Variétés Historiques et Littéraires (01/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 22

Chapter 223,792 wordsPublic domain

Qui ne seroit touché de l'état pitoyable où ils sont réduits!... C'est à vous, Messieurs, à les vanger et leur mère. La mort d'un père et d'un époux crie et demande justice. Faut-il laisser un semblable forfait impuni? Polichinel mérite les tourmens les plus inouïs. Après ce que je viens d'avoir l'honneur de vous dire, pourroit-il échapper à la rigueur de vos jugemens? L'intérêt particulier de mes parties, l'intérêt public, tout se lie et se joint contre cet infâme meurtrier pour qu'il subisse la peine due à ses crimes.

Ne croyez pas, en l'épargnant, de laisser un ennemi aux rats: sa drogue n'est que celle d'un opérateur, plus nuisible, plus dangereuse qu'utile; les fils de Mitoulet, bientôt devenus grands, feront revivre leur père et rendront à l'univers sa tranquillité.

Je conclus, Messieurs, à ce qu'il plaise à la Cour déclarer ledit Polichinel düement atteint et convaincu du meurtre commis en la personne de messire Rominagrobis Mitoulet, et, pour réparation de ce crime, ordonner que son enseigne sera dépendüe et lui y être pendu à la place; déclarer ses biens acquis et confisqués au profit de la veuve et de ses fils, avec tous dépens, dommages et intérêts, et, en cas de récidive, le condamner aux galères.

Leu et approuvé par moi, censeur pour la police, ce 29 août 1743.

_Vu l'approbation, permis d'imprimer. A Paris, ce 2 septembre 1743._

MARVILLE.

* * * * *

_Plaidoyer pour Boscot Polichinel, marchand épicier-droguiste, défendeur;_

_Contre Gerofflette Perronnelle Minette, veuve de Rominagrobis Mitoulet, demanderesse, accusatrice._

MESSIEURS,

Je parle ici pour Boscot Polichinel, bourgeois de cette ville, marchand épicier-droguiste, contre Gerofflette Perronnelle Minette, veuve de Rominagrobis Mitoulet, demanderesse, accusatrice.

Le combat qui s'engage entre les parties a de quoi vous surprendre. C'est une chatte qui poursuit la mort de son prétendu mari; eussiez-vous jamais cru avoir à juger de la destinée d'un chat? Mais Mitoulet n'étoit pas, ainsi qu'on vous l'a dit, de ces chats ordinaires; ses vertus et ses talens devoient le distinguer de ceux de son espèce. Des vertus et des talens dans un chat! Pour moi, j'avois jusque alors vécu dans l'opinion que tout le mérite d'un chat consistoit à croquer une souris; mais il appartenoit à nos adversaires d'ennoblir de si petites idées.

Quels pleurs cependant n'a pas coûté la mort d'un si noble chat! Vous avez entendu les miaulemens de notre partie adverse; on n'a rien oublié pour vous attendrir. Rappellez-vous ces tristes images: une veuve désolée, six petits chatons orphelins, un mari, un père assassiné! A des traits si frappans, peu s'en faut que je n'aye moi-même versé des larmes; et quel est le barbare qui n'eût pas pleuré? Daignez pour un instant calmer des mouvemens si vifs, et accordez-moi une audience favorable.

Quand je ne serois pas aussi persuadé que je suis, Messieurs, de la solidité de vos jugemens, le bon droit du malheureux accusé dont j'embrasse ici la défense me donne une juste confiance que vous voudrez bien vous déclarer hautement protecteurs de son innocence. C'est un misérable disgracié de la nature, à qui elle ne semble avoir refusé tous ses dons extérieurs que pour l'orner plus libéralement du don le plus précieux de tous, je veux dire de celui de l'esprit, qualité qu'il possède au suprême degré et dont il fait un si bon usage, qu'elle ne lui gagne pas moins l'estime de tous ceux qui le voyent et qui l'entendent que son triste état leur fait de compassion.

Ce Polichinel, Messieurs, né de parens obscurs et pauvres, n'a reçu d'eux qu'une éducation convenable à leur triste état; mais son heureux génie, et plus encore sa probité, l'ont toujours soutenu jusques aujourd'huy, sans que jamais la pauvreté l'ait porté à quelque mauvais coup, ainsi que notre partie adverse a l'audace de nous le reprocher.

