Part 22
Mazarins, il faut tous partir; Ma muse vous vient advertir Que vous couriez comme des Basques Deguisez en habits fantasques, Pour vous fourer je ne sçais où, C'est-à-dire en un petit trou. La ville est ores trop suspecte Pour des messieurs de votre secte; Les cailloux y volent à tas Sur tous ceux qui ne crient pas: Vive le roy! vive les princes! Vive ces apuis des provinces! Ils vont recoigner les voleurs, Partisans et monopoleurs, Et par eux, tous tant que nous sommes, Nous aurons pour rien pain et pommes. Mais, quand vous diriez tout cela, Vous ne mettriez pas le hola: On vous connoistroit à la mine; Chacun diroit: Eschine! eschine! Ce sont pendars de Mazarins. Et lors je vous tiendrois bien fins Si, par un tour de passe-passe, Vous amusiez la populace, Qui viendroit à grands coups de poing Faire tôpe sur vostre groing, Sur tout si dans l'autre semaine, Auprès de la Samaritaine, Dame Anne[458] eust peu vous descouvrir: Vous auriez eu bien à souffrir. Branquas, qui n'est pas une beste, Ne fut jamais à telle feste Qu'il se vit, un certain mardy, Sur le Pont-Neuf, après midy, Encore qu'il soit pour la Fronde, Comme il le jure à tout le monde. Il entendit crier bien fort: Assomme! il en veut à Beaufort. Lors, estourdy d'un: Tue! tue! Il sent que sur luy l'on se rue; Il perd de ses cheveux dorez; Il voit ses habits deschirez, Et, s'il n'eust bien dit: Ouy et voire, On l'auroit contraint de trop boire. Toutes fois, pour leur peine encor, Il donna quelques louys d'or: Si bien, pour seureté plus grande, Que le battu paya l'amende; Encor ne fut-il pas fasché D'en estre quitte à ce marché[459]. Ce vacarme cessoit à peine, Et l'on alloit reprendre haleine, Quand un carrosse orné de vert Par fortune fut descouvert. Il trainoit avecque vitesse Vers le palais de son Altesse La mareschale d'Ornano, Qui souvent, comme un Godeno, Montroit le nez à la portière, Et puis se tiroit en arrière. A voir son habit un peu neuf, On la crut madame d'Elbeuf, Qui (cecy dit par parenthèse) Est dehors de ce diocèse[460]. A l'instant, sans plus consulter, Le cocher vint à culbuter, Et, frappé de plus d'une pierre, Donna bien-tost du nez en terre. Les laquais ne furent pas mieux: Les rondins volèrent sur eux, Mais avec tant de violence, Que c'est un fort grand coup de chance Qu'ils ne furent pas ajustez Comme chair à petits pastez. La mareschalle, epouventée, Fut un peu trop près visitée: Un chacun la vint saluer, Non pas sans plusieurs coups ruer, Et luy faire une reverence Qui luy deplut, comme je pense: Car, sans qu'elle le treuvast bon, On la deschargea d'un manchon, Pendant que les pauvres suivantes Se laissoient foüiller dans leurs fentes, Et ne gagnoient rien à crier A haute voix, à plein gozier, Les meschans ayant peu d'envie De leur sauver bagues ny vie. Or les anneaux on fricassa, Et la vie on ne leur laissa Qu'après que leur beau corps d'albastre Eust esté battu comme plastre. La populace, après cela, N'en voulut pas demeurer là: De mesme qu'un hidre feroce, Elle deschira le carrosse; Le cuir n'eut aucune mercy; Les essieux sautèrent aussy, Et les deux rideaux d'escarlatte Tombèrent encor souz sa pate. Les chevaux eurent du bon-heur, Car on les mit en lieu d'honneur Dans un cabaret assez proche, Où loge un Suisse sans reproche, Qui, de ce gage faisant cas, Fit à la trouppe un grand repas, Cependant que la mareschalle Fut voir son altesse royale Sur la mule des cordeliers, Aux depens de ses beaux souliers. Mais, tandis que je vous amuse, J'oy desjà, si je ne m'abuse, Un bruit de gens determinez Dont vous serez fort mal menez. Sus, pour sauver vos belles trongnes Du baston ferré des yvrongnes, De la fronde des escoliers, Du tire-pied des savetiers, De la griffe des harangères, Du croc des dames chifonnières Et du levier des porte-fais, Dites-nous adieu pour jamais.
