Œuvres de P. Corneille, Tome 05
Part 22
ce qui semble ne se pouvoir entendre que du marbre blanc, étant assez inouï que l'on compare la beauté d'une fille à une autre sorte de marbre. D'ailleurs, pour la préférer à celle des Néréides, que jamais on n'a fait noires, il falloit que son teint eût quelque rapport avec le leur, et que par conséquent elle n'eût pas celui que communément nous donnons aux Éthiopiens. Disons donc qu'elle étoit blanche, puisque à moins que cela il n'auroit pas été vraisemblable que Persée, qui étoit né dans la Grèce, fût devenu amoureux d'elle. Nous aurons de ce parti le consentement de tous les peintres, et l'autorité du grand Héliodore, qui n'a fondé la blancheur de sa Chariclée que sur un tableau d'Andromède[522]. Pline, au huitième chapitre de son cinquième livre, fait mention de certains peuples d'Afrique qu'il appelle _Leuco-Æthiopes_. Si l'on s'arrête à l'étymologie de leur nom, ces peuples devoient être blancs, et nous en pouvons faire les sujets de Céphée, pour donner à cette tragédie toute la justesse dont elle a besoin touchant la couleur des personnages qu'elle introduit sur la scène.
Vous[523] y trouverez cet ordre gardé dans les changements de théâtre, que chaque acte, aussi bien que le prologue, a sa décoration particulière, et du moins une machine volante, avec un concert de musique, que je n'ai employée qu'à satisfaire les oreilles des spectateurs, tandis que leurs yeux sont arrêtés à voir descendre ou remonter une machine, ou s'attachent à quelque chose qui les empêche[524] de prêter attention à ce que pourroient dire les acteurs, comme fait le combat de Persée contre le monstre. Mais je me suis bien gardé de faire rien chanter qui fût nécessaire à l'intelligence de la pièce, parce que communément les paroles qui se chantent étant mal entendues des auditeurs, pour la confusion qu'y apporte la diversité des voix qui les prononcent ensemble, elles auroient fait une grande obscurité dans le corps de l'ouvrage, si elles avoient eu à les instruire de quelque chose qui fût important[525]. Il n'en va pas de même des machines, qui ne sont pas dans cette tragédie comme des agréments détachés; elles en font en quelque sorte[526] le nœud et le dénouement, et y sont si nécessaires que vous n'en sauriez retrancher aucune que vous ne fassiez tomber tout l'édifice.
Les[527] diverses décorations dont les pièces de cette nature ont besoin, nous obligeant à placer les parties de l'action en divers lieux particuliers, nous forcent de pousser un peu au delà de l'ordinaire l'étendue du lieu général qui les renferme ensemble et en constitue l'unité. Il est malaisé qu'une ville y suffise: il y faut ajouter quelques dehors voisins, comme est ici le rivage de la mer. C'est la seule décoration que la fable m'a fournie: les quatre autres sont de pure invention. Il auroit été superflu de les spécifier dans les vers, puisqu'elles sont présentes à la vue[528]; et je ne tiens pas qu'il soit besoin qu'elles soient si propres à ce qui s'y passe, qu'il ne se soit pu passer ailleurs aussi commodément; il suffit qu'il n'y aye pas de raison pourquoi il se doive plutôt passer ailleurs qu'au lieu où il se passe. Par exemple, le premier acte est une place publique proche du temple, où se doit jeter le sort pour savoir quelle victime on doit ce jour-là livrer au monstre: tout ce qui s'y dit se diroit aussi bien dans un palais ou dans un jardin; mais il se dit aussi bien dans cette place qu'en ce jardin ou dans ce palais. Nous pouvons choisir un lieu selon le vraisemblable ou le nécessaire; et il suffit qu'il n'y aye aucune répugnance du côté de l'action au choix que nous en faisons, pour le rendre vraisemblable, puisque cette action ne nous présente pas toujours un lieu nécessaire, comme est la mer et ses rochers au troisième acte, où l'on voit l'exposition d'Andromède, et le combat de Persée contre le monstre, qui ne pouvoit se faire ailleurs. Il faut néanmoins prendre garde à choisir d'ordinaire un lieu découvert, à cause des apparitions des Dieux qu'on introduit. Andromède, au second acte, seroit aussi bien dans son cabinet que dans le jardin, où je la fais s'entretenir avec ses nymphes et avec son amant; mais comment se feroit l'apparition d'Éole dans ce cabinet? et comment les vents l'en pourroient-ils enlever, à moins de la faire passer par la cheminée, comme nos sorciers? Par cette raison, il y peut avoir quelque chose à dire à celle de Junon, au quatrième acte, qui se passe dans la salle du palais royal; mais comme ce n'est qu'une apparition simple d'une déesse, qui peut se montrer et disparoître où et quand il lui plaît, et ne fait que parler aux acteurs, rien n'empêche qu'elle ne se soit faite dans un lieu fermé. J'ajoute que quand il y auroit quelque contradiction de ce côté-là, la disposition de nos théâtres seroit cause qu'elle ne seroit pas sensible aux spectateurs. Bien qu'ils représentent en effet des lieux fermés, comme une chambre ou une salle, ils ne sont fermés par haut que de nuages; et quand on voit descendre le char de Junon du milieu de ces nuages, qui ont été continuellement en vue, on ne fait pas une réflexion assez prompte ni assez sévère sur le lieu, qui devroit être fermé d'un lambris, pour y trouver quelque manque de justesse.
