Œuvres de P. Corneille, Tome 05
Part 36
Non, je ne vous dis plus désormais que je tremble, Mais que, s'il faut périr, nous périrons ensemble. Armons-nous de courage, et nous ferons trembler Ceux dont les lâchetés pensent nous accabler. Le peuple ici vous aime, et hait ces cœurs infâmes; 115 Et c'est être bien fort que régner sur tant d'âmes. Mais votre frère Attale adresse ici ses pas.
NICOMÈDE.
Il ne m'a jamais vu; ne me découvrez pas.
SCÈNE II[875].
LAODICE, NICOMÈDE, ATTALE.
ATTALE.
Quoi? Madame, toujours un front inexorable? Ne pourrai-je surprendre un regard favorable, 120 Un regard désarmé de toutes ces rigueurs[876], Et tel qu'il est enfin quand il gagne les cœurs?
LAODICE.
Si ce front est mal propre à m'acquérir le vôtre, Quand j'en aurai dessein, j'en saurai prendre un autre.
ATTALE.
Vous ne l'acquerrez point, puisqu'il est tout à vous. 125
LAODICE.
Je n'ai donc pas besoin d'un visage plus doux.
ATTALE.
Conservez-le, de grâce, après l'avoir su prendre.
LAODICE.
C'est un bien mal acquis que j'aime mieux vous rendre.
ATTALE.
Vous l'estimez trop peu pour le vouloir garder.
LAODICE.
Je vous estime trop pour vouloir rien farder. 130 Votre rang et le mien ne sauroient le permettre[877]: Pour garder votre cœur je n'ai pas où le mettre; La place est occupée, et je vous l'ai tant dit, Prince, que ce discours vous dût être interdit: On le souffre d'abord, mais la suite importune. 135
ATTALE.
Que celui qui l'occupe a de bonne fortune! Et que seroit heureux qui pourroit aujourd'hui Disputer cette place et l'emporter sur lui!
NICOMÈDE.
La place à l'emporter coûteroit bien des têtes, Seigneur: ce conquérant garde bien ses conquêtes, 140 Et l'on ignore encor parmi ses ennemis[878] L'art de reprendre un fort qu'une fois il a pris.
ATTALE.
Celui-ci toutefois peut s'attaquer de sorte Que, tout vaillant qu'il est, il faudra qu'il en sorte.
LAODICE.
Vous pourriez vous méprendre.
ATTALE.
Et si le roi le veut? 145
LAODICE.
Le Roi, juste et prudent, ne veut que ce qu'il peut.
ATTALE.
Et que ne peut ici la grandeur souveraine?
LAODICE.
Ne parlez pas si haut: s'il est roi, je suis reine; Et vers moi tout l'effort de son autorité N'agit que par prière et par civilité. 150
ATTALE.
Non; mais agir ainsi souvent c'est beaucoup dire Aux reines comme vous qu'on voit dans son empire[879]; Et si ce n'est assez des prières d'un roi, Rome qui m'a nourri vous parlera pour moi.
NICOMÈDE.
Rome! Seigneur.
ATTALE.
Oui, Rome; en êtes-vous en doute? 155
NICOMÈDE.
Seigneur, je crains pour vous qu'un Romain vous écoute; Et si Rome savoit de quels feux vous brûlez, Bien loi de vous prêter l'appui dont vous parlez, Elle s'indigneroit de voir sa créature A l'éclat de son nom faire une telle injure, 160 Et vous dégraderoit peut-être dès demain Du titre glorieux de citoyen romain. Vous l'a-t-elle donné pour mériter sa haine, En le déshonorant par l'amour d'une reine, Et ne savez-vous plus qu'il n'est princes ni rois 165 Qu'elle daigne égaler à ses moindres bourgeois? Pour avoir tant vécu chez ces cœurs magnanimes, Vous en avez bientôt oublié les maximes. Reprenez un orgueil digne d'elle et de vous; Remplissez mieux un nom sous qui nous tremblons tous, Et sans plus l'abaisser à cette ignominie D'idolâtrer en vain la reine d'Arménie, Songez qu'il faut du moins, pour toucher votre cœur, La fille d'un tribun ou celle d'un préteur; Que Rome vous permet cette haute alliance[880], 175 Dont vous auroit exclu le défaut de naissance, Si l'honneur souverain de son adoption Ne vous autorisoit à tant d'ambition[881]. Forcez, rompez, brisez de si honteuses chaînes; Aux rois qu'elle méprise abandonnez les reines; 180 Et concevez enfin des vœux plus élevés, Pour mériter les biens qui vous sont réservés.
