Part 3
Mais aujourd'huy l'on tient à mepris la science, Et Fortune ne rit sinon à l'ignorance; Un homme bien versé, ce n'est rien qu'un pedan; Les asnes vont en housse, et tout est à l'encan. La vertu sur un pied fait sentinelle à l'erte[82]; Madame la Faveur tient par tout cour ouverte; Et dans les magistrats parents fourrent parents, Ainsi que l'on entasse en cacque les harens; Suyvant comme poussins sous l'aisle de leur mère, Tout va au grand galop par compère et commère; Le vieillard Phocion et le docte Caton N'y ont pas du credit pour un demy-teston. Dans ces jeunes conseils la vieillesse ravasse; Quelque riche bedon[83], fol et jeune couillasse; S'il a, sans droit, sans loix, quantité de ducas, Se fera preposer à dix mille advocats Qui auront dans l'esprit la science et l'escole De Jason, de Cujas, de Balde, et de Bartole[84]; L'univers aujourd'huy est sans foy et sans loy, La vertu de ce monde est quand l'on a dequoy[85]; Le sçavoir est un fat, l'argent nous authorise. L'on ne peint la vertu avec la barbe grise: Son habit est de femme, et jeune est sa beauté; Pourquoy les femmes donc n'ont cette dignité, Plustost que ces friands, ces obereaux de Beausse[86], Qui de l'homme n'ont rien que le simple haut de chausse? Que si cela est vray, pensez-vous, courtisans, Sans argent ni faveur parvenir de cent ans? Pensez-vous, sans argent, noblesse ny doctrine, Obtenir des estats pour vostre bonne mine? Que, pour friser, porter belle barbe au menton, Un banquier vous voulust prester demy-teston? Vous estes de grands sots si de ces ombres vaines Vous allez repaissant vos travaux et vos peines. Pour faire rien de rien, il faudroit estre Dieu; Mais vous n'avez argent, ny sçavoir, ni bon lieu. Tu viens accompagné des neuf muses d'Homère, Mais tu n'apportes rien: rien l'on ne te revère: Tu n'es qu'un Triboulet, et quand et quand pour lors Avecques tes neuf soeurs tu sortiras dehors. Dieu d'amour peut beaucoup, mais monnoye est plus forte; L'argent est toujours bon, de quelque lieu qu'il sorte. N'espérez seulement un estat de sergent, Si, pour vous faire tel, vous n'avez de l'argent; Si quartier chez le roy vostre bon heur recouvre, Sera au Chastelet plutot que dans le Louvre; Alors vous ne vivrez, n'ayant pas le dequoy De vous entretenir, sinon du pain du roy: Là vous n'aurez besoin de chevaux ny de guides, Exempts de guets, d'imposts, de tailles et subsides. Tous ces esprits falots, boufis comme balons, Qui veulent estre grands[87] de simples pantalons, Qui le fient de porc veulent nommer civette, Et faire un brodequin d'une simple brayette; Qui de l'esclat d'un pet veulent peser un cas, Et d'un maravedis faire mille ducats; Tous ces dresseurs d'espoirs, ces foux imaginaires, Ces courtisans parez comme reliquiaires, Ces fraisez, ces Medors, ces petits Adonis, Qui portent les rabats bien froncez, bien unis; Ces fils gauderonnez[88], d'un patar[89] la douzaine, Voyent presque tousjours leur esperance vaine; Que celle qu'enfantant se promet un geant Ne produira sinon du fumier tout puant, Lequel, pour tout guerdon, donnera la repue A quelque nez camard qui jà en eternue. Avecques leurs espoirs les courtisans sont foux; Que bienheureux sont ceux lesquels plantent des choux! Car ils ont l'un des pieds, dit Rabelays, en terre, Et l'autre en mesme temps ne s'eloigne de guière; Il n'est que le plancher des vaches et des boeufs; J'ayme mieux qu'un harenc une douzaine d'oeufs, Et je m'aymerois mieux passer de molue fraische Que d'hazarder mon corps à pratiquer la pesche. Ostez-moy cet espoir; car je n'espère rien Que d'estre un pauvre Job, sans secours et sans bien; Que fortune tousjours, qui de travers m'aguette, Ne me voudra jamais baiser à la pincette, Et je mourray plustost sur un fumier mauvais Que dans quelque cuisine ou dans quelque palais. Vous diriez que je suis un baudet et un asne D'attaquer de brocards la secte courtisane, Veu mesme que je vais, il y a plus d'un an, Botté, esperonné, ainsi qu'un courtisan; Que c'est estre ignorant, avoir l'ame peu caute, Que reprendre l'autruy et ne voir pas sa faute: Car de la sapience et le don et l'arrest, C'est cognoistre son coeur et sçavoir qui l'on est; Il faut avant l'autruy soy mesme se cognoistre, Et, comme Lamia, nous ne devons pas estre[90] Des taupes dans chez nous et des linx chez l'autruy[91], De peur qu'au charlatan, qui ouvre son estuy Pour panser l'empesché, et luy-mesme a la perte, L'on ne dise: Monsieur, vous n'estes qu'une beste; Avant que de donner aux autres guerison, Monsieur le charlatan, _medica te ipsum_. Il est vray, par ma foi, j'ai suivy ceste vie, Mais en après, Messieurs, je n'en ay plus d'envie; J'ay franchi ce fossé, et, en sortant du lieu, Je n'ai pas oublié mesme à leur dire à Dieu.