L'oracle de Vénus, au premier acte, est inventé avec assez d'artifice pour porter les esprits dans un sens contraire à sa vraie intelligence; mais il ne le faut pas prendre pour le vrai nœud de la pièce: autrement il seroit achevé dès le troisième, où l'on en verroit le dénouement. L'action principale est le mariage de Persée avec Andromède: son nœud consiste en l'obstacle qui s'y rencontre du côté de Phinée, à qui elle est promise, et son dénouement en la mort de ce malheureux amant, après laquelle il n'y a plus d'obstacle. Je puis dire toutefois à ceux qui voudront prendre absolument cet oracle de Vénus pour le nœud de cette tragédie, que le troisième acte n'en éclaircit que les premiers vers, et que les derniers ne se font entendre que par l'apparition de Jupiter et des autres Dieux, qui termine la pièce.
La diversité de la mesure et de la croisure des vers que j'y ai mêlés me donne occasion de tâcher à les justifier, et particulièrement les stances dont je me suis servi en beaucoup d'autres poëmes, et contre qui je vois quantité de gens d'esprit et savants au théâtre témoigner aversion. Leurs raisons sont diverses. Les uns ne les improuvent pas tout à fait, mais ils disent que c'est trop mendier l'acclamation[529] populaire en faveur d'une antithèse, ou d'un trait spirituel qui ferme chacun de leurs couplets, et que cette affectation est une espèce de bassesse qui ravale trop la dignité de la tragédie. Je demeure d'accord que c'est quelque espèce de fard; mais puisqu'il embellit notre ouvrage, et nous aide à mieux atteindre le but de notre art, qui est de plaire, pourquoi devons-nous renoncer à cet avantage? Les anciens[530] se servoient sans scrupule, et même dans les choses extérieures, de tout ce qui les pouvoit faire arriver: Euripide vêtoit ses héros malheureux d'habits déchirés[531], afin qu'ils fissent plus de pitié; et Aristophane fait commencer sa comédie des _Grenouilles_ par Xanthias monté sur un âne, afin d'exciter plus aisément l'auditeur à rire. Cette objection n'est donc pas d'assez d'importance[532] pour nous interdire l'usage d'une chose qui tout à la fois nous donne de la gloire, et de la satisfaction à nos spectateurs.
Il est vrai qu'il faut leur plaire selon les règles; et c'est ce qui rend l'objection des autres plus considérable, en ce qu'ils veulent trouver quelque chose d'irrégulier dans cette sorte de vers. Ils disent que bien qu'on parle en vers sur le théâtre, on est présumé ne parler qu'en prose; qu'il n'y a que cette sorte de vers que nous appelons alexandrins à qui l'usage laisse tenir nature de prose; que les stances ne sauroient passer que pour vers; et que par conséquent nous n'en pouvons mettre avec vraisemblance en la bouche d'un acteur, s'il n'a eu loisir d'en faire, ou d'en faire faire par un autre, et de les apprendre par cœur[533].
