Œuvres de P. Corneille, Tome 05
Part 7
Et vous ne deviez pas le craindre et le prévoir?
CLÉOBULE.
Je l'ai craint et prévu jusqu'à saisir ses armes; 1855 Mais comme après ce soin j'en avois moins d'alarmes, Embrassant Théodore, un funeste hasard A fait dessous sa main rencontrer ce poignard, Par où ses déplaisirs trompant ma prévoyance....
VALENS.
Ah! falloit-il avoir si peu de défiance? 1860
PLACIDE.
Rends-en grâces au ciel, heureux père et mari: Par là t'est conservé ce pouvoir si chéri, Ta dignité, dans l'âme à ton fils préférée; Ta propre vie enfin par là t'est assurée, Et ce sang qu'un amour pleinement indigné 1865 Peut-être en ses transports n'auroit pas épargné. Pour ne point violer les droits de la naissance, Il falloit que mon bras s'en mît dans l'impuissance: C'est par là seulement qu'il s'est pu retenir, Et je me suis puni de peur de te punir. 1870 Je te punis pourtant: c'est ton sang que je verse; Si tu m'aimes encor, c'est ton sein que je perce; Et c'est pour te punir que je viens en ces lieux, Pour le moins en mourant te blesser par les yeux, Daigne ce juste ciel....
VALENS.
Cléobule, il expire. 1875
CLÉOBULE.
Non, Seigneur, je l'entends encore qui soupire; Ce n'est que la douleur qui lui coupe la voix.
VALENS.
Non, non: j'ai tout perdu, Placide est aux abois; Mais ne rejetons pas une espérance vaine, Portons-le reposer dans la chambre prochaine; 1880 Et vous autres, allez prendre souci des morts, Tandis que j'aurai soin de calmer ses transports.
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.
[169] L'édition de 1655 porte seule: «_Et_ ne veut pas périr....»
[170] _Var._ Et Valens punira son illustre attentat. (1646-56)
[171] _Var._ Et si quelque malheur nous rendoit Théodore, A moins que renoncer à ce Dieu qu'elle adore. (1646-56)
[172] _Var._ Par les mêmes motifs il la feroit périr. (1646-56)
[173] _Var._ Cependant vous savez ce qu'a juré Placide; C'est un courage fier, et que rien n'intimide. (1646-56)
[174] _Var._ Il l'examine encor, mais en juge implacable. (1646-56)
[175] _Var._ A garder cependant le dehors de la porte. (1655)
[176] _Var._ Ce cœur, inébranlable aux plus cruels tourments. (1646-56)
[177] _Var._ Et peut à mon trépas souffrir que j'en dispose, Qu'elle en paye Placide, et tâche à conserver. (1646-56)
[178] Ce complot de Théodore et le suivant de Didyme, c'est-à-dire les vers 1631-1650, ne se trouvent que dans les exemplaires du tome II de 1682 qui ont 597 pages et portent au verso de la dernière le privilége, avec un achevé d'imprimer du 26 février: tel est le volume de la bibliothèque de l'Institut marqué Q563**. Dans les exemplaires du tome II de 1682 qui, ne contenant que 596 pages, ont le privilége au recto d'un dernier feuillet, et un achevé d'imprimer du 16 au lieu du 26, ces vers ne se trouvent pas: tel est le volume catalogué à la Bibliothèque impériale sous le no Y 5511/2. Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, et après lui Voltaire, ont maintenu cette suppression.
[179] _Var._ Te voir, au lieu du mien, payer Dieu de ton sang. (1646-56)
[180] Voyez plus haut, p. 3 et suivantes, et ci-après, p. 101 et 102.
[181] _Var._ C'est moi pour qui Placide a dédaigné Flavie; (C'est moi par conséquent qui lui coûte la vie,) Et c'est... DID. Non: c'est moi seul, et vous l'avez pu voir. (1646-56)
[182] Ces quatre vers (1663-66) manquent dans les exemplaires de l'édition de 1682, qui ne contiennent pas les vers 1631-1650, et aussi dans l'impression de 1692, et dans l'édition de Voltaire.
[183] _Var._ DIDYME, _à Théodore_. (1646-56)
[184] _Var._ Se venger à demi, c'est toujours quelque chose. (1646-56)
[185] _Var._ Nous sortirions tous deux avecque la couronne. (1646-56)
[186] _Var._ Et soit qu'elle périsse ou ne périsse pas. (1646-56)
[187] Les éditions de 1664-82 ont _pour lui_, au lieu de _sur lui_. L'impression de 1692 donne _sur lui_.