_A Dieu_[92].
[Note 60: Arborer.]
[Note 61: Faisant le _braguard_, le beau, le pimpant.]
[Note 62: Ou _ça mon_, sorte d'interjection familière très employée chez les gens du commun au XVIe et surtout au XVIIe siècle. V. Montaigne, liv. 2, chap. 27; Molière, _le Bourgeois gentilhomme_, act. 3, sc. 3; et Francion, 1663, in-12, p. 55.]
[Note 63: C'est une expression qui commençoit à avoir cours, mais à laquelle on donnoit toujours un sens méprisant. Regnier l'emploie ainsi au vers 237 de la satire V.]
[Note 64: _Joyeuse_ étoit l'épée de Charlemagne, d'après les romans de chevalerie; _Durandal_, celle de Roland; _Haute-Claire_, celle d'Olivier; _Flamberge_, celle de Renaud de Montauban.]
[Note 65: Pour _risdale_, monnaie d'argent allemande.]
[Note 66: C'est-à-dire leurs sonnettes, _tintinnabula_, comme l'âne de la fable de Phèdre.]
[Note 67: _Armoriés._]
[Note 68: Jurons gascons dans le genre de ceux qu'on rencontre souvent chez Regnier. C'étoient les imprécations à la mode.]
[Note 69: Le pain _mollet_, vendu chez les boulangers de luxe ou _de petit pain_, étoit alors le seul qui fût recherché des gourmets, au grand dommage des boulangers de Gonesse, qui ne faisoient que le pain de ménage. Ils prétendirent donc que la pâte en étoit malsaine à cause de la levure qu'on y employoit. Il en résulta, en 1668, un procès dont j'ai fait l'histoire sous ce titre: _Molière et le procès du pain mollet._ (_Revue française_, juillet 1855.)]
[Note 70: C'est-à-dire _grapillé_. Au chapitre V de la _Prognostication pantagrueline_, _albotteur_ est pris dans ce sens: «Les _alleboteurs_, dit Le Duchat, sont de pauvres gens qui tracassent les vignes vendangées pour y grapiller.»]
[Note 71: C'est le passage des psaumes si magnifiquement paraphrasé par Racine dans le choeur du 3e acte d'Esther:
J'ai vu l'impie adoré sur la terre . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je n'ai fait que passer, il n'étoit déjà plus.]
[Note 72: C'est une imitation de ce passage d'Horace, _tota vita fabula est_, si bien paraphrasé par J.-B. Rousseau dans son épigramme:
Ce monde-ci n'est qu'une oeuvre comique. Où chacun fait des rôles differents...]
[Note 73: Peut-être y a-t-il là une allusion au maréchal d'Ancre, qui, comme époux d'Eléonore Galigaï, se trouvoit être le gendre d'un menuisier florentin.]
[Note 74: _Var._: Aux couronnes des roys et les rois en coquins.]
[Note 75: Il faut lire _la loutre_. On fait encore dans quelques provinces des casquettes avec la peau de cet animal.]