ATTALE.
Si cet homme est à vous, imposez-lui silence, Madame, et retenez une telle insolence. Pour voir jusqu'à quel point elle pourroit aller, 185 J'ai forcé ma colère à le laisser parler; Mais je crains qu'elle échappe, et que s'il continue, Je ne m'obstine plus à tant de retenue.
NICOMÈDE.
Seigneur, si j'ai raison, qu'importe à qui je sois? Perd-elle de son prix pour emprunter ma vois? 190 Vous-même, amour à part, je vous en fais arbitre. Ce grand nom de Romain est un précieux titre; Et la Reine et le Roi l'ont assez acheté[882] Pour ne se plaire pas à le voir rejeté, Puisqu'ils se sont privés, pour ce nom d'importance, 195 Des charmantes douceurs d'élever votre enfance. Dès l'âge de quatre ans ils vous ont éloigné; Jugez si c'est pour voir ce titre dédaigné, Pour vous voir renoncer, par l'hymen d'une reine, A la part qu'ils avoient à la grandeur romaine. 200 D'un si rare trésor l'un et l'autre jaloux....
ATTALE.
Madame, encore un coup, cet homme est-il à vous? Et pour vous divertir est-il si nécessaire Que vous ne lui puissiez ordonner de se taire[883]?
LAODICE.
Puisqu'il vous a déplu vous traitant de Romain, 205 Je veux bien vous traiter de fils de souverain. En cette qualité vous devez reconnoître Qu'un prince votre aîné doit être votre maître, Craindre de lui déplaire et savoir que le sang Ne vous empêche pas de différer de rang, 210 Lui garder le respect qu'exige sa naissance, Et loin de lui voler son bien en son absence....
ATTALE.
Si l'honneur d'être à vous est maintenant son bien, Dites un mot, Madame, et ce sera le mien; Et si l'âge à mon rang fait quelque préjudice, 215 Vous en corrigerez la fatale injustice. Mais si je lui dois tant en fils de souverain, Permettez qu'une fois je vous parle en Romain. Sachez qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait naître Pour commander aux rois, et pour vivre sans maître[884]; Sachez que mon amour est un noble projet[885] Pour éviter l'affront de me voir son sujet; Sachez....
LAODICE.
Je m'en doutois, Seigneur, que ma couronne Vous charmoit bien du moins autant que ma personne; Mais telle que je suis, et ma couronne et moi, 225 Tout est à cet aîné qui sera votre roi; Et s'il étoit ici, peut-être en sa présence Vous penseriez deux fois à lui faire une offense.
ATTALE.
Que ne puis-je l'y voir! mon courage amoureux....
NICOMÈDE.
Faites quelques souhaits qui soient moins dangereux, Seigneur: s'il les savoit, il pourroit bien lui-même Venir d'un tel amour venger l'objet qu'il aime.
ATTALE.
Insolent! est-ce enfin le respect qui m'est dû?
NICOMÈDE.
Je ne sais de nous deux, Seigneur, qui l'a perdu.
ATTALE.
Peux-tu bien me connoître et tenir ce langage? 235
NICOMÈDE.
Je sais à qui je parle, et c'est mon avantage Que n'étant point connu, Prince, vous ne savez Si je vous dois respect, ou si vous m'en devez.
ATTALE.
Ah! Madame, souffrez que ma juste colère....
LAODICE.
Consultez-en, Seigneur, la Reine votre mère; 240 Elle entre.
SCÈNE III.
NICOMÈDE, ARSINOÉ, LAODICE, ATTALE, CLÉONE.
NICOMÈDE.
Instruisez mieux le Prince votre fils, Madame, et dites-lui, de grâce, qui je suis: Faute de me connoître, il s'emporte, il s'égare; Et ce désordre est mal dans une âme si rare: J'en ai pitié.
ARSINOÉ.
Seigneur, vous êtes donc ici? 245
NICOMÈDE.
Oui, Madame, j'y suis, et Métrobate aussi.
ARSINOÉ.
Métrobate! ah! le traître!
NICOMÈDE.
Il n'a rien dit, Madame, Qui vous doive jeter aucun trouble dans l'âme.
