Part 12
O la vicissitude estrange! Toutes choses courent au change; Le ferme est fondé sur le point; Autres fois l'on ne voyoit point Tant de crocheteurs par le monde, De vigilans faiseurs de ronde, De porteurs de paquetz pliez[246]. De grands faiseurs de bons-adiez[247], Tant de faineans par la rue, De questeurs de franches repues, De sires Jeans escornifleurs, De piqueurs de dez, d'enjolleurs, De francs taupins, de fripelippes[248], De moyne-laiz, de francatrippes[249], De bouffons, de sots, de cocus, De truchemens, courtiers de culs, De charlatens planteurs de bourdes, D'ypocrites, de limes sourdes. De chicaneurs, de patelins, De trompeurs, de maistre Gonnins, De r'habilleurs de pucellages, De faiseurs de faux mariages, De nourrices avant le temps, De plaisants, de Rogers Bon-Temps, De flannières[250], de macquerelles, De faiseurs de laict aux mamelles; De faux tesmoins, faux rapporteurs, De fabulistes, de menteurs, De semeurs de fausses sciences, D'escamoteurs de consciences, De corrupteurs de magistrats, Bref, mille et mille autres fatras, Qui, pullulant parmy les hommes En ce maudit siècle où nous sommes, N'empoisonnoient l'antiquité. La Deesse de verité Sur son cube estoit toute nue; Justice marchoit retenue, Sans colère, faveur ne choix, Au gouvernement de ses loix; L'orrible vipère d'envie De l'enfer n'estoit point sortie; La noblesse aimoit la vertu; Le noble en estoit revestu; C'estoit son clinquant, son pennache, Son pend'-oreille, sa moustache; L'Esglise en sa splendeur estoit, Et dedans ses flancs ne portoit Tant de serviteurs d'Elisée; Sa robbe n'estoit divisée Par ces Simons magiciens[251], Et l'on ne donnoit point aux chiens Le pain des enfans légitimes; Le pasteur mesnageoit ses dismes, Sans les bailler aux hommes lais. Mais sus donc, prenons nos balais, Balions toutes ces ordures, Ostons premier ces charges dures, Ces porteurs de nouveaux capots, Ces subsides, empruns, impots, Fermiers, fermières et monopoles, Ces chaudepisses, ces verolles, Ces raptasseurs de nez pourris, Verds blez, par les camars devis, Ces Gilles Jeans, ces carrelages[252], Et aultres tels maquerellages, Sources de tant de potions, De poudres, de decoctions, De diettes, de robbes grises, Et de semblables marchandises Qui purgent la bource et le corps. Chassons en mesme temps dehors Ces subtilles revenderesses, Ces lampronières[253] manieresses, Qui, faisant semblant de porter A madame pour achapter Quelque chaisne d'or singulière, Ou luy lever sa penilière, Luy racoustrer son bilboquet, L'entrefesson et le brisquet, (Car ce sont là leurs doctes termes), Ces croche-cons à bouches fermes, Entremeslent dans leurs discours Mille petits propos d'amours, Et, mettant la main sur la motte, Glissent le poulet soubz la cotte. Chassons encor, jetons à l'eau Ces vieilles lampes de bordeau, Mamelles molles et fanées Comme vessies surannées, Culs de postillon endurcis, Cols de cigoigne restroissis, Dents dechaussées et pourries, Arrangées en dants de sies; Nez morfondus, yeulx enfoncez, Vieils fronts ridez et replissez Comme un gardecul de village; Vieille perruque à triple estage, Vieilles eschines de chameau, Poitrines de maigre pourceau, Ventres pendants, jambes de lates, Croupions pointus, fesses plates; Vieils hâvres ouverts à tous vents, Vieilles lanternes de couvents, Vieilles barques abandonnées, Vieilles masures ruinées, Vieilles granges, vieils culs rompus, Vieux fleaux de quoy l'on ne bat plus, Vieilles brayettes, vieilles bragues[254], Fourreaux crevez et molles dagues; Vieilles caisses et vieux cabas, Viel estalage, vieux haras. Videz, sortez, vieille antiquaille; Vous ne servez de rien qui vaille. Ballayons encor fermement Ces revendeurs d'entendement De memoire artificielle[255], Ces esponges de damoyselles, Leurs