[Note 458: Revendeuse des halles qu'on produisoit «comme une femme mystérieuse, parcequ'elle étoit la plus insolente et la plus hardie de son quartier.» (_Advis desinteressé sur la conduite de M. le coadjuteur_... (6 juillet 1651,) _ad finem_.) Dans une _mazarinade_ portant la même date: _Lettre d'un marguillier de Paris à son curé sur la conduite de monseigneur le coadjuteur_, dame Anne et un nommé Pesche, son compère en rébellion, sont représentés comme étant «des enfans de choeur elevez par monseigneur le coadjuteur..., l'un et l'autre chantant les leçons du bréviaire qu'il leur avoit enseignées.» Les leçons de ce bréviaire, selon Mme de Motteville, étoient des «chansons infâmes contre le respect qui étoit dû à la reine.» Dame Anne, cette _coureuse_ qui les chantoit, fut arrêtée. «Je le dis à la reine, continue Mme de Motteville, à la prière de Mme de Brienne, qui ne voulut pas lui en parler, par quelque motif que je ne pus savoir. Cette princesse ne me répondit rien, et je ne lui en parlai plus. Quelques jours après, la même Mme de Brienne me dit qu'elle avoit été voir cette dame Anne et qu'elle ne l'avoit plus trouvée dans sa prison, qu'elle étoit alors dans une chambre voisine, bien servie, bien couchée et bien nourrie, et qu'on ne savoit pas d'où pouvoit procéder cette merveille. Nous sûmes alors que la reine seule avoit fait cette belle action, et, quand nous lui en parlâmes, elle ne voulut pas nous écouter. Et l'histoire finit ainsi.» (_Mémoires de Mme de Motteville_, coll. Michaud, 2e série, X, 422.)]
[Note 459: Cette vive algarade faite à M. de Brancas eut lieu, en effet, sur le Pont-Neuf, dans la semaine de Pâques 1652, au moment où tout ce qu'il y avoit de noblesse dans Paris se rendoit au devant de M. le Prince, qui revenoit après sa victoire de Bleneau. Brancas ne fut pas le seul maltraité: la duchesse de Châtillon, Fontrailles, le marquis de Mouy, le commandeur de Saint-Simon, le prince de Tarente, le commandeur de Mercé, Mme de Bonnelle, la fille de Bullion, furent aussi insultés. Mme d'Ornano, comme on va le voir avec plus de détail, fut injuriée et volée. C'étoit un coup de main dont l'auteur de l'_Avis important et necessaire donné aux Parisiens_, qui entre à ce sujet dans quelques détails, accuse tout ensemble Mazarin et le coadjuteur.]
[Note 460: Catherine Henriette, fille légitimée de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, et femme du duc d'Elboeuf, étoit en Angleterre depuis que ses intrigues contre Richelieu l'avoient fait exiler de la cour.]
_La Tromperie faicte à un Marchand par son Apprenty, lequel coucha avec sa femme, qui avait peur de nuict, et de ce qui en advint; avec le Testament du Martyr amoureux._
_A Paris, par François Du Chesne, imprimeur, demeurant rüe des Lavandières, près la place Maubert; et Anthoine Rousset, libraire, demeurant en la rüe Frementel._
_Avec permission._
In-8.
