Variétés Historiques et Littéraires (03/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 3

Chapter 33,612 wordsPublic domain

[Note 36: V. sur ce demi-ceint d'argent, qui resta l'une des parures les plus enviées des chambrières, une note de notre tome 1er, p. 317.]

[Note 37: Le pain bénit étoit un merveilleux talisman, surtout pour empêcher les chiens de devenir enragés. (_Les Evangiles des Quenouilles_, édit. Jannet, p. 75.) Celui de la messe de minuit avoit encore d'autres vertus. Dans quelques provinces, il est encore d'usage de garder dans un tiroir les morceaux de pain bénit donnés à la messe le dimanche.]

[Note 38: C'est-à-dire ébréchés et polis par le frottement, _fricassé_, dans ce sens, venant du latin _frixus_.]

Si c'estoit un financier, il portoit une calotte à deux oreilles[39], un bonnet de manton, des chausses à prestres, un manteau à manches, les bras passés, la clé de son coffre à la cinture et un trebuchet[40] en sa pochette, et si la monnoie du temps estoit des douzains et pièces de six blancs.

[Note 39: C'est-à-dire avec deux bandes pendantes sur le côté, comme les portoit Henry Estienne, dont il est dit dans le _Scaligerana_: «_erat vestitus à la parisienne_ avec des bandes de velours pendantes.»]

[Note 40: «C'étoit une petite balance fort juste et fort délicate, que le moindre poids faisoit _trébucher_.» De là l'expression de pistoles bien _trébuchantes_ employée par Molière.]

Sa femme coiffée sans cheveux, son chaperon de veloux, une robbe de mieustade[41] à double quëue, un cotillon violet de drap, des souliers à boucles, une vertugalle[42], de longues patenotes blanches faites comme des petites ruelles de raves[43], avec des grantz poignez fourrez quy empeschoient qu'ils ne pouvoient mettre la main au plat.

[Note 41: Je crois qu'il faut lire ici _mustabe_ ou _mistabe_. C'étoit une sorte d'étoffe de laine dont le nom étoit arabe, et qui se fabriquoit en Espagne et dans le midi de la France. Elle fut surtout en usage au moyen âge. (Fr. Michel, _Recherches sur le commerce... des étoffes de soie_, t. 1er, p. 258, 259.)]

[Note 42: Elles avoient cessé d'être à la mode vers 1563. V. une note de notre tome 2, p. 190.]

[Note 43: Chapelet à grains plats.]

Pour le mariage de leurs filles, il ne faut que voir les minutes de _ita est_, on lira un contract portant un douaire de deux cens couronnes d'or quy valoient trente-cinq sols pièces, encore c'estoit à la charge que le marié donneroit aux père et mère de la future chacun une robbe neufve.

Et leurs ceremonies, je n'oserois presque les descrire, pour ce qu'ils apprestent à rire. L'on voyoit un père avec son vestement cy-dessus, un moucheoir et des gants jaunes à la main, roides comme s'ils avoient esté gelez, un bouquet trouvé, estoffé de lavande, conduire sa fille au moutier, les fluttes et grands cornetz marchants devant l'espousée, vestue comme la pucelle Sainct-Georges[44], la veüe baissée, une escarboucle sur le front[45] quy luy battoit jusqu'à sur le nez; la mère et toutes les autres parentes suivantes, avec leurs grandes vertugalles en cloche et leur poignez fourrez, quy paroissoient comme poules quy traisnent l'aisle.

[Note 44: «Pour ce qui est de Mademoiselle sa femme, lisons-nous dans un passage de _Francion_ excellent à rapprocher de celui-ci, elle avoit une juppe de satin jaune toute grasse et une robbe à l'ange si bien mise et un collet si bien monté, que je ne la puis mieux comparer qu'à la pucelle sainct George qui est dans les églises, ou à ces poupées que les atourneresses ont à leurs portes.» (_La Vraye histoire comique de Francion_, etc., 1673, in-8, p. 248.)--Cette _Pucelle Saint Georges_ ne seroit-elle pas la figure de la Cappadoce qui se trouve dans toutes les représentations de saint Georges combattant le dragon? La province de l'Asie Mineure y est toujours personnifiée sous les traits d'une jeune fille richement parée.]

