Variétés Historiques et Littéraires (01/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Part 19

Chapter 193,904 wordsPublic domain

Cela sont les moindres choses, et n'est rien au prix des chasteaux forcés, où ils ont miserablement massacrez les pauvres seigneurs, gentilshommes et damoiselles, emporté leurs moyens et mis leurs maisons en desolation; et, entre autres, en ayant voulu forcer un autre, S.-Hermine[200] et Mareul[201] ils furent descouverts par la sentinelle qui y veilloit d'ordinaire, comme s'il eût été en temps de guerre, pour la crainte qu'il avoit d'eux, et leur ayant ladite sentinelle tiré un coup d'arquebuze, ils furent poursuiviz par le seigneur du lieu, qui manda en diligence à quelques gentilshommes ses voisins, et aux villages par là auprès, pour avoir des gens, et ayant en peu de temps ramassez jusques à près de deux cens hommes, tant d'uns que d'autres, il les attint auprès d'un bois à trois lieües de là. Eux, estant jusques au nombre d'environ trente cuirasses, se mettent en défense, et y eut quelques morts, tant d'un costé que d'autre; mais le monde y abordant à la file de tous costez, comme pour esteindre le brasier qui devoroit le repos de tout le pays, ils furent contrains de se mettre en fuitte, laissans trois ou quatre de leurs compaignons prisonniers, qui furent mis sur la roüe à Bessay[202], qui est là auprès.

[Note 200: Le château de Saint-Hermine étoit la baronie de Jacques Desnouches, chevalier, seigneur de la Tabarière, baron de Saint-Hermine, mari de Anne de Mornay, fille de l'illustre Duplessis Mornay. Fillon, _notes_.]

[Note 201: L'affaire du château de Mareuil est racontée, p. 12-13, dans le livret publié par M. Fillon.]

[Note 202: Bessay, selon M. Fillon, appartenoit alors à Jonas de Bessay, chevalier, baron de Saint-Hilaire, seigneur de la Voute de Boisse, gouverneur de Talmond, mari de Louise Chasteigner, fille du seigneur de Saint-Georges.]

Que diray-je davantage? ils prindrent un gentilhomme, grand seigneur de là auprès, et après lui avoir bandé les yeux, ils le menèrent à travers le bois jusques à leur forteresse[203], puis, estant là, ils le desboucherent, luy monstrèrent tout là dedans force munitions, tant de guerre que pour le vivre, avec un molin à bras et un four, des petites pièces de campaigne, à force mousquets et arquebuses, picques, grenades, petards et autres engins, tant pour l'offensive que pour la deffensive, puis les autres fortifications des fossez à plein de cuve, un pont-levis avec un ravelin enclos d'une palissade, et, pour dire en un mot, il y remarqua tant de fortifications qu'il luy sembloit imprenable; ils le menèrent aussi en une grande sale toute tapissée de cuir d'Espagne qu'ils avoyent vollé en une navire le long de la mer[204]. Mais ainsi que on le conduisoit, Guillery luy mit le pistolet à la gorge, et luy fit jurer sur peine de la vie qu'il ne leur seroit jamais contraire. Après cela, on luy presente le disner, où il fut traité fort magnifiquement, et tout en vesselle d'argent, et puis après s'estre bien promenez et bien discouru ensemble, on luy reboucha la veüe, et le ramena-on jusques au bort du bois, d'où on le renvoya.

[Note 203: C'étoit celle du bois des Essarts.]

[Note 204: Dans l'_Histoire de la vie et grandes voleries_, etc., il est parlé de ce luxe de Guilleri et de ce «cuir d'Espagne volé sur mer, près des Sables-d'Olonne, à la prise d'un vaisseau enlevé par ses gens, qui exerçoient aussi la piraterie, et avoient alliance avec les forbans de plusieurs pays.» Fillon, p. 13.]

