Variétés Historiques et Littéraires (02/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 16

Chapter 163,499 wordsPublic domain

La concorde entre les frères, l'amitié entre les voisins, et l'amour entre l'homme et sa femme.

_Trois choses sont desagreables_:

Un pauvre superbe, un riche menteur, et un vieillard lascif et des-honneste.

_Trois choses sont dignes de compassion_:

Un pauvre soldat estropiat, un sage meprisé, et celuy qui se destourne de son chemin.

_Il se faut souvenir de trois choses_:

Des commandemens de Dieu, du bienfait de ses amis, et des trespassez qui ont fait du bien.

_Trois choses contentent l'homme_:

Estre sain, beau et prudent.

_A trois personnes faut dire verité_:

Au confesseur, au medecin et à l'advocat.

_Trois choses difficiles à supporter_:

Attendre quelqu'un qui ne vient point, estre au lict ne pouvant dormir, et servir sans guerdon et recompense.

_On trouve trois choses qu'on ne voudroit point trouver_:

Les souliers rompus, un serviteur vilain, et femme lubrique.

_De grande depense sont trois choses_:

Amour des femmes qui toujours demandent, caresses des chiens, et invist[243] d'hostes.

[Note 243: Pour _invitation_.]

_La fille à marier trois choses doit avoir_:

Qu'elle soit belle, bien née, et instruite aux bonnes moeurs.

_Trois choses necessaires pour entretenir un amy_:

L'honorer en sa presence, le loüer en son absence, et le secourir au besoin.

_Trois choses resjouïssent l'homme_:

Estre en la grace de Dieu, parler de Dieu, et penser à Dieu.

_A trois choses on doit obeyr_:

A la parole de Dieu, à ceux qui conseillent le bien, et aux commandemens du père et de la mère.

_Trois choses doit avoir le pecheur_:

Contrition de coeur, confession de bouche, et satisfaction d'oeuvre.

_Un bon chapon requiert trois choses_:

Bien gras, bien cuit, et un bon compagnon qui ait bon appetit.

_Trois qualitez doit avoir le bon vin_:

Bon de saveur, beau de couleur, et qu'il resjouïsse l'esprit.

_Trois qualitez au bon soldat_:

Plein de courage, adroit aux armes, et patient à la fatigue.

_Quatre choses ne te doivent estre fascheuses_:

Te marier legitimement; aller à l'estude, ayder à celuy qui est oppressé, et ne delaisser celuy qui se convertit de sa mauvaise vie.

_Quatre choses sont bonnes en un logis_:

Bonne cheminée, bonne gelinière, bon chat, et une bonne femme.

_Quatre choses nuisent au logis_:

Un degré rompu, un serviteur amoureux, une cheminée fumeuse et une femme de mauvaise vie.

_On ne se doit vanter de quatre choses_:

D'avoir du bon vin, du bon formage, une belle femme, et d'avoir force pistoles.

_Quatre choses doit avoir un comedien_:

La hardiesse, se plaire à ce qu'il dit, estre sçavant, et avoir l'usage.

_On ne doit prester quatre choses_:

Un bon cheval, une femme loyale, un serviteur fidèle, et une belle armure.

_Quatre choses crient vengeance devant Dieu_:

Espandre le sang innocent[244], opprimer les pauvres, pecher contre nature, et retenir le salaire des serviteurs.

[Note 244: Dans les comédies pieuses de ce temps-là, s'il s'agissoit, comme ici, du sang de quelque innocent _criant vengeance_, par exemple du sang d'Abel, on trouvoit moyen de mettre la chose en action. Voici ce que Tallemant fait raconter à ce sujet par Bois-Robert (_Historiettes_, édit. in-12, t. 3, p. 142): «Il dit que, de ce temps-là, on s'avisa de jouer dans un quartier de Rouen une tragédie de _la Mort d'Abel_. Une femme vint prier que son fils en fût, et qu'elle fourniroit ce qu'on voudroit. Tous les personnages étoient donnés; cependant les offres étoient grandes. On s'avisa de lui donner le personnage du _Sang d'Abel_. On le mit dans un porte-manteau de satin rouge cramoisi; on le rouloit de derrière le théâtre, et il crioit: _Vengeance! vengeance!_»]

_Quatre choses sont inestimables_:

Sagesse, santé, liberté, et vertu.