[188] _Var._ Et sans perdre de temps en de plus longs discours[188-a]. (1646-63)
[188-a] Voltaire a adopté cette variante (1764).
[189] _Var._ Quelque ardeur qui le pousse à venger son malheur. (1655)
[190] Par une singulière erreur, les éditions de 1646-56 portent toutes: «_les_ souhaite finie.»
APPENDICE.
I
TRAGÉDIE DE _SAINTE AGNÈS_
PAR LE SIEUR D'AVES.
ARGUMENT DE LA PRÉSENTE TRAGÉDIE[191].
Sainte Agnès fut native de la ville de Rome, extraite de nobles parents, lesquels étant chrétiens la firent dès le berceau nourrir en leur foi. De ce temps étoit gouverneur de Rome Simphronie, sous l'empereur Diocletian, grand persécuteur des chrétiens. Ce Simphronie avait un fils, lequel n'eut pas sitôt vu sainte Agnès qu'il en devint passionnément amoureux; pourquoi il s'informe de l'extraction de la vierge; l'ayant sue il se résout de lui faire offre de son service, et pour ce sujet il prend l'occasion de la rencontrer un jour qu'elle revenoit de l'école; mais cette fille ne s'émut non plus de son discours que si elle eût eu un cœur de rocher, d'autant qu'elle étoit préoccupée du saint amour de Jésus-Christ. Ce jeune homme se voyant ainsi dédaigné, en prend un si grand déplaisir qu'il en devint tout mélancolique et rêveur, de quoi son père s'étant aperçu, il en voulut savoir la cause; son fils la lui ayant déclarée, il mande le père de sainte Agnès, auquel il fit entendre l'amour de son fils, et le desir qu'il avoit d'épouser sa fille, à quoi il le conjure de tout son pouvoir. Le père de la sainte lui fit démonstration d'avoir son alliance fort agréable, mais qu'il falloit qu'il sût la volonté de sa fille avant que de rien résoudre de cet affaire. Il la sait donc, et est telle qu'elle ne se veut point marier, ne desirant d'autre époux que Jésus-Christ. Cette résolution sue, le père de sainte Agnès néglige de la faire savoir à Simphronie: ce qui ennuyant son fils trop passionné, il se délibère lui-même de savoir encore une fois la volonté de la vierge; pour cet effet il la voit, et avec tout l'artifice que l'amour sauroit inventer il la cajole; mais il y perd son temps tout de même que la première fois, ce qui lui cause un tel regret qu'il en tombe extrêmement malade, s'étant imaginé par les réponses ambiguës de sainte Agnès qu'elle étoit amoureuse d'un autre que de lui; ce qui fait que lui et son père s'étant plus particulièrement informés de la vierge, ils treuvent qu'elle est chrétienne: chose qui les réjouit beaucoup, croyant par ce moyen en avoir plus tôt la raison. Pour cette fin Simphronie la fait venir parler à lui, où après l'avoir longtemps prêchée pour la détourner de sa foi, enfin voyant sa constance, il la fait dépouiller nue et l'envoie au b...eau; mais elle n'y fut pas sitôt que son bon ange ne la vînt garder. Le fils de Simphronie ayant appris qu'elle étoit en ce lieu, y vint pour la forcer, étant accompagné de quelques paillards, lesquels y étoient aussi venus pour même intention. S'étant mis en devoir d'exécuter son dessein, l'ange de la sainte le tue: sa mort ayant été annoncée à son père, il vient tout forcené de deuil trouver la vierge, laquelle il gourmande fort. Mais voyant que c'étoit en vain, il a recours aux prières, et la supplie de ressusciter son fils, ce qu'elle fait; et lui ressuscité prêche Jésus-Christ, ce qui cause qu'une sédition s'émeut entre le peuple de Rome et les sacrificateurs des Dieux. Enfin ayant été apaisée par Simphronie, la sainte est condamnée au martyre, et pour cet effet est délivrée entre les mains d'Aspase, homme cruel et lieutenant de Simphronie. Ce méchant fait allumer un grand feu, et la fait précipiter dedans; par sa prière, il s'élève un orage qui déteint ce feu, lequel brûle tous ceux qui s'approchent pour le rallumer. Aspase, voyant ce miracle, en devient plus enragé, et pour avoir plus tôt la fin de la sainte, il lui fait couper la gorge, et de cette sorte elle rendit son âme à Dieu.