ARSINOÉ.
Mais qui cause, Seigneur, ce retour surprenant? Et votre armée?
NICOMÈDE.
Elle est sous un bon lieutenant; 250 Et quant à mon retour, peu de chose le presse. J'avois ici laissé mon maître et ma maîtresse: Vous m'avez ôté l'un, vous, dis-je, ou les Romains; Et je viens sauver l'autre et d'eux et de vos mains.
ARSINOÉ.
C'est ce qui vous amène?
NICOMÈDE.
Oui, Madame; et j'espère 255 Que vous m'y servirez auprès du Roi mon père.
ARSINOÉ.
Je vous y servirai comme vous l'espérez.
NICOMÈDE.
De votre bon vouloir nous sommes assurés.
ARSINOÉ.
Il ne tiendra qu'au Roi qu'aux effets je ne passe.
NICOMÈDE.
Vous voulez à tous deux nous faire cette grâce[886]? 260
ARSINOÉ.
Tenez-vous assuré que je n'oublierai rien.
NICOMÈDE.
Je connois votre cœur, ne doutez pas du mien.
ATTALE.
Madame, c'est donc là le prince Nicomède?
NICOMÈDE.
Oui, c'est moi qui viens voir s'il faut que je vous cède.
ATTALE.
Ah! Seigneur, excusez si vous connoissant mal.... 265
NICOMÈDE.
Prince, faites-moi voir un plus digne rival. Si vous aviez dessein d'attaquer cette place, Ne vous départez point d'une si noble audace; Mais comme à son secours je n'amène que moi, Ne la menacez plus de Rome ni du Roi: 270 Je la défendrai seul, attaquez-la de même, Avec tous les respects qu'on doit au diadème. Je veux bien mettre à part, avec le nom d'aîné, Le rang de votre maître où je suis destiné; Et nous verrons ainsi qui fait mieux un brave homme, Des leçons d'Annibal, ou de celles de Rome. Adieu: pensez-y bien, je vous laisse y rêver.
SCÈNE IV.
ARSINOÉ, ATTALE, CLÉONE.
ARSINOÉ
Quoi? tu faisois excuse à qui m'osoit braver!
ATTALE.
Que ne peut point, Madame, une telle surprise? Ce prompt retour me perd, et rompt votre entreprise.
ARSINOÉ.
Tu l'entends mal, Attale: il la met dans ma main. Va trouver de ma part l'ambassadeur romain; Dedans mon cabinet amène-le sans suite, Et de ton heureux sort laisse-moi la conduite.
ATTALE.
Mais, Madame, s'il faut....
ARSINOÉ.
Va, n'appréhende rien[887], 285 Et pour avancer tout, hâte cet entretien.
SCÈNE V. ARSINOÉ, CLÉONE.
CLÉONE.
Vous lui cachez, Madame, un dessein qui le touche!
ARSINOÉ.
Je crains qu'en l'apprenant son cœur ne s'effarouche; Je crains qu'à la vertu par les Romains instruit De ce que je prépare il ne m'ôte le fruit, 290 Et ne conçoive mal qu'il n'est fourbe ni crime[888] Qu'un trône acquis par là ne rende légitime.
CLÉONE.
J'aurois cru les Romains un peu moins scrupuleux, Et la mort d'Annibal m'eût fait mal juger d'eux.
ARSINOÉ.
Ne leur impute pas une telle injustice: 295 Un Romain seul l'a faite, et par mon artifice. Rome l'eût laissé vivre, et sa légalité N'eût point forcé les lois de l'hospitalité. Savante à ses dépens de ce qu'il savoit faire, Elle le souffroit mal auprès d'un adversaire; 300 Mais quoique, par ce triste et prudent souvenir, De chez Antiochus elle l'ait fait bannir, Elle auroit vu couler sans crainte et sans envie Chez un prince allié les restes de sa vie: Le seul Flaminius[889], trop piqué de l'affront 305 Que son père défait lui laisse sur le front; Car je crois que tu sais que quand l'aigle romaine Vit choir ses légions au bord de Trasimène, Flaminius son père en étoit général, Et qu'il y tomba mort de la main d'Annibal[890]. 310 Ce fils donc, qu'a pressé la soif de sa vengeance, S'est aisément rendu de mon intelligence: L'espoir d'en voir l'objet entre ses mains remis A pratiqué par lui le retour de mon fils; Par lui j'ai jeté Rome en haute jalousie 315 De ce que Nicomède a conquis dans l'Asie, Et de voir Laodice unir tous ses États, Par l'hymen de ce prince, à ceux de Prusias: Si bien que le sénat prenant un juste ombrage D'un empire si grand sous un si grand courage, 320 Il s'en est fait nommer lui-même ambassadeur, Pour rompre cet hymen et borner sa grandeur. Et voilà le seul point où Rome s'intéresse[891].