Je ne nierai point cependant, Messieurs, qu'il n'ait tué Rominagrobis Mitoulet, ce chat si vanté et peint par nos adversaires d'un si ridicule pinceau. Oui, il l'a tué; mais jamais attentat mérita-t-il mieux un pareil châtiment? Aux belles qualités qu'on lui a si libéralement attribué, on eût dû ajouter la perfidie et l'ingratitude dont il s'est si souvent noirci envers celui pour qui je parle. Ces vertus eussent encore rehaussé son tableau. Ma partie ne l'a que trop long-temps gardé chez lui: il étoit depuis deux ans l'objet de son amitié, et les artificieuses caresses de ce traître animal avoient sçu si bien gagner son coeur, que, quelque dure que fût sa pauvreté, Mitoulet (grâce à la vigilance et aux soins de son maître) ne s'en étoit presque jamais senti; mais tel est le caractère d'un traître, que rien ne peut jamais mériter sa reconnoissance.

Un soir que Polichinel, accablé d'inanition et d'inquiétude, étoit assis au coin de son feu, plus triste de n'avoir rien pour le souper de Mitoulet que pour le sien propre, ce scélérat, que dis-je? ce trop digne chat, ne pouvant plus long-temps se retenir, s'élance avec furie sur Polichinel; il eût sans doute ajouté à toutes les belles actions qu'on vous a décrites celle d'étrangler son maître, si Polichinel, dans ce danger, n'eût eu la présence d'esprit de prendre son sabot et d'en casser la tête de cet ingrat animal, qui ne payoit tous les bons traitemens de son maître que par la plus noire de toutes les perfidies.

Vous voyez bien, Messieurs, par ce récit aussi vrai que touchant:

Premièrement, que Polichinel, en tuant le traître Mitoulet, ne l'a puni que comme il le méritoit;

Secondement, que les tourmens les plus affreux n'auroient pu effacer la noirceur de son crime;

Troisièmement, qu'un scélérat capable d'une telle trahison n'avoit été que trop long-temps comblé de caresses par Polichinel;

Quatrièmement, enfin, que l'aversion que quantité de gens ont pour cette maudite engeance est on ne peut mieux fondée, puisque nous ne voyons que trop tous les jours une infinité d'exemples de leur monstrueuse malice. Je vous en retracerois la mémoire, si je ne craignois d'entrer dans un détail d'autant plus inutile, sans doute, que vous n'en ignorez pas les tragiques avantures. Voilà cependant quel est le premier crime dont on ose nous accuser? On transforme en forfait une action de justice de la part de Polichinel! Devoit-il donc se laisser étrangler? devoit-il, pour conserver les jours d'un chat si respectable, s'abandonner au meurtre et à la trahison?

Nos ennemis, Messieurs, ne se sont pas contentés de nous accuser de ce prétendu crime: à la médisance ils ont joint la calomnie. Polichinel, disent-ils encore effrontément, a arraché les ongles de cette veuve. Quelle perte, en effet, que les ongles de cette chatte! Si je voulois pour un moment me prêter à toute son illusion, je vous dirois que sans ongles elle en sera plus traitable et plus retenüe; ses ongles ne repousseront que trop tôt, et lui rendront toute sa férocité. Eh! connoît-on Polichinel, pour le croire coupable de cette action?

Non, Messieurs, Polichinel n'a jamais fait le mal de dessein prémédité. Je pourrois, pour prouver ce que j'avance, emprunter la voix de tous ceux qui le connoissent, et pas un d'eux ne me contrediroit; mais, pour démontrer invinciblement ce que j'ai l'honneur de vous exposer, j'aurai seulement recours à la base fondamentale de toutes les accusations qui se font juridiquement:

_Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando;_

et par là je vous ferai voir combien cette accusation est mal fondée.

Cette Perronnelle Minette demeuroit chez un voisin de Polichinel, sur le même pallier, et, en digne veuve de Mitoulet, elle ne lui céda jamais en aucune de ses belles qualités. Le peu d'intelligence qui avoit été entre ce beau couple n'affligea pas extrêmement la survivante, et six petits chatons, fruits de leur mariage, et par conséquent héritiers de la méchanceté de leurs parens, devinrent bientôt les objets de sa haine et de son aversion. Comme Polichinel ne connut jamais la vengeance, il oublia bientôt l'attentat de son mari, la reçut volontiers chez lui et ne lui témoigna aucun ressentiment.