[191] Voyez ci-dessus la _Notice_, p. 3-6.
II
VITA S. VIRGINIS THEODORÆ ET DIDYMI MARTYRIS
EX SIMEONE METAPHRASTE[192].
Diocletiano et Maximiano imperatoribus, præside Alexandrinæ civitatis Eustrathio, edictum quoddam adversus Christianos missum fuit, ut vel Diis immolarent, vel supplicio afficerentur. Cum vero præses ille pro tribunali sederet in magna Alexandrinorum civitate, jussit cohortem accersire Theodoram virginem, quæ nuper capta fuerat, et in carcere servabatur. Quam cum duxisset: «Præsto, inquit cohors, est Theodora.» Judex igitur: «Cujusnam sortis es, mullier?--Christiana, inquit Theodora, ego sum.» At ille: «Liberane, an serva?--Dixi jam, inquit ipsa, christianam me esse: Christus enim veniens a peccato me liberavit. Quod vero et ad vanam atque inanem mundi hujus gloriam attinet, claris parentibus orta sum.» Tunc judex quæstorem accersiri jussit. Quem cum cohors præsto esse dixisset: «Dic, inquit, Luci, nostine Theodoram virginem?» Cui Lucius: «Per tuam, præses, valentem vitam ac splendorem, nobilissima est, multæque existimationis et primi generis mulier.--Quare, inquit judex, cum sis ita nobilis, nuptias recusasti?» Theodora respondit: «Christi causa nubere nolui. Cum enim ille homo factus in mundo versaretur, ab ea quæ semper virgo et Dei mater fuit genitus, a corruptione nos removit, et sempiternam vitam nobis promisit. Itaque fore mihi persuadeo ut in ejus fide permanens, ad finem usque incorrupta et intacta sim.»
Tunc judex dixit: «Imperatores jusserunt vos quæ virginitatem semper servatis, aut Diis immolare aut injuriosius tractari.--Arbitror, inquit Theodora, te non ignorare, hominis propositum Deo ipsi imprimis gratum esse: is vero animum meum atque propositum castum esse cognovit. Quod si me id pati quod dicis et violari coegeris, non erit hæc impudicitia, sed vis et injuria.» Judex autem: «Cum te ingenuam esse noverim, et tui rationem habere cupiam, admoneo ne contumeliosius te geras; nihil enim proficies; nam per Deos omnes sententiam hanc imperatores tulerunt.» Tunc illi Theodora: «Et prius, inquit, tibi dixi, hominis propositum atque animum Deo gratum esse. Cum enim omnia ille pernoscat, cogitata etiam nostra scit, et mentes ipsas perspicit. Quamobrem si coacta fuero facere quod dicis, impudicam me factam nunquam existimabo. Sive enim caput meum, sive manus, sive pedes abscindere, sive totum corpus dilacerare volueris, hoc quidem per vim ac potestatem, quam habes, facere poteris. Similiter lupanari tradar, necne, in arbitrii mei potestate non est, sed in manu tua, cui per imperium vim licet inferre. Quod vero ad animi mei propositum attinet, certum est Deo ipsi castitatis meæ professionem servare; illi enim virginitas mea dicata est; ille certus hujus rei dominus est; ille, si voluerit, virginitatem hanc meam, possessionem suam, incolumem atque intactam servabit.»