CLÉONE.
Attale à ce dessein entreprend sa maîtresse[892]! Mais que n'agissoit Rome avant que le retour 325 De cet amant si cher affermît son amour!
ARSINOÉ.
Irriter un vainqueur en tête d'une armée Prête à suivre en tous lieux sa colère allumée, C'étoit trop hasarder; et j'ai cru pour le mieux Qu'il falloit de son fort l'attirer en ces lieux. 330 Métrobate l'a fait, par des terreurs paniques, Feignant de lui trahir mes ordres tyranniques, Et pour l'assassiner se disant suborné, Il l'a, grâces aux Dieux, doucement amené[893]. Il vient s'en plaindre au Roi, lui demander justice; 335 Et sa plainte le jette au bord du précipice. Sans prendre aucun souci de m'en justifier, Je saurai m'en servir à me fortifier. Tantôt en le voyant j'ai fait de l'effrayée[894], J'ai changé de couleur, je me suis écriée: 340 Il a cru me surprendre, et l'a cru bien en vain, Puisque son retour même est l'œuvre de ma main.
CLÉONE.
Mais quoi que Rome fasse et qu'Attale prétende, Le moyen qu'à ses veux Laodice se rende?
ARSINOÉ.
Et je n'engage aussi mon fils en cet amour 345 Qu'à dessein d'éblouir le Roi, Rome et la cour. Je n'en veux pas, Cléone, au sceptre d'Arménie: Je cherche à m'assurer celui de Bithynie; Et si ce diadème une fois est à nous[895], Que cette reine après se choisisse un époux. 350 Je ne la vais presser que pour la voir rebelle, Que pour aigrir les cœurs de son amant et d'elle. Le Roi, que le Romain poussera vivement, De peur d'offenser Rome agira chaudement, Et ce prince, piqué d'une juste colère, 355 S'emportera sans doute, et bravera son père. S'il est prompt et bouillant, le Roi ne l'est pas moins; Et comme à l'échauffer j'appliquerai mes soins, Pour peu qu'à de tels coups cet amant soit sensible, Mon entreprise est sûre, et sa perte infaillible. 360 Voilà mon cœur ouvert, et tout ce qu'il prétend. Mais dans mon cabinet Flaminius m'attend: Allons, et garde bien le secret de la Reine[896].
CLÉONE.
Vous me connoissez trop pour vous en mettre en peine.
FIN DU PREMIER ACTE.
[862] _Var._ Seigneur, je vous l'avoue, il doit m'être bien doux De voir que, tout vainqueur, je règne encor sur vous[862-a]; Que sous tant de lauriers qui vous couvrent la tête, Un si grand conquérant est encor ma conquête[862-b], Et que toute la gloire acquise à vos travaux Sert d'un illustre hommage à ce peu que je vaux[862-c]. (1651-56) _Var._ Il doit m'être bien doux, je l'avouerai, Seigneur. (1660-63)
[862-a] Qu'après de tels exploits je règne encor sur vous. (1652 B.-56) De voir qu'étant vainqueur, je règne encor sur vous. (1652 A.)
[862-b] Un si grand conquérant soit encor ma conquête. (1652-56)
[862-c] Serve d'illustre hommage à ce peu que je vaux. (1652 B.-56) Est un illustre hommage à ce peu que je vaux. (1652 A.)
[863] «Racine.... a imité ce vers dans _Andromaque_ (acte V, scène II):
Mener en conquérant sa superbe conquête.»
(_Voltaire._)
--Il y a dans le texte de Racine: sa _nouvelle_ conquête.
[864] Dans l'édition de 1692: «quelque bien.»
[865] _Var._ Je vous vois à regret, tant ce cœur amoureux. (1651-56)
[866] «Cette conquête éphémère de la Cappadoce fut faite, il est vrai, par Nicomède, lorsqu'il régnait après la mort de Prusias. (_Note de M. Naudet_; voyez la fin de la note 2 de la p. 525.)