[Note 45: C'est l'ornement qui doit de s'appeler encore une _ferronnière_ à la croyance où l'on a été long-temps que le portrait peint par Léonard de Vinci, aujourd'hui au Musée du Louvre, représentoit la maîtresse de François Ier connue sous le nom de _la belle Ferronnière_. On sait maintenant que cette figure, qui porte en effet au front un joyau semblable à celui dont on parle ici, est celle de Lucrezia Crivelli.]

Au reste, les filles de l'âge de vingt-cinq ans estoient des innocentes quy jamais n'avoient rien veu ny mesme communiqué avec personne; je vous laisse à penser quels discours amoureux ils faisoyent!

Pour les garçons, ils avoyent l'esprit si grossier que rien plus; ils ne portoyent de haults de chausse qu'ils n'eussent quinze ans; ils n'avoient fait leur estude qu'à trente-six ans, et n'estoient mariez qu'à quarante-cinq ans, encore n'estoyent-ils pas très subtilz.

Et leurs plus grandes desbauches, c'estoit que le jour du caresme prenant ils mettoyent une chemise breneuse avec une bosse devant et derrière, un masque de papier, du son à la main pour jeter à tous venants.

Chetiveté miserable, de laquelle on se mocque, pour ce que l'on vit plus honorablement cent fois à present.

Qu'est-ce qu'un marchand à present? Se voit-il rien de plus honorable? Il n'est plus reconnu que par ses grands biens. Vestu d'un habit de soye, manteau de pluche[46], communicquant sur la place de grandes affaires avec toutes sortes d'estrangers, traficquant en parlant et devisant d'un trafic secret, plein de gain, d'industrie et de hazard inconnu à l'antiquité, et quy se rendra commun à la posterité.

[Note 46: V., sur cette mode des _manteaux de pluche_ au commencement du XVIIe siècle, _Francion_, p. 219.]

Et du bourgeois de Paris, qu'en peut-on dire? Quand l'Ecriture parle de l'excellence de l'homme, elle dict qu'il est creé un peu moindre que les anges; et moy je dis du bourgeois qu'il n'est que un peu moindre que la noblesse, et si je disois egal, je ne sçay si je faillerois, veu que la noblesse, à present, se joint et s'annexe par alliance avec luy, en telle sorte que ce n'est qu'un corps, une paranté, une bource, une alliance, une consanguinité quy fait perdre ceste qualité de bourgeois pour la changer en noble.

Et leurs femmes, en quelle comparaison les peut-on mettre, au respect de l'antiquité. Premièrement il n'y a rien de mieux vestu, de plus propre, de plus honneste, si bien avenantes que la plus part pourroient plus tost estre recogneus nobles ès compagnies, pour estre agreables dans leurs discours et entretiens, que bourgeoises et marchandes; que outre que leurs grands biens sont cause qu'elles sont suivies de leurs filles, quy portent habit d'attente de noblesse, et quy n'espèrent rien moins pour leurs actions et leur gravité. Cela leur est commun, à aucunes la diversité des langues, presque à toutes la sagesse et le bon maintien.

Pour les mariages, ils sont tous autres que l'antiquité, soit pour le douaire ou la ceremonie. A present un simple marchand donne cent mille livres, tel bourgeois cinquante mille escuz, tel financier deux cens mille escuz[47], ce quy est cause d'une suitte admirable en despence extraordinaire, en chevaux, carrosses, serviteurs, et pour les assemblées. Lors que les mariages se font, ce n'est que pompeux vestements, chaînes de diamant et toutes sortes de dorures, non empruntées ny louées comme à l'antiquité, mais à eux appartenans en toute proprieté; et n'y a qu'une chose fascheuse en cela: c'est que les honneurs changent les meurs en ceste grande vogue; ils meprisent le limestre[48], et partant leur paranté. Mais quoy! c'est la grandeur du temps.

[Note 47: Il n'y a rien ici d'exagéré; aussi les gens de cour s'accommodoient fort bien, à ce prix, des filles de financiers. «Le comte de Lude, gouverneur de la personne de Gaston, duc d'Orléans, étant blâmé d'avoir épousé une Feydeau, qui lui avoit apporté cent mille pistoles: «Je ne pouvois pas mieux faire, disoit-il; poursuivi nuit et jour par mes créanciers, je me suis sauvé dans une boutique pour n'être pas traîné à l'hôpital.» (Amelot de La Houssaye, _Mémoires hist._, t. 3, p. 8.)--V., sur ce même mariage, notre t. 2, p. 140.]