fards, leurs pignes, leurs miroers, Leurs affiquets, leurs esventouers, Leurs brusques branslemens de fesses, Leurs petits chiens excuse-vesses, Leurs cajols[256], leurs attraits charmeurs, Ris fardés, regars ravisseurs, Leurs finesses, leurs pomperies, Leurs passe-temps, leurs railleries, Leurs secrettes esmotions, Leurs desguisées passions, Leurs soupirs feints, leurs larmes feintes, Le flatter de leurs douces plaintes, Les bons coups qu'ils font à l'escart, Leurs servantes de chambre en quart, Leurs bals, festins, et mascarades, Leurs masse-pains et marmelades, Leur chaud satirion[257] confit, Et autres esperons de lict. Mais abatons la grande araigne Qui chasse aux bidets d'Alemaigne, Et cet autre qui en ce coing Estend ses voiles de si loing. Voyez-vous ces quatre araignées, Comme elles sont embesongnées A tendre leurs reths au passant! Allons donc vivement houssant Ceste petite libertine: Elle est chaste comme Faustine, Et de son venimeux poison Gâte mainte honneste maison. Sus donc, qu'elle soit balloyée. Cette place est bien nettoyée; La plus grosse ordure est dehors: Allons visiter d'autres bords, Et chassons de nos republiques Les histrions, les empiriques, Les beuveurs de vin par excez, Les rajeunisseurs de procez, Soliciteurs, faiseurs de clauses, Bailleurs d'avis, vendeurs de causes, Les Zizames[258], les Arabins, Les grands babillards aux festins, Les Carneades[259], les sophistes, Les sarcophages atheistes, Tous ces nouveaux reformateurs, Et ces alquimistes souffleurs, Qui, pour un lingot soubs la cendre, Trouvent un licol pour les pendre. Nous voulons aussi baloyer Le legiste[260] qui sçait ployer, Les bergers qui ont deux houlettes, Les collations de soeurettes, Tant de baiseurs par charité, Et petits presens de piété[261], Et autres pratiques devotes, Les causes de tant de riottes. De tant de licts privez d'amour, De tant de pains perdus au four, De tant de napes adirées[262], De tant de futailles vidées[263], De tant de lardiers tous videz, De tant de scandalles semez, Et qui font rire à plaine gorge Les saincts de la nouvelle forge, Car, parmy ces devotions, L'on voit bien peu d'Estochions[264], Paules, Marcelles, Fabiolles, Et de semblables christicolles, De S. Hierosme encore moins. Chassons encor tous faux tesmoins, Tous examens signez sans lire, Le prescheur qui n'ose tout dire, Le pescheur qui à toute main Prend tout poisson avec son ain[265], Les medecins qui sont trop riches, Les pharmacopolles trop chiches, Les chirurgiens trop piteux, Les pages qui sont trop honteux, Une nourrisse trop songearde, Une nonnain trop fertillarde, Un confesseur trop indulgent, Un contable[266] trop negligent, Un secretaire trop prolixe, Une trop jeunette obstetrice[267], Un brasseur près de mauvaise eau, Un paticier près d'un bordeau[268], Un boucher de puante alaine, Une servante trop mondaine, Un escolier près d'un tripot, Un tavernier auprès du pot, Un meusnier près de sa tremie, Un jaloux près d'une abbaye. Nous chassons aussi ces sorciers, Nourrissons d'esprits familiers, Permutations clericalles, Bigamies sacerdotalles, Ces aliances de nonnains, Advocats prenans des deux mains, Procureurs qui sont sans malice, Sergeans qui doivent leurs offices, Greffiers qui babillent souvent, Les commis qui n'ont point d'argent, Le juge qui n'a qu'une oreille, Celuy qui dit: à la pareille; Le regent qui ne fesse pas, Valets trop long-temps au repas, Laquets cheminans des machoires, Tabeillions sans escritoires, Le receveur qui s'apauvrit, Le financier qui s'enrichit, Le poète qui tient de la Lune, Le chantre qui tient de Saturne[269], Le barguigneur[270] Mercurial, Le contemplatif jovial, Les enucques qui veulent frire, Coquus qui veulent d'autres rire, Bègues qui veulent discourir, Les boiteux qui veulent courir, Aveugles jugeant du visible, Savetiers qui lisent la Bible[271], Les femmes qui veulent prescher, Ladre qui craint l'autre toucher, Cordonniers portant les pantoufles, Les chats qui veulent porter moufles[272]. Sur tout gardons-nous aujourd'huy De l'envieux qui loue autruy, Du loup qui faict du charitable, Du pourceau qui dort sous la table, De la mouche sur l'elephant, Du singe qui berse l'enfant, De l'ours qui nous monstre sa patte, Du renard qui les pousles flatte, Du lion qui a beu du vin, Des syrènes du far messin[273], Du cancre qui hume les huistres, Et des asnes de franc arbitres. Il se faut conserver aussi Du ris du tiran endurcy, Des larmes d'une courtisane, Des finesses de la chicane, De la baguette d'un huissier, De la navette d'un telier[274], D'un _et cætera_ de notaire, D'un _qui pro co_ d'apotiquaire, Des blandices d'un macquereau, Des accolades d'un bourreau, De l'inquisition d'Espagne, Des coupe-bources de Bretaigne, D'un _fé dé de_[275] italien, Et d'un _certes_ à bon escien, D'un _veritablement_ de thraistre Et d'un chien qui n'a point de maistre, De la main d'un bon escrivain, De la cuisine d'un vilain, Du couteau du flamen[276] yvrongne, Et du _cap de Dious_ de Gascongne, Du _sacremente_ d'Allemant[277], Et de la fureur du Normant[278], De la goittre savoisienne, De la crotte parisienne, De la verolle de Rouen[279]. Mais nous voicy à Sainct-Aignan, O dieux! que d'ordures estranges! Que de culs cachez dans les granges! Que de bouteilles, de flacons! Que de bons jans, que de jambons! Que de fleurettes refoulées! Que de filles despucelées! Que de beaux collets defraisez, De buscs rompus, de ceints brisetz! Que de mains sous les vertugades! Que d'andouilles, que de salades, De jonchée, de cervelats, De tables, de pots et de plats! Que de fringuantes damoiselles! Quel tintamarre de vielles, De violions et de hault-bois! Que de putains dedans les bois! Que de collerettes rompues! Et que de fesses toutes nues! Que de beaux tetins descouverts! Que d'enfans auront les yeux verts! Qu'il faudra eslargir de robbes, Et desplisser de garde-robbes! Que de matrones empeschées! Que de gardes! que d'accouchées[280]! Que de baptesmes clandestins! Et que de pères et parrains! Balions donc ces villenies, Ces dances, ces follastreries, Ces blancques, ces jeux de hazart, Ces discoureurs d'amour à part, Ces vivandiers de foires franches, Taverniers pour quatre dimanches, Et chassons encore au baley Ces beaux tireurs de pape gay[281]. Que leurs arcs et leurs cordes roides Abattent les roupies froides Qui pendent aux nez morfondus Des enfans de Caulx refondus. Or voylà bien des places nettes: Nos tasches seront bientost faictes; Il ne reste qu'à balier La loyauté du couturier, La paresse du laquais basque, Le trop grand courage d'un flasque[282], Les gouttes d'un jeune sauteur, La grand blancheur d'un ramonneur, Le trop grand sillence des femmes, Les bastars des chastrez infames; Mais du tout dechassons allieurs, Ces fols poetastres rimailleurs, Dont la rithme est si mal limée Et la lime si mal rithmée, Qu'un bon rithmeur, rime limant, Leur rithme relime en rithmant. C'est faict, allons, quittons l'ouvrage, Ne nous lassons point davantage. Hercul bien empesché seroit Sy toute la terre il vouloit Rendre d'ordure repurgée Comme il fit l'estable d'Augée.
[Note 246: On désignoit ainsi les espions. Plus tard, on n'appela _porte-paquets_ que les personnes qui rapportent à d'autres le mal qu'on dit d'eux. V. _Dict._ de Furetière.]
[Note 247: Diseurs de bonjours inutiles, _bona dies_; grands faiseurs de protestations, comme le sont les Italiens, auxquels ce mot de _bonadié_ est emprunté.]
[Note 248: _Gourmand._ Le peuple dit encore _frippe-sauce_. Leroux _Dict. com._, donne à ce mot un sens obscène.]
[Note 249: Le _Franca-Trippa_ des farces italiennes. Son nom se trouve déjà francisé dans la 18e _Serée_ de G. Bouchet.]
[Note 250: _Flâneuses_, _coureuses_. Pour toute femme prenant du plaisir, on disoit qu'elle étoit _flanière_. V. la 132e lettre de Voiture, à Mlle de Rambouillet.]
[Note 251: Simon le Magicien, fameux hérésiarque du premier siècle, fut le chef de la secte dite des Simoniaques. V., sur lui, _les Actes des Apôtres_, liv. 8, ch. 4, et le mémoire de M. H. Schlurick, _De Simonis magi fatis Romanis commentatio historica et critica_ (Meissen, Klinkicht, 1844, in-4).]
[Note 252: _Festin_, _ripaille_. Pour une bombance on disoit une _carrelure_, un bon _carrelage_ de ventre.]
[Note 253: Coureuses de nuit, le _lampron_, petite lampe de deux sols en main. V. Richelet.]
[Note 254: Hauts-de-chausses à l'ancienne mode, qui avoient fait donner aux _beaux_ de l'autre siècle le nom de _braguards_. Dans le patois gascon, ce mot désigne le pis d'une vache.]
[Note 255: Depuis le milieu du XVIe siècle, les inventeurs de mnémonique avoient été nombreux. Sous François Ier, Giulio Camillo Delminio ne demandoit que trois mois pour rendre un homme capable de traiter en latin quelque matière que ce fût, avec une éloquence toute cicéronienne. Il reçut du roi trois cents écus pour rédiger son invention en principes, ce qu'il n'exécuta qu'imparfaitement dans ses deux petits traités: _Idea del teatro et Discorso in materia di esso teatro_. Etienne Dolet, dans ses lettres et dans ses poésies, parle de lui comme d'un escroc dont le roi avoit été la dupe. Sous Louis XIII, autre système: on apprit la grammaire à Gaston d'Orléans à l'aide d'une méthode qui mettoit en action noms, adjectifs, adverbes, etc., et en faisoit comme autant de régiments, de bataillons, s'accordant ou guerroyant entre eux. (V. de Meyer, _Galerie du XVIe siècle_, t. 2, p. 177.) Un peu plus tard, Sivestius, chanoine de Louvain, enseignoit l'espagnol en huit jours au vice-chancelier d'Anne d'Autriche, et en dix au P. Oliva, à Rome. Il s'en vante, du moins, dans une lettre écrite en 1671, et conservée à Mons dans la correspondance de Arnould Lewaitte. V. _Nouv. arch. histor. des Pays-Bas_, t. 6, p. 444.]
[Note 256: On écrivoit _cageols_. C'étoient de petits piéges en forme de cages pour prendre les oiseaux. Son dérivé _cajolerie_ n'a pas fait beaucoup dévier le mot de son premier sens.]
[Note 257: La racine de cette plante passoit pour un aphrodisiaque énergique.]
[Note 258: Les _zigannes_ ou _zingari_, bohémiens.]
[Note 259: On sait qu'il y a un philosophe sceptique de ce nom.]
[Note 260: Variante: _rigistre_.]
[Note 261: Variante: _pitié_.]
[Note 262: Variante: _égarées_.]
[Note 263: Variante: _mantes deschirées_.]
[Note 264: Sainte Eustochie ou Eustochium, qui, comme sainte Paule, avec laquelle elle se voua à la retraite, et comme les autres saintes femmes nommées ici, fut disciple de saint Jérôme.]
[Note 265: Ce mot, qui vient du latin _hamus_ et signifie _hameçon_, est encore très en usage dans quelques provinces.]
[Note 266: Var.: _un connétable négligent_.]
[Note 267: _Sage-femme._ C'est le mot latin _obstetrix_.]
[Note 268: Les pâtissiers tenoient cabaret dans leur arrière-boutique, et le _bordeau_ n'étoit jamais loin du cabaret. Il n'y avoit donc que la femme tarée qui s'aventurât chez le pâtissier, et qui même osât passer sans rougir devant sa porte. De là, selon l'abbé Tuet, dans ses _Matinées sénonoises_, de là le proverbe: _Elle a honte bue, elle a passé pardevant l'huis du pâtissier_. V. notre _Hist. des hôtelleries et cabarets_, t. 2, p. 279.]
[Note 269: C'est-à-dire qui dévore tout ce qu'il trouve.]
[Note 270: Le mot _barguigneur_ ou _barquineur_, qui, comme le verbe dont il est le dérivé, venoit d'une métaphore empruntée au jeu de l'oie (voy. _Biblioth. de l'école des chartes_, 2e série, t. 2. p. 304), signifioit marchander à outrance. Il étoit ancien dans la langue. (V. _Ducatiana_, t. 2, p. 458-459.) Parmi les _ordonnances_ que Monteil possédoit manuscrites, il s'en trouvoit une du XVe siècle sur la taxe du blé, par laquelle défense est faite aux _barguigneurs_ de _barguigner_, c'est-à-dire de marchander avant l'ouverture du marché. V. Monteil, _Traité des matériaux manuscrits_, t. 2, p. 306-307.]
[Note 271: La profession très méditative des cordonniers, qui produit aujourd'hui tant de socialistes et envoie tant de recrues en Icarie, avoit fourni alors un grand nombre d'adeptes à toutes les sectes de nouvelle invention. Le _New-York-State-Herald_ du mois de septembre 1842 a donné de ces savetiers mystiques une longue liste, en tête de laquelle se trouvent: Fox, le fondateur de la secte des Quakers; Davis Parens, théologien allemand; Roger Sherman, homme d'Etat américain, etc. On nous signale une dissertation publiée en Allemagne au XVIIIe siècle sous le titre: _De Sutoribus fanaticis_. Les livres de religion se ressentaient par leur titre du premier métier de ceux qui les avoient écrits: c'étoient _les Pantoufles d'humilité_, _les Souliers à hauts talons pour ceux qui ne sont que des nains dans la sainteté_. V. Lud. Lalanne, _Curios. bibliogr._, p. 251, 254.]
[Note 272: _Gants._ V. sur ce mot une curieuse anecdote dans les _Variétés_ de Sablier, 3, 200.]
[Note 273: Le détroit de Messine, qui s'appelle le _phare_.]
[Note 274: Var.: _tissier_.]
[Note 275: Var.: _fe de fe_. C'est le _par ma foi_ italien.]
[Note 276: Var.: _d'un flamand_.]
[Note 277: Var.: _du sacramenn_. Juron des Allemands.]
[Note 278: A Paris, on disoit encore, dans la litanie: _A furore Normanorum libera nos, Domine_. V. notre tome 1er, p. 97.]
[Note 279: Un proverbe disoit: Vérolle de Rouen et crotte de Paris ne s'en vont jamais qu'avec la pièce. (_Francion_, 1663, in-8, p. 557.)]
[Note 280: Ces deux vers manquent dans _le Donnez-vous garde_.]
[Note 281: C'est l'ancien nom du _perroquet_. Il étoit resté pour désigner ces petits oiseaux de carte ou de bois qu'on mettoit au sommet d'une perche pour servir de but aux tireurs d'arquebuse.]
[Note 282: Lâche, paresseux.]
* * * * *
_Aux Dames[283]._
[Note 283: Cette fin manque dans _le Donnez-vous garde_, etc.]
Mignonnes, j'ay voulu, excusant vostre amour, A visages masquez jouer vos personnages, Ce seroit allumer la chandelle en plein jour; Aux pelerins cognus, il ne faut point d'image.
Le poète qui a descouvert vos abus A senti la rigueur de vostre ame irritée; Mais ne le faictes plus, il n'en parlera plus: L'effet cesse à l'instant que la cause est ostée.
S'il vous est malaisé de quitter ce plaisir, Il nous est encor plus malaisé de nous taire. Vous avez trop d'amour, et nous trop de loisir; Nous aymons d'en parler, vous aymez de le faire.
Faictes doncque le voeu de quitter vos amours Quand vous aurez perdu vos chaleurs et vos flammes, Et nous vous promettons d'en quitter le discours Quand ses brusques fureurs auront quité vos ames.
Mais pourquoy, direz-vous, nous blasmer en jaloux? Si nous faisons l'amour, il n'y va que du nostre. Mais, si nous en parlons, pourquoy vous fachez-vous? Nostre langue est à nous comme le cul est vostre.