[Note 76: Pichrocole est un roi visionnaire inventé par Rabelais (liv. I), et qui n'avoit rien de la philosophie à la Pangloss que d'Esternod prête ici aux savants qu'il baptise de son nom. La Fontaine l'a aussi nommé dans sa fable _la Laitière et le Pot au lait_.]
[Note 77: C'est-à-dire _être pendu_.]
[Note 78: Cela fait penser aux beaux yeux de la cassette d'Harpagon.]
[Note 79: A l'occasion du Landy, ou foire de l'_Indict_, à Saint-Denis, qui étoit, comme on sait, un temps de fête pour l'Université, les écoliers faisoient des cadeaux à leurs maîtres. C'étoit d'ordinaire «un beau verre de cristal plein de dragées» et un citron dans l'écorce duquel on avoit fiché quelques écus. V. _Francion_, édit. de 1663, p. 160-161.]
[Note 80: _Portier._ D'Esternod parle ici le langage de l'escolier limosin.]
[Note 81: Maître Albert-le-Grand.]
[Note 82: Dans cette orthographe primitive du mot _alerte_ ou trouve son étymologie, qui vient de l'italien _fare all' erta_, être au guet. Montaigne écrit: «Se tenir à l'airte.» (Liv. 1er, chap. 19.)]
[Note 83: C'est-à-dire _ventru_. _Bedon_ étoit synonyme de _bedaine_.]
[Note 84: Les lumières du droit. Corneille fait citer Balde et Jason par Dorante, à la scène 6 de l'acte 1er du _Menteur_.]
[Note 85: Le _dequoy_ étoit déjà le grand mot, la grande chose. «Les courtisans, dit La Boétie, voyent que rien ne rend les hommes sujets à la cruauté du tyran que les biens; qu'il n'y a aucun crime envers luy digne de mort que le _de quoy_.» (_De la servitude volontaire._)]
[Note 86: On ne tarissoit pas autrefois en proverbes et en quolibets à propos des gentillâtres Beaucerons. Dans Rabelais (liv. 1er, chap. 17), dans les _Contes d'Eutrapel_ (fol. 158), dans les _Contes et joyeux devis_ de Desperriers (nouvelle 74), dans les _Curiositez françoises_ d'Oudin (p. 249), partout leur misère est tournée en moquerie. Les proverbes qui couroient le plus contre eux étoient ceux-ci: _Gentilhomme de Beauce, il est au lit pendant qu'on raccommode ses chausses._
En gentilhomme de la Beauce Garder le lit faute de chausse.
Montfleury donna en 1670, sous ce titre: _Le Gentilhomme de Beauce_, une comédie en cinq actes, en vers, dont on devine le sujet, et qui est d'un assez bas comique.]
[Note 87: Var.: _rois_.]
[Note 88: C'est-à-dire ayant fraise à grands plis, à grands _godrons_. V. notre t. 1, p. 164, note.]
[Note 89: Petite monnaie flamande valant un sou.]
[Note 90: C'est-à-dire qu'il ne faut pas dévorer ses pareils comme la reine de Lybie Lamia, qui, selon Suidas, se nourrissoit de chair humaine.]
[Note 91: On croiroit que La Fontaine se rappeloit ce vers de d'Esternod quand il a écrit ceux-ci de sa fable _la Besace_:
...Mais parmi les plus fous Notre espèce excella: car tout ce que nous sommes, _Lynx envers nos pareils et taupes envers nous_, Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes.]
[Note 92: Cet adieu répété manque dans la satire de d'Esternod. A la place se trouvent ces quatre vers, qui commencent par une allusion à l'_Epistre_ de Marot _au roy pour avoir esté desrobé_.
Comme fit à Marot le valet de Gascongne. Mais vous quittez la cour et venez en Bourgogne; Sans adieu. Autrement, vos creanciers maris Pour estre satisfaicts vous rendroyent à sainct Pris.]
_Lettre d'ecorniflerie et declaration de ceux qui n'en doivent jouyr._
_A Paris, par Pierre Menier, portier de la porte Saint-Victor_[93]. Sans date. In-8.
[Note 93: Cette pièce est, pour le titre et quelques détails, une imitation de la _Lettre de Corniflerie_ de Jean d'Abundance, imprimée d'abord à la suite des _Quinze Signes_ (Voy. Brunet, _Manuel du libraire_, à ce mot), puis séparément à Lyon. La _Lettre d'écorniflerie_ reproduite ici a déjà trouvé place dans le _Recueil de pièces joyeuses_, etc., mentionné par Debure dans sa _Bibliographie instructive_, t. 2, p. 40, nº 3630. Elle est aussi indiquée, mais à tort, comme venant à la suite d'une pièce du même genre que nous donnons plus loin.]