[Note 48: Le _limestre_ étoit une sorte de serge drapée qui se fabriquoit à Rouen et à Darnetal. Selon quelques uns, entre autres Furetière, cette serge fut ainsi appelée du nom de celui qui en fabriqua le premier; mais Brossette et Le Duchat y voient une altération de _Licestre_ ou _Leicester_, comté d'Angleterre, d'où venoient en effet de bonnes serges, «ces _balles de Lucestre_» dont parle Rabelais, liv. 2, chap. 12. Regnier (sat. 13, v. 114) dit dans le même sens qu'ici:

Combien, pour avoir mis leur honneur en sequestre, Ont-elles en velours eschaugé leur _limestre_!]

Il faut que tout s'entresuive: la manificence des banquets à six services[49], à quatre et six pistoles[50] par teste. Je croy que la France est à sa dernière periode pour sa splendeur, et ne crois pas que cela ogmente, mais plustot diminue.

[Note 49: Ce luxe gastronomique avoit commencé sous le règne de Henri III: «On ne se contente plus, à un dîner ordinaire, de trois services, consistant en bouilli, rôti et fruit; il faut, d'une viande, en avoir de cinq ou six façons: des hachis, pâtisserie, salmigondis. Chacun veut aller dîner chez le Môre, chez Samson, chez Innocent, chez Havart.» Pièce citée par De Mayer, _Galerie philosophique du XVIe siècle_, in-8, t. 2, p. 362.]

[Note 50: V., sur ces écots si coûteux, une note de notre édit. des _Caquets de l'Accouchée_, p. 28, et notre t. 2, p. 202.]

Je vous defens pourtant, bonhomme de l'antiquité, d'en discourir mal à propos, et de dire que ces grandeurs et braveries ne font qu'enjandrer le vice, et que la modeste ancienne valoit mieux. Il n'y a nulle comparaison. L'antiquité estoit un deffault de pouvoir et une innocente sagesse pour le monstrer.

Nos anciens, pour estre pauvres et mal accommodés, laissoient-ils d'estre vicieux et debauchez, d'une desbauche publique et mesquine. Il me souvient de deux rues quy sont encore à Paris: l'une près de Saint-Nicolas, appelé le Huleu[51], l'autre près Sainct-Victor, appelé le Champ gaillart[52], où impunement le vice estoit permis avec les femmes desbauchées, et qui plus est, quand on avoit quelque procez ou querelle contre quelqu'un, en sollicitant ces femmes desbauchées, ils venoient impudemment au son du tambour faire accroire à une honneste femme bourgeoise qu'elle estoit vicieuse, et qu'elles la vouloient emmener de force[53] au lieu destiné pour les garces[54], ce qui apportoit un scandale public[55].

[Note 51: Le _Huleu_, dont le nom altéré se retrouve dans celui des rues du _Grand_ et du _Petit-Hurleur_, venoit déboucher, en effet, rue Saint-Martin, assez près de Saint-Nicolas-des-Champs.--Un arrêt du 15 février 1565, rendu «sur la remontrance d'aucuns voisins habitant aux rues voisines de _Hulleu_, à Paris, fit vuider le bordeau accoutumé de tenir en laditte rue.» (Isambert, _Recueil de Lois_, t. 14, p. 176.)]