Judex vero ait: «Noli, Theodora, ætatem tuam honeste actam totam injuriæ et probris objicere: nam, ut urbis quæstor testatus est, his parentibus orta es qui nobilitate atque existimatione cumprimis excellunt.» Ad hæc Theodora: «Christum, inquit, primum confiteri debeo, qui et Deus est, et omnis nobilitatis honorisque auctor, qui scit et me columbam suam puram et incolumem ad finem usque servare.» Tum judex dixit: «Curnam erras, o Theodora? Eumne Deum credis qui fuit in cruce suffixus? An qui talis est, te in lupanar conjectam, intactam servare poterit, ab his præsertim viris qui mulierum amoribus insanire soliti sunt?--Fidem, inquit Theodora, et spem habeo in Christo, qui crucem perpessus fuit sub Pontio Pilato, fore ut me ab inquis istis viris eripiat, et a labe omnino liberam servet, in ejus fide permanentem, neque unquam eum negantem.» Judex vero: «Adhuc nugantem patior, necdum jubeo tormentis subjici. At si contendere non destiteris, ut ancillam aliquam te prosternens, faciam quod domini atque imperatores nostri jusserunt, ut et reliquis mulieribus exemplum fias.» Ad hæc Theodora: «Parata sum corpus meum, cujus potestatem habes, tibi tradere; anima vero ipsa solius Dei manu est ac potestate.» Tum judex: «Excæcate illam statim, eique dicite ne insanire amplius velit, sed cedere et Diis ipsis immolare.--Minime, inquit Theodora, per Deum ipsum dæmonibus sacrificium aut cultum afferre volo, cum Deum adjutorem habeam.» Ad hæx judex: «Quid me cogis, tibi honestissimæ fœminæ injuriam facere? Ausculta mihi, o stulta, ne in tantam turbam incidas eorum qui sententiam exspectant quæ contra te feratur.--Non sum amens, inquit Theodora, quæ Deum confiteor, et ipsum adjutorem habeo. Quam enim injuriam mihi fore putas, ea res honorem et gloriam sempiternam mihi comparabit.» Tunc judex: «Ego non amplius te feram, sed imperatorum jussa exsequar: futurum enim existimans ut persuaderi posses, diutius te ferebam. Quod si, tibi parcens, id minus curabo quod jussus fui, imperatores contemnere videbor.» Illi autem Theodora ita respondit: «Sicut ipse imperatores metuis, quodque ab illis jussus es id facere studes, ita et ego studeo non negare Deum meum; timeo enim et ipsa verum illum imperatorem Deum contemnere.--Contentiose, inquit judex, mecum agis, et æternorum imperatorum jussa negligis, et me, tanquam imbellem aliquem, despicis. Adhuc trium dierum tempus tibi condono, ac per Deos omnes, nisi animum mutes et sacrifices, in lupanar te tradam, ut mulieres omnes te ita tractari videntes, turpidine tua castigentur.» At Theodora: «Et nunc idem Deus est, et semper, qui non permittet ut eum derelinquam. Peto autem ut intactam ac puram me servari jubeas, quod sententiam tuleris.» Tunc judex ait: «Theodoram sub tuta custodia servate usque ad tres dies, si forte resipiscens sibi ipsa persuaserit ut a tali contentione desistat. Quin et præcipio ne permittatis aliquem ad eam ingredi et cum ipsa versari, propterea quod familia nobili et honesta nata est.»
Post tres dies, cum judex in tribunali sederet: «Adducatur, inquit, Theodora.» Cohors ait: «Domine, præsto est Theodora.» Tum ille: «Si resipuisti et tibi jam persuasisti, nunc sacrifica, et esto libera; puto enim te nequaquam sapere, in eodem proposito persistentem.» Respondit Theodora: «Antea dixi tibi, et nunc eadem dicere non recuso, castitatis meæ professionem Christi causa susceptam esse, qui fuit incorruptæ vitæ prædicator, meamque confessionem ipsius Dei gratia fieri. Ejus igitur Domini et Dei confessio per me prædicetur, et ipse videat (scit enim) quomodo suam virginem puram conservet.--Per Deos ipsos, inquit judex, dominorum jussa veritus, ne forte illis non obediens pericliter, adversus te faciam quod sum jussus. Quoniam vero in lupanar tradi maluisti, quam Diis ipsis sacrificare, videamus num te servet Christus ille tuus, propter quem in contentione ista persistere voluisti.» Id cum judex dixisset, ad cohortem versus: «Tradatur, inquit, ista in lupanar.» Tunc ait Theodora: «Tu Deus qui occultas res inspicis, qui novisti omnia priusquam illa fiant, qui ad hodiernum usque diem mihi affuisti, et intactam in ea re me servasti quam tibi promisi, ipse et posthac me custodias, et a profanis et iniquis eorum manibus qui parati sunt ancillæ tuæ injuriam inferre, incolumem et integram serves.» Hæ cum illa dixisset, ad lupanar ducta est: ad quod ingressa, oculos ad cœlum erexit, et ait: «Tu pater domini nostri Jesu Christi me adjuva, ut ab his canibus eripiar. Tu qui Petrum in carcere adjuvisti, eumque ab injuria liberum illinc eduxisti, et me hinc ab injuria incolumem educas, ut omnes videant, meque servam tuam esse cognoscant.»