* * * * *
_Lettre generale autentique et perpetuel privilége d'escorniflerie, soit pour l'entrée ou issue[94] de quelque repas que ce soit._
[Note 94: _Issue_ étoit synonyme de dessert.]
Engorgevin[95], par la clemence bacchique roy des Francs Pions[96], duc des Movinateurs[97], comte de Glace, prince des Morfondus, marquis de Frimas, archiduc de Gelée, vicomte de Froidure, damoiseau de Neige, admiral des Gresles, vicomte de Tremblay, baron de Poylen, capitaine des Paniers Vendangez, grand colonnel des Vents de Bize, viel caporal de Frepaut, seigneur de Frepillon[98], commandeur des Escervelez, grand goulpharin de Grève, prevost de la cour de Miracle et premier messaire de nostre case prochaine;
[Note 95: Dans la _Lettre de Corniflerie_ de Jean d'Abundance, c'est Taste-Vin qui se donne aussi pour roi des Pions, duc de Glace, comte de Gelée, etc.]
[Note 96: Francs buveurs, comme les gaillards _pions_ de Rabelais (liv. 2, chap. 27) et ceux que Villon nous montre ainsi en enfer, dans son _Grand Testament_:
Pions y feront mate chere, Qui boyvent pourpoinct et chemise, Puis que boyture y est si chere.]
[Note 97: Il faut sans doute lire _popinateur_ (buveur).]
[Note 98: Dans les rues _Phelypeaux_, ou _Frepaux_, et Frepillon se vendoient les vieux meubles et les vieilles hardes. V. notre édition des _Caquets de l'accouchée_, p. 255, et notre tome 3, p. 80.]
A tous nos falotissimes et mirelifiques abbez, amis et confederez, gaudichonnement fanfruchés, continuels millions de saluts[99], vieux, s'ils estoient d'or ils vaudroient mieux, pris sur notre espargne, au four de Vanves.
[Note 99: Le _salut_ étoit une monnoie d'or avec une image de la Vierge recevant la salutation angélique. V. notre tome 2, p. 191.]
Sçavoir faisons que pour le bon amour et zèle que tous portent à nos brocgardissimes et croustelevez cousins, tous bons pilliers de tavernes, champgaillardiers[100], fins galliers[101], francs lipeurs, escumeurs de marmites, vendeurs de triacle[102], gueux de l'hostière[103], friponniers, crieurs de vieux fer, vieux drapeaux; repetasseurs, chicaneurs, vieux laridons, briphe-miches[104], froid-aux-dents, porteurs de rogatons[105], raboblineurs[106], lorpidons[107], garde-clapiers, morte-paye cassez[108], ramonneurs de cheminée, dégresseurs de vieux chapeaux gras, trousse-lardiers, rongneux, morpionnaires, chassieux, grateleux, pediculaires, farcineux, alterez, bauquedenares[109], tatonniers, malotrus, bailleurs de belles vessies, loqueteurs[110], besaciers, ragoins, baille-luy-belle, bedondiers[111], vielleurs, emoleurs, beffleurs, baille-luy-bon-branle, et generallement à tous nos ordinaires sujets et vassaux, tous bons bigorniers[112], à ceux, pour plusieurs causes et autres à ce nous mouvans, avons donné et octroyé, donnons et octroyons ces presentes lettres authentiques perpetuelles et general privilége d'escorniflerie, duquel leur avons permis et permettons jouyr et user plainement, paisiblement et franchement par tous les lieux et endroits de nos royaumes, pays, terres, seigneuries et dominations sous la souveraineté de nostre tres-fort et invinciblissime monarque Bacchus, et en ce faisant, pourront corner au Corne, se saisir de la Croix blanche[113] pour chasser le Petit Diable[114], assaillir l'une et l'autre Bastille[115], visiter les beuvettes des Magdelaines[116], flatter et escumer la Marmitte, demander l'Audience, se ruer sur les Trois Poissons[117], s'asseoir aux Chaizes, mirer au Miroir, grenouiller aux Grenouilles, jouer