Mais quoy? de s'ennuyer de leurs meschancetez et ne plus permettre que ceste trame soit roulée plus avant, tout le monde murmure, et la France ne peut plus supporter ceste peste sur le coeur sans la vomir; ils s'enflamment tousjours de plus en plus, et se descouvrent eux-mesmes, mettans certains escritaux par les chemins, par lesquels ils decouvrent qu'ils vouloyent la vie de messieurs de la justice, l'argent, le pillage et rençon des gentilshommes; rencontrent un prevost, le chargent, prennent quelques uns de ses gens, et s'il ne se fût sauvé de legereté, il eût tombé entre leurs mains[205]; de sorte que personne ne pouvait trafiquer en toute la Bretagne ny le bas Poitou, parce qu'il a un esprit familier, par lequel il se fait porter par tout là où il veut en moins de rien, de façon qu'on le verra quelquefois le matin auprès de Nantes, et le soir il sera autour de Rouen et d'Orléans[206], et autres lieux semblables, s'accostans des marchands comme s'il estoit aux foires, et puis quand il voist la commodité il les destrousse, et leur oste tous leurs biens. La cour, en estant advertie, mande à Monsieur de Parabole, gouverneur de Niort, et à tous les officiers d'autour, qu'on mît diligence de les attrapper. Ce qu'estant sceu, tous les prevosts s'assemblent jusqu'au nombre de dix-huit ou vingt, conduicts par le grand prevost, avec toute la communauté qu'ils assemblèrent incontinent de toutes parts, jusques au nombre d'environ quatre mille cinq cens hommes, et de ce pas s'en vont assiéger le bois où le gentilhomme qui avoit esté en leur chasteau les mena, et courant de tous costez, ils trouvent à la fin ceste forteresse en un petit vallon, entre force arbres qui la couvroient fort bien de tous costez, de façon qu'à peine pouvoit-on la descouvrir.

[Note 205: Guilleri fit souvent de ces mauvais partis aux prévôts. Il y a deux chapitres à ce sujet dans l'_Histoire de la vie et grandes voleries_...: savoir: _Comme Guilleri prit prisonniers les prévosts de Niort et de La Rochelle.--Comme Guillery rencontra le prévost de Fontenay avec ses archers_.]

[Note 206: Nous n'avons trouvé qu'ici ces détails sur les excursions lointaines de Guilleri et de sa bande. Il est certain qu'ils furent alors redoutables par toute la France, et qu'on les trouve nommés avec les Rouget, Barbet, Grisons, et autres bandits qui désoloient le royaume sur ses points les plus opposés.]

Ils estoient plusieurs prevosts avec quelques autres gens[207], et avec quatre couleuvrines ils se mettent à les battre; la batterie dure tout un jour, et ceux qui estoient dedans, environ trois cens, se mettent en devoir de se defendre; mais à la fin Guillery, voyant qu'il ne pouvoit tenir long-temps, sort de furie avec ses gens à la desesperade, et, fendant la presse, bien monté et armé de toutes pièces, passe outre avec quelques uns de ses gens qui estoient les plus legerement et mieux montez[208]; et le reste, estant chargé de près par soldats fort adroits aux armes, conduicts par bons capitaines qui n'ignoroient pas toutes les ruses et stratagèmes dont il falloit user pour avoir tels voleurs, car en fin finale, ils furent prins avec le capitaine Guillery[209], qui fut accablé soubs la foule qui les arresta, et tandis les autres passent outre à tirer vers la mer, où ils trouvent une navire sur le bord, où ils ravagent et tuent la plus part de ceux qui estoient dedans, puis ils se mettent sur la mer où ils se sont encore mis à escumer et ont faict plusieurs voleries.

[Note 207: M. de Parabère, gouverneur de Niort, commandoit l'attaque, qui est ici racontée avec plus de détails que dans le livret de M. Fillon.]

[Note 208: «... Guilleri, ne craignant ni Dieu ni diable, ayant exhorté ses gens à la défense, sortit le premier, monté sur un cheval, le pistolet en main, passa au travers les ennemis et se sauva.»]

[Note 209: C'est le frère du grand Guillery, dont il est parlé au commencement de cette pièce. Quant à lui, il s'est sauvé, comme nous venons de le voir; d'après l'_Histoire de la vie et grandes voleries.._, il s'en va dans les environs de Bordeaux, y vit quatre années environ en riche gentilhomme, puis, découvert par un marchand qu'il avoit autrefois volé, il est pris et rompu sur la place publique de La Rochelle.]

