Part 8
Ils blasphèment aussi contre la majesté divine par enchantemens, prestiges, sabbats et autres impietez execrables, dont ils enbaboüinent les simples, et ce pour contre-carrer la toute-puissance de Dieu, faire bande à part, et s'approprier quelque espèce de culte et d'adoration.
Pour faire joüer cette dernière pièce, Sathan a de tout temps entoxiqué les esprits qu'il a jugé les plus souples à ses frauduleuses impressions de je ne sçay quelle science noire et cabalistique, qui ne consiste qu'en certains caractères, figures, cernes, ablutions, sacrifices, invocations, suffumigations, croix doubles, usurpation des noms divins, en sorte que les advancez en cette escolle diabolique se pensent des petits dieux, et veulent tenir tout le monde en bransle souz leur baguette magicienne, ne s'appercevant pas, les miserables, que tous ces prodiges executez par les demons à leur commandement, ne sont que des singeries et des trompeurs appas pour leur faire avaller l'hameçon infernal.
Combien de curieux ont fait naufrage en cette mer perilleuse! combien d'Absirtes ont senty les griffes de cette Medée! combien de Grecs empoisonnez du gasteau de cette Circé! Un Zoroastre, un Porphyre, un Hydrootès, un Apulée, un Agripe, un Thianée, un Arbatel, et autres de telle farine, sçavent bien maintenant, cruciez des flames eternelles, combien frivolles et ridicules sont les dogmes de cette maudite science!
L'Egypte, l'Arrabie et la Caldée, furent seules jadis contagiées de ceste peste; mais aujourd'huy ce venin pullule par toute la terre habitable: le diable a rompu ses liens, l'enfer est ouvert, et nos crimes sont montez à tel point, que l'univers des-jà semble crouller ses fondemens, et ne faisons plus qu'attendre le feu vengeur du ciel pour renouveller les elements et purger les mortels dans la fournaise de l'ire de Dieu.
Que sont, je vous prie, tous ces devins, aruspices, magiciens, cabalistes, triacleurs, charlatans, maistres-mires et autres desesperez, sinon precurseurs de l'ante-christ[61], enfans perdus et fourriers de Sathan? Mais ce que je trouve de plus abominable aux escrits de ces curieux, c'est que pour fueilles de leurs hapelourdes, et pour mieux rendre plausibles leurs estranges maximes, ils osent se couvrir de l'authorité des pères et patriarches anciens, et les faire autheurs de leurs magiques piperies.
[Note 61: Dans l'une des pièces citées tout à l'heure, _Advertissement pieux et très utile_, etc., pag. 1, on retrouve cette pensée, que les Rose-Croix étoient précurseurs de l'Antechrist et apportoient au monde «l'advertissement que Notre-Seigneur nous a donné par sa bouche, et signes qui doivent précéder son dernier avénement.»]
Ainsi, si nous croyons à ces blesches, Adam fut le premier inventeur de la caballe; ce fut en l'estude de cette doctrine qu'après sa chute le roy de l'univers trouva de l'allegement à sa douleur, et que par elle il vit en esprit prophetique que de sa race devoit naistre le Restaurateur du genre humain; ce fut par ceste fabuleuse magie qu'Enoch et Helie furent ravis, que Noé se sauva du deluge universel, et Moyse n'eust jamais fait de miracles en Egypte, en la terre de Cham, divisé les flots de la mer Rouge, fait sourcer les eaux des rochers, s'il n'eust estudié en ceste mystique science; ce fut par elle que Josué arresta le soleil au milieu de sa carrière, que Ezechias se prolongea la vie de quinze ans. Gedeon, Sansoh, Jepté, estoient de la première classe; Abraham en tenoit escole ouverte; Daniel et Joseph en apprindrent l'explication des songes; par elle, sainct Paul monta jusqu'au ciel, et luy furent revellez les secrets cachez au reste des hommes; par elle, les trois roys orientaux eurent l'honneur d'adorer des premiers le Sauveur en sa chreiche; c'estoit l'exercice des premiers anachorettes, et les apostres n'eussent eu jamais le don des langues qu'abreuvez de ceste ancienne et venerable discipline.