[867] _Var._ Je n'oserois douter que sa vertu romaine. (1651-60)
[868] _Var._ Je crains leur violence, et non votre foiblesse (1651-56)
[869] _Var._ Au moindre jour ouvert de voir régner son fils? (1651-56)
[870] _Var._ Et n'aura pas pour vous plus de fidélité Que de respect aux droits de l'hospitalité. LAOD. Et ceux de la nature ont-ils un privilége. (1651-56)
[871] _Var._ Non, non, votre retour, loin de rompre ses coups. (1651-56)
[872] _Var._ Et vous serez, Seigneur, la première victime. (1651-56)
[873] _Var._ Mais j'ai besoin de vous de peur qu'on me contraigne: Oui, Seigneur, il est vrai, j'ai besoin qu'on vous craigne. (1651-56)
[874] _Var._ Retourner a l'armée! ah! Madame, et la Reine. (1651-56)
[875] «L'arrivée d'Attale, qui interrompt assez cavalièrement l'entretien de Laodice avec Nicomède pour parler de son amour à cette princesse devant un homme qu'il n'a jamais vu et qu'il prend ensuite pour un valet; cette action, dis-je, n'est ni vraisemblable ni décente: n'est-elle pas d'autant plus extraordinaire que Corneille se montre toujours très-sévère sur les bienséances théâtrales? Ce qui m'étonne le plus, c'est qu'aucun critique n'ait remarqué cette faute, que j'estime incorrigible, à moins que Nicomède, dès le commencement de la scène, ne s'éloigne un peu vers le fond du théâtre, et n'y revienne que par degrés, lorsqu'il s'agit de discuter ses intérêts personnels.» (Lekain, _Observations sur la tragédie de_ Nicomède, _Mémoires_, p. 110.)--Ce jeu de scène, à la vérité indispensable, se devine facilement et pouvait être indiqué avec plus de simplicité.
[876] _Var._ Un regard désarmé de tant d'àpres rigueurs. (1651-56)
[877] _Var._ Votre rang et le mien ne le sauroient permettre. (1651-56)
[878] _Var._ Et l'on ne sait que c'est parmi ses ennemis De regagner un fort qu'une fois il a pris. (1651-60)
[879] _Var._ Aux reines comme vous qu'on voit sous son empire. (1651 et 52 B.-56) _Var._ Aux reines comme vous qui sont sous son empire. (1652 A.)
[880] _Var._ Que c'est à ces partis que Rome vous destine, Mais dont vous exclurroit (_sic_) enfin votre origine. (1651-56) _Var._ Que Rome vous promet cette haute alliance. (1660 et 63)
[881] _Var._ Ne vous autorisoit à cette ambition. (1651-56)
[882] _Var._ Et la Reine et le Roi l'ont pour vous acheté Assez pour n'aimer pas à le voir rejeté. (1651-56)
[883] _Var._ Que sans vous offenser il ne se puisse taire? (1651-56)
[884] «Ces deux vers sont de la tragédie de _Cinna_, dans le rôle d'Émilie, mais ils conviennent bien mieux à Émilie, Romaine, qu'à un prince arménien.» (_Voltaire._)
Sache qu'il n'en est point..., etc.
(Acte III, scène IV, vers 1001 et 1002.)
[885] _Var._ Sachez que mon amour n'est qu'un noble projet. (1651-56)
[886] _Var._ Nous allons donc penser à vous en rendre grâce. ARS. Allez, et soyez sûr que je n'oublierai rien. (1651-56)
[887] _Var._ Point de mais, ni de si; Va, tu ne sauras rien que tout n'ait réussi. (1651-56)
[888] _Var._ Et ne connoisse mal qu'il n'est fourbe ni crime. (1656)
[889] «Corneille donne ici, contre la vérité historique, l'exemple d'une licence qui, à ce que nous croyons, ne doit jamais être imitée. Le Flaminius qu'il introduit dans sa pièce n'était point du tout, comme il le suppose, fils du général qui fut vaincu, et qui périt à la journée de Trasimène. Ces deux Flaminius n'avaient pas même une origine commune. Celui qui combattit contre Annibal se nommait Caïus Flaminius, et sa famille était plébéienne; l'autre, patricien de naissance, se nommait T. Quintus Flaminius, et fut en effet député à la cour de Prusias, pour y demander, au nom des Romains, Annibal, qui s'était réfugié chez ce prince. Corneille, quoique très-instruit, fut trompé, selon toute apparence, par la conformité des noms; et ce qui nous le persuade, c'est que, lorsqu'il se permet de donner volontairement quelque atteinte à la vérité de l'histoire, il ne le dissimule jamais dans l'examen de ses pièces, et qu'il y rend compte des motifs qui ont pu l'autoriser à se donner cette licence; mais on ne trouve rien ni dans la préface, ni dans l'examen de _Nicomède_, qui prouve que Corneille ait cru prendre ici quelque liberté.» (_Palissot._)--Les noms mêmes différent: le vaincu de Trasimène se nomme C. Flaminius; l'ambassadeur que Corneille met en scène, T. Quinctius Flamininus. Voyez ci-dessus, p. 510.