_Quatre choses arrivent sans y penser_:

Ennemis, pechez, ans, et debtes.

_Quatre choses sont meilleures vieilles que nouvelles_:

Vin vieil, formage vieil, vieil huille, et vieil amy.

_Garde-toi de quatre choses_:

De faim, de feu, de rivière, et de mauvaise femme.

_Quatre choses sont bonnes_:

Un oeuf d'une heure, un pain d'un jour, chair d'un an, et vin de deux.

_Quatre choses desire la fille à marier_:

Avoir un beau mary, du bien à son desir, avoir de beaux enfans, et estre maistresse en l'opinion.

_Le mary souhaite quatre choses_:

Richesse à suffisance, parfaite conscience, continuel repos, et plaisir d'ame et de corps.

_Le père doit procurer quatre choses à son fils_:

Le faire instruire aux bonnes moeurs, luy faire apprendre ung mestier, le reduire à son obeyssance, et le chastier mediocrement.

_L'enfant doit quatre choses au père_:

Honneur et respect, luy obeyr en bien faisant, ne le provoquer à courroux, et procurer le bien et utilité de la maison.

_Quatre choses doit faire un mary à sa femme_:

La tenir en crainte, la maintenir en santé de l'ame et du corps, luy porter amour, et l'habiller honnestement.

_Quatre choses doit faire la femme à son mary_:

L'aymer avec plaisir et patience, ne lui respondre point quand il est fasché, le tenir en bon regime de vivre, et le tenir net.

_Quatre choses doit avoir uns fille_:

Sobre en son manger, propre en habits, modeste en parler, et grave à marcher.

_La femme doit avoir quatre qualités_:

Honneste en son alleure, soigneuse de son mesnage, devote en l'eglise, et obeyssante à son mary.

_Quatre choses doivent avoir l'homme et la femme envers Dieu_:

Foy, esperance, charité, humilité.

_Quatre fins dernières de l'homme_:

La mort, le jugement, l'enfer, et le royaume des cieux.

_Cinq choses deplaisent à Dieu_:

La langue mensongère, le sang innocent espandu, le coeur qui pense en mal, le faux témoignage, et celuy qui allume la discorde.

_Cinq pauvretez acquièrent les chercheurs de pierre philosophale_:

Faim, froid, puanteur, travail, et fumée.

_Six choses sans profit à la maison_:

Femme jeune esventée, enfans desobeyssans, serviteurs qui se mirent, servante enceinte, bource sans argent, et geline qui ne pont point.

_Cinq choses contre nature_:

Belle femme sans amour, ville marchande sans larrons, jeunes enfans sans gaillardise, greniers sans rats, et chiens sans puces.

_Cinq choses appauvrissent l'homme_:

La femme de mauvaise vie, hanter mauvaise compagnie, procez mal intenté, l'ivrognerie, et ne croire bon conseil.

_Neuf choses s'accordent bien ensemble_:

Bonne compagnie et le plaisir, une poste[245] et un goulu, une belle femme et un bel habit, femme opiniastre et un baston, mauvais enfant et les verges, avare et force argent, bon escolier et beaux livres, larron et bonne foire, grand appetit et table bien garnie.

[Note 245: Pour trouver un sens ici, il faut lire _toste_, je crois. On appeloit _toste_, et, mieux encore, _tostée_ ou _toustée_, la tranche de pain rôtie qu'on mettoit au fond du verre, et qui restoit à celui à la santé de qui l'on buvoit, et qui le dernier prenoit le verre passé de main en main. Le mot _toast_ en vient. Dans _l'Histoyre et plaisante cronicque du petit Jehan de Saintré_ (édit. Guichard, p. 230, 234, 235), il est parlé de «_tostées_ à l'ypocras blanc, à la pouldre de duc, etc.»]