Estant donc le capitaine Guillery demeuré pris avec environ quatre vingt de ses gens, il est mené à Saintes, où son procez luy fut faict dès le lendemain, et luy condamné à la rouë avec tous ses complices, qui furent rouez en plusieurs lieux, pour donner exemple; mais lui fut exécuté à la Rochelle, où estant sur l'eschaffaut, d'un visage rassis et d'une contenance qui marquoit bien son assurance, sans aucun effroy, il arrache ces pitoyables paroles du milieu de ses remors qu'il pousse dehors, en presence de toute l'assistance, qui estoit composée d'une infinité de personnes qui accouroient de toutes parts à ce spectacle.

«Je pense qu'il n'y a personne de vous autres, Messieurs, qui ne soit icy pour contenter ses desirs en la peine qu'on dedie à mon supplice; mais quand on aura mis en la balance tout le faict de mon destin, vous donnerez plus tôst des larmes à ma fortune, que vos desirs à l'accomplissement de ceste miserable prophetie de ma defaite. Il est vray, cest eschaffaut odieux, et que mes mesfaits ont estez les degrez par lesquels je me suis porté; mais quoy! ç'a esté un coup à qui je ne pouvois gauchir, et un passage qu'il me failloit traverser. Il y a ici beaucoup de gens qui sçavent la maison d'où je suis sorti, laquelle doit à ce jour avoir une si ignominieuse tache estre attachée à la memoire de postérité qui ternira son renom au souvenir de la faute.» Et disant ces mots, les larmes luy commencèrent à couler le long des joües; puis, se tournant de l'autre costé:

«Et combien, Messieurs, il n'est pas incompatible qu'il ne puisse sortir un mauvais fruict d'une bonne semence, selon le champ où sera semé, qui le corrompt quelquefois, ou la constellation des astres, qui luy sera contraire; de façon que, quand vous blasmerez ma fortune et celle de mes compaignons, je vous prie, et mes larmes vous y convient, de jeter les yeux de vostre memoire sur mes ayeuls, qui n'ont jamais veu courir des ombrages si odieux que cela sur leur reputation, et dont les vertus ne me doivent presager que de merveille; mais-quoi! les meilleurs naturels peuvent estre corrompus comme le mien, qui, se laissant flatter aux persuasions de mon frère, que le desespoir avoit envelopé en ses toilles, s'est laissé emporter à ses desbauches, qui me font aujourd'huy dresser les cheveux à la contemplation de ma faute, et, d'une main odieuse, me presentant ceste coupe funeste qu'il faut que j'avalle quand le malheur me range à ses loix. J'ai jette incontinent les yeux sur ce que le presage de ma fortune me presentoit tout au long; mais ma fragilité, qui ne faisoit en sorte de penetrer si avant, m'a toujours empêché de voir la fin; je me suis trouvé sur le dernier saut de ma defaicte, où il faut que la peine que l'on prepare à mon corps satisface pour les forfaicts que j'ai commis.» Il faict une petite pose, puis, tirant un grand soupir, il dit encore:

«Je vous puis bien asseurer que la mort qu'il me faut endurer tout maintenant ne me fasche point, puisqu'il nous faut tous passer ce passage; mais il n'y a que le chemin par où il faut que je le franchisse qui me soit fascheux, avec le blasme qui en doit courir sur mes parens, et les presages qui menacent encore mes frères de frapper au mesme caillou. Je prie Dieu qu'il leur ouvre les yeux pour les appeller à penitence et leur faire changer le train de leur vie, afin que, se retirant, ils puissent atteindre à une fin heureuse. Et vous autres, Messieurs, consolez mes parens, leur remonstrant que, si à ce aujourd'huy la fortune fait courir ce nauffrage sur leur memoire, ils en doivent combattre la douleur par la souvenance des vertus signalez de nos ayeux, et que, quand la memoire de nos desbauches leur travaillera l'esprit, ils nous restranchent du nombre de leur famille et imaginent comme si nous n'avions point esté.

«Cest oubly essuyra la playe de leur douleur, et ne laisseront pas de suivre le chemin que nos ayeux leur ont tracé. Et vous autres, Messieurs, je vous conjure d'avoir compassion de ma fortune et de prier pour mon ame, afin qu'il plaise à nostre Sauveur ne vouloir point avoir esgard à mes fautes, et que, puis qu'il me faut icy servir d'exemple, brider le courage de ceux qui se voudroient attacher aux desordres où me suis enveloppé, il luy plaise vouloir ouvrir la porte de son paradis à mon ame.»