O blasphèmes! ô impietez! ô monarques! ô magistrats! laisserez-vous toujours ces monstres sur la terre? Ces diables incarnés, ces criminels de lèze-majesté divine, pollueront-ils tousjours impunement le ciel et la terre de leurs sorcelleries?
Et, Louys le Juste, sera-il dit qu'en la metropolitaine de vostre royaume, à la barbe du plus auguste de voz parlemens, sejour ordinaire de Vostre sacrée Majesté, tels endiablez ozent jetter leurs envenimées racines pour y commencer le règne du fils de perdition? Est-il point parvenu jusqu'en vostre Louvre le bruit commun des _frères de la Rosée-Croix_, bande infernalle, mortes payes de Sathan, brigade abandonnée, sortie de ces derniers temps des manoirs plutonniques pour achever de corrompre un tas de desbauchez qui courent le grand galop aux enfers, et dont les brutalles actions font voir combien peu ils estiment le salut de leurs ames?
Je raconteray icy deux histoires prodigieuses sorties de la boutique de ces nouveaux academiques, tesmoignées par plusieurs personnes dignes de foy.
Deux de ces rustres furent trouver l'un des premiers directeurs des fleurs de lys, dont la consommée doctrine et probité de moeurs sont les deux chandelliers d'or tousjours luysans devant l'image de Themis[62]. La harangue de ces striges et enchanteurs fut un tissu du grec de Demosthène, du latin de Ciceron, de l'arrabe d'Avicenne, de l'hebreu de Joseph; bref, tout le miel d'Hymette, toutes les fleurs du Parnasse, y estoient abondamment espandüs. Neantmoins cet esprit de calibre, ce jugement de fine trempe se douta de l'encloüeure, et recogneut en leurs discours quelque chose de sur-naturel. Après donc quelques complimens faits de bienseance, il les congedie, et leur fait promettre de le revoir en plus grande troupe. Partis que sont ces effrontez, ils rencontrent de hazard un certain senateur, dont la face morne et triste monstroit l'esprit n'estre en bonne assiette. Eux trouvant cet humeur propre à leurs malefices, ils l'abordent, l'appellent par son nom, feignent avoir estudié avec luy, le font ressouvenir de ses jeunesses passées, enfin s'informent de la cause de son ennuy. Il leur dit franchement qu'il estoit pressé de creanciers, et que ses debtes le reculoient de ses pretentions. Ils prennent l'occasion au poil, lui font offres de deniers et luy promettent de livrer à son simple cedule telle somme qu'il desire. Les remerciemens suivent les offres; ils se separent après s'estre dit reciproquement leur logis. Nostre conseiller demeure estonné de l'excessive liberalité de ces incogneus, ne se souvient point les avoir jamais pratiquez, et, contant le fait à plusieurs de ses amis, il eust langue que c'estoient les mesmes qui avoient fait la susdicte visite.
[Note 62: Les Rose-Croix s'attaquèrent surtout aux gens de robe pour les endoctriner. «Ils produisent, dit G. Naudé, des advocats et presidents qui pourroient rendre tesmoignage de cette congregation.» _Instruction à la France_, etc., pag. 5.]
Ces deux juges se voyent, prennent resolution de donner la chasse à ces cabalistes, et pour ce subject y envoient le chevalier du guet et ses archers, qui, venus, frappent à la porte, font commandement d'ouvrir de par le roy. Les frères refusent l'ouverture, respondent insolemment; enfin, les portes rompues, ne se trouve en la maison que les murailles[63].
[Note 63: Dans l'_Advertissement pieux et très utile, etc._, pag. 5, l'apparition des Rose-Croix à un avocat de Paris est racontée d'une manière moins défavorable pour eux, bien qu'elle aboutisse aussi à une fuite prudente: «Selon le commun bruict, se sont apparus à un advocat qui faisoit des escritures pour une de ses parties; mais étant survenu quelqu'un qui avoit affaire à luy, après luy avoir dit qu'ils reviendroient une autre fois, soudain ils disparurent; ce que l'advocat ayant raconté à un sien amy quelques jours après, on dit que ces frères s'apparurent de rechef à luy dans le faubourg Saint-Germain, et luy reprochèrent qu'il n'avoit pu garder le secret, qui est le premier principe de leur secte, et qu'oncques depuis il ne les a reveus.»]
