suo in rem Academicam studio, ejus consilium approbavit, et opus, cui etiam ipse allaboraverat, protinus in lucem edendum, quasi Academiæ utilissimum futurum, censuit.
M. Guillelmus JOURDAIN, fidelissimæ Picardorum nationis procurator, in eamdem sententiam abiit.
Idem olim censuerant M. Joannes DESAUTHIEUX, et M. Cornelus NARY: ille venerandæ Normanorum, hic constantissimæ Germanorum nationis procurator; quod etiam ab eorum successoribus fuit confirmatum, atque ita ab ampliss. D. Rectore conclusum.
_Memoire instructif touchant la seigneurie du Pré-aux-Clercs, appartenante à l'Université de Paris._
La seigneurie que l'Université de Paris possède au fauxbourg Saint-Germain s'appelle communement le Pré-aux-Clercs, parce qu'anciennement ce n'estoit qu'un grand pré qui estoit destiné pour la promenade des ecoliers. Ce pré estoit divisé en deux parties par un fossé ou cours d'eau de treize à quatorze toises de large, qui commençoit à la rivière de Seine, et, traversant sur le terrain des Petits-Augustins, à peu près à l'endroit où est aujourd'huy l'eglise, alloit se rendre dans les fossez de l'abbaye, proche la poterne qui y estoit alors; c'est-à-dire que ce cours d'eau repondoit à peu près au coin de la rue de Saint-Benoist, à l'extremité du jardin de l'abbaye; on le nommoit la petite Seine[156]. La partie du Pré la plus proche de la ville, comme plus petite, fut nommée le petit Pré, et celle qui s'estendoit vers la campagne, comme plus grande, s'appella le grand Pré-aux-Clercs.