Il se tourne vers ses compaignons, et, après les avoir encouragés de se monstrer constans à ce passage, il prie le bourreau de l'expedier le plus diligemment qu'il luy sera possible; et, ayant recommandé son ame à Dieu, il s'estend sur l'eschaffaut, où il endura la mort d'une constance, nompareille, jusqu'à ce que il rendit l'ame. Dieu veuille qu'elle soit entre ses mains! Ainsi soit-il.

C'est verité; j'ay desservy Une mort encor plus cruelle; Car le peché que j'ay commi Merite bien, mort eternelle. Après mal-heur (helas!) à la fin bousche Le vil conduit d'une maligne bouche, Et le mechant en horreur obstiné Par un gibet est aussy ruiné.

* * * * *

_Le bruit qui court de l'espousée._

M.DC.XIIII.

In-8º.

Le bruit est que la mariée Est damoiselle au grand ressort: Chacun en dit sa ratelée[210], Tout le monde dit qu'elle a tort.

La David a pris la parolle Pour feu son mary l'advocat, Disant: Je ne suis pas si folle Que d'hausser ainsi mon estat.

La Sabrenaude[211], sa voisine, En a tenu quelque propos; Mais la bouchère Cailletine, S'est mise sur ses _audinos_[212].

Il vaudroit mieux, dit la Rotine, Qu'une grande cité perît, Que de souffrir la sotte mine D'une gueuse qui s'enrichit.

La Menarde s'est arrestée, Disant: Commère, qu'avez-vous? Parlez-vous point de l'espousée, Qui n'estoit guère plus que nous?

Ma bonne foy, dit la Paiote, Je ne trouve pas cela bon; Pour moy, je ne suis point si sotte, Que de quitter mon chaperon[213].

Mercy de Dieu! dit l'Auvergnate, Parlant à la grosse Catin; Elle fait bien la delicate, Avec sa cotte de satin!

La Croupière, oyant la nouvelle, Veut mettre son espingle au jeu, Et aussi tost elle l'appelle Madamoiselle depuis peu[214].

La Citarde s'en est esmeuë, Soutenant que c'est le marchand Et le tailleur qui l'ont vestuë En damoiselle en nez friand.

La Mijolette a bonne grace De maintenir par ses discours Qu'elle est première de sa race Qui a le masque de velours[215].

La Cointesse, voyant la belle, Dit aux vendeuses de porreaux: Son père l'a fait damoiselle[216], Mais, Nostre-Daigne[217]! j'entre en faux.

La Gaussette, quoy qu'édentée, Lui a chanté deux petits mots, Disant que c'est une effrontée, Et que ses parens sont des sots.

La Rousse dit que, si sa fille Avoit l'habit de taffetas, Elle seroit aussi gentille Ou plus belle qu'elle n'est pas.

La Jeanne Verrier, sa commère, S'en mocque fort de son costé; Et aussi la belle Tessière Dit qu'elle a trop de vanité.

La Blenonne va par la ville, Elle s'est plainte à plus de mille Et en fait ses contes partout, Qu'elle veut tenir le haut bout.

La Chantecler, l'escervelée, Veut tenir le livre à son tour. Voilà, dit-elle, une espousée Faicte à la mode de la cour!

La Madelon, ceste matoise, A juré par la Feste-Dieu Que sa fille n'est que bourgeoise, Quoy qu'elle soit d'aussi bon lieu.

Les damoiselles, ses amies, Luy vont apprendre tout le jour A recevoir les compagnies Selon les modes de la cour.

L'une luy dit: Tu es jolie, Mais ton masque ne va pas bien. L'autre luy dit par mocquerie: Attache-le comme le mien.

Quelques unes des plus rusées Sont sur le point de l'aller voir, Mais il faut beaucoup de dragées Qui les veut toutes recevoir.

Tredame! disent les Bourgeoises, Celle-là a pris les florets[218]; Il faut laisser aux villageoises Nos chaperons et nos collets[219].

Elle est venuë d'un village Pour espouser un advocat; Mais tout d'un coup, en son veufvage, Elle a bien haussé son estat.

Les couvrechefs[220] en veulent estre Aussi bien que les chaperons, Et se disent à la fenestre: Voilà la royne des brandons[221]!

C'est l'entretien des lavandières Et de celles qui vont au four Qu'une dame depuis naguères, S'est fait damoiselle en un jour.

Les desbauchez sont à sa porte Qui luy font le charivary, Luy demandant de quelle sorte Elle secouë son mary.