* * * * *

_La lune et la femme legère sont d'une mesme qualité._

La lune seroit tousjours noire Si le soleil ne la baisoit, Et la femme seroit sans gloire Si l'homme ne la caressoit.

Souvent la lune entre en furie, Jalouse des amours des dieux, Et la femme, par jalousie, Trouble l'air, la terre et les cieux.

La lune renverse, cruelle, L'esprit leger et vacillant; Mais il n'est si ferme cervelle Que la femme n'aille troublant.

Il est bien vray qu'en contre-eschange Ces deux ne se suivent tousjours: Car tous les mois la lune change; La femme change tous les jours.

La lune pleine enfle les sources Et les moësles des os creux; La femme desenfle nos bourses Et vuide nos os moësleux.

La lune est fidèle et n'estime Qu'Endimion, son bel amant; Mais la femme n'est qu'un abisme Qui n'a point d'assouvissement.

Donc la lune, en tout peu constante, Est constante en fidelité; Mais la femme, en tout inconstante, Est constante en desloyauté.

Bref, ce qui plante plus de bornes Et qui les fait plus differer, C'est que la lune porte cornes, Et les femmes les font porter.

_Le Tocsin des filles d'amour._

_A Paris, chez Joseph Bouïllerot, ruë de la Calandre, près le Palais._

M. D. C. XVIII.

In-8.

Messieurs,

Autant de frais comme de salé, autant de bond comme de volée[246], disposé de tout sens, ainsi qu'un compteur de fagots à la douzaine[247], de vous reciter de quoy satisfaire à vos curiositez plus curieuses, et sçachant bien qu'il estoit permis de mentir à ceux-là qui viennent de loing, j'ay tracé ces plaisantes nouvelles qui vous serviront de cure-dent (si bon vous semble) et à telle heure qu'il vous plaira.

[Note 246: Terme du jeu de paume. On disoit _à bond et à volée_ pour à tort et à travers. V. notre édition des _Caquets de l'Accouchée_, p. 164.]

[Note 247: Dans une facétie de la même époque, _la Querelle de Jean Pousse et de Jeanneton sa cousine_, qui n'est que la reproduction de celle qui a pour titre _la Querelle de Gautier Garguille et de Perine sa femme_, nous trouvons cette locution: «Tu me comptes des fagots pour des cotterets.» Or, ce qui est dit ici et l'expression encore employée _conter des fagots_ trouvent là leur origine et leur explication. Il est facile de voir que, pour arriver à la phrase encore en cours, il a suffi d'abréger la première, d'où elle dérive, et, par une équivoque naturelle en pareil cas, de changer l'orthographe et en même temps le sens du mot _compter_. M. Quitard, qui avoit lu _la Querelle de Gautier Garguille..._, est tout à fait de notre avis. (_Dict. des proverbes_, p. 367.)]

_In primo loco_, dans l'université de Vaugirar, quatre sophistes de haut appareil, disputant sur la misère du monde, dont ils estoient grandement entachez, par leurs conclusions m'ont appris que quiconque est à son aise, à gogo, et qui est dans la paille jusques au ventre, ne doibt estre estimé pour partisan de la necessité, _aut omnino regula fallit_.

_Secundo_, vous tiendrez pour article de foy, en forme probante, et passé par l'alambic de mes plus fertiles curiositez, qu'il est arrivé un grand miracle dans Monceaux[248] lorsque j'estois à la suitte de la cour. Les uns vous diront que c'est un grand bien que la multiplication; les autres soutiendront que non, et, faisant des argumens à boisseaux sur la pointe d'un esguille, diront, avec le bonnet sur le coin de l'aureille: _Vel est, vel non est; aut est verum, aut est falsum_. Ainsi ce sera un plaisant, passe-temps d'Antimèmes, qui eschauferont plus la teste que l'estomach. Revenons à nostre matière (je ne dis pas à celle qui vous pourroit bien brider le nez), mais à ce miracle extraordinaire de nature. Vous apprendrez donc, Messieurs, qu'un jeune homme ne fut pas si tost marié qu'il eut une femme, et bien davantage, car, deux jours après ses nopces, il trouva, revenant de quelque visite, deux plaisans resveil-matin au chevet de son lict, qui, luy rompant la teste plus que de coustume, attendu que c'estoit de la façon de sa chaste femme, il en voulut avoir raison par la justice. Donc grand debat entre les parties; mais, sur toutes leurs contestations, à cause de la grande diligence et du grand mesnage de la dite femme (dont le juge mesme en pouvoit discourir pertinement), et veu l'orgueil du compagnon, l'on mit les parties hors de cour et de procez, sauf au pauvre badin de se pourvoir par devers les rentrayeurs pour retressir sa dite femme.