_En ceste histoire vous sera depainte l'esprit d'un homme conduit à une charnelle affection, lequel, cuidant tromper sa moitié, se trouva trompé du tout._
En la riche ville de Lyon demeuroit un marchand, lequel avoit l'entendement plus propre à conduire l'estat de sa marchandise qu'à sagement faire l'amour; et, d'autant qu'il faisoit grand train par le moyen de son credit, l'un de ses compagnons lui bailla un sien filz pour apprenty, et de l'aage de dix-huict à vingt ans, marché conclud que, pour le tenir deux ans en sa maison et luy apprendre le commencement de l'estat qu'il conduisoit, luy forniroit content la somme de quarante escus d'or. Ce marchand (à grand peine estoient six mois passez) avoit espousé une jeune dame lyonnoise de riche maison et d'assez passable beauté. Comme advient souvent qu'une jeune femme, n'entendant les ruses qui despendent d'un mesnage, prend volontiers servante de son aage, sans soy deffier du changement, qui plaist souvent aux mariz, le semblable fit cette jeune dame, le mary de laquelle, dispost et assez bien nourry, devint amoureux de ceste chambrière[461], jeune, affettée[462] et grassette, laquelle il poursuivit si vivement, tant par belles paroles que promesses, que ceste garse, ou pour obeïr au commandement de son maistre, pensant faire service très agreable à sa maistresse, ou pour avoir quelquefois experimenté le mal qui fait les filles femmes, ne fut long-temps sans accorder liberalement la requeste du sire, qui se trouva fort content d'un si favorable accord; restoit seulement le moyen du joindre, qui fut tel que, la nuit ensuivant, il iroit coucher avec elle, et luy donneroit, outre ses gages, un corset[463] du plus fin drap de sa boutique. La chambrière, tant pour le plaisir qu'elle attendoit que pour l'esperance du corset, fut contente. Ainsi le marchand, voyant que son entreprise succedoit selon l'intention de son coeur, bruslant d'un costé d'une longue attente, d'autre estant envelopé d'une crainte d'estre decouvert de sa femme, ne peut trouver autre remède en sa lourde teste que de tirer en secret son apprenty, et, se fiant plus en sa sotte jeunesse qu'en son apparente folie, luy dit: Escoute, j'ay une entreprinse necessaire où il me faut aller cette nuict pour le fait de ma marchandise, en laquelle je pourrois avoir grande perte sans ma presence; mais parce que ta maistresse (craignant qu'il ne survinst quelque ennuyeuse fortune) ne me voudroit donner congé, au moyen de ce qu'elle est jeune, craintive de nuict et ne veut coucher seule, pour ce que je t'ay cogneu fidelle, quasi de son aage, et que tu as bon vouloir de me servir loyallement pour l'honneur de tes parens, me fiant en toy, sans luy rien dire, incontinent qu'elle sera couchée et endormie, je te commande, pour l'asseurer, de te coucher en ma place. Mais donnes-toy garde de parler ou remuer tant soit peu, de peur qu'elle ne te cognoisse: car tu serois à jamais perdu. Ce lourdaut d'apprenty (qui n'avoit accoustumé telle compagnie à son coucher) pleuroit quasi de l'exécution d'une telle commission; mais, pour ce qu'il avoit receu exprès commandement de son père d'obeyr en tout et partout à son maistre, n'osa contredire, de crainte de quelque plainte qu'eust peu faire le sire envers son père: de sorte qu'à l'heure qui luy avoit esté ordonnée, avec une frayeur, tout tremblant se coucha auprès de la dame. Le mari, d'autre costé (estimant avoir mis bon escorte pour son embusche), alla d'une gayeté de coeur chercher sa marchandise non plus loin que le lict de sa chambrière, de laquelle pour bien juger s'il fut mieux receu qu'attendu, je m'en rapporte à ceux qui se sont trouvez au labeur et plaisir d'un tel changement. L'apprenty, qui, au commencement de son coucher, trembloit de froid et de peur, sentant la challeur du lict et de la femme, commença à s'asseurer quelque peu. La dame, qui, au milieu de son somme, eut affection de sentir son mary, s'approcha plus près, estimant estre celuy duquel, selon Dieu, elle pouvoit chercher contentement.
[Note 461: V., sur ces connivences d'amour des maîtres et des chambrières, notre t. 1, p. 315 et suiv., et t. 2, p. 237-247.]
[Note 462: _Recherchée_, _coquette_. Furetière veut que ce mot vienne du mot breton _affet_, baiser, «ce que les femmes coquettes cherchent.»]
[Note 463: Corps de jupe sans manches, que portoient surtout les paysannes. Les plus coquettes les vouloient, comme celle-ci, en drap fin, en satin ou en damas.]