aux Pommes de Pin, se retirer sur le Boeuf, se deffendre au Pourcelet, heurler après le Loup, ne laissant brusler la Souche, se conduire aux Torches[118] et Lanternes, prendre plaisir au Cigne blanc et rouge, s'accomoder avec le Fer de Cheval, se rafraichir à la Heure[119], parfois à la Corne[120], voguer la Galère[121], entrer en l'Arche de Noé, contempler la Blanque, se mettre à l'ombre de l'Orme, prendre l'Escu d'Argent[122] et plusieurs autres lieux estans en nostre obeyssance, et d'une mesme traitte jouer souvent des gobelets, desseicher verres, hanaps, taces, couppes, godets; vuider brocs, barils, flacons, bouteilles, calebasses; alleger quartes, pintes et chopines; n'espargner vin sec, hypocras, rosette[123], bastard[124], Romeny, muscadet[125], blanc, clairet et fauveau; donner cargue à Beaune, Orleans, Ay, Irancy[126], Gascongne, Grèce, Anjou, Seure, Seurène, Saint-Clou, Argenteuil, Icy et Panorille; leur defendant très expressement la cervoise, la Belle Guillemette Tourne-Moulin[127], la tezanne, la godalle[128], la bière, si ce n'est en cas d'urgente alteration, et d'avoir trop croqué la pie[129] et trop soufflé en l'encensoir, et non autrement; donnant une allarme à jambons, andouilles, cervelats, eschignées et semblables vieux aiguillons.
[Note 100: Coureurs des mauvais lieux dont étoit remplie la rue du Champgaillard. V. notre tome 3, p. 44.]
[Note 101: Coureurs de galas, hommes de joyeuse humeur.]
[Note 102: Vendeurs de _thériaque_, la grande panacée du moyen âge. _Triacleur_ se disoit encore alors pour charlatan. V. Régnier, satire 13, v. 230.]
[Note 103: Gueux de l'hôpital, selon Oudin, au mot _Hostière_ de son _Dict. franç.-espagnol_. Pasquier (_Recherches de la France_, liv. 8, ch. 42) et après lui Furetière, dans son _Dictionnaire_, prétendent à tort qu'on les appeloit ainsi parce qu'ils alloient fleuretant les huis des maisons. Rabelais parle des gueux de l'hostière (liv. 1er, ch. 1er, et liv. 5, ch. 11).]
[Note 104: _Grand mangeur de miches._ Je croirois volontiers que c'est par ces mots, et non par ceux de _brise-miches_, qui n'en sont qu'une altération, qu'on désigna d'abord une rue bien connue de Paris, dans le quartier Saint-Merry.]
[Note 105: Vendeurs de reliques et d'oraisons (_rogatum_, prière). Rabelais se sert de cette expression, et Henri Estienne veut qu'on appelle ainsi les moines, «pour ce que, dit-il, ils ne vivent que des aumosnes des gens de bien.» (_Apologie pour Hérodote_, t. 1er, p. 536.)]
[Note 106: Raccommodeurs de souliers et autres rapetasseurs. (Est. Pasquier, _Lettres_, liv. 10, lettre 7.)]
[Note 107: Lourpidon, vieux sorcier qui joue un rôle dans l'_Amadis_.]
[Note 108: Par _morte-paye_, pour l'homme de guerre, on entendoit ce que nous appelons aujourd'hui _demi-solde_.]
[Note 109: Il faut peut-être lire _poquedenares_, gens peu pourvus d'argent.]
[Note 110: Mendiant couvert de loques. On disoit plutôt _loqueteux_.]
[Note 111: Joueurs de _bedon_, sorte de cornemuse. Dans les comptes d'Isabeau de Bavière, on trouve nommés Pierre de Ryon et Jehan Chevance en cette qualité. V. Le Roux de Lincy, _Femmes célèbres de l'ancienne France_, t. 1er, p. 637, 641.]
[Note 112: Ceux qui entendent _bigorne_, c'est-à-dire l'argot.]
[Note 113: Cabaret fréquenté par Chapelle, et qui se trouvoit près du cimetière Saint-Jean, dans la petite rue à laquelle il avoit donné son nom.]
[Note 114: Le _Petit-Diable_ étoit près du Palais. V. _Ode à tous les cabarets_, dans _le Concert des enfants de Bacchus_.]