[Note 52: Cette rue du _Champgaillard_, qui se trouvoit en dehors de l'enceinte de Philippe-Auguste, alloit de la rue _Saint-Victor_ à la rue des _Fossés_ du même nom. La partie voisine de Saint-Victor s'appeloit rue d'Arras, nom qui lui venoit du collége d'Arras, et qu'elle a gardé; l'autre partie s'appeloit, comme aujourd'hui encore, rue _Clopin_, à cause de la grande maison Clopin, qui y avoit été construite au milieu du XIIIe siècle.--Le _Huleu_ et le _Champgaillard_ sont nommés par Rabelais, entre autres mauvais lieux (liv. 2, chap. 6), dans les _Après-disnées du seigneur de Cholières_ (Paris, 1588, in-12, fol. 43, recto); le second est nommé _Champgaillard des bordeleries_.--En se trouvant placés, comme nous venons de le voir, l'un près de Saint-Nicolas, l'autre près de Saint-Victor, le _Huleu_ et le _Champgaillard_ contrevenoient à l'ordonnance de décembre 1254, par laquelle saint Louis avoit déclaré (art. 11) que les filles de joie ne pourroient se loger que «loin des lieux saints et des cimetières.» _Ordonn. des roys de France de la troisième race_, t. 1, p. 79, 105.]

[Note 53: On trouve racontée, dans le _Ménagier de Paris_, t. 3, p. 116, et _Additions et corrections_, p. 75, une affaire de ce genre.]

[Note 54: Peu à peu les priviléges de ces lieux infâmes furent abolis. (Sauval, _Antiq. de Paris_, t. 2, p. 108.) Une ordonnance de 1697 en fit disparoître les dernières traces. V. notre livre _Paris démoli_, 2e édit., p. 36.]

[Note 55: Dans les _Statuts_ de la reine Jeanne sur la discipline d'un lieu de débauche dont elle permettoit l'établissement à Avignon, statuts publiés par Astruc, _De morbis venereis_, on lit, art. 2: «Si quelque fille a déjà fait faute et veut continuer de se prostituer, le porte-clef ou capitaine des sergents, l'ayant prise par le bras, la mènera par la ville, le tambour battant et avec l'aiguillette rouge sur l'épaule, et la placera dans la maison, avec les autres; lui défendra de se trouver dans la ville, à peine du fouet en particulier pour la première fois, et du fouet public et du bannissement la seconde fois.» Ce passage, rapproché de ce qu'on lit ici, prouve au moins que, dans ces statuts, tout n'est pas, de la part du médecin Astruc, pure invention et pure mystification, comme M. Jules Courtet l'a voulu prouver dans un article de la _Revue archéologique_, t. 2, p. 158-164.]

Cela ne se voit plus: la modestie et la sagesse ont couvert ceste coustume; que s'il y a de la desbauche à présent, ce ne sont ny filles, ny femmes de maisons, ains de meschantes chambrières vestues en demoyselles, quy font à croire à la jeunesse qu'ils sont de bon lieu, et ce ne sont que coquines quy mesprisent tout le corps des honnestes femmes.

* * * * *

_De la Justice._

Pour faire la comparaison de la justice de nos anciens avec celle d'à present, nous n'entendons pas affoiblir leur renommée, car nous sçavons bien que ce n'estoit que gravité, que sagesse, science, grands observateurs de loix et executeurs d'ordonnances, bonnes et simples ames, authorisez, crains et redoubtez du peuple et de la noblesse, quy ne faisoient aucune difficulté de quitter le chapperon[56] pour ne rien faire du commandement des roys au prejudice du public. Ce n'est pas nostre tesme ny ce que nous avons à prouver; nous ne voulons monstrer que sinon qu'outre que toutes ces qualitez sont aux juges d'à present, ce qu'ils ont d'avantage.

[Note 56: Le chaperon rouge porté sur l'épaule, depuis qu'il n'étoit plus à la mode de s'en coiffer, étoit l'insigne de la magistrature.]

Je crains de faillir en monstrant l'opulence de nostre temps, pour ce qu'elle est plus grande que je ne la puis decrire.

O brave senat de Paris, de Rouen, de Toulouze et des autres parlemens! vous n'estes pas seullement à admirer, possedans toutes ces graves qualitez de juges et d'avoir de vieux senateurs comme jadis, mais d'estre accompagnez d'un grand nombre de jeunesse quy, à l'age de vingt-cinq ans, ont esté receus au Parlement, aussy rempliz de science et de sagesse qu'estoient nos anciens à septante ans, outre la valeur des offices, quy coustent à present cens mille livres, et le grand train que vous tenez, au respect du temps passé, où le mulet estoit aussy empesché à porter le fumier aux vignes qu'à mener son maistre au palais.

Il n'y a juge quy n'ait sa porte cochère[57], un ou deux carosses, six chevaux à l'etable, double palfermiers, quatre laquais, deux valets de chambres, un clerc, outre le train de madamoyselle, quy est égal.

[Note 57: «Les procureurs étoient logés autrefois en petite porte ronde; maintenant, ils ont de grandes portes cochères.» (_Dict. de Trévoux._) V. notre édit. du _Roman bourgeois_, p. 264, et notre t. 2, p. 283.]

C'estoit chose rare au temps passé de voir un homme riche, et le plus riche s'appeloit milsoudier[58], c'est-à-dire quy pouvoit faire depence de cinquante livres par jour; à present il n'est pas seulement commun à la plus part des maisons, mais il passe en despence.

[Note 58: V., sur ce mot, notre t. 2, p. 279, note.]

On verra bien clair se on lit par les histoires anciennes que les officiers des cours souveresnes, bourgeois et financiers, ayent, à la necessité de la guerre, fait toucher à leur roy, en trois mois, dix millions de livres comptant par l'achat de nouveaux offices[59] et aliénation de domaine, comme nous l'avons veu ces jours passés, par le moyen desquels Sa Majesté a restauré son Estat, espouvanté ses rebelles, regaigné ses villes et rendu un peuple furieux souple comme un gant.

[Note 59: Allusion à ces ventes d'offices que Chalange et les autres partisans faisoient décréter, et dont ils partageoient les profits avec les ministres. V. notre édition des _Caquets de l'Accouchée_, p. 183, 241, 258.]

* * * * *

_Des Hommes doctes et de la Religion._

Je suis contrainct de confesser qu'au temps passé il y avoit de doctes personnages quy ont monstré leur science en public aux concilles. Je ne pourrois les mespriser sans faillir; mais tout ainsy que les propositions et allegations contraires à la doctrine de l'Eglise estoient legères au respect de ce que les heretiques ont inventé depuis et mis par escrit, aussi la solution en estoit plus facile; et si quelle peyne avoit-on pour trouver ces doctes-là, l'un appelé du Lionnois, l'autre de Paris, l'autre d'Angleterre, quelsques uns tirez des monastères, et, ainsy assemblez, faisoient une doctrine parfaicte, selon le temps et les propositions; mais qu'il se soit trouvé, au temps passé, un du Perron pour promptement recognoistre l'erreur et respondre en public à un Duplessis Mornay[60]; un Draconnis[61] pour chausser les esperons à un subtil Dumoulin[62]; un Coiffeteau[63] pour faire la barbe à un Durand[64]; un Cotton pour promptement respondre, par son livre de l'_Instruction catholique_[65], à toutes les batteries proposées contre les seremonies de l'Eglise par un Calvin, je n'en ay point veu.

[Note 60: Allusion à la conférence publique qui eut lieu à Fontainebleau, le 4 mai 1600, entre Du Plessis Mornay et Du Perron, dans laquelle celui-ci combattit avec avantage les cinq cents erreurs qu'il avoit découvertes dans le livre du premier sur l'_Eucharistie_.]

[Note 61: Il s'agit ici, soit du P. Ange de Raconis, qui publia vers cette époque _le Petit Anti-Huguenot_ (Paris, 1618), soit plutôt encore de Ch. Fr. Abra de Raconis, plus tard évêque de Lavaur, qui venoit de faire paroître _Traité pour se trouver en conférence avec les hérétiques_, Paris, 1618, in-12. V. _Mémoires_ de l'abbé d'Artigny, t. 7, p. 259.]

[Note 62: C'est le fameux ministre de Charenton dont il fut tant question alors. V. notre édition des _Caquets de l'Accouchée_, p. 88.]

[Note 63: Comme théologien et controversiste, il s'étoit mêlé à la dispute de Du Perron et de Du Plessis Mornay; ses réponses à celui-ci comptent parmi ses bons ouvrages.]

[Note 64: C'est Durand de Saint-Pourçain, fameux dominicain du XIVe siècle, qui, dans ses livres de théologie, avoit souvent combattu saint Thomas d'Aquin. Ses opinions contraires à la transsubstantiation avoient été foiblement réfutées par Du Perron, dans la conférence citée tout à l'heure. (_Longueruana_, p. 11-12.) Coeffeteau les combattit avec plus d'avantage.]