Donc, courtizan, alors qu'on te pique, il te faut En cacher l'aiguillon, n'en faire point de compte. Le singe, pour cacher sa honte, monte haut; Mais plus il est monté, plus il monstre sa honte.
_Discours veritable des visions advenues au premier et second jour d'aoust dernier 1589 à la personne de l'empereur des Turcs, sultan Amurat[284], en la ville de Constantinople, avec les protestations qu'il a fait pour la manutention du christianisme, qu'il pretend recevoir; ensemble la lettre qu'il a envoyée au roy d'Espaigne par le conseil d'un chrestien, et les guerres qu'il a contre ses vassaux pour ceste occasion, comme verrez par ce discours._
_A Lyon, par Jean Patrasson._
_Avec permission._
In-8.
[Note 284: C'est Amurat III, successeur de Sélim II, son père, et le même qui, par l'un des épisodes de son règne, inspira à Racine sa tragédie de _Bajazet_. Il régna de 1574 à 1595.]
_Les Protestations chrestiennes du grand Empereur des Turcs, envoyées par lettres au roy d'Espaigne._
Par plusieurs poincts de la saincte Escripture il se verifiera que souvent Dieu nous advertit des choses qui nous touchent, et nostre honneur, salut et santé, et de sa volonté aussi, par signes, visions, songes et autres moyens qu'il luy plaist, ausquels, si nous y pensions bien, nous et nos affaires se porteroient trop mieux qu'ils ne font: tesmoins les songes de Joseph fils de Jacob, et de Joseph espoux de la vierge Marie. Sainct Pierre, au second chapitre des Actes des apostres, recite la prophetie de Joel, par laquelle il desmontre que ce n'estoit point chose nouvelle si Dieu envoyoit des visions et des songes. Il y a d'autres passages que je laisse aux theologiens. Quant aux histoires humaines, on y a veu beaucoup d'issues et experiences, comme de la mère de Virgile, qui songea, lorsqu'elle estoit enceinte de luy, qu'elle voioit croistre une branche de laurier, et elle accoucha d'un poète à qui on a attribué la couronne de laurier. Aussi la mère de Paris, qui songea qu'elle enfantoit un flambeau ardent qui brusloit tout le pays; ce qui advint, car Paris, dont elle estoit enceinte, fut cause de la ruine et destruction de Troye. Le roy Astiages songea, quand sa fille estoit enceinte, qu'il voioit sortir du corps d'icelle une vigne croissant si fort que ses rameaux couvroient toutes les regions de son domaine; ce qui advint: car elle engendra Cirus, roy de Perse, qui fut maistre et seigneur de tous ses pays. Je pourrois encor alleguer Philippes de Macedoine, père du grand Alexandre, dont Aristandre, philosophe, interpreta le songe, selon laquelle interpretation advint. Les songes aussi de Ciceron, d'Hannibal, de Calpurnie, mère de Cesar, et plusieurs autres qui ont eu des visions nocturnes dont les effects sont advenus. Ce qui m'a emeu (outre l'envie que j'ay de faire part à tous catholiques de ce qui viendra à ma cognoissance pour l'augmentation de nostre saincte foy) à mettre en lumière ce present discours, lequel j'ay recouvré d'un marchant espagnol, et iceluy traduit de langage espagnol en nostre langue françoise, afin que tout homme de bien, en lisant iceluy, cognoisse de combien Dieu nous aime et a souvenance de la chrestienté, voulant admettre en icelle pour renfort le grand empereur de Turquie, qui commence à embrasser la loy de Dieu et à quitter le paganisme, avec intention de rendre son peuple chrestien, comme j'espère vous deduire par ceste vraye histoire[285].
[Note 285: Loin de se relâcher de la rigueur des sultans ses prédécesseurs contre les chrétiens, et d'avoir les velléités de conversion qu'on lui prête ici, Amurat fut l'un de ceux qui déployèrent le plus de sévérité. Il alla jusqu'à vouloir changer en mosquées quelques unes des églises encore consacrées au culte: Saint-François à Galata, Sainte-Anne et Saint-Sébastien. Il en avoit déjà donné l'ordre, quand l'ambassadeur de France, M. de Germigny, intervint et le fit retirer à force de démarches et d'instances. V. Hammer, _Hist. de l'empire ottoman_, t. 7, p. 139.]