SIZAIN.

Quand l'espousée fut couchée Et que son mary l'eut tastée, Elle luy dit de la façon: Mon grand amy, je suis pucelle, Car jamais homme ni garçon Ne me l'a fait en damoiselle.

[Note 210: «_Dire sa ratelée_, c'est dire à son tour librement tout ce qu'on sait, tout ce qu'on pense de quelque chose.» (Leroux, _Dict. comique._) C'est faire comme le jardinier, qui, lorsqu'il a bien promené son rateau par le jardin, finit par placer dans un coin sa ratelée d'ordures.]

[Note 211: _Sabrenaud_ se disoit pour un mauvais ouvrier, un gâcheur d'ouvrage. On en avoit fait le verbe _sabrenauder_, qui s'employoit encore au XVIIIe siècle.]

[Note 212: C'est-à-dire s'est campée les poings sur les hanches comme en disant: _Ecoutez-nous_.]

[Note 213: Le chaperon étoit la marque de la petite bourgeoisie; il consistoit, au XVIIe siècle, en une bande de velours placée sur le bonnet.]

[Note 214: V., sur les noms qu'on donnoit à ces damoiselles par usurpation, _Les XV joies de mariage_, P. Jannet, 1853, in-8º, p. 168.]

[Note 215: Les femmes de distinction, quand elles sortoient, portoient un masque de velours noir. Boileau, par une note sur le vers 322 de sa Xe satire, nous apprend qu'il en étoit encore ainsi pendant sa jeunesse. On peut voir, sur cet usage, de longs détails dans le _Palais Mazarin_ de M. L. de Laborde, p. 314, note 367. C'étoit surtout la marque distinctive des femmes dont nostre _espousée_ veut singer les manières. «Que ne diray-je pas des chirurgiens... (lisons-nous dans _la Troisième après-disnée du Caquet de l'Accouchée_, 1622 in-8º, p. 15). Quant à leurs filles, il ne leur manque que le masque qu'on ne les prenne pour damoiselles.»]

[Note 216: Il étoit aussi ridicule pour les filles bourgeoises de se faire appeler _madamoiselle_ que pour les femmes mariées de la même classe de prendre le titre de _madame_. Entre autres pièces publiées à ce propos contre ces dernières, nous connaissons un livret de la dernière moitié du XVIIe siècle: _Satyre sur les femmes bourgeoises qui se font appeler madame_, in-8º.]

[Note 217: Pour: Notre-Dame.]

[Note 218: Nous avons pensé d'abord qu'il s'agissoit ici du satin à fleurs que les damoiselles seules devoient porter, et dont plusieurs marchandes se paroient pourtant, au grand scandale des bourgeoises. «Si, lisons-nous dans la sixième partie des _Caquets de l'accouchée_, une marchande porte le satin à fleurs de velours cramoisy, faut-il en murmurer? etc.» Mais il est plus probable que ce mot _florets_ doit s'entendre ici pour les touffes de fleurs et de verdure que la Mijolette s'étoit mises dans les cheveux. Ainsi s'explique le nom de _royne des brandons_ que lui donnent plus loin les paysannes.]

[Note 219: Encore un objet de la toilette modeste des bourgeoises; elles devoient s'en tenir au simple _collet monté_. S'il s'élevoit peu à peu jusqu'à devenir un _collet à cinq étages_, il encouroit le blâme des matrones.]

[Note 220: L'auteur entend parler ici des paysannes, et il les désigne par leur coiffure, qui, surtout en Normandie et en Picardie, consistoit en un _couvre-chef_ «morceau de toile empesée et tortillée dont elles entouroient leur tête.» _Dict. de Trévoux_.]

[Note 221: Ce mot doit se prendre ici dans le sens qu'il avoit souvent alors, surtout à Lyon, où l'on n'appeloit pas autrement les _rameaux verts_ du dimanche qui précède Pâques, et qu'on nommoit pour cela _dimanche des brandons_.]

* * * * *

_La conference des servantes de la ville de Paris soubs les charniers Sainct-Innocent; avec protestations de bien ferrer la mule[222] ce caresme, pour aller tirer à la blanque à la foire de Sainct-Germain, et de bien faire courir l'ance du panier_[223].

_A Paris._

M.D.C.XXXVI.