[Note 65: _L'Instruction catholique_, Paris, 1610, 2 vol. in-fol.]

Neantmoins (_excipientur ab hac regula_) sainct Hierosme, sainct Thomas, sainct Augustin, et les autres anciens docteurs ecclésiastiques, desquels nous ne voulons point parler, car ils avoient le Sainct-Esprit et sçavoient tout et encores plus qu'on ne sçauroit dire, comme vrais pivots sur lesquels tous les docteurs ont esté bastis; et, toutefois, si je disois qu'à present il se trouve des hommes quy sçavent et peuvent discourir promptement de ce que tous les doctes de l'Eglise ancienne ont escript, quy n'ignorent rien du contenu en leurs livres, je croy que je n'en serois pas repris, et parlant, un ou plusieurs de ce temps sçavent tout ce que trente de l'antiquité ont escrit.

Et pour le monstrer, qui a veu et assisté aux harangues publiques faictes par ce docte Mauricius Bressius[66], principal du collége de Lizieux, quy, sans hesiter, en trois heures, d'un latin esgal à celuy de Ciceron, disoit en abregé tout ce quy estoit contenu dans l'impression de quatre cents doctes livres, disoit les meurs et façons de vivre de toutes les nations du monde, la forme de leurs vestemens, de leurs combats, de leurs gouvernements, de leurs religions, et de tout ce quy s'est passé depuis Adam jusqu'à notre temps, ce qu'il a monstré en huict jours et en huict assemblées en la presence des plus doctes de Paris, quy l'admiraient.

[Note 66: Maurice Bressieu. Ce qu'on en dit ici semble d'autant plus surprenant qu'il s'occupoit des sciences plus encore que de l'histoire et de la littérature. Il finit par être _professeur royal_ en mathématiques. Il mourut après 1608. V. Goujet, _Mém. sur le Collége royal_, in-12, t. 2, p. 95.]

Trouvez-moi de telles gens à l'antiquité; j'en nommerois sans faillir un cent de pareils, se je ne craignois de faire tort à mille quy paroissent en public par leurs publications, et en particulier par la lecture de leurs livres, quy me fait dire, et à bon droict, qu'en nostre temps nous avons des hommes remplis de toutes sortes de sciences, de langues, d'arts et de mestiers, speciallement à Paris, où ils abondent en quantité.

Qu'il vienne un peu de nouveaux Collampades, Calvins et Bezes, planter leurs nouvelles heresies et faire accroire aux assemblées de Poissy[67] qu'ils ont raison par leurs fardez discours; qu'ils viennent prescher au Patriarche[68] et à Poupincourt[69] et faire accroire aux chambrières et aux savetiers que les ceremonies de l'Eglise ne servent de rien, que les prières n'ont aucune efficacité après la mort, que le purgatoire est une invention du pape, et mille autres allegations que nos anciens docteurs ont laissé couver cinquante ans durant, faute de veiller, d'ecrire et prescher.

[Note 67: Allusion aux assemblées dites _colloques de Poissy_, qui eurent lieu du 9 au 26 septembre 1561, entre les catholiques et les réformés, mais qui n'amenèrent aucun résultat pacifique.]

[Note 68: Grande maison située au faubourg Saint-Marcel, qui devoit son nom à Bertrand de Chanac, _patriarche_ de Jérusalem, et à Simon de Chamault, cardinal et _patriarche_ d'Alexandrie, qui l'avoient possédée au XIIIe et au XIVe siècle. Les Huguenots y avoient tenu quelques unes de leurs premières assemblées. En 1562, la populace catholique s'y rua, et chaires, bancs, etc., tout y fut brûlé. (Pasquier, _Recherches de la France_, liv. 3, chap. 49, et _Lettres_, édit. in-fol., t. 2, p. 451)--Il existe encore un passage et un marché des _Patriarches_, qui vont de la rue d'Orléans-Saint-Marcel à la rue Mouffetard.]

[Note 69: Pasquier parle aussi (_loc. cit._) des assemblées de Calvinistes qui se tenoient à _Popincourt_ ou _Pincourt_, alors hors des murs de Paris, et qui furent envahies et troublées comme celles du _Patriarche_.]