[Note 248: Château situé dans le département de Seine-et-Oise, près de Corbeil, et qu'il faut bien se garder de confondre, comme on le fait souvent, avec celui dont le parc existe encore au bas de la butte Montmartre, près de Batignolles. De Henri II à Louis XIII, la cour y fit de fréquents séjours. C'est là qu'en 1567, les huguenots, commandés par le prince de Condé, faillirent enlever Charles IX. Gabrielle d'Estrées avoit été faite par Henri IV marquise de Monceaux.]

_Tertio_, estant à Soissons, j'allay loger en une hostellerie qui ne se nomme point, où l'on estoit fort bien traicté pour son argent et où l'on n'engendroit point de melancolie; mais au reste une grande question estoit agitée à chaque quart d'heure entre la maistresse du logis, sa fille et sa servante. Si vous estes bons coursiers, je vous baille de bonne avoyne; si vous n'estes que des asnes, vous n'aurez qu'une baye[249] en forme de chardons. Donc disposez de vos qualitez, aages, noms et demeurances. Pour moy, je suis resolu de cotter dans ces croniques boufonnesques que ces trois espèces de foureaux estoient fort avides et desireuses de pistolets. Je ne sçay si c'estoit à cause que le vuide en bonne philosophie est un vice en la nature, ou si leur contentement estoit limité à tirer plus tost au noir qu'au blanc. Quoy que ce soit, la dite maistresse, authorisée de ses propres volontez au reffus de son mary, se rendit tellement diligente à conduire en haut ceux qui abordoient chez elle, que la fille en avoit mal au coeur et à la teste; si bien que, feignant la vouloir soulager de cette peine, elle luy faisoit maintes remonstrances familières pour parvenir à ses desseings, ausquels la servante s'opposant formellement, et d'autant qu'elle ne pouvoit esteindre le feu de sa cheminée que par l'ayde et le secours des bons ramoneurs, elle ne fut honteuse de dire en bonne compagnie qu'elle ne s'estoit point loüée à si bon marché, si ce n'estoit soubs l'esperance des profits. Sur quoy, grand desordre dans le dit logis, l'une prenant le pot à pisser à la main, l'autre la marmite, l'autre la clef de la cave; et en effet querelle qui eust esté de durée si je ne fusse arrivé avec mes compagnons, qui faisions en nombre douze ou treize escuyers, sans le regiment de nos goujats, laquelle nous fismes cesser en moins de rien, ce pendant que le maistre du logis nous faisoit à chacun un bouillon pour nous sallarier de nos peines, et de cecy _experto crede Roberto_.

[Note 249: Equivoque sur le double sens du mot _baye_, qui signifie une sorte de fruit, et qui s'entendoit aussi alors pour _moquerie_, _tromperie_. Corneille a dit dans _le Menteur_ (acte 1er, scène 6):

«. . . . . . . . On les étonne, On leur fait admirer les _baies_ qu'on leur donne.]