J'avoue que les vers qu'on récite sur le théâtre sont présumés être prose: nous ne parlons pas d'ordinaire en vers, et sans cette fiction leur mesure et leur rime sortiroient du vraisemblable. Mais par quelle raison peut-on dire que les vers alexandrins tiennent nature de prose, et que ceux des stances n'en peuvent faire autant? Si nous en croyons Aristote il faut se servir au théâtre des vers qui sont les moins vers, et qui se mêlent au langage commun, sans y penser, plus souvent que les autres. C'est par cette raison que les poëtes tragiques ont choisi l'ïambique plutôt que l'hexamètre, qu'ils ont laissé aux épopées, parce qu'en parlant sans dessein d'en faire, il se mêle dans notre discours plus d'ïambiques que d'hexamètres[534]. Par cette même raison les vers de stances[535] sont moins vers que les alexandrins, parce que parmi notre langage commun il se coule plus de ces vers inégaux, les uns courts, les autres longs, avec des rimes croisées et éloignées les unes des autres, que de ceux dont la mesure est toujours égale, et les rimes toujours mariées. Si nous nous en rapportons à nos poëtes grecs, ils ne se sont pas tellement arrêtés aux ïambiques, qu'ils ne se soient servis d'anapestiques, de trochaïques, et d'hexamètres même, quand ils l'ont jugé à propos. Sénèque en a fait autant qu'eux; et les Espagnols, ses compatriotes, changent aussi souvent de genre de vers que de scène. Mais l'usage de France est autre, à ce qu'on prétend, et ne souffre que les alexandrins à tenir lieu de prose. Sur quoi je ne puis m'empêcher de demander qui sont les maîtres de cet usage, et qui peut l'établir sur le théâtre, que ceux qui l'ont occupé avec gloire depuis trente ans, dont pas un ne s'est défendu de mêler des stances dans quelques-uns des poëmes qu'ils y ont donnés; je ne dis pas dans tous, car il ne s'en offre pas d'occasions en tous, et elles n'ont pas bonne grâce à exprimer tout: la colère, la fureur, la menace, et tels autres mouvements violents, ne leur sont pas propres; mais les déplaisirs, les irrésolutions, les inquiétudes, les douces rêveries, et généralement tout ce qui peut souffrir à un acteur de prendre haleine, et de penser à ce qu'il doit dire ou résoudre, s'accommode merveilleusement avec leurs cadences inégales, et avec les pauses qu'elles font faire à la fin de chaque couplet. La surprise agréable que fait à l'oreille ce changement de cadence imprévu, rappelle puissamment les attentions égarées; mais il faut éviter le trop d'affectation. C'est par là que les stances du _Cid_ sont inexcusables et les mots de _peine_ et _Chimène_[536], qui font la dernière rime de chaque strophe, marquent un jeu du côté du poëte, qui n'a rien de naturel du côté de l'acteur. Pour s'en écarter moins, il seroit bon de ne régler point toutes les strophes sur la même mesure, ni sur les mêmes croisures de rimes, ni sur le même nombre de vers. Leur inégalité en ces trois articles approcheroit davantage du discours ordinaire, et sentiroit l'emportement et les élans d'un esprit qui n'a que sa passion pour guide, et non pas la régularité d'un auteur qui les arrondit sur le même tour. J'y ai hasardé celles de la paix dans le prologue de _la Toison d'or_, et tout le dialogue de celui de cette pièce[537], qui ne m'a pas mal réussi. Dans tout ce que je fais dire aux Dieux dans les machines, on trouvera le même ordre ou le même désordre. Mais je ne pourrois approuver qu'un acteur, touché fortement de ce qui lui vient d'arriver dans la tragédie, se donnât la patience de faire des stances, ou prît soin d'en faire faire par un autre, et de les apprendre par cœur, pour exprimer son déplaisir devant les spectateurs. Ce sentiment étudié ne les toucheroit pas beaucoup, parce que cette étude marqueroit un esprit tranquille et un effort de mémoire plutôt qu'un effet de passion; outre que ce ne seroit plus le sentiment présent de la personne qui parleroit, mais tout au plus celui qu'elle auroit eu en composant ces vers, et qui seroit assez ralenti par cet effort de mémoire, pour faire que l'état de son âme ne répondit plus à ce qu'elle prononceroit. L'auditeur ne s'y laisseroit pas émouvoir, et le verroit trop prémédité pour le croire véritable; du moins c'est l'opinion de Perse[538], avec lequel je finis cette remarque:
_Nec nocte paratum Plorabit, qui me volet incurvasse querela_[539].
[513] Cette ligne et la précédente sont les seules où ce deuxième paragraphe de l'_Examen_ diffère du troisième de l'_Argument_: voyez plus haut, p. 294.
[514] Ce dernier membre de phrase: «qui par là, etc.,» n'est pas dans l'_Argument_. Dans ce qui précède, Corneille n'a fait qu'un seul changement: «qu'on jetât le sort,» pour «qu'on tirât au sort.»
[515] Ce paragraphe comparé à celui qui lui correspond dans l'_Argument_ ne nous offre que deux légères variantes: «jusqu'à la fin,» pour «jusques à la fin;» et à la dernière ligne, «qui eût paru,» pour «qui eût pu sembler.»
[516] Dans ce paragraphe encore il n'y a que deux variantes: ici «faire voir,» pour «faire paroître;» et huit lignes plus bas: «extraordinaire, merveilleuse,» pour «extraordinaire et merveilleuse.» Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, a rétabli _et_ entre les deux adjectifs.--Les deux alinéas suivants ne diffèrent pas non plus des parties de l'_Argument_ auxquelles ils correspondent, sinon tout à la fin du second, où le dernier membre de phrase a été supprimé, et la conjonction _et_ ajoutée.--Les trois paragraphes qui suivent, à partir de: «Je sais bien qu'un rapport, etc.,» sont propres à l'_Examen_.
[517] «Joppe Phœnicum, antiquior terrarum inundatione, ut ferunt. Insidet collem præjacente saxo, in quo vinculorum Andromedæ vestigia ostendunt.» (Pline, _Histoire naturelle_, livre V, chapitre XIV, ou XIII d'après la division suivie par Corneille.)
[518] _Métamorphoses_, livre IV, vers 669 et suivants.
[519] Le texte exact est: «Syriæ imperitasse eam, nostroque littori, ætate regis Cephei, patet Andromedæ fabulis;» il se trouve au chapitre XXXV, suivant la division adoptée le plus généralement.
[520] _Candida si non sum, placuit Cepheia Perseo Andromede patriæ fusca colore suæ._ (_Héroïde_ XV, _Sapho à Phaon_, vers 35 et 36.)
[521] _Métamorphoses_, livre IV, vers 675.
[522] Voyez ci-dessus, p. 296, note 507.
[523] Ici l'_Examen_ et l'_Argument_ redeviennent identiques. Ce dernier commence ainsi le paragraphe: «Vous trouverez cet ordre....»
[524] L'_Argument_ porte: «qui leur empêche.»
[525] Voyez ci-dessus, p. 278. Dans l'_Argument_: «si elles avoient eu à instruire l'auditeur de quelque chose d'important.»
[526] Les mots «en quelque sorte» ne sont pas dans l'_Argument_.
[527] Ce qui suit ne se trouve pas dans l'_Argument_.
[528] Corneille répond ici aux deux passages suivants de la _Pratique du théâtre_ de l'abbé d'Aubignac:
«Puisque je suis tombé sur la considération de ce poëme (_Andromède_) orné de tant de machines, je ne puis m'empêcher d'observer ici que toutes les décorations merveilleuses et les actions extraordinaires qui sont dans le troisième et dans le cinquième acte sont fort adroitement expliquées, et avec une délicatesse digne du théâtre des Grecs. Le jardin qui doit être au second acte peut encore être supposé par le discours qui se fait des fleurs qu'Andromède et ses nymphes semblent cueillir pour faire une guirlande, quoique l'expression n'en soit pas bien claire; mais pour ce superbe palais qui fait la décoration du premier acte, et ce magnifique temple qui fait celle du quatrième, je ne crois pas qu'il y ait une seule parole dont on le puisse apprendre, et après les avoir lus, je fus obligé de recourir à l'explication qui est imprimée au devant de chacun acte, sans laquelle je n'aurois point su ce que les décorateurs avoient fait, parce que le poëte ne m'avoit point appris ce qu'ils devoient faire. Aussi est-il vrai qu'on peut mettre le temple au premier acte et le palais au quatrième sans rien faire contre l'ordre du sujet, et sans rien changer aux vers. Voire même est-il certain qu'au lieu de ces deux sortes de décorations, on y peut mettre des arbres, des rochers, ou tout ce que l'on voudra. En quoi paroît la nécessité qu'il y a d'expliquer les décorations par les vers, pour joindre le sujet avec le lieu, et les actions avec les choses, et pour faire ingénieusement un tout bien ordonné par une juste liaison de toutes les parties qui le composent.» (Pages 75 et 76.)--«Premièrement, il faut qu'elles (_les décorations_) soient nécessaires, et que la pièce ne puisse être jouée sans cet ornement: autrement les spectacles ne seroient jamais approuvés, quoiqu'ils fussent ingénieux; on estimeroit le poëte peu judicieux de les avoir introduits dans un ouvrage qui s'en pouvoit passer; et les comédiens imprudents d'en faire la dépense. C'est en quoi je trouve un assez notable défaut dans l'_Andromède_, où l'on avoit mis dans le premier et dans le quatrième acte deux grands et superbes édifices de différente architecture, sans qu'il en soit dit une seule parole dans les vers; car ces deux actes pourroient être joués avec les décorations de tel des trois autres qu'on voudroit choisir, sans blesser l'intention du poëte, et sans contredire aucun incident ni aucune action de la pièce; on en pourroit presque dire autant du second acte, sinon qu'au commencement il y a deux ou trois paroles de guirlandes et de fleurs, qui semblent avoir quelque rapport à un jardin présent; encore qu'elles ne soient pas assez précises, car bien que peu de discours suffise quelquefois pour cela, il est néanmoins certain qu'il faut toujours s'expliquer intelligiblement.» (Pages 462 et 463.)