Un jeune homme de bonne maison, amoureux de la fille d'un droguiste, ne pouvant parvenir à ses desseins, tombe malade. Un des frères de la Rosée-Croix, desguisé en medecin[64], le va voir, luy dit la cause de sa maladie, luy promet la jouissance de ses desirs; enfin, ayant tiré son consentement, luy fait voir un demon succube souz la forme de la droguiste, qui abuse de ce miserable, puis le laisse aliené de son esprit.
[Note 64: Tous les frères de la Rose-Croix, et, «de quatre qu'ils estoient au commencement, ils s'estoient accreuz et augmentez jusqu'au nombre de huit», s'arrogeoient la grâce de guerir les malades, grâce «si abondante en eux que la multitude des affaires leur causoit de l'empeschement.» G. Naudé, _Instruction à la France_, etc., pag. 33, 35, 36.]
Mille autres merveilles se racontent de ceste canaille, qui font assez cognoistre de quel esprit elle est poussée; mais surtout ne sont pas sans admiration les placards et affiches que ces beaux dogmatiseurs ont ozé apposer par les carfours et places publiques. En voicy la teneur[65].
[Note 65: Cette affiche des Rose-Croix est reproduite dans l'_Advertissement pieux et très utile_, etc., pag. 1. G. Naudé la donne aussi (pag. 5), en la faisant précéder de ces curieux détails: «Et, de fait, il y a environ trois mois que quelqu'un d'iceulx, voyant que, le roy estant à Fontainebleau, le royaume tranquille, Mansfeld trop esloigné pour avoir tous les jours des nouvelles, l'on manquoit de discours sur le change par toutes les compagnies, s'advisa, pour vous en fournir, de placarder par les carrefours ce billet, contenant six lignes manuscrites.» _Instruction à la France_, etc., pag. 26.]
«Nous, les deputez de nostre collége principal des frères de la Rosée-Croix, qui faisons sejour en ceste ville, visibles et invisibles, au nom du Très Haut, vers qui se tourne le coeur des justes, enseignons toutes sciences sans livres, marques ny signes, et parlons les langues des pays où nous habitons, pour retirer les hommes, nos semblables, d'erreur et de mort.»
En ce peu de lignes se remarquent de grands blasphèmes: premièrement, que ces prophanes font mine de s'enroller soubs le drapeau de la croix, que le prince des tenèbres, leur maistre, abhorre sur toutes choses;
Secondement, en ce qu'ils se disent invisibles quand ils veulent, qualité incommunicable à tout corps naturel qui consiste de matière et de forme, et qui ne peut s'acquerir par aucune science legitime;
Tiercement, se jactans d'apprendre toutes disciplines en un moment, sans livres, signes ni marques, ce qui surpasse l'esprit humain: car par épitomes et abregez se pourroit bien faciliter l'acquisition des sciences, mais encore seroit-ce successivement et avec le temps;
Quartement, s'approprians tous vocables et dialectes et parlans toutes langues, prerogative qui n'a jamais esté conferée qu'aux apostres, de la vie desquels ils sont bien esloignez.
Reste à conclure que telles gens ne sont pas envoyez de Dieu pour nous retirer d'erreur et de mort, mais suscitez de Satan pour traisner aux abismes les ames emportées de trop grande curiosité.
Or, avant que terminer cet examen, je veux faire un racourcy de toute la science cabalistique, et en rediger les preceptes, theorèmes et règles universelles.
Le principal donc de cet abominable collége[66] est Sathan, sçavant veritablement, n'ayant rien perdu par sa revolte de ses dons de nature.
[Note 66: Les Rose-Croix appeloient en effet collége le lieu de leur réunion. Ils en avoient trois: «l'un aux Indes, en une île toujours flottante sur la mer; un autre au Canada, et le troisième en la ville de Paris, en certains lieux souterrains.» _Avertissement pieux et très utile_, etc., pag. 4-5.]
Son A B C et premier document, c'est de renier Dieu, createur de toutes choses, blasphemer contre la très simple et individuë Trinité, fouler aux pieds tous les mistères de la redemption, cracher au visage de la mère de Dieu et de tous les saints.
Le second, abhorrer le nom chretien, renoncer au baptesme, aux suffrages de l'Eglise et aux sacrements.