Ce jeune garçon, sentant ses approches, cuide reculer, suivant le commandement de son maistre; mais plus il fuyoit, plus la dame coulloit sa cuisse le long de la sienne, tellement qu'en ceste fuitte se trouva bord à bord du lict sans pouvoir reculer davantage s'il n'eust voulu tomber. En ses altères[464] demeura quelque temps si passionné et pressé, qu'une chaleur autre que la première luy causa si chaude fièvre, qu'oubliant le commandement du marchand, ne se peust garder de remuer si dextrement que de la maistresse fut receu pour son mary, et d'aprenty se fit tel maistre, que pour le bon traitement qu'ilz receurent l'un de l'autre, ne le print envye de parler un seul mot. Ainsi, tout estonné de s'estre trouvé en si nouveau travail, n'oublia de soy lever plus matin, de peur d'estre cogneu, et s'en retourna tout gay en la boutique, sans se vanter de la faveur qu'il avoit receu de la dame, laquelle, sur les sept heures, prend le chemin du marché pour acheter des vivres, et, retournant en la maison, rencontra son mary, qui estoit en la bouticque, lequel, apercevant un gras chapon qu'elle tenoit, luy demanda s'il y avoit quelqu'un de ses parens à disner au logis. La dame, passant plus outre, lui respond que non. Le mary, qui n'avoit accoustumé de tenir si gras ordinaire, ne fut content de cette responce, et la poursuyvit l'interrogeant de son marché. Sa femme, hochant la teste, lui replicque: Voire vrayement, un chapon! il me semble que ne devez point tant faire le courroucé, veu que l'avez si bien gaigné. Je ne sçay quel gibier aviez mangé: ceste nuict vous estiez quasi enragé. A ce mot d'enragé, le mary fut fort estonné d'une telle responce, et cogneut par là son evidente sottise; tellement qu'en ceste extrême cholère, sans plus parler du chapon, rencontrant ce jeune garson, lequel, voyant les estranges menaces, et craignant la violence et fureur de son maistre, sort du logis et se retire chez son père, qui commença soudain à le reprendre d'une rigoureuse façon, luy disant que c'estoit un enfant qui estoit perdu, qui ne valoit rien et qui ne demandoit qu'à fuyr la bouticque. Ce pauvre garson, ainsi chassé de tous costez sans sçavoir où soy retirer, n'osoit retourner à son maistre, et s'en alloit promenant par la ville pour chercher lieu seur à se cacher. Mais le père, allant à ses affaires, le rencontre, et, voyant que son filz avoit un visage si craintif et piteux, eust soudain opinion qu'il eust desrobé le sire, de quoy voulant sçavoir la verité, le rameine en sa maison, où tant d'amour que de rigueur le contraignit de confesser assez piteusement la verité du premier essay de sa jeunesse, et que le maistre, par force, l'avoit fait coucher avecq' la dame, dont depuis il s'estoit si fort courroucé contre luy qu'il l'avoit voulu tuer. Le père, ayant entendu un si bon tour (advenu par la sottise du marchand), s'appaise, et le va au plus tost chercher jusques en sa maison, où, après l'avoir salué, luy demande si son filz l'avoit desrobé, veu qu'il l'avoit chassé comme un larron, ce qu'où il se pourroit trouver veritable, luy-mesme en feroit la punition si violante qu'elle serait exemplaire à tous, et que, au surplus, satisferoit entierement au tort et au larrecin. A quoy luy fut repondu par le sire (ayant encore le cerveau tout troublé de si recente tromperie) que non, mais que c'estoit un mauvais et affeté garson duquel il ne se serviroit jamais. Donc (dist le père), rendez-moy le surplus de mes quarante escuz, et vous payez du temps que l'avez tenu et qu'il vous a tant bien servy. Le marchand, despité outre mesure qu'en ce service avoit fait une si facheuse rencontre, ne pensoit à autre chose qu'à se plaindre et courroucer, tellement qu'ilz entrèrent en telles picques, que le père, ennuyé du refus, fit adjourner le marchand par devant le juge ordinaire de la ville pour luy payer le reste de l'argent; et fut tellement procedé que, la cause playdée, l'aprenty fut interrogé, le fait descouvert, et le pauvre sire, avec une courte honte, condamné.
[Note 464: Ce mot signifie _inquiétudes_, et ne doit pas être pris ici dans le sens que lui donne Rabelais (liv. 1, chap. 23).]