[890] «Supposition gratuite du poëte. L'histoire ne dit point qu'Annibal ait tué de sa main le consul Flaminius. Mais on passe aisément sur l'invention parce que, sans cette circonstance particulière, la défaite et la mort de Flaminius suffiraient amplement à motiver le ressentiment d'un fils. Ce qui choque davantage, c'est la prétention d'Arsinoé d'être la cause première de la mort d'Annibal, c'est la fausse apologie de Rome, que dément toute l'histoire. Tite Live est plus sincère: _Semper talem exitum vitæ suæ Hannibal prospexerat animo, et Romanorum inexpiabile odium in se cernens.... «Liberemus, inquit, diuturna cura populum romanum, quando mortem senis exspectare longum censent_,» etc. (Lib. XXXIX, cap. LI.) Ne dirait-on pas qu'il a pris un remords à Corneille de maltraiter ses chers Romains dans cette pièce, et qu'il veut les relever un peu? Arsinoé se donne trop d'importance et se fait plus criminelle qu'elle ne l'est. Elle pouvait se rendre l'instrument des desseins de Rome afin d'en profiter pour elle-même et pour son fils. Mais qu'elle eût pu influer sur la politique du sénat et l'émouvoir à son gré, c'est une illusion à laquelle on ne se prêtera pas, pour peu qu'on connaisse l'antiquité.»--Nous n'avons pu résister au désir de citer textuellement cette excellente note, tirée de l'édition de _Nicomède_ donnée par M. Naudet, et il nous est encore arrivé quelques autres fois de céder à des tentations semblables.
[891] L'édition de 1692 a ainsi modifié ce vers:
Et voilà le scrupule où Rome s'intéresse.
[892] _Var._ C'est pourquoi donc Attale entreprend sa maîtresse! (1651-56)
[893] _Var._ Il me l'a, grâce aux Dieux, doucement amené. (1651-56)
[894] «Les comédiens ont corrigé: _j'ai feint d'être effrayée_.» (_Voltaire._)
[895] _Var._ Et si ce diadème une fois est pour nous. (1651-56)
[896] Dans l'édition de 1692: «de ta reine.»
ACTE II
SCÈNE PREMIÈRE.
PRUSIAS, ARASPE.
PRUSIAS.
Revenir sans mon ordre, et se montrer ici! 365
ARASPE.
Sire[897], vous auriez tort d'en prendre aucun souci, Et la haute vertu du prince Nicomède Pour ce qu'on peut en craindre est un puissant remède[898]; Mais tout autre que lui devroit être suspect: Un retour si soudain manque un peu de respect, 370 Et donne lieu d'entrer en quelque défiance Des secrètes raisons de tant d'impatience.
PRUSIAS.
Je ne les vois que trop, et sa témérité N'est qu'un pur attentat sur mon autorité: Il n'en veut plus dépendre et croit que ses conquêtes 375 Au-dessus de son bras ne laissent point de têtes; Qu'il est lui seul sa règle, et que sans se trahir Des héros tels que lui ne sauroient obéir[899].
ARASPE.
C'est d'ordinaire ainsi que ses pareils agissent: A suivre leur devoir leurs hauts faits se ternissent; 380 Et ces grands cœurs, enflés du bruit de leurs combats, Souverains dans l'armée et parmi leurs soldats, Font du commandement une douce habitude, Pour qui l'obéissance est un métier bien rude.
PRUSIAS.