Un jour de fête solemnelle dans toutes les cuisines, je veux dire un jour de mardi-gras, le pauvre Polichinel faisoit boüillir son pot (chose qui ne lui arrive pas souvent). Cette bête affamée entra furtivement chez lui, attirée par l'odeur de la cuisine; elle voulut, aussi bête que gourmande, pêcher la viande dans le pot qui boüilloit; mais sa gourmandise lui coûta cher: ses griffes s'y dessolèrent et y restèrent pour preuve de sa gloutonnerie. A ses miaulemens, Polichinel, occupé à autre chose, se retourna, et, par une douceur qu'on voit rarement en semblable occasion, se contenta de la mettre dehors de chez lui.

Après cela, Messieurs, elle osera porter l'audace et l'effronterie jusqu'à paroître en ce lieu en qualité d'accusatrice, lorsqu'elle y devroit elle-même redouter la rigueur de vos jugemens! assurément il faut être de la dernière des impudences pour faire un pareil coup. Mais il est aisé de voir ce qui l'a portée à cette extrémité: elle s'est imaginé, jugeant de Polichinel par elle-même, qu'il alloit sans doute la poursuivre criminellement; et, pour éluder le châtiment qu'elle méritoit, elle est venüe l'attaquer la première. N'est-ce pas là le comble de la méchanceté, et un pareil monstre d'iniquité devroit-il encore voir le jour? Elle accuse Polichinel d'avoir tué son mari. Ah! connut-elle jamais les liens conjugaux, pour être sensible à leur rupture? Bien plus, elle l'accuse de lui avoir arraché les ongles... Ne faut-il pas être bien hardie pour oser seulement parler de ce qui la devroit couvrir de honte, si elle en étoit capable? A-t-on jamais fait un crime à un homme de gagner légitimement sa vie? Non, assurément. C'est cependant, Messieurs, ce qu'elle prétend faire. Polichinel fait un petit négoce d'épicerie, dont le gain est aussi modique que légitime. Parmi plusieurs drogues, il vend de la mort-aux-rats, qui en fait partie. Elle ne laisse pas de lui en faire un crime, quoiqu'il me seroit aisé, si je voulois, de prouver que cette drogue est plus commode et plus propre que les chats pour se défaire des rats et des souris. Sans entamer cette question, je finis en deux mots, Messieurs, par vous supplier d'examiner quelle est l'accusation et quel est l'accusé. Ces deux considérations, jointes à ce que je viens d'avoir l'honneur de vous dire, me font espérer que vous voudrez bien, en terrassant les méchans, faire triompher l'innocence. Par ces raisons,

Je conclus, Messieurs, à ce qu'il vous plaise confirmer Polichinel dans le droit de vendre et débiter de la mort-aux-rats, le déclarer indüement accusé du meurtre commis en la personne de Mitoulet, condamner Minette, sa veuve, à lui faire réparation d'honneur authentique, dont sera dressé acte et déposé au greffe; la condamner, elle et toute sa race, au bannissement perpétuel, avec tous dépens, dommages et intérêts.

_Jugement._

Parties oüies, nous avons ordonné que l'action de ladite Perronnelle Minette sursoira jusqu'à sa qualité certaine, ses enfans étant mineurs, et n'ayant point fait apparoir d'acte de délibération de parens par lequel elle eût été nommée tutrice à iceux, et cependant provisoirement défend à Polichinel d'user du métier de droguiste, même de vendre aucunes drogues, pour quelque cause que ce soit, sans qu'il justifie de sa lettre de maîtrise, dépens réservés.

Lû et approuvé par moi, censeur pour la police, ce 29 aoust 1743.

_Vû l'approbation, permis d'imprimer. A Paris, ce 2 septembre 1743._

MARVILLE.

Registré sur le livre de la communauté des libraires-imprimeurs de Paris, nº 2199, conformément aux règlemens, et notamment à l'arrêt de la cour du parlement du 3 décembre 1705. A Paris, ce 13 septembre 1743.--_Signé_ SAUGRAIN, syndic.

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_Les merveilles et les excellences du salmigondis de l'aloyau, avec les Confitures renversées._

_A Paris, chez Jean Martin,_ 1627. In-8.