Pet. in-8º de 13 pages, titre compris.

[Note 222: L'origine de cette locution remonte à une anecdote racontée par Suétone dans la _Vie de Vespasien_ (cap. 23), et ainsi mise en françois par Moisant de Brieux: «Le muletier de Vespasien, sous pretexte que l'une des mules estoit deferrée, arresta long-temps la litière de l'empereur, et par là fit avoir audience à celuy auquel il l'avoit promise sous l'asseurance d'une somme d'argent, mais dont l'odeur vint frapper aussitost le nez de ce prince, qui l'avoit très fin pour le gain: en sorte, dit Suétone, qu'il voulut partager avec son muletier le profit qu'il avoit eu à ferrer la mule.» _Origines de diverses coutumes et façons de parler_, Caen, 1672, p. 101. Dans la traduction du Guzman d'Alpharache, par Chapelain, 1re part. liv. II, chap. 4, on trouve cette phrase: «Un serviteur malin, menteur et _ferre-mule_.»]

[Note 223: Nous n'avons rien trouvé sur cette locution proverbiale, ni dans le livre de Moisant de Brieux, ni dans celui de Fleury de Bellingen, ni dans _les Matinées senonoises_ de l'abbé Tuet, ni dans les _Dictionnaires des proverbes_ de La Mésengère et de M. Quitard, pas même dans _la Fleur des proverbes_ et l'_Encyclopédie des proverbes_ de M. G. Duplessis; et nous avouons franchement n'avoir pu, avec nos seules lumières, en découvrir l'origine. La variante qui se trouve ici, et qui nous prouve qu'au XVIIe siècle on ne disoit pas, comme aujourd'hui, _faire danser l'anse du panier_, mais bien _la faire courir, la faire cheminer_, n'étoit pas de nature à nous rendre cette étymologie plus facile.]

Ce fut le vendredy, premier jour de fevrier, que dame Lubine, la plus fameuse harangère, et la plus vieille et la plus connue de toutes les nourrices et servantes de la ville et fauxbourgs de Paris, tint sa conferance sous les charniers S.-Innocent, estant assistée d'un millier de servantes, vieilles et jeunes, anciennes et modernes, et de tout pays, et principalement du pays de Sapience, où les chiens s'assirent sur leur queue quand on fit vandange, dit Normandie, et les autres de la garanne des foux, dit Picardie, et d'autres pays. Dame Lubine commence ce langage: Mes chères consors et bien-aymées, il faut croire que vous ne serez pas tousjours jeunes et belles. A celle fin de vous conserver tousjours en habit et en argent, il faut tousjours croire vostre maistre et le laisser faire, et ne dire jamais un seul mot, car les femmes sont tousjours jalouses de leur mary, et ne veulent point qu'on rie à personne; il faut contrefaire quelquefois la bigotte et la rechignée et la fascheuse. Et davantage, voici le caresme qui est fort bas, les vivres seront grandement chers; il faut que ce caresme-ci vous en vaille deux, et bien faire valoir et cheminer l'ance du panier; il faut que sept semaines vous vaillent une année et demie.

Sur ce propos finy, une grosse citroüille de servante, qui demeure chez un marichal: Je ne suis point apprentie de ferrer la mule; il y a quatre ans et demy que je demeure où je suis; au bout de trois semaines, j'estois aussi sçavante que ma maistresse, qui est mariée il y a dix-huict ans, car mon maistre battoit sur mon enclume, et moy je levois les soufflets, et ay bien gaigné huict cens cinquante livres.

Après, une petite servante de la rue Saint-Honoré: Je suis chez un notaire; je ne gaigne que treze escus; je vais à la halle, à la boucherie, et ne rend point compte qu'à mon maistre, qui est assez jovial[224]; et ma maistresse, qui est toute devote, elle ne bouge de ces religions; je fais ce que je veux: D'avantage nous avons trois clercs[225], dont le maistre clerc, qui a sa plume aussi douce et charmante comme sa voix; je n'ay qu'à me plaindre à luy quand j'ay affaire de quelque chose, incontinent j'ay tout ce que je veux avoir de luy, fusse argent ou autre chose.

[Note 224: Les facéties du temps faites à propos des chambrières reviennent toujours sur ces accointances des maîtres avec leurs servantes. Lisez, par exemple, le _Banquet des chambrières fait aux estuves le jeudi gras_: