Œuvres de P. Corneille, Tome 05

Part 27

Chapter 273,565 wordsPublic domain

[625] VAR. (Dessein et édit. de 1651-1656): et par trois portes dont il est percé fait voir.

[626] On lit de plus, dans les éditions de 1651-1660: «Persée paroît le premier dans cette salle, conduisant Andromède à son appartement, après l'avoir obtenue du Roi et de la Reine; et comme si leur volonté ne suffisoit pas, il tâche encore de l'obtenir d'elle-même par les respects qu'il lui rend, et les submissions extraordinaires qu'il lui fait.»

[627] _Var._ Votre amour, est-ce un bien où je doive aspirer? Et puis je, en cette illustre et divine journée (1651-56)

[628] _Var._ Et s'il l'a possédé, n'en soyez plus jaloux. (1656)

[629] _Var._ Et ne vous conservoit des jours si précieux. (1651-56)

[630] _Var._ Que de voir cet amour faire hommage à vos yeux. (1651-56)

[631] _Var._ Et comme c'est votre heur, et non le mien, que j'aime. (1651-56)

[632] L'édition de 1651 in-12, à ce vers et au suivant, porte _voyons_, au présent, et _témoigniez_, à l'imparfait. Celle de 1655 met les deux verbes au présent. Les éditions de 1660 et de 1664 donnent _voyions_ et _témoignez_. Les impressions de 1651 in-4º, 1654, 1656, 1663, 1668, 1682 et 1692 ont l'imparfait aux deux vers: _voyions_, _témoigniez_.

[633] _Var._ Comme pour vous Phinée eut jadis quelques charmes. (1651-60)

[634] _Var._ Qui d'un torrent si gros suit la rapidité. (1651-56)

[635] _Var._ Reprennent aisément leur vieille intelligence. (1651-64)

[636] _Var._ En blasphémant les Dieux et menaçant les hommes. (1651-56)

[637] _Var._ Non que je sois surpris que le Roi, que la Reine. (1651-60)

[638] _Var._ Mais quel droit avez-vous de nommer vôtre un bien Où votre peu de cœur ne prétendoit plus rien? Quoi? vous pouvez souffrir qu'un monstre me dévore. (1651-56)

[639] _Var._ Les crimes les plus noirs qu'ose enfanter une âme. (1651-60)

[640] _Var._ Vous m'auriez désarmé la mort de ses horreurs. (1651-56)

[641] _Var._ Vous n'avez pas de lieu d'en devenir jaloux. (1651-56)

[642] L'édition de 1692 a supprimé le mot _et_:

Cruelle, que ma foi, etc.

[643] _Var._ Allons-y, chers amis, et dès ce même jour....(1651-56)

[644] Voyez les _Métamorphoses_ d'Ovide, livre IV, vers 630-661.

[645] _Var._ _Paroît bien digne_.... (1651)--Dans l'édition de 1651 in-12, il y a immédiatement avant, _qui_, au lieu de _qu'il_, et _digne_ a été omis.

[646] Ici comme plus haut, l'édition de 1692 a _cependant que_, pour _pendant que_.

[647] _Var._ Contre l'indigne sang de mon volage époux. (1651-60)

[648] Voyez _Discours des trois unités_, tome I, p. 103.

[649] Telle est la leçon des éditions de 1664, 1668 et 1682. L'impression de 1692 y substitue CHŒUR _qui chante_. Dans les éditions antérieures à 1663, il y a CHŒUR DE MUSIQUE; dans celle de 1663, on lit en tête du couplet: CHŒUR, et à la marge: _Il chante_.

[650] _Var._ Le prier de souffrir ce que nous allons faire. (1651-56)

[651] _Var._ Tirent d'elle l'aveu qui me peut rendre heureux. (1651-56)

ACTE V.

DÉCORATION DU CINQUIÈME ACTE.

L'architecte ne s'est pas épuisé en la structure de ce palais royal[652]. Le temple qui lui succède a tant d'avantage sur lui, qu'il fait mépriser ce qu'on admiroit: aussi est-il juste que la demeure des Dieux l'emporte sur celle des hommes; et l'art du sieur Torelli est ici d'autant plus merveilleux, qu'il fait paroître une grande diversité en ces deux décorations, quoiqu'elles soient presque la même chose. On voit encore en celle-ci deux rangs de colonnes[653] comme en l'autre, mais d'un ordre si différent, qu'on n'y remarque aucun rapport. Celles-ci sont de porphyre; et tous les accompagnements qui les soutiennent et qui les finissent, de bronze ciselé, dont la gravure[654] représente quantité de dieux et de déesses. La réflexion des lumières sur ce bronze en fait sortir un jour tout extraordinaire. Un grand et superbe dôme couvre le milieu de ce temple magnifique; il est partout enrichi du même métal; et au devant de ce dôme, l'artifice de l'ouvrier jette une galerie toute brillante d'or et d'azur. Le dessous de cette galerie laisse voir le dedans du temple par trois portes d'argent ouvragées à jour: on y verroit Céphée sacrifiant à Jupiter pour le mariage de sa fille, n'étoit que l'attention que les spectateurs prêteroient à ce sacrifice les détourneroit de celle qu'ils doivent à ce qui se passe dans le parvis que représente le théâtre.

SCÈNE PREMIÈRE.

PHINÉE, AMMON.

AMMON.

Vos amis assemblés brûlent tous de vous suivre, Et Junon dans son temple entre vos mains le livre. Ce rival, presque seul au pied de son autel, Semble attendre à genoux l'honneur du coup mortel. Là, comme la Déesse agréera la victime, Plus les lieux seront saints, moindre en sera le crime; Et son aveu changeant de nom à l'attentat, Ce sera sacrifice au lieu d'assassinat.

PHINÉE.

Que me sert que Junon, que Neptune propice, 1415 Que tous les Dieux ensemble aiment ce sacrifice, Si la seule déesse à qui je fais des vœux Ne m'en voit que d'un œil d'autant plus rigoureux, Et si ce coup, sensible au cœur de l'inhumaine, D'un injuste mépris fait une juste haine? 1420 Ami, quelque fureur qui puisse m'agiter, Je cherche à l'acquérir, et non à l'irriter; Et m'immoler l'objet de sa nouvelle flamme, Ce n'est pas le chemin de rentrer dans son âme[655].

AMMON.

Mais, Seigneur, vous touchez à ce moment fatal 1425 Qui pour jamais la donne à cet heureux rival. En cette extrémité que prétendez-vous faire?

PHINÉE.

Tout, hormis l'irriter; tout, hormis lui déplaire: Soupirer à ses pieds, pleurer à ses genoux, Trembler devant sa haine, adorer son courroux. 1430

AMMON.

Quittez, quittez, Seigneur, un respect si funeste; Otez-vous ce rival, et hasardez le reste: En dût-elle à jamais dédaigner vos soupirs, La vengeance elle seule a de si doux plaisirs....

PHINÉE.

N'en cherchons les douceurs, ami, que les dernières. Rarement un amant les peut goûter entières; Et quand de sa vengeance elles sont tout le fruit, Ce sont fausses douceurs que l'amertume suit. La mort de son rival, les pleurs de son ingrate, Ont bien je ne sais quoi qui dans l'abord le flatte; 1440 Mais de ce cher objet s'en voyant plus haï, Plus il s'en est flatté, plus il s'en croit trahi. Sous d'éternels regrets son âme est abattue, Et sa propre vengeance incessamment le tue. Ce n'est pas que je veuille enfin la négliger: 1445 Si je ne puis fléchir, je cours à me venger; Mais souffre à mon amour, mais souffre à ma foiblesse Encore un peu d'effort auprès de ma princesse. Un amant véritable espère jusqu'au bout, Tant qu'il voit un moment qui peut lui rendre tout. L'inconstante, peut-être encor toute étonnée, N'étoit pas bien à soi quand elle s'est donnée; Et la reconnoissance a fait plus que l'amour En faveur d'une main qui lui rendoit le jour. Au sortir du péril, pâle encore et tremblante, 1455 L'image de la mort devant les yeux[656] errante, Elle a cru tout devoir à son libérateur; Mais souvent le devoir ne donne pas le cœur; Il agit rarement sans un peu d'imposture, Et fait peu de présents dont ce cœur ne murmure. 1460 Peut-être, ami, peut-être après ce grand effroi Son amour en secret aura parlé pour moi: Les traits mal effacés de tant d'heureux services, Les douceurs d'un beau feu qui furent ses délices, D'un regret amoureux touchant son souvenir, 1465 Auront en ma faveur surpris quelque soupir, Qui s'échappant d'un cœur qu'elle force à ma perte, M'en aura pu laisser la porte encore ouverte. Ah! si ce triste hymen se pouvoit éloigner!

AMMON.

Quoi? vous voulez encor vous faire dédaigner? 1470 Sous ce honteux espoir votre fureur se dompte?

PHINÉE.

Que veux-tu? ne sois point le témoin de ma honte: Andromède revient; va trouver nos amis, Va préparer leurs bras à ce qu'ils m'ont promis. Ou mes nouveaux respects fléchiront l'inhumaine, 1475 Ou ses nouveaux mépris animeront ma haine; Et tu verras mes feux, changés en juste horreur, Armer mes désespoirs, et hâter ma fureur.

AMMON.

Je vous plains; mais enfin j'obéis, et vous laisse.

SCÈNE II.

CASSIOPE, ANDROMÈDE, PHINÉE, SUITE DE LA REINE.

PHINÉE.

Une seconde fois, adorable princesse, 1480 Malgré de vos rigueurs l'impérieuse loi....

ANDROMÈDE.

Quoi? vous voyez la Reine, et vous parlez à moi!

PHINÉE.

C'est de vous seule aussi que j'ai droit de me plaindre: Je serois trop heureux de la voir vous contraindre, Et n'accuserois plus votre infidélité, 1485 Si vous vous excusiez sur son autorité. Au nom de cette amour autrefois si puissante, Aidez un peu la mienne à vous faire innocente: Dites-moi que votre âme à regret obéit, Qu'un rigoureux devoir malgré vous me trahit; 1490 Donnez-moi lieu de dire: «Elle-même elle en pleure, Elle change forcée, et son cœur me demeure;» Et soudain, de la Reine embrassant les genoux, Vous m'y verrez mourir sans me plaindre de vous. Mais que lui puis-je, hélas! demander pour remède, Quand la main qui me tue est celle d'Andromède, Et que son cœur léger ne court au changement Qu'avec la vanité d'y courir justement?

CASSIOPE.

Et quel droit sur ce cœur pouvoit garder Phinée, Quand Persée a trouvé la place abandonnée, 1500 Et n'a fait autre chose, en prenant son parti, Que s'emparer d'un lieu dont vous étiez sorti[657]? Mais sorti, le dirai-je, et pourrez-vous l'entendre? Oui, sorti lâchement, de peur de le défendre[658]. Ainsi nous n'avons fait que le récompenser 1505 D'un bien où votre bras venoit de renoncer, Que vous cédiez au monstre, à lui-même, à tout autre[659]: Si c'est une injustice, examinons la vôtre. La voyant exposée aux rigueurs de son sort, Vous vous étiez déjà consolé de sa mort; 1510 Et quand par un héros le ciel l'a garantie, Vous ne vous pouvez plus consoler de sa vie[660].

PHINÉE.

Ah! Madame....

CASSIOPE.

Eh bien! soit, vous avez soupiré Autant que l'a pu faire un cœur désespéré. Jamais aucun tourment n'égala votre peine; 1515 Certes, quelque douleur dont votre âme fût pleine, Ce désespoir illustre et ces nobles regrets[661] Lui devoient un peu plus que des soupirs secrets. A ce défaut, Persée....

PHINÉE.

Ah! c'en est trop, Madame; Ce nom rend, malgré moi, la fureur à mon âme: 1520 Je me force au respect; mais toujours le vanter, C'est me forcer moi-même à ne rien respecter. Qu'a-t-il fait, après tout, si digne de vous plaire, Qu'avec un tel secours tout autre n'eût pu faire? Et tout héros qu'il est, qu'eût-il osé pour vous, 1525 S'il n'eût eu que sa flamme et son bras comme nous? Mille et mille auroient fait des actions plus belles, Si le ciel comme à lui leur eût prêté des ailes; Et vous les auriez vus encor plus généreux, S'ils eussent vu le monstre et le péril sous eux: 1530 On s'expose aisément quand on n'a rien à craindre. Combattre un ennemi qui ne pouvoit l'atteindre, Voir sa victoire sûre et daignez l'accepter, C'est tout le rare exploit dont il se peut vanter; Et je ne comprends point ni quelle en est la gloire, 1535 Ni quel grand prix mérite une telle victoire.

CASSIOPE.

Et votre aveuglement sera bien moins compris, Qui d'un sujet d'estime en fait un de mépris. Le ciel, qui mieux que nous connoît ce que nous sommes, Mesure ses faveurs au mérite des hommes; Et d'un pareil secours vous auriez eu l'appui, S'il eût pu voir en vous mêmes vertus qu'en lui. Ce sont grâces d'en haut rares et singulières, Qui n'en descendent point pour des âmes vulgaires; Ou pour en mieux parler, la justice des cieux 1545 Garde ce privilége au digne sang des Dieux: C'est par là que leur roi vient d'avouer sa race[662].

ANDROMÈDE.

Je dirai plus, Phinée; et pour vous faire grâce, Je veux ne rien devoir à cet heureux secours Dont ce vaillant guerrier a conservé mes jours: 1550 Je veux fermer les yeux sur toute cette gloire, Oublier mon péril, oublier sa victoire, Et quel qu'en soit enfin le mérite ou l'éclat, Ne juger entre vous que depuis le combat. Voyez ce qu'il a fait, lorsque après ces alarmes, 1555 Me voyant toute acquise au bonheur de ses armes, Ayant pour lui les Dieux, ayant pour lui le Roi, Dans sa victoire même il s'est vaincu pour moi. Il m'a sacrifié tout ce haut avantage; De toute sa conquête il m'a fait un hommage; 1560 Il m'en a fait un don; et fort de tant de voix, Au péril de tout perdre, il met tout à mon choix[663]: Il veut tenir pour grâce un si juste salaire; Il réduit son bonheur à ne me point déplaire; Préférant mes refus, préférant son trépas 1565 A l'effet de ses vœux qui ne me plairoit pas. En usez-vous de même? et votre violence Garde-t-elle pour moi la même déférence? Vous avez contre vous et les Dieux et le Roi, Et vous voulez encor m'obtenir malgré moi! 1570 Sous ombre d'une foi qui se tient en réserve[664], Je dois à votre amour ce qu'un autre conserve; A moins que d'être ingrate à mon libérateur, A moins que d'adorer un lâche adorateur. Que d'être à mes parents, aux Dieux mêmes rebelle, Vous crierez après moi sans cesse: «A l'infidèle!» C'étoit aux yeux du monstre, au pied de ce rocher, Que l'effet de ma foi se devoit rechercher[665]; Mon âme, encor pour vous de même ardeur pressée, Vous eût tendu la main au mépris de Persée, 1580 Et cru plus glorieux qu'on m'eût vue aujourd'hui Expirer avec vous que régner avec lui[666]. Mais puisque vous m'avez envié cette joie, Cessez de m'envier ce que le ciel m'envoie; Et souffrez que je tâche enfin à mériter, 1585 Au refus de Phinée, un fils de Jupiter.

PHINÉE.

Je perds donc temps, Madame, et votre âme obstinée N'a plus amour, ni foi, ni pitié pour Phinée? Un peu de vanité qui flatte vos parents, Et d'un rival adroit les respects apparents, 1590 Font plus en un moment, avec leurs artifices, Que n'ont fait en six ans ma flamme et mes services? Je ne vous dirai point que de pareils respects A tout autre que vous pourroient être suspects, Que qui peut se priver de la personne aimée 1595 N'a qu'une ardeur civile et fort mal allumée, Que dans ma violence on doit voir plus d'amour: C'est un présent des cieux, faites-lui votre cour; Plus fidèle qu'à moi, tenez-lui mieux parole: J'en vais rougir pour vous, cependant qu'il me vole; Mais ce rival peut-être, après m'avoir volé, Ne sera pas toujours sur ce cheval[667] ailé.

ANDROMÈDE.

Il n'en a pas besoin s'il n'a que vous à craindre.

PHINÉE.

Il peut avec le temps être le plus à plaindre.

ANDROMÈDE.

Il porte à son côté de quoi l'en garantir. 1605

PHINÉE.

Vous l'attendez ici, je vais l'en avertir.

CASSIOPE.

Son amour peut sans vous nous rendre cet office.

PHINÉE.

Le mien s'efforcera pour ce dernier service. Vous pouvez cependant divertir vos esprits A rendre compte au Roi de vos justes mépris. 1610

SCÈNE III.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, SUITE DU ROI ET DE LA REINE.

CÉPHÉE.

Que faisoit là Phinée? est-il si téméraire Que ce que font les Dieux il pense à le défaire?

CASSIOPE.

Après avoir prié, soupiré, menacé, Il vous a vu, Seigneur, et l'orage a passé.

CÉPHÉE.

Et vous prêtiez l'oreille à ses discours frivoles? 1615

CASSIOPE.

Un amant qui perd tout peut perdre des paroles; Et l'écouter sans trouble et sans rien hasarder, C'est la moindre faveur qu'on lui puisse accorder. Mais, Seigneur, dites-nous si Jupiter propice Se déclare en faveur de votre sacrifice, 1620 Si de notre famille il se rend le soutien, S'il consent l'union de notre sang au sien.

CÉPHÉE.

Jamais les feux sacrés et la mort des victimes N'ont daigné mieux répondre à des vœux légitimes. Tous auspices heureux; et le grand Jupiter 1625 Par des signes plus clairs ne pouvoit l'accepter, A moins qu'y joindre encor l'honneur de sa présence, Et de sa propre bouche assurer l'alliance.

CASSIOPE.

Les nymphes de la mer nous en ont fait autant; Toutes ont hors des flots paru presque à l'instant; 1630 Et leurs bénins regards envoyés au rivage Avecque notre encens ont reçu notre hommage; Après le sacrifice honoré de leurs yeux, Où Neptune à l'envi mêloit ses demi-dieux, Toutes ont témoigné d'un penchement de tête 1635 Consentir au bonheur que le ciel nous apprête; Et nos submissions désarmant leurs dédains, Toutes ont pour adieu battu l'onde des mains. Que si même bonheur suit les vœux de Persée, Qu'il ait vu de Junon sa prière exaucée, 1640 Nous n'avons plus à craindre aucun sinistre effet.

CÉPHÉE.

Les Dieux ne laissent point leur ouvrage imparfait: N'en doutez point, Madame, aussi bien que Neptune Junon consentira notre bonne fortune. Mais que nous veut Aglante?

SCÈNE IV.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, AGLANTE, SUITE DU ROI ET DE LA REINE.

AGLANTE.

Ah! Seigneur, au secours! Du généreux Persée on attaque les jours. Presque au sortir du temple une troupe mutine Vient de l'environner, et déjà l'assassine. Phinée en les joignant, furieux et jaloux, Leur a crié: «Main basse! à lui seul, donnez tous!» 1650 Ceux qui l'accompagnoient tout aussitôt se rendent, Clyte et Nylée encor vaillamment le défendent, Mais ce sont vains efforts de peu d'autres suivis, Et je viens toute en pleurs vous en donner avis.

CASSIOPE.

Dieux! est-ce là l'effet de tant d'heureux présages? 1655 Allez, gardes, allez signaler vos courages; Allez perdre ce traître, et punir ce voleur Qui prétend sous le nombre accabler la valeur.

CÉPHÉE.

Modérez vos frayeurs, et vous, séchez vos larmes. Le ciel n'a point besoin du secours de nos armes; 1660 Il a de ce héros trop pris les intérêts, Pour n'avoir pas pour lui des miracles tous prêts: Et peut-être bientôt sur ce lâche adversaire[668] Vous entendrez tomber la foudre de son père[669]. Jugez de l'avenir par ce qui s'est passé; 1665 Les Dieux achèveront ce qu'ils ont commencé; Oui, les Dieux à leur sang doivent ce privilége: Y mêler notre main, c'est faire un sacrilége.

CASSIOPE.

Seigneur, sur cet espoir hasarder ce héros, C'est trop....

SCÈNE V.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PHORBAS, AGLANTE, SUITE DU ROI ET DE LA REINE.

PHORBAS.

Mettez, grand roi, votre esprit en repos; La tête de Méduse a puni tous ces traîtres.

CÉPHÉE.

Le ciel n'est point menteur, et les Dieux sont nos maîtres.

PHORBAS.

Aussitôt que Persée a pu voir son rival: «Descendons, a-t-il dit, en un combat égal; Quoique j'aye en ma main un entier avantage, 1675 Je ne veux que mon bras, ne prends que ton courage. --Prends, prends cet avantage, et j'userai du mien,» Dit Phinée; et soudain, sans plus répondre rien, Les siens donnent en foule, et leur troupe pressée Fait choir Ménale et Clyte aux pieds du grand Persée. Il s'écrie aussitôt: «Amis, fermez les yeux, Et sauvez vos regards de ce présent des cieux: J'atteste qu'on m'y force, et n'en fais plus d'excuse[670].» Il découvre à ces mots la tête de Méduse. Soudain j'entends des cris qu'on ne peut achever[671]; 1685 J'entends gémir les uns, les autres se sauver; J'entends le repentir succéder à l'audace[672]; J'entends Phinée enfin qui lui demande grâce. «Perfide, il n'est plus temps,» lui dit Persée. Il fuit: J'entends comme à grands pas ce vainqueur le poursuit; Comme il court se venger de qui l'osoit surprendre; Je l'entends s'éloigner, puis je cesse d'entendre. Alors, ouvrant les yeux par son ordre fermés, Je vois tous ces méchants en pierre transformés; Mais l'un plein de fureur et l'autre plein de crainte, En porte sur le front la marque encore empreinte; Et tel vouloit frapper, dont le coup suspendu Demeure en sa statue à demi descendu[673]; Tant cet affreux prodige....

SCÈNE VI.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PERSÉE, PHORBAS, AGLANTE, SUITE DU ROI ET DE LA REINE.

CÉPHÉE, à Persée.

Est-il puni, ce lâche, Cet impie?

PERSÉE.

Oui, Seigneur; et si sa mort vous fâche, 1700 Si c'est de votre sang avoir fait peu d'état....

CÉPHÉE.

Il n'est plus de ma race après cet attentat: Ce crime l'en dégrade, et ce coup téméraire Efface de mon sang l'illustre caractère. Perdons-en la mémoire, et faisons-la céder 1705 A l'heur de vous revoir et de vous posséder. Vous que le juste ciel, remplissant son oracle, Par miracle nous donne, et nous rend par miracle, Entrons dedans ce temple, où l'on n'attend que vous Pour nous unir aux Dieux par des liens si doux; 1710 Entrons sans différer.

(Les portes se ferment comme ils veulent entrer.)

Mais quel nouveau prodige Dans cet excès de joie à craindre nous oblige[674]? Qui nous ferme la porte et nous défend d'entrer Où tout notre bonheur se devoit rencontrer?

PERSÉE.

Puissant maître du foudre, est-il quelque tempête 1715 Que le Destin jaloux à dissiper m'apprête? Quelle nouvelle épreuve attaque ma vertu? Après ce qu'elle a fait la désavouerois-tu? Ou si c'est que le prix dont tu la vois suivie Au bonheur de ton fils te fait porter envie? 1720

SCÈNE VII.

MERCURE, CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PERSÉE, PHORBAS, AGLANTE, SUITE DU ROI ET DE LA REINE.

MERCURE, au milieu de l'air.

Roi, Reine, et vous Princesse, et vous heureux vainqueur, Que Jupiter mon père Tient pour mon digne frère, Ne craignez plus du sort la jalouse rigueur. Ces portes du temple fermées, 1725 Dont vos âmes sont alarmées, Vous marquent des faveurs où tout le ciel consent: Tous les Dieux sont d'accord de ce bonheur suprême; Et leur monarque tout-puissant Vous le vient apprendre lui-même. 1730

(Mercure revole en haut après avoir parlé.)

CASSIOPE.

Redoublons donc nos vœux, redoublons nos ferveurs, Pour mériter du ciel ces nouvelles faveurs.

CHŒUR DE MUSIQUE[675].

Maître des Dieux, hâte-toi de paroître, Et de verser sur ton sang et nos rois Les grâces que garde ton choix 1735 A ceux que tu fais naître[676].

Fais choir sur eux de nouvelles couronnes, Et fais-nous voir, par un heur accompli, Qu'ils ont tous dignement rempli Le rang que tu leur donnes. 1740