Le Roux, ta gentille humeur Merite bien qu'un rimeur, Des plus gentils de sa race, Pour toy grimpe sur Parnasse.

Un jour, beuvant rejouys A la santé de Louys Et de Charles ton bon maistre, Il t'en souviendra peut-estre, Tu laissas les mets royaux Pour manger les alloyaux. Tu me fy promestre, en somme, Sur la foy d'un galant homme, Qu'en vers je celebrerois Ces morceaux dignes des rois. Je m'acquitte de ma debte En monnoie de poëte. Si Rouillard s'est esbatu Sur le renom d'un festu[251] Qu'un miserable asne mange; Si Pasquier, en sa loüange De la puce de Poitiers[252], A du bruict en nos quartiers, Loüant l'aloyau, j'espère La faveur autant prospère, Voire plus, car le subject Est plus noble et moins abject.

Arrière donc, ô viandes Delicates et friandes, Et de quy l'enorme coust Faict à maint perdre le goust! A la table epicurée Vous servirez de curée; Soient de vos morceaux disnez Les hommes effeminez! Vous fistes perdre Capoue: Aux vils corbeaux je vous voüe.

Hercule ne vouloit pas Vous avoir en ses repas; Au goust des Alcibiades Vous eussiez esté trop fades: Le boeuf seul les contentoit; Un aloyau seul estoit La solide nourriture Convenable à leur nature.

Aux geants membrus et forts, Aux athlètes grands de corps, Les chairs grosses et charnues Plaisent mieux que les menues; Les poussins, les pigeonneaux, Les bizets[253], les estourneaux, Les moineaux, les allouettes, Sont pour les marionettes, Pour les petits marjolets, Pour les petits hommelets Quy n'osent paroistre en rue, Tant ils ont peur de la grue[254]. Tant de mets et d'entremets Ne furent propres jamais Aux phylosophes antiques. Je m'en rapporte aux ethiques.

Les diverses qualitez Amènent des cruditez; Les cruditez indigestes Sont à la santé molestes; De là viennent les douleurs Tant aux intestins qu'ailleurs, Les choliques, les tranchées, Sinistres aux accouchées; Les vertiges du cerveau Avec la fièvre de veau[255]. Quy soi-mesme se commande, Et quy, sobre, ne demande Qu'un aloyau pour tout mets N'est point malade jamais.

Un aloyau profitable Repare tout une table Du beau lustre coloré De son rouge sur-doré. Il paist nostre faim plus grosse, Et l'on retrouve en la sausse L'appetit perdu souvent: De mort il le rend vivant.

Nutritive est la fumée A la personne affamée; Et, si vous ne me croyez, Feuilletez les plaidoyez. Entre la Rotisserie, Jadis, et la Gueuserie, Il se mut un gros procez. N'ayant mangé leurs pains secz, Mais, au flair de la viande, Les gueux payèrent l'amende[256];

Et mesmement aux faulx dieux Le flair en est gracieux: Il les contente, où leur prestre Veult la chair pour en repaistre. Les prestres et les devins Des sacrifices divins, Aux solennelles journées, Enlevoient les charbonnées: C'est tout un et l'aloyau, J'en croy le boucher Croyau.

Il sera de bonne sorte, Et tel qu'on nous en apporte De Sainct-Etienne-du-Mont[257] Ou de nostre Petit-Pont[258]. Ceux de la pièce première N'ont pas la gloire dernière. Les uns sont à deux costez, Et les autres, escourtez, N'en ont qu'un: c'est au choix vostre Que de prendre l'un ou l'autre. Les plus gras sont les meilleurs. Manquent-ils, allez ailleurs. La viande est tant plus franche Que la graisse en est plus blanche, Et plus tendre elle sera.

La dame l'embrochera D'une gentille manière, Sinon vostre chambrière, Ou bien vostre marmiton. A la guerre, un long baston Sert bien souvent d'une broche. Le feu ne sera trop proche, D'autant qu'il le raviroit[259] Plustost qu'il ne le cuiroit.

Moyenne soit la distance. C'est au feu qu'est l'importance: Il doibt estre bel et bon; Le meilleur est de charbon. Celuy quy vire et quy tourne Ordinairement sejourne Sur le plus espais costé. Qui le brusle soit frotté. Il vaut mieux que l'on n'y mette Qu'une personne discrette. Ne tournez pas au rebours: Je hais trop les mauvais tours A l'ancienne coustume. Cuite est la chair quy ne fume; Sèche, elle a moins de saveur. Je tiendrois à grand'faveur Qu'elle mouillast mon assiette. Sur l'espaule une serviette, Vous le desembrocherez, Au plat vous le poserez.

