Variétés Historiques et Littéraires (02/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 11

Chapter 113,561 wordsPublic domain

4. Pour extirper les abus qui ont par cy-devant eu vogue, par faute d'avoir preste par les curez residence actuelle sur les lieux de leurs benefices, il n'y aura autres beneficiers que commandataires et prieurs, dont ceux-là seront mariez et ceux-ci non, ausquels nous enjoignons de resider actuellement sur les benefices dont ils seront jouissans; autrement se pourront pourvoir les plus diligens encontre eux par devolutz[155], sur lesquels benefices ceux-là qui seront en quelque faculté graduez seront tenus d'insinuer leurs nominations en personne, et non par procureurs.

[Note 155: _Dévolu_ se disoit du droit acquis à un supérieur de conférer tout bénéfice, quand l'inférieur et collateur ordinaire négligeoit de le conférer, ou l'avoit conféré à une personne incapable.]

5. Et, toutesfois encore que tels beneficiez facent residence sur leurs benefices, si est-ce que là, et au cas que par maladie, ancien aage ou autrement, ils ne pourront bien et deuement vacquer au fait de leurs charges, ils seront tenus prendre coadjuteurs, vicaires et vicegerantz, ou viportants[156] de qualitez requises, pour suppleer le deffaut de leurs impuissances.

[Note 156: _Var._ de l'édit. de 1574: _personnages_.]

6. Comme ainsi soit que le principal but de tout bon legislateur doive estre l'union et concorde de ses subjects en une mesme religion, en laquelle nous voyons pour le jourd'huy les meilleurs esprits bigarrez et partialisez[157], n'entendons en rien remuer les anciens statuts qui nous ont esté prescripts et proposez par nos pères, ains, ensuyvant leurs bonnes et louables traces, approuvons les voeux, professions, offrandes, merites et confessions auriculaires, et encores que nous retenions les prières qui se font pour les morts et la veneration des images; si avons-nous en specialle recommandation les prières qui se font pour les vifs et celles qui s'adressent aux images vifves.

[Note 157: _Divisés en partis._ Pasquier s'est servi ailleurs de cette expression: «Voyant son royaume partialisé en ligues pour la diversité des religions.» _Recherches de la France_, liv. 6, ch. 7.]

7. Et, au surplus, d'autant que nous avons depuis quelques revolutions d'années cognu par experience que plusieurs, abusans du mot de fidelité, l'avoient de religion tourné en partialité, nous, pour obvier à toutes seditions intestines qui nous pourroient estre par telles sortes de mots procurées, exterminons et rejettons[158] de nostre convent tous fidelles.

[Note 158: Encore une expression favorite de Pasquier. Il a dit, en son _Pourparler du prince_: «Je serois d'advis de l'_exterminer_ de ceste nostre compagnie.» Sur ce mot, pris dans le sens de chasser, pousser hors des limites (_ex terminis_), et dont Racine a fait tant de fois un éloquent usage, on peut lire une dissertation dans le _Journal littéraire_ de Clément, t. 2, p. 58.]

8. Cognoissans que l'une des premières et principalles corruptions de toute republique est l'oysiveté, comme celle par laquelle non seulement tout peché prend sa source, mais aussi sa nourriture et accroissement; desirant songneusement que ce vice ne provigne[159] aucunement entre nous, nous prohibons et defendons toute oysiveté en nostre convent, en quoy entendons que chacun soit si estroit et religieux observateur de ceste loy, que ne voulons qu'il soit proferé aucune parolle oyseuse et sans effect.

[Note 159: Mot emprunté à la langue des vignerons, qui appellent _provin_ la branche de vigne d'où doivent sortir les nouvelles souches. Pasquier se sert ailleurs du mot _provigneur_, qui en vient aussi. Il parle, dans ses _Recherches de la France_ (liv. 5, ch. 14), d'un tas «d'escoliers italiens que l'on appelle docteurs en droict, vrais provigneurs de procez.»]

9. Ce neantmoins, par ce que nous ne sçaurions du tout estranger les pauvres de nous, suyvant ce qui est escript: _Pauperes semper vobiscum habebitis_[160], nous, pour ceste occasion, ne voulans en rien dementir l'Escripture, ne rejectons d'entre nous les pauvres et mendians, ores qu'ils fussent valides, lorsqu'il ne tient point à eux qu'il ne soient mis en besongne; et singulièrement recommandons à toutes dames et damoiselles avoir pitié des pauvres honteux qui ne demandent l'aumosne publiquement aux portes, sur quoy nous chargeons leurs consciences. Aussi enjoignons auxdicts pauvres que, s'ils trouvent à estre mis en oeuvre, ils s'y emploient fort et ferme; surtout ordonnons que toutes aumosnes se feront par devotion, et non par police.

[Note 160: _Var._: habetis.]

10. Pour l'abreviation des procez, nous ostons tous contredictz et reproches entre le mary et la femme.

11. Et pour autant que la malice des plaideurs a introduict plusieurs cavillations[161] en practique, faisans, la pluspart d'entre eux, pour la multiplicité des appoinctemens[162] qui s'y trouvent, une banque de tromperie; à quoy nous, desirans couper toute broche[163], voulons et nous plaist que doresnavant n'y ait plus qu'un appoinctement, qui sera que les parties se pourront appoincter en droict et joinct, et produire d'une part et d'autre tout ce que bon leur semblera.

[Note 161: Ruses, subtilités, du latin _cavillatio_, qui avoit le même sens. On en avoit fait l'adjectif _cavilleux_, que nous trouvons déjà dans la _Chronique de Saint-Denis_.]

[Note 162: Arrangements, accommodements.]

[Note 163: _Couper broche_ à quelque chose se disoit par allusion au tonneau en perce, dont on ne peut plus tirer le vin quand la _broche_ ou _cheville_ a été coupée. (_Dict. de Trévoux._)]

12. S'entrecommuniqueront lesdites partyes leurs pièces respectivement, puis se vuydera le procès à huys clos, par compromis et amiable composition; et à ce faire seront speciallement appellez les vidames[164], auxquels nous commandons, et très rigoureusement enjoignons n'aller mollement, ains roidement et rondement en besongne, sur peine de suspension de leurs estats, pour la première fois, et de privation, pour la seconde.

[Note 164: Ce mot que l'on ne croiroit mis ici que pour les besoins de la gaillardise, se trouve en réalité fort bien à sa place dans une pièce publiée au Mans, ville où le vidame, avoué de l'évêque, jouissoit plus qu'ailleurs d'une grande puissance, et avoit une juridiction très étendue. V. _Mémoires des intendants_ (Maine), art. _Noblesse_, et Denisart, _Collection de jurisprudence_, art. _Chasse_.]

13. Nous n'ostons cependant les consignations; mais, au lieu qu'elles se payent ès autres endroicts dès l'entrée du procès, seront les partyes tenues de consigner en communiquant leurs pièces.

14. Pour la verification[165] des procès, ne seront les espices ostées, mais bien seront reduictes à l'instar qu'elles estoient au temps passé, en dragées et confitures[166], à la charge, comme dit est, que ceux qui visiteront les pièces seront tenus de bien et diligemment les feuilleter et approfonder, en sorte que tout se face à la conservation du droict des parties.

[Note 165: _Var._: visitation.]

[Note 166: «En France, du commencement, les juges ne prenoient aucun salaire des parties, au moins par forme de taxe, et contre leur volonté: car les _espices_ estoient lors un présent volontaire que celui qui avoit gagné sa cause faisoit par courtoisie à son juge ou rapporteur, de quelques _dragées_, _confitures_ ou autres espices.... A succession de temps, les espices ou espiceries furent converties en or, et ce qui se bailloit par courtoisie et libéralité fut tourné en taxe et nécessité.» (Loiseau, _Des offices_, liv. 1er, ch. 8.) Estienne Pasquier (_Recherches de la France_, liv. 2, ch. 4) s'est expliqué lui-même sur ce changement du don volontaire en taxe et des espices en argent. «Le malheur du temps, dit-il, voulut tirer telles libéralités en conséquence.... Le 17e jour de may 1402 fut ordonné que les espices qui se donneroient pour avoir visité les procez viendroient en taxe.... Depuis, les espices furent eschangées en argent, aimant mieux les juges toucher deniers que des dragées.»]

15. En toutes les dites matières y aura lieu de prevention.

16. Sur les vacations requises par les gens mariez, avons renvoyé leur requeste pour en deliberer plus amplement à nostre conseil. Toutefois, par provision, et jusques à ce qu'autrement en ait esté par nous ordonné, sera l'arrest des arreraiges requis par les femmes à l'encontre de leurs maris[167] en tout et partout executé selon sa forme et teneur.

[Note 167: Nous trouvons dans l'_Ancien Théâtre françois_, t. 1, pag. 111-128: _Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, des femmes qui demandent les arrerages de leurs maris, et les font obliger par nisi_, etc.]

17. Defendons de faire le procès extraordinaire à quelque personne que ce soit, si ce n'est chez les accouchées[168] ou autres bureaux solennels à ce expressement dediez; ausquels lieux seront traictez et decidez tous affaires d'estat, et signamment ceux qui concernent les mariages inegaux, soit pour le regard de l'aage, des moeurs ou des biens, et pareillement les bons ou mauvais traictemens des maris à l'endroict de leurs femmes, et, au reciproque, des femmes envers leurs maris. Les entreprinses qui se font par unes et autres dames au pardessus de leurs puissances et dignitez, et, à peu dire, toutes telles matières qui regardent tant la police que le criminel. En quoy nous enjoignons et très expressement commandons à toutes dames, damoiselles et bourgeoises, de quelque estat et condition qu'elles soient, vuyder sommairement et de plein telles matières, sans aucun respect ou acception des personnes.

[Note 168: M. Le Roux de Lincy, dans son Introduction à notre édition des _Caquets de l'Accouchée_, a cité ce passage.]

18. Defendons les injures verbales; permettons toutesfois aux maris, pour la primauté et puissance qu'ils ont dessus leurs femmes, de se pouvoir rire et gausser d'elles en toutes compaignies, à la charge que leurs femmes s'en pourront revencher en derrière.

19. D'autant que la multitude et pluralité d'officiers n'apporte autre chose qu'une confusion en toutes republiques, et ny plus ny moins que la tourbe des medecins est la ruine de nos corps, à ceste cause, avons, par edict perpetuel et irrevocable, cassé, supprimé et annullé, cassons, supprimons et annullons tous estats de judicature, horsmis nostre Parlement et la basse marche des maistres des requestes ordinaires de nostre hostel; et, au lieu des comtes, prevosts, baillifs et seneschaux, avons retenu les vicomtes, viguiers, vidames, erigeans en officiers nouveaux les vibaillifs et les viseneschaulx.

20. Aussi, recognoissans que la pluspart des procès s'immortalise de jour en autre par le moyen de nos chancelleries, qui furent autrement introduictes pour ayder aux affligez, et non pour couvrir et perpetuer la malice des chicaneurs, avons en cas semblable supprimé et annullé toutes nos dites chancelleries, et se pourvoiront les parties par devant les juges ordinaires des lieux. Interdisons toutefois toutes manières de reliefs[169] aux hommes, de quelque aage qu'ils puissent estre, sinon qu'ils veuillent estre declarés niays[170]. Et quand aux femmes, leur permettons d'estre relevées après bonne et meure cognoissance de cause, c'est à sçavoir, après que leur cas aura esté expedié et depesché par nos vidames, vicomtes, viguiers, vibaillifs et viseneschaux, lesquels, pour le soulagement du public, nous voulons en cest endroit faire estat des maistres des requestes et des secretaires.

[Note 169: _Reliefs d'appel_, c'est-à-dire, en terme de chancellerie, les lettres qu'on obtenoit pour relever un appel interjeté, et faire intimer pardevant le juge supérieur la partie qui avoit eu gain de cause par une première sentence.]

[Note 170: _Sot_, dans le sens qu'on donnoit alors à ce mot quand il s'agissoit des maris. «Les frères, ou pour le moins les cousins germains de _sot_, dit Henry Estienne, sont _niais_, que le vieil françois disoit _nice_, fat, badaud.» _Apologie pour Hérodote_, La Haye, 1735, in-12, t. 1er, p. 28.]

21. En continuant les anciens priviléges qui ont esté de tout temps et ancienneté octroyez aux clercs tonsurez et non mariez, les declarons francs et exempts de toutes aides, subsides, et n'y aura que les gens mariez qui seront desormais sujects, tout ainsi comme auparavant.

22. Entre gentilshommes et damoyselles, permettons la venerie, fors que nous leurs defendons et sur toutes choses inhibons de chasser aux grosses bestes.

23. Semblablement defendons, entre toutes les voleries, celle du _faulcon_.

24. Ne derogeons cependant aux priviléges des gentilshommes, ausquels permettons de fureter aux connils[171] dans les garennes, et aux gens de condition roturière dans les clapiers; et toutesfois n'empeschons aux nobles de chasser quelquefois aux clapiers, ny aux roturiers de chasser aux garennes, selon que les occasions se presenteront.

[Note 171: C'est le vieux mot qui signifioit _lapin_.]

25. Jaçoit ce que cy-devant, pour les inconveniens et scandales qui sont survenus, nous ayons defendu le port d'armes entre nos confrères, toutesfois, voyant que la plupart d'iceux s'aneantissoient, ce qui pourroit au long aller tomber au grand detriment et dommage de nostre convent, advenant nouvelle guerre, sera à l'advenir permis à chacun de porter pistolets, batons de feu[172] pour gibier; et afin qu'il n'y ait aucun mescontentement, et que les dames et damoiselles ne se plaignent, comme si par nous estoit octroyé plus de prerogative aux hommes qu'aux femmes, voulons qu'elles en portent le rouet.

[Note 172: «Les mousquets, les fusils, les arquebuses, sont appelés des _bâtons à feu_.» _Dict. de Trévoux._]

26. S'il se trouve quelque abbatie, nous l'adjugeons en forme d'espave à celuy qui en sera le premier occupant, sans qu'il soit tenu de la reveler ou communiquer aux gruyer et capitaine de nos forests.

27. Par ce que nous voyons les forests de nostre convent se depeupler de jour à autre par les degradations et mauvais mesnages de plusieurs nos predecesseurs, ce qui est venu en tel excès qu'il y a danger que les bois ne nous defaillent par cy-après; d'ailleurs la plus grande partie de nos terres a esté employée en vignes, qui tourne au grand interest de tout le public; nous, pour tenir le moyen à l'un et à l'autre point, defendons de coupper plus bois de haulte fustaye, jusques à ce qu'autrement en ait esté par nous et nostre conseil ordonné; et au surplus, à l'imitation de quelques anciens empereurs, voulons que la troisiesme partie du vignoble soit arrachée et reduicte en terre labourable[173]; et, pendant cette surseance de coupper, les gentilshommes et damoiselles se chaufferont de serment, et les pauvres de paille ardant.

[Note 173: Cet arrêt burlesque de Pasquier fut sérieusement formulé et mis en vigueur au commencement du XVIIIe siècle. «La passion du vin, dit Lemontey, étoit assez répandue; déjà quelques parlements avoient ordonné qu'on arrachât les vignes plantées depuis 1700.» _Histoire de la régence._]

28. Tous arbres esquels croissent noix[174] ou noisettes seront arrachez. Aussi ne seront semez en nos jardins souciz ny pensées.

[Note 174: Pasquier joue ici sur la ressemblance des mots _noix_ et _noisettes_ avec _noises_ (disputes).]

29. Quant aux jeux et autres recreations d'esprit, nous permettons toutes sortes de jeux honnestes. Entre lesquels recommandons par especial le _trou madame_, le jeu du _billart_, tous jeux de _dame souz le tablier_[175], ausquels gardans les severitez, il sera joué à tous jeux, mesme à _dame touchée dame jouée_; ne sera joué à la _renette_[176], sinon à _qui fait l'un fait l'autre_[177]; approuvons semblablement le jeu du _fourby_ et de _cubas_[178], aux cartes, excepté que des cartes françoises nous ostons les picques, tresfles et careaux, retenants seulement les _coeurs_, et des cartes d'Italie les espées, bastons et deniers, retenans seulement les _couppes_[179], et sera doresnavant le jeu de cartes composé de coeurs, couppes, las d'amours et fleurs. Louons aussi grandement le jeu de paulme, auquel jouant à fleur de corde[180], sçaura donner bas et roide dedans la _belouse_, tous lesquels jeux nous ne rejetons, et autres de mesme marque, moyennant que le tout se face sans opinion d'avarice ou argent, pour laquelle cause, entre tous les jeux, deffendons notamment le jeu de la pille[181].

[Note 175: Variétés du jeu de _trictrac_.]

[Note 176: Jeu dont Nicot fait mention au mot _Trictrac_. Il est cité par Coquillard dans ses _Droits nouveaux_ et par Des Accords. Rabelais le place parmi ceux de Gargantua, et son traducteur anglois nous donne à entendre ce qu'il étoit en l'expliquant par à _dames doubles_ ou à _doubler les dames_.]

[Note 177: Ce jeu se trouve aussi parmi ceux de Gargantua, de même que le _fourby_, qui vient après.]

[Note 178: Sorte de jeu de cartes dont le _règlement_ fut publié à la fin du XVIe siècle, _avec approbation et privilége du roi, chez la veuve Savoye, rue S.-Jacques, à l'enseigne de l'Espérance_. «Ce jeu, y est-il dit à la fin, est fort divertissant, et goûté en à part des gens d'épée, qui n'ont vergogne des mots quand il s'agit de gentes choses.»]

[Note 179: Ces figures existent encore sur les tarots et sur les cartes d'Italie et d'Espagne.]

[Note 180: On disoit qu'une balle avoit passé _à fleur de corde_ quand il s'en étoit fallu de peu qu'elle n'eût été dehors; de là l'expression _demoiselles à fleur de corde_ pour désigner des filles prêtes à sortir du droit chemin. (Voir notre édition du _Roman bourgeois_, p. 30.)]

[Note 181: Ici, dans l'édition de Jean Sara, se trouve une interversion de pages qui nous fait passer de la 11e à la 14e et du 29e au 38e article.]

30. Recevons entre gentilshommes et gentilzfemmes les esbats qui leur sont destinez d'ordinaire: jeux de luitte, courre la bague, faire des combats plaisans, à la charge que, s'il se trouve gentilhomme qui refuse, ou d'entrer en la lice, ou de mettre la lance en l'arrest quand l'occasion se presentera, le declarons indigne de porter les armes, et le degradons du tiltre et qualité de noblesse, avecques sa postérité.

31. Et pour le regard des luittes, par ce que les femmes sont ordinairement plus foibles, et qu'il leur est de besoin destourner la force de leurs combatans par leurs subtilitez et engins, permettons seulement aux femmes de bailler le sault de Breton[182]. Pourront neantmoins les hommes leur donner roidement le crocq en jambe, selon que les necessitez leur apprendront.

[Note 182: «C'est le saut, la chute d'un homme qu'on fait tomber par un certain tour de lutte.» _Dict. de Trévoux._]

32. Authorisons, entre les dances, tous branles, et par spécial les branles gay, et branle double[183], branle de la touche[184]; et combien que ce soit chose de dangereuse consequence de permettre aux particuliers, en une republique, d'innover aucune chose, toutesfois nous, pour aucunes bonnes causes et considerations à ce nous mouvans, permettons à un chascun et chascune d'inventer telles diversitez de branle qu'il luy plaira. Aussi advoüons les basses dances et gaillardes; et sur tout enjoignons à ceux qui pendant les dits branles ne pourront faire l'amour de la langue, le facent de la main et des yeux.

[Note 183: Le _branle gay_ se dansoit par deux mesures ternaires; le _branle double_ se répétoit deux fois.]

[Note 184: Nous n'avons pas trouvé celui-ci parmi ceux que décrit l'_Orchésographie_ de Toinot-Arbeau (Tabourot). Peut-être faut-il lire _branle de la torche_, qui étoit l'un des plus célèbres, et où l'on ne se faisoit pas faute de baisers.]

33. Pour ce qu'il n'est en nostre puissance eslongner les guerres de nous, lorsqu'il plaira à Dieu nous les envoyer, voire que le plus du temps elles nous sont suscitées par nostre propre et particulier instinct, n'y ayant celuy de nous lequel n'ait naturellement quelque inclination à conquerre, voire appetons amasser ambitieusement, affectionnez d'autre part d'estre dits vaillans combatans, voulons que ès assaux et batteries des villes il n'y ait aucun de nos soldats qui y ait le bras engourdi, ains face ses approches hardiment, sans rien toutesfois alterer de la discipline militaire. Puis, quand la brèche sera nette et raisonnable, y entrent gayment, et, comme l'on dit, de cul et de teste, sans reboucher, comme s'exposantz à un lict d'honneur. Et neantmoins, afin qu'ils soyent tousjours tenus en haleine, ordonnons que pendant qu'ils pousseront leur fortune dans la dicte brèche, l'artillerie jourra tousjours vigoureusement, vistement et vivement, jusques à ce que la ville soit totalement rendue, auquel cas sera seulement sonné la retraite; et sur tout inhibons à tous coüarts de s'exposer à tels hazards, sur peine d'estre dicts niaiz.

34. Et par ce qu'il n'y a pas moindre peine et industrie à conserver qu'à conquerir, voire que l'on ne doibt faire aucun estat d'une conqueste, qui n'employe puis après son entendement et estude à la conservation du conquis, voulons que, la ville estant prise, elle soit bien deuëment et diligemment envitaillée.

35. Aussi qu'elle soit encourtinée de tous costez de fortes murailles, ramparts, scarpes et contrescarpes; et y aura ordinairement gens exprès, lesquels, pour éviter les eschauguettes[185] et embuches de l'ennemy, feront sentinelle jour et nuit. Au demeurant, enjoignons qu'il n'y ait si petite forteresse qui ne soit pour le moins flanquée de deux bastions, que les ingénieurs appellent ordinairement _coüillons_, qui se mireront l'un l'autre, sur lesquels sera l'artillerie braquée, preste à jouer, si le temps et la necessité le requièrent. Toutefois ne voulons plus qu'ès forteresses on y face des faulses brayes; et si le soldat a besoin de confort, le pourra aller chercher chez ses voisins.

[Note 185: Pour espionnages. L'_échauguette_ étoit proprement la tourelle où étoit assise la _guette_, c'est-à-dire la personne chargée de faire le guet.]

36. Deffendons à tous marchans de n'apporter du poivre en nostre convent.

37. Exterminons d'iceluy tous saffranniers[186], ensemble tous vendeurs de quinquaillerie[187].

[Note 186: Pasquier entend par là soit les gens capables de faire _banqueroute_ à l'amour, et dignes d'avoir, comme les autres banqueroutiers, leurs maisons teintes de couleur de safran, soit les amants transis dont Du Lorens a dit (_satire_ 14):

Tant d'hommes que l'on voit tendres et langoureux De couleur de safran, sont tous ses amoureux.]

[Note 187: C'est-à-dire s'amusant aux bagatelles et ne donnant pas marchandise qui dure. «Ce sera une denrée meslée telle que de ces marchands quincailliers, lesquels assortissent leurs boutiques de toutes sortes de marchandises pour en avoir le plus prompt débit.» Pasquier, _Lettres_, liv. 1er, lettre 1re.]

38. Sur les remonstrances qui nous ont esté faictes par les damoiselles et bourgeoises, au moyen de quelques drogueries que les marchants vont querir ès païs loingtains, et huilles non aucunement necessaires, espuisantz par ce moyen nos pays et contrées d'or et d'argent, combien que nous ayons les huilles à nos portes, deffendons à tous marchans d'aller achepter huilles ailleurs qu'en nostre bonne ville de Reins.

39. Toutes choses qui sont indifferentes, comme habits et vestemens, ne seront subjects à correction et mesdisance sinon par la bouche des sots, reservé que ceux ou celles qui en introduiront les premières coustumes pourront passer par le bureau et contre-rolle des accouchées, suyvant le privilége qui leur est de tout temps acquis.