Si tous ceux (mes dames) qui aiment le change estoient punis de semblable punition, je crois qu'outre que le nombre en seroit grand, les maris seroient aussi d'autant plus sages à conserver leurs femmes, des quelles ils peuvent user en pleine liberté, et non chercher les chambrières pour en recevoir une fin si sote et honteuse. Mais où ce malheureux vice prend une fois racine, il ne cesse de pousser jusques à ce qu'il ait engendré en nos coeurs une tige si puante et infecte que le fruict n'en vaut jamais rien.
* * * * *
_Le premier Testament du Martyr amoureux._
Puis qu'en dueil et tourment Je meurs par trop aymer, Je fais mon testament Dolent, triste et amer. Je prie à mes amis Qu'à la fin de mes jours, Mon petit coeur soit mis Dans le temple d'Amours. Douze torches j'auray De feu d'Ardent Desir; En ce cercueil seray Porté de Desplaisir. Ceux qui me porteront Auront chappeaux de saux[465], Les quelz demonstreront Mes amoureux assaux. Les porteurs soyent: Regret, Faux-Semblant et Reffus; Pour le quart, Dueil secret, Pour qui je meurs confus. Trois porteront le dueil: Rigueur, Ennuy, Soucy, Ayans la larme à l'oeil, Avecques Sans-Mercy. Puis les cloches de pleurs En bruit on sonnera. Cruauté de sonneurs S'il veut ordonnera. Mon service fera L'aumosnier de Pitié; Le dyacre sera Le prestre d'Amitié. Le soubz-diacre après, Ce sera Bel-Acueil[466], Qui ne se mettra près De mon piteux cercueil. Noires chappes auront, Beau-Parler, Regard-Doux, Qui l'office feront En larmes sans courroux. A la fin, Noble-Cueur, D'un cueur bien compassé, Dira dedans le cueur: _Requiescant in pace_. Ballades et rondeaux D'amours seront donnez Aux amoureux loyaux Qui sont abandonnez. Je fais mes heritiers Les habitants d'Honneur, Qui aiment volontiers Dames sans deshonneur; Et l'execution Du testament sera Dame Compassion, Le plus tost que pourra. Dessus moy soit escrit: Cy gist un douloureux, Le quel rendit l'esprit Par trop estre amoureux. Je vous pry', vrais amans, De n'aimer si très fort Que n'en soyez amens Et encouriez la mort.
[Note 465: Fait avec des menues branches de saule. Jusqu'au XVIIe siècle on dit _saux_ pour _saule_; mais l'Académie réforma tout à fait la première orthographe. Voiture pourtant écrit encore à Costar: «On dit quelquefois au pluriel des _saux_ en poésie.» (Voiture, lettre 125e.)]
[Note 466: On sait que c'est l'un des personnages allégoriques du _Roman de la Rose_.]
_Legat[467] testamentaire du Prince des Sots à M. C. d'Acreigne, Tullois, advocat en parlement[468], pour avoir descrit la defaite de deux mille hommes de pied, avec la prise de vingt-cinq enseignes, par Monseigneur le duc de Guyse._
Sans lieu ni date. In-8.
[Note 467: _Legs._ «Il ne se dit guère en ce sens que dans les pays de droit écrit.» (_Dict._ de Furetière.)]
[Note 468: On a de ce maître Claude Dacreigne plusieurs pièces en faveur du parti du roi contre celui des princes: _Tombeau des Malcontents, dédié aux bons et fidèles François..._, 1615, in-8; _la Félicité des victoires et triomphes du roi pour l'accomplissement de son très auguste mariage..._, par M. D.; Paris, in-8; _Stratagème et valeureuse entreprise du marquis de Spinola pour reconnoître les forteresses de la ville de Sedan..._, Paris, 1615, in-8.]