[Note 115: L'un des deux cabarets qui s'appeloient _Bastille_ se trouvoit encore, en 1788, rue de l'Arbre-Sec, près du cul-de-sac qui en a gardé le nom.]
[Note 116: Taverne qui se trouvoit sans doute près de l'église de la Magdelaine en la Cité, non loin, par conséquent, de la Pomme-de-Pin, et dont Saint-Amant a parlé quand il a dit, dans sa pièce des _Cabarets_:
Paris, qui prend pour son Helène Une petite Madelaine.]
[Note 117: Il existoit à Paris, au XVIe siècle, deux cabarets de ce nom: l'un faubourg Saint-Marceau, dont il est parlé dans les _Contes d'Eutrapel_; l'autre près du Palais, cité par Larivey à la scène 6, acte 2, de la comédie de _la Vesve_.]
[Note 118: Les _Torches_, mentionnées avec honneur dans l'_Ode à tous les cabarets_, se trouvoient au cimetière Saint-Jean. En 1690, selon _le Livre commode des adresses_, c'est un nommé Martin qui étoit maître de cette taverne.]
[Note 119: Il y avoit en 1603 un cabaret de _la Hure_ rue de la Huchette (_L'Estoille_, édit. Michaut, t. 2, p. 347).]
[Note 120: Ce cabaret existoit dès le temps d'Erasme dans le quartier des Ecoles. On lit dans l'_Ode à tous les cabarets_:
Je prefère au meileur collége La _Corne_ en la place Maubert.]
[Note 121: Il y avoit à Paris plusieurs tavernes de ce nom. La meilleure étoit rue Saint-Thomas-du-Louvre.]
[Note 122: Ce cabaret, qui se trouvoit dans le quartier de l'Université, est cité comme l'un des plus fameux dans la mazarinade ayant pour titre: _Discours facecieux et politique, en vers burlesques, sur toutes les affaires du temps_, etc.; Paris, 1649, in-4. C'est le maître de cette taverne qui avoit inventé ces soupes nommées à cause de lui _soupes à l'écu d'argent_, et dont Boileau a donné la recette quand il a dit dans sa 3e satire:
Que vous semble . . . . du goût de cette soupe? Sentez-vous le citron dont on a mis le jus Avec un jaune d'oeuf mêlé dans du verjus?]
[Note 123: Vin de teinture (aligant), selon Cotgrave.]
[Note 124: Vin de Grèce, célèbre depuis long-temps en France, comme on le voit par un passage de Gringore. Sa vogue se maintint mieux encore en Angleterre; on en trouve la preuve dans les vieux dramatistes anglois. V. aussi le _Henri IV_ de Shakspeare.]
[Note 125: Vin de friandise alors très recherché. Courval-Sonnet en parle ainsi dans une de ses satires:
Les exquis muscadets, appelés vins de couche, Sont toujours reservés pour la friande bouche De ces bons financiers qui n'espargnent nul prix.]
[Note 126: Le vin d'Irancy, petite ville à trois lieues d'Auxerre, étoit célèbre. Larivey en parle à la scène 6 de l'acte 2 de _la Vesve_, et l'Auxerrois Roger de Collerye fait dire à _monsieur de Deça_:
Or il est temps partir d'icy Pour aller boire à Irency Et engager robe et pourpoint.
_Les oeuvres de Roger de Collerye_, nouvelle édition, donnée par M. Ch. d'Héricault, (_Biblioth. elzevirienne_, p. 152.)]
[Note 127: Sans doute une marchande de _coco_ de ce temps-là, portant sur sa fontaine, comme ses confrères d'aujourd'hui, un petit moulin de fer blanc toujours ailes au vent.]
[Note 128: De _good ale_ (bonne bière), boisson angloise qui avoit été importée chez nous lors de la conquête, et qui n'y avoit pas fait fortune. On la renvoyoit volontiers à ceux qui l'avoient apportée et aux Flamands. V. Froissard, chap. 59, et Marot, _Ballade sur l'arrivée de M. d'Alençon en Hainaut_.]
[Note 129: _Croquer la pie_, boire, sucer le _piot_, être bon _pion_. Selon Leroux (_Dict. comique_), _pie_ se disoit pour «ivre, saoul, imbu de vin.»]