Tiercement, sacrifier au diable, faire pacte avec luy, l'adorer, lui rendre hommage de fidelité, adulterer avec luy, luy vouer ses enfants innocens, et le recognoistre pour son bien faicteur.
Quartement, aller aux sabbats, garder les crapaux, faire des poudres venefiques, poissons, pastes de milet noir, gresles sorcières, dancer avec les demons, battre la gresle, exciter les orages, ravager les champs, perdre les fruits, meurtrir et martirer son prochain de mil maladies.
Voilà les fruicts plus suaves de ceste abominable magie; puis les bons compagnons demandent s'il est loisible de les faire mourir, si l'on doit proceder judiciairement contr'eux, et s'il n'est pas plus à propos de les renvoyer à leurs pasteurs et curez, comme gens estropiez de cervelle, que regler leur procez à l'extraordinaire!
O ames peu zelées de l'honneur de Dieu! sçachez que l'heresie et la sorcellerie sont deux monstres qu'on doit estouffer au berceau; ce feu gaigne bientost pays, et bientost ce venin se communique à toute la masse. C'est pourquoy les saincts cayers en conseillent l'extirpation en ces termes exprès: _Maleficos non patieris venire_ (Exod. 22); et au Levitiq., 20: _Anima quæ declinaverit ad magos et ariolos et fornicata fuerit cum eis, ponam faciem meam contra eam et interficiam eam de medio populi sui_.
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_Role des presentations faictes au Grand Jour de l'éloquence françoise. Première assize le 13 mars 1634_[67]. In-8.
[Note 67: Cette date, pour une pièce, qui a trait sans doute aux séances de l'Académie françoise, est fort intéressante à remarquer, en ce qu'elle devance de près d'une année celle des lettres royales qui constituèrent ce corps illustre. Ces lettres-patentes sont du 5 janvier 1635; or il seroit évident, d'après notre curieux livret, que dès les premiers mois de l'année précédente la docte assemblée tenoit ses assises, non plus à huis clos, comme elle avoit fait d'abord dans le petit logis de Conrart, rue Saint-Denis, mais ouvertement et à la connoissance de tous. Il ne faudroit donc plus dater de 1635, mais bien de 1634, l'existence réelle de l'Académie françoise.]
S'est presenté le procureur des Pères de l'Oratoire, requerant que tous les mots de spiritualité quy sont dans les livres du feu cardinal de Berulle[68] soient tenuz pour bons françois.--Respondu: Soit communiqué au sieur Arsent[69] et au Père Binet[70].
[Note 68: Le saint homme n'échappoit du reste au bon langage que par ses néologismes de spiritualité; il faut même se hâter de dire qu'il étoit l'un des plus fervents admirateurs des bons écrivains de son époque, fussent-ils assez peu chrétiens, comme Balzac, par exemple, qu'il admiroit par dessus tout. Vigneul-Marville, _Mélanges d'histoire et de littérature_, Paris 1699, in-12, pag. 90.]
[Note 69: Il faut lire _Hersent_, car il doit s'agir ici du docteur de Sorbonne Charles Hersent, l'un des plus forts casuistes de cette époque. Il avoit été prêtre de l'Oratoire, dans les premiers temps de son établissement par M. de Berulle. En remettant à son examen les livres du cardinal, on les soumettoit donc à un bon juge.]
[Note 70: Étienne Binet, jésuite, mort en 1639, après avoir été recteur en différentes maisons de son ordre, et avoir publié grand nombre d'ouvrages de piété. Dans le plus excellent de tous, omis pourtant par la _Biographie universelle: Quel est le meilleur gouvernement, le rigoureux ou le doux_, Paris, 1636, in-8, se trouve, au chapitre IV, cette phrase sur la famille de Dieu, que Bossuet appliqua plus tard si éloquemment à la congrégation de l'Oratoire: «Jamais il ne fut une telle famille, où tout le monde obéit sans que personne y commande.» V. édit. de 1776, pag. 90.]
S'est presentée la dame vicomtesse d'Auchy[71], requerant que toute l'Ecriture saincte soit traduicte en termes aussy doux que ceux qu'elle a employé en son livre, et que desormais ceux qui la traicteront par parolle ou par escript ayent à s'abstenir de plusieurs mots terminez en _ment_, comme categoriquement, substantiellement, _et cætera_.--R. Soit communiqué au syndic de la Faculté de theologie de Paris.
[Note 71: Charlotte des Ursins, vicomtesse d'Auchy, tenoit chez elle une sorte d'académie de théologie, que l'archevêque de Paris dut interdire. (_Tallemant_, in-12., t. II, p. 6-7.) Elle publia un livre qu'elle n'avoit point fait elle-même, sous ce titre: _Homélies sur l'épître de S. Paul aux Hébreux, par Charlotte des Ursins, vicomtesse d'Ochy_. Paris, Charles Rouillard, 1634, in-4.]
S'est presenté le sieur Montmor, le Grec[72], requerant pour monsieur le P. de N.[73] qu'il plaise à la compagnie de declarer que le françois du dict sieur P. de N. est de bon debit.--R. Soit communiqué à l'imprimeur Estienne.
[Note 72: P. de Montmaur, le fameux parasite tant moqué par Ménage, dont Sallengre a donné _l'Histoire_ satirique, 2 vol. in-8, 1715. On l'appeloit Montmaur _le Grec_ depuis qu'il avoit succédé au P. Goulu dans la chaire de professeur royal en langue grecque.]
[Note 73: Peut-être faut-il substituer l'initiale M à celle-ci, car je pense qu'on veut parler ici du président de Mesmes, chez qui Montmaur avoit plein accès, et qu'en bon parasite il flattoit, même dans son mauvais langage.]
S'est presentée la dame marquise de M.[74], requerant que, pour eviter les occasions de mal penser que donnent souvent les parolles embiguës, le mot de _conception_ ne soit tenu pour françois qu'une fois l'an, et ce seullement à cause de l'epithète _immaculée_, et que, pour le surplus de l'année, à yceluy mot de _conception_ soit subrogé celuy de _penser_.--Monsieur le president a demandé à ladicte dame en quel nom elle procedoit, et elle a repondu qu'elle requeroit seullement de son chef ce qu'elle croyoit importer à la pureté de la langue françoise.--R. La requerante fera apparoir de procuration de toutes les parties ayans interests à sa requeste, et ce dans huictaine pour tout delay, à peine d'estre deboutée.
[Note 74: Nous ne savons quelle est cette prude marquise.]
S'est presenté Richard de Sainct-Felix, sieur de la Serre, fondé en procuration de tous les couchez sur l'estat de volerie, requerant que _le vol_ ne fust pas cassé.--R. Remis au bon plaisir de Sa Majesté.
S'est presenté un capitaine licencié apportant sa lettre de licenciement, quy commence par: _Nostre amé et feal_, desquels mots il demande l'interprétation.--R. Renvoyé au conseil des despesches.
S'est presenté H. de Fierbras, cadet gascon, se faisant fort sur tous ceux de son pays, requerant qu'on n'ostast point le _poinct_ à leur honneur, ny _l'eclaircissement_ à leur espée.--R. Pour ce quy est du _poinct_, soit communiqué aux professeurs de mathematiques; pour _l'eclaircissement_, renvoyé aux fourbisseurs.
S'est presenté Jean le Preux, dict la Coque, sergent de la maistre de camp de Menillet, requerant que reiglement soit faict entre les soldats et les couriers pour le mot de _poste_.--R. Le sieur de Nouveau sera prié d'en conferer avec messieurs les marechaux de France.
S'est presenté noble Anthoine Partout, sieur de Passevolant[75], chevau-leger de Montestruc, menant par dessous les bras la demoiselle Niepce de la Guimbarde en simple coiffeure de nuict, eux requerant conjointement que, pour eviter à grands inconveniens, il plaise à la compagnie declarer que _cornette_ est diminutif de _cor_ ou de _corps_, et non de _corne_.--R. La compagnie, ayant esgard à l'interest que peuvent pretendre à ce mot messieurs les officiers de justice, a presentement deputé le sieur B. pour prier le sieur Gillot, conseiller en la cinquiesme des enquestes, d'en conferer à messieurs de sa chambre, et, en cas qu'ils se trouvassent partys et que, selon la coustume, l'affaire tombast à la première des enquestes, suffira que le dict sieur B. la recommande au sieur de *** conseiller, distribué en ycelle; que si, par proposition d'erreur contre l'arrest quy pourroit estre donné en ladicte première des enquestes, l'affaire doit estre terminée au conseil, ledict sieur B. solicitera à ce que le sieur *** soit donné pour rapporteur.
[Note 75: Ce mot de passe-volant sent bien son soldat de contrebande. C'est en effet le nom qu'on donnoit aux hommes que, les jours de revue, les capitaines incorporoient dans leurs compagnies pour en combler les vides. Une ordonnance de 1668 comdamna les passe-volants à être marqués à la joue d'une fleur de lis.]
S'est presenté le sieur Rouillard, syndic des advocats, requerant qu'il soit declaré que, sans desroger à la pureté de la langue, les advocats auront droict de continuer à se servir de tous les mots de pratique, surtout de _salvation_, _forclusion_ et autres en _ion_, même d'_intimation_ avec son O, quy est ny en grec, ny micron, mais notoirement bon françois, puis qu'il donne à vivre à tant d'officiers du roy en cour souveraine, declarant excepter de sa requeste les mots de _haro_ et de _chartre_, qu'il recognoist n'estre que de pratique normande.--R. La compagnie, sans avoir esgard à la requeste verbale dudict Rouillard, a ordonné que le jargon des advocats ne peut estre receu françois que sus lettres royales quy ne soyent ni obreptices ny subreptices.
S'est presenté le syndic des secretaires de Sainct-Innocent[76], requerant qu'il soit dit que le mot de _secretaire_ ne peut signifier en bon françois le clerc d'un conseiller.--Respondu: Seront sur ce faites remontrances au roy de la Bazoche.
[Note 76: Ce sont les écrivains publics, qui, on le sait, se tenoient en grand nombre sous les charniers de Saint-Innocent.]
Se sont presentées plusieurs dames expressement revenues du cours pour requerir qu'elles peussent s'approprier le mot de _ravissant_[77] et l'appliquer à tout.--R. Accordé, reservée l'opposition des tresoriers.
[Note 77: Mot redevenu fort à la mode, et que les poètes et les femmes employoient alors à tout propos. Voiture s'en servoit plus que personne. V. le _Dictionnaire_ de Richelet, 1re édit., à ce mot.]
S'est presentée une mercière du Palais, requerant qu'il fust declaré que c'est parler bon françois de dire qu'une dame porte un _galand_[78].--R. Accordé.
[Note 78: C'étoit un _noeud de ruban_ que les femmes portoient alors sur la poitrine. Le mot, sur lequel on jouoit souvent, comme ici, étoit venu d'Italie avec la mode de cet ornement coquet. En cette année 1634, elle étoit en pleine faveur et faisoit la fortune des mercières du Palais. Corneille, dans une de ses premières pièces, jouée justement à cette époque, met en scène, devant une de leurs boutiques, une suivante à qui un valet parle ainsi:
Si tu fais ce coup-là, que ton pouvoir est grand! Viens, je te veux donner tout à l'heure un galant. (_La Galerie du Palais_ (1634), act. 4, scène 15.)
Le beau _galand de neige_ que Gros-René rend à Marinette dans le _Dépit amoureux_ (acte IV, sc. 4) se trouve ainsi expliqué.]
Se sont presentés... curateurs de la poesie du feu sieur de Malherbe, requerant qu'il soit declaré que les mots de _face_, _canton_ et _ligue_, ne sont pas françois.--R. Pour le mot de _face_, sera escrit à monsieur de Marcheville pour le supplier d'en conferer avec le premier vizir, pour tascher de savoir si le grand Turc se le veut approprier privativement; pour les mots de _canton_ et _ligue_, semblable despesche sera faicte à messieurs les ambassadeurs vers les Suisses et Grisons.
S'est presenté l'intendant des planettes, requerant que _errer_ et tout ce qui en derive soit declaré n'estre pas injure en françois.--R. Accordé, en consideration du favory de la lune.
S'est presenté un novice en poesie, requerant, de peur de se mesprendre en chose d'importance, qu'il plaise à la compagnie desclarer quel genre sont les mots _navire_ et _affaire_[79].--R. La compagnie surseoit à opiner sur sa requeste jusques à l'arrivée du sieur Racan[80].