Le sel et l'eau sont la sausse. Tel y a quy la rehausse Avec du vinaigre aux aulx; Mais ce sont les Champenaux. Il n'est meilleure poyvrade, Meilleure capylotade, Ny meilleur salmygondis, Tel qu'en apprestoit jadis Nostre maistre La Fontaine, La Fontaine Marmitaine. L'amy que j'ayme d'amour Avoit dict qu'à mon retour J'en trouverois un en broche. L'heure du souper approche: Je m'en vay voir s'il est cuit. Adieu, bonsoir, bonne nuit.

[Note 251: Allusion au livre singulier dont voici le titre: _La magnifique doxologie du festu_, par M. Sebastien Roulliard, de Melun, advocat au parlement. Paris, 1610, in-8º.]

[Note 252: C'est la fameuse puce qu'Estienne Pasquier, étant à Poitiers pour les _Grands jours_, aperçut sur le sein de la belle Catherine des Roches, et au sujet de laquelle il ouvrit une sorte de concours poétique. Tous les célèbres auteurs y prirent part, non seulement ceux qui écrivoient en françois, mais ceux qui faisoient des vers grecs, latins, italiens et espagnols. Aussi le P. Garasse a-t-il dit: «Cette puce a tant couru et sauté dans les esprits fretillans des François, des Italiens, des Flamands, qu'ils en ont fait un Pégase.» (_Recherche des recherches_, liv. V, ch. 10.) Pasquier fit un recueil de tous ces vers, qu'il dédia à M. Achille du Harlay, président des Grands-jours, et qu'on trouve à la fin de son volume: _la Jeunesse d'Estienne Pasquier et sa suite_, Paris, Jean Petit-Pas, 1610, in-8º. Le recueil a lui-même pour titre: _La Puce, ou jeux poétiques françois et latins composés sur la puce aux Grands jours de Poitiers, en_ 1579. Il avait déjà paru isolément en 1581 et 1583, sous le titre de: _La Puce de madame des Roches_.]

[Note 253: Le _biset_ est un pigeon sauvage un peu plus petit que le ramier, ayant les pieds et le bec rouges.]

[Note 254: Comme les pygmées d'Homère, que les grues dévorèrent.]

[Note 255: On appeloit ainsi l'espèce de malaise mêlé de frissons qui suit les débauches de bonne chère. «Il a fièvre de veau, il tremble quand il est saoul.» (_Adages françois_, XVIe siècle.)]

[Note 256: «A Paris, en la roustisserie du Petit-Chastelet, au devant de l'ouvroir d'ung roustisseur, un facquin mangeoit son pain à la fumée du roust, et le trouvoit, ainsy parfumé, grandement savoureux. Le roustisseur le laissoit faire. Enfin, quand tout le pain fust bauffré, le roustisseur happe le facquin au collet, et vouloit qu'il luy payast la fumée de son roust. Le facquin disoit en rien n'avoir ses viandes endommaigé, rien n'avoir du sien prins, en rien luy estre debiteur. La fumée dont est question evaporoit par dehors: ainsi, comme ainsi se perdoit-elle, jamais n'avoit esté dit que dedans Paris on eust vendu fumée de roust en rue. Le roustisseur replicquoit que de fumée de son roust n'estoit tenu nourrir les facquins, et renioit, en cas qu'il ne le payast, qu'il luy osteroit ses crochets. Le facquin tire son tribart, et se mettoit en deffense. L'altercation fust grande; le badaud peuple de Paris accourut au debat de toute part. Là se trouva à propos Seigni Joan, le fol citadin de Paris. L'ayant aperceu, le roustisseur demanda au facquin: Veulx-tu sus nostre differend croire ce noble Seigni Joan? Ouy, par la sambre guroy! respondit le facquin. Adonc Seigni Joan, ayant leur discord entendu, commanda au facquin qu'il luy tirast de son bauldrier quelque pièce d'argent. Le facquin luy mist en main ung tournois Philippus. Seigni Joan le print et le mist sur son espaule gausche, comme explorant s'il estoit de poids; puis le timpoit sur la paulme de sa main gausche, comme pour entendre s'il estoit de bon alloy; puis le posa sus la prunelle de son oeil droict, comme pour veoir s'il estoit bien marqué. Tout ce fust faict en grand silence de tout le badaud peuple, en ferme attente du roustisseur et desespoir du facquin. Enfin le feit sur l'ouvroir sonner à plusieurs fois; puis, en majesté presidentale, tenant sa marotte au poing, comme si feust un sceptre, et affublant en teste son chaperon de martres singesses, à aureilles de papier fraisé à poinct d'orgues, toussant prealablement deux ou trois bonnes fois, dist à haulte voix: La cour vous dict que le facquin qui a son pain mangé à la fumée du roust civilement a payé le roustisseur au son de son argent; ordonne la dicte cour que chascun se retire en sa chacunière, sans despens, et pour cause.» (Rabelais, liv. III, ch. 36.)]