_Quarto_, pour ne rien oublier que ce qui est mis hors de mon souvenir, suivant mon mesme stille, ma mesme intention, mes semblables inventions, mensonges et consors, vous apprendrez que je n'eus pas plustost recogneu que les Picardes avoient le cul plus chaud que la teste, que je leur fis promesse de les servir le jour du jugement si j'avois le loisir. Si bien que, sortant par la porte de derrière et n'oubliant rien qu'à dire à Dieu, je fus contrainct de louer un viel asne galeux pour aller en poste jusques à Reims, où je ne fus pas sitost arrivé qu'une jeune bourgeoise, me prenant pour un marchand d'huille, me conjura d'affection de lui bailler trois ou quatre dragmes de la mienne. Ma courtoisie fut cause que je la pris au mot, de sorte qu'elle tendit sa lampe, où j'en fis distiller à bon escient: à quoi je fus employé près de huict jours entiers sans recevoir aucun argent pour parachever mon voyage; et d'avantage j'eusse demeuré en ce bel exercice sans que messire Jean Cornette, propre mary de ceste affetée, revint de vendange, qui, me trouvant mettre le feu au lumignon, me fit prendre en diligence très humble congé de la compagnie. Ainsi je partis de cette fameuse cité pour revenir en cette ville, d'où estant proche environ de sept ou huict lieues, je rencontray un courier assez mal monté qui venoit au devant de moy affin de m'apprendre les stratagèmes qui s'estoient passez au marché aux pourceaux[250]; sur quoy, l'interrogeant particulierement, il me dict qu'un frippon d'advocat, voyant que sa practique n'estoit bonne que pour enveloper des andoüilles ou des cervelas, s'en estoit allé audit marché avec un charlatan, et que là ils avoient affronté un marchand, mais toutes fois que le retour avoit esté pire que les matines, d'autant qu'au bout de trois sepmaines son logis fut descouvert, où l'on chanta de terribles _Gaudeamus_.

[Note 250: On sait qu'il se tenoit au bas de la butte S.-Roch, et que c'étoit une sorte de foire permanente. V. notre _Paris démoli_, 2e édit., p. 177, 366-367.]

_Quinto_, si je croyois que l'on me deubt croire, je reciterois un faict estrange arrivé pendant ces vendanges dernières, proche du village de Fontenay sur Baigneux. Qu'on me croye ou qu'on ne me croye pas, puisque j'ay entrepris de reciter tant en gros qu'en destail les nouvelles de ce temps, je vous diray qu'une fille aagée de vingt deux à vingt-trois ans, ayant les vazes plus secrets de la nature bouchez et obtuperez, en sorte qu'elle ne pouvoit faire la lescive au declin de la lune, ainsi qu'elle avoit accoustumé, trouva un remède très souverain pour sa douleur: c'est qu'elle fist accroire à sa mère qu'elle estoit subjecte à un mal pour le remède duquel son confesseur luy avoit conseillé de faire un voyage en Brie, tellement que le bon naturel de ceste mère permist à nostre petite effrontée d'y aller descharger son pacquet, où elle accreut le nombre des veaux; toutes fois c'estoit un veau retourné, car il portoit la queüe devant, et les autres la portent derrière.

Si je passe plus outre et que l'humeur me prenne de vous faire rire à gueule bée, je ne sçay si vous dirés que je suis un drolle et que j'en sçais de bonnes. Je l'espère ainsi: voilà pourquoy, _messiores drolissimi, galandissimi et curiosissimi_, sachez _in globo_ qu'estant retourné de par deçà je n'estois plus par les chemins, et que j'ay trouvé aux fauxbourgs S.-Germain, en une fameuse académie[251] où l'on ne court jamais en lice que l'on ne rompe, une certaine damoiselle natifve de Paris, des mieux equipées et caparasonnées, gouluë au possible, qui, s'estant delectée dans les jardinages du père d'Amour, et qui, pour avoir mis trop souvent le cul contre terre, le ventre luy en est tellement enflé pendant l'absence de son mary, que quelque dix ou onze mois après elle a remis le paradis terrestre au monde en produisant le fruict de vie, que l'on dit pourtant avoir esté planté aux despens d'une abbaye: _Et hoc plusquam verum_.

[Note 251: Le faubourg S.-Germain étoit rempli d'académies de toutes sortes: académies d'armes, de jeu, etc., et plus encore de celles dont il est parlé ici. V. notre tome 1er, p. 207-208 et 219, note.]

_Item_, si le loisir me permettoit de faire deduction de la force, de l'honneur et de l'utilité des cornes d'un jeune Gascon de la paroisse S.-Paul, je vous dirois que pour avoir rembouré le bas d'une vieille mule, qu'il avoit fait une assez jolie fortune, mais que son indiscretion l'ayant conduit aveuglement au bordel, qu'il y trouva une jeune Bourguignote, à qui il fit franchement cession et transport de ses bonnes volontez; mesmes, pour la faire damoiselle, qu'il vendit l'office dont il estoit assez honoré. Ainsi le drolle est tombé de fièvre en chaud mal, qui neantmoins n'apporte pas grand dommage en sa maison: car la saincte Escriture y est fort enseignée. Devinez si bon vous semble.

Pour conclusion de la presente histoire, vous remarquerez une grande justice et une grande debonnaireté en la personne d'un gros prebendé de cette ville, lequel donne en faveur de mariage à sa monture la somme de douze mille livres argent content, sans comprendre les menus suffrages, et sans specifier comme il a promis et promet de faire eslever, nourir et entretenir jusques en aage de maturité le fruict qui est prevenu des hantes[252] qu'il a faites plus en fante qu'en escusson avec la dite monture.

[Note 252: _Entes_, terme de jardinage, comme ceux qui suivent.]

Toutes lesquelles choses cy-dessus je vous certifie estre vrayes et avoir esté faites de la façon, vous promettant que, si vous les croyez, de vous en descouvrir dans peu de jours des plus nouvelles et des mieux couzues: car ainsi a esté accordé et stipulé entre mes plus joyeuses fantaisies les an et jour que dessus.

Signé: _Turlupin_[253] et _Pierre Dupuis_[254].

[Note 253: Son nom de famille étoit _Henri Legrand_, son sobriquet _Belleville_, et son nom de théâtre _Turlupin_. Il jouoit les valets fourbes et intrigants, et étoit ainsi à l'hôtel de Bourgogne ce qu'était _le Briguella_ au théâtre italien du Petit-Bourbon. «Ils portoient un même masque, dit Boucher d'Argis, et on ne voyoit d'autre différence entre eux que celle qu'on remarque en un tableau, entre un original et une excellente copie.» _Var. histor., phys. et litt._, t. 1er, 2e partie, p. 505.--Un faiseur de pasquils de ce temps-là l'a appelé

Grand maistre Alliboron, ennemi de tristesse.

«Quoiqu'il fût roussâtre, dit Robinet, il étoit bel homme, bien fait, et avoit bonne mine. Il étoit adroit, fin, dissimulé et agréable dans la conversation.» C'est ce qui mit à la mode ce genre de plaisanteries équivoquées dont Boileau a gémi, dont s'est moqué Molière. Sorel, avant eux, avoit ainsi parlé de ce genre d'esprit à propos d'un livre bourré de _turlupinades_: «Il n'y avoit rien là dedans à apprendre que des pointes qui avoient beaucoup d'air de celles de Turlupin, lesquelles estoient mêlées hors de propos parmy les choses sérieuses.» _Histoire comique de Francion_, Paris, 1663, in-8, p. 584.]

[Note 254: V. sur ce fou, qui couroit alors les rues de Paris, une longue note de notre édition des _Caquets de l'Accouchée_, p. 266. Nous ajouterons ici que Regnier le nomme au 72e vers de la 6e satire; que Bruscambille, dans ses _Paradoxes_ (Paris 1622, p. 45), l'appelle _maistre Pierre Dupuy, archifol en robe longue_, et que, selon Desmarais, il couroit les rues, portant un vieux chapeau à son pié en guise de soulier (_Défense du poème épique_, p. 73).]

_Plaisant Galimatias d'un Gascon et d'un Provençal, nommez Jacques Chagrin et Ruffin Allegret._

_A Paris, chez Pierre Ramier, ruë des Carmes, à l'Image Sainct-Martin._

M. DC. XIX. In-8.

AU LECTEUR.

Si ce dialogue ne vous duit, Que la fin luy soit pardonnée; De peu de perte peu de bruit: S'il ne dure qu'une journée, Il ne me couste qu'une nuict.

ALLEGRET.

Bon-jour, compagnon, bon-jour et bien à boire, camarade.