Turbæ autem illæ eam, ut lupi agnam, circumdantes, certatim studebant pro se quisque ad eam ingredi, et ut canes in feram aliquam, et accipitres in columbam, ita in eam turbæ inhiantes ingredi festinabant. Cæterum neque tunc Christus ipse cessabat, sed cum quemdam ex fratribus præparasset, ad eam illum misit. Quidam enim quemadmodum aliquem ex Dei, voluntate divitem fieri deceret bene religiosissimus frater, qui Dei negotia tractare optime didicerat, et noverat, ille cum e rebus bonis semper aliquid amplius appeteret et sibi comparare studeret, duplicem martyrii coronam sibi conciliavit, et regnum cœlorum hoc modo rapuit. Cum enim militari habitu se induisset, primus ad eam ingressus est, quasi unus ex impudentium et intemperantium hominum numero esset. Ejus igitur hominis novam et peregrinam figuram sancta illa virgo Theodora cum vidisset, fuit perterrita: ea enim res multum injuriæ ac turpitudinis præ se ferebat. Quamobrem ancipiti et dubio animo carceris angulos circumibat, secum cogitans num a Christo ipso relicta esset.
At sanctus Didymus (ita enim vocabatur), ut germanus frater, incipiens eam affari: «Non sum, inquit, id quod vides. Extrinsecus enim lupus videor, intus vero sum ovis mansueta. Ne spectes exteriorem hanc vestem, sed interiorem, et promptum animi affectum consideres. Frater enim sum in aliena figura, contra diabolum sapiens, eorum quidem veste indutus qui sunt illius ministri: ut ita huc ingrediens non agnoscerer (erant enim qui huc venientem speculabantur), et Domini mei pretiosam possessionem, et Dei columbam eam servare possem. Sed age, vestem mutemus: tibi Deus ipse victoriam largitur; me vero coronat sanctus, et qui sine macula est, agnus ille qui tollit peccata mundi. Exi tu, et ad Dominum ito: ego propter Dominum huc remanebo. Hac mea veste, quam timebas, induaris. Esto tu pro me, ut est ab Apostolo dictum: _Estote ut ego, quoniam et ego ut vos_[193].» Ille quidem hæc dicebat; Theodora vero libenter ei obtemperabat. Novit enim ab illo ipso Deo, qui misit in lacum leonum prophetam Abacuc, ut Danieli, qui et ipse propheta erat, cibum impartiret, quique et leonum ora obstruxit, militem illum tunc ad se missum, ut ipsius habitu occultata et illinc crepta servari posset.
Illa igitur virgo militis habitum sumpsit, ocreisque, quibus antea miles uti consueverat, crura sua contexit; cumque relique veste se induisset, capiti galeam imposuit, ejusque armis acceptis, illo ipso quem qui ei adstiterat præcepit ornatu induta, egressa est. Admonita etiam fuit ne quem adspiceret, propter eorum luporum impudentiam atque audaciam, neve aliquem alloqueretur; sed recta ad portam tenderet, et Jesum ipsum viæ ducem sibi proponeret. Et illa quidem illinc egressa, ut columba quædam alas quatiens, atque in cœlum tendens, ex accipitris ore, vel agna e leonum faucibus, evasit. Frater vero ille sedebat, de sorore non amplius sollicitus, et spirituale prandium exspectans, cumque se capitis tegumento induisset, eo in loco sedebat. Erat autem ita coronatus ut si adversarium ipsum vicisset. Intervallo autem temporis, quidam, ex insanientium numero, intemperantiæ servus, ita ut erat impudens, illuc tanquam ad virginem ingredi ausus, cum virum pro virgine offendisset, mente perculsus secum ipse dicebat: «Numquid virgines in viros transfert Jesus iste? Miles ille qui ante me huc ingressus est exiit. Quisnam igitur hic est, qui sedet? Ubinam virgo illa quæ hic inclusa erat? Audivi aliquando a Jesu ipso aquam in vinum conversam; nunc majus quiddam video: virginem enim in virum mutavit. Timeo ne et me in mulierem convertat.» Ille vero cum opportune sororem eripuisset, factum suum non occultavit; sed clara voce: «Non mutavit, inquit, me Dominus, sed et mihi et illi coronam dedit. Quam igitur habebatis, eam non habetis; quique vobis non erat, eum nunc habetis. Virgo illa virgo est, ut antea; miles vero Christi Jesu athleta nunc est.»
Egressus igitur qui fuerat paulo ante ingressus, quod factum erat nunciavit. Id autem judex audiens, jussit eum ante tribunal sisti. Quem præsentem cum vidisset, eum interrogans ait: Quodnam tibi nomen est?--Didymus, inquit ille, ego appellor.» Tunc judex: «Et quisnam tibi suggessit ut istud faceres ac me contemneres?» Cui Didymus: «Deus me misit, ut hoc facerem.--Confitere, inquit judex, antequam tormentis subjiciaris. Ubinam est Theodora illa virgo?» Respondit illi: «Per Christum Dei filium, ubi ea sit nescio. Illud scio ac persuasum habeo quod, cum Dei sit serva, et Deum ipsum satis confessa fuerit, intacta permansit: quam Deus ipse incolumem et a labe puram servavit. Itaque quod factum est, non mihi, sed Deo ipsi tribuo: quoniam secundum fidem ipsius fecit ille Deus, quemadmodum et ipse nosti, si fateri velis.» Tunc ait judex: «Cujusnam sortis homo tu es?--Christianus, inquit Didymus, ego sum, a Christo liber factus.» At judex: «Cruciate istum vehementer duobus modis, propter ejus petulantiam.--Peto, inquit Didymus, ut quod ab imperatoribus tuis jussus es, celeriter expedias.» Cui judex: «Per Deos duplicia tormenta tibi reposita sunt, nisi Diis ipsis sacrifices. Quod si feceris, prius illud facinus tuum audax condonabitur.--Ego, inquit Didymus, re ipsa tibi ostendi me Dei athletam esse: propter finem enim mihi repositum hoc facere aggressus fui, ut et virgo ipsa virgo remaneret, et ego Dei confessionem manifeste profiterer; nam in Dei fine permanens, tormenta non sentiam: itaque celeriter fac quod videtur; non enim dæmonibus immolo. Nam et si in ignem me tradere volueris, illinc etiam Deus me potest eripere.»
Tunc illi judex: «Tantæ audaciæ causa caput tibi abscindetur; et quoniam dominorum atque imperatorum nostrorum præceptum contempsisti, reliquiæ tuæ in ignem tradentur.» Ad hæc Didymus: «Benedictus, inquit, Deus et pater domini nostri Jesu Christi, qui consilium meum non despexit, sed et Theodoram ancillam suam integram servavit, et me per duo tormenta coronabit.» Cumque sententiam a judice latam accepisset, securi percussus est. Quo facto, ejus corpus in ignem fuit conjectum. Martyrio autem functus est sanctus Didymus nonis aprilis, regnante in cœlis domino nostro Jesu Christo: quoniam ipsi est gloria cum Patre et sancto Spiritu nunc et semper et in sæcula sæculorum. Amen.
[192] Les deux morceaux qui suivent sont tirés du recueil intitulé: _Vitæ sanctorum.... primo.... per R. P. Fr. Laurentium Surium Carthusianum editæ.... Coloniæ Agrippinæ_, in-folio, 1617, 1618. Les deux récits se rapportent à l'année 280. Le premier est placé, dans l'ordre du calendrier ecclésiastique, sous la date du 5 avril, jour où, selon Métaphraste, Didyme a subi le martyre; le second sous celle du 28 avril, fournie par les martyrologes latins, qui indiquent Alexandrie, et non Antioche, comme lieu de la mort de sainte Théodore. D'après l'opinion la plus générale, Antioche ne figurerait dans la relation de saint Ambroise que par suite d'une erreur de copiste. Au reste, il en est qui pensent que dans la relation du saint docteur il s'agit d'une autre vierge que dans celle de Métaphraste. Quoi qu'il en soit, Corneille, comme on l'a vu, a cru devoir adopter cette leçon et placer à Antioche le lieu de la scène de sa tragédie.--Sur Métaphraste et Surius, voyez tome III, p. 474, note 1.
[193] _Épître_ de saint Paul _aux Galates_, chapitre IV, verset 12.
III
MARTYRIUM S. THEODORÆ VIRGINIS,
A S. AMBROSIO SCRIPTUM, LIBRO SECUNDO _DE VIRGINIBUS_[194].