Nostre amé et feal, sçachant qu'il n'y a rien si certain à l'homme que la mort, ne si incertain que l'heure d'icelle, mesme me recognoissant debile de corps, pour ma vieillesse, et par la grace de Dieu assez fortifié d'esprit pour pourvoir à la substitution des honneurs ausquels pour recognoissance j'ay esté promeu, et ne pouvant nommer pour nous estre substitué aucun plus capable que vous, ayant depuis cinq jours en çà conféré avec M. Agnan[469], qui nous est apparu embeguiné, enfariné, tel que les sots de mon royaume l'ont veu et practiqué en nostre hostel de Bourgongne, et luy, assez instruit de vos merites en ce cas requis, nous ayant instamment prié de la preference en vostre recommandation, pour luy complaire et satisfaire au desir que nous avons tousjours eu de vous advancer, pour l'esperance que vous vous acquitterez bien et loyaument de la charge à laquelle nous vous voulons appeler, le cas advenant que Dieu face son commandement de nous, et que vous nous surviviez, vous avons pour ces causes et autres à desduire cy-après au long et au large, haut et bas, en bloc et en tasche[470], tant en gros qu'en menu, donné nos lettres de nomination pour exercer icelle nostre charge plainement et absolument, et en prendre la possession et jouyssance incontinent après nostre trespas; et affin de voue installer plus facilement en icelle nostre charge, vous avons associé avec nous aux tiltres et priviléges desquels nous jouissons; et, pour eviter les fraiz qu'il vous conviendroit faire, nous vous en relevons, vous dispensant de comparoistre, tant en public qu'en privé, en l'estat que nature vous a relevé, sans qu'aucun de nos dits subjects vous en puisse porter envie, ausquels nous imposons silence, n'entendant qu'ils se formalisent en aucune manière s'ils ne vous voyent enchaperonné comme nous, pourveu que vous soyez tousjours en possession de vos oreilles d'asne, desquelles nature a faict chef-d'oeuvre en vous, pour admirable eschantillon de vostre future grandeur, et pour rendre aucunement satisfaicts ceux qui pourroient contester avec vous, bien que nous ne soyons tenus de raisonner avec nos subjects autrement que selon nostre plaisir. Donné à Paris, etc. Nous voulons qu'ils sçachent que, pour l'effronterie, vous avez faict merveilles; pour l'ignorance, vous engendrez des monstres; pour l'estourdissement, vous le mettez en pratticque autant que les dromadaires que nous avons veu à Paris au bout du pont Neuf; pour les bourdes, vous en sçavez compter comme si vous veniez de loing; pour un parasite et escornifleur, vous y estes extremement naïf; pour le soldat, vous l'estes presque autant que Thersite; pour enchomiaste[471] et louangeur historiographe, autant que Cherille[472]; pour capitaine, autant que Crocodile, qui s'esvanouit sur le tombeau d'une grenouille qui, tombée dans l'embuscade des rats, fut escorchée toute vive[473]; pour frippon, vous en avez esté passé maistre au collége de Lisieux; pour gibier de mouchard, vous en avez faict chef-d'oeuvre à celui de Mans[474]; vous sçavez faire le mathois comme les cappettes de Montaigu[475]; en gourmandise, vous surpassez les souppiers de Reius.
[Note 469: Comédien de l'hôtel de Bourgogne. Nous ne le connoissons que par cette phrase de Tallemant, qui est la première de la 349e historiette, _Mondory, ou l'histoire des principaux comédiens françois_: «Agnan est le premier qui ait eu de la réputation à Paris.» (Éd. in-12, t. 10, p. 39.)]
[Note 470: Expression qui n'avoit cours que dans le peuple de Paris, selon le Dictionnaire de Trévoux, et qui correspondoit à celle-ci: _en bloc et en tas_.]
[Note 471: _Faiseur d'éloges_, du mot grec [Grec: egkômion], louange.]
[Note 472: Mauvais poète grec qui vivoit au temps d'Alexandre, et dont Horace a parlé dans l'Art poétique et dans la 1re épître du liv. 2.]
[Note 473: Nous n'avons pu retrouver le passage de la _Batrachomyomachie_ auquel ceci semble faire allusion. Crocodile doit être mis ici pour Craugaside.]
[Note 474: Le collége du Mans, moins célèbre que celui de Lisieux, étoit alors situé rue de Reims. C'est en 1683 seulement qu'il fut transporté rue d'Enfer, sur l'emplacement de l'hôtel Marillac. Il avoit été fondé en 1519 par Philippe de Luxembourg, évêque du Mans.]
[Note 475: On appeloit _capettes_, à cause de leur petite _cape_ étriquée, les écoliers du pauvre collége de Montaigu. V. notre _Paris démoli_, 2e édit., p. 74-75.]