[Note 257: Il veut parler des boucheries voisines de cette église, et qui, dès le XIIe siècle, avoient fait donner à la rue Montagne-Sainte-Geneviève le nom de rue des Boucheries.]

[Note 258: On vendoit toutes sortes de denrées sur le Petit-Pont, V. notre _Paris démoli_, 2e édit., p. XLV.]

[Note 259: Vieux mot que la langue culinaire a seule conservé. _Havir_ se dit pour l'action du feu trop vif, qui dessèche la viande par dehors sans la cuire à l'intérieur. C'est, selon Ménage, le mot grec [Grec: auein], rôtir, brûler.]

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_Les Confitures renversées._

Quy veult empescher un vilain, Il luy faut mestre un oeuf en main. Que tu m'empeschas, ô Voicture[260], Avec tes pots de confiture!

Il te souvient qu'à mon depart J'en pris en mes mains bonne part, Ayant serré l'autre partie Dans ma pochette appesantie.

De chez toy chez nous y a loin, Et tout du long de ce chemin Il n'y eut fils de bonne mère, Quy ne me creust apothicaire.

Ayant les deux mains à mes pots (Ils cuidoient choir à tout propos), Le moyen de faire l'honneste! Mon chapeau tenoit à ma teste,

Les uns m'estimoient desdaigneux, Les autres m'appeloient teigneux. Je ne sçay qui disoit: Malherbe, Qui sçait bien, n'est pas tant superbe.

En evesque, non autrement, Je les saluois froidement, Rasserenant ma triste mine, En tournant le col vers l'eschine.

Quoy qu'assez chiche de salut, Le malheur toutefois voulut Que je repandisse la saulce Tant sur le manteau que la chausse.

De mal en pis, un autre effect Dedans ma pochette se faict: Tout pesle-mesle se renverse, Et n'est doubleure qu'il ne perse.

Mes vers se trouvèrent dessous, Bon Dieu! que mes vers estoient doux! Ma bienheureuse gibecière En fut enduicte toute entière.

Il ne fut sol ny carolus[261] Quy ne fust lors pris à la glus. Alors j'appris que chose aucune N'est si douce que la pecune.

Du travers de la cuisse au corps La douceur me passa dès lors. Si Dieu veut qu'elle y persevère, Je ne seray plus tant sevère.

Le plus petit chien de chez nous Me trouva plus que son laict doux; Il fut si friand de la sausse, Qu'il a presque avallé ma chausse.

Tant et tant ce petit coquin En barboüilla son musequin, Qu'il n'est chien au mont Sainct-Hilaire Quy ne le suive et ne le flaire.

Amy Voicture, étant sur tous Et plus que confiture doux, Ne me donne plus confiture Sans un laquay pour la voiture.

[Note 260: C'est Voiture le poète; nous le reconnaissons bien à ce cadeau de friandises.]

[Note 261: Petite pièce de billon mise en cours par Charles VIII, et tout à fait baissée de valeur à l'époque où ces vers furent écrits. Elle ne valoit alors que dix deniers.]

FIN.

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TABLE DES MATIÈRES.

Préface. v

1. Ensuit une remonstrance touchant la garde de la librairie du Roy, par Jean Gosselin, garde d'icelle librairie. 1

2. Le Diogène françois, ou les facetieux discours du vray anti-dotour comique blaisois. 9

3. Histoires espouvantables de deux magiciens qui ont esté estransglez par le diable, dans Paris, la semaine sainte. 23