[529] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): l'exclamation.
[530] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): Nos anciens.
[531] On peut voir, dans les _Acharniens_ d'Aristophane, vers 425 et suivants, une piquante énumération des héros déguenillés d'Euripide.
[532] VAR. (édit. de 1660): n'est donc pas assez d'importance.
[533] C'est encore d'Aubignac que Corneille a ici en vue. Voyez tome III, p. 121, note 1.
[534] [Grec: Lexeôs de genomenês, autê hê phusis to oikeion metron heure; malista gar lektikon tôn metrôn to iambeion esti, sêmeion de toutou; pleista gar iambeia legomen en tê dialektô tê pros allêlous.] (_Poétique_, chapitre IV.)
[535] L'édition de 1692 a changé _de stances en des stances_.
[536] Voyez tome III, p. 121-124.
[537] Voyez ci-après, p. 315-319.
[538] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): c'est l'opinion d'Horace.
[539] Satire I, vers 90 et 91.--«Et qui voudra me fléchir par sa plainte, ne versera pas des larmes étudiées pendant la nuit.»
LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES D'_ANDROMÈDE_.
ÉDITIONS SÉPARÉES.
1651 in-4º; 1651 in-12.
_Dessein de la tragédie d'Andromède_[540].
RECUEILS.
1654 in-12[541]; 1655 in-12; 1656 in-12; 1660 in-8º; 1663 in-fol.; 1664 in-8º; 1668 in-12; 1682 in-12.
[540] Voyez la fin de la note 457 de la page 258.
[541] Dans ce recueil, l'Achevé d'imprimer d'_Andromède_ porte la date du 13 août 1650. Voyez ci-dessus, p. 257.
ACTEURS.
DIEUX DANS LES MACHINES.
JUPITER. JUNON. NEPTUNE. MERCURE. LE SOLEIL. VÉNUS. MELPOMÈNE. ÉOLE. CYMODOCE, } ÉPHYRE, } Néréides. CYDIPPE, } HUIT VENTS.
HOMMES.
CÉPHÉE, roi d'Éthiopie, père d'Andromède. CASSIOPE, reine d'Éthiopie. ANDROMÈDE, fille de Céphée et de Cassiope. PHINÉE, prince d'Éthiopie. PERSÉE, fils de Jupiter et de Danaé. TIMANTE, capitaine des gardes du Roi. AMMON, ami de Phinée. AGLANTE, } CÉPHALIE, } Nymphes d'Andromède. LIRIOPE, }
UN PAGE DE PHINÉE.--CHŒUR DE PEUPLE.--SUITE DU ROI[542].
La scène est en Éthiopie, dans la ville capitale du royaume de Céphée, proche de la mer[543].
[542] On aurait pu ajouter ici: SUITE DE LA REINE, SUITE DE PERSÉE, SUITE DE PHINÉE, car ces mentions figurent en tête de plusieurs scènes; il aurait fallu surtout ne pas oublier le nom de PHORBAS, qui dans la scène V du dernier acte fait un récit important et ne quitte plus le théâtre.
[543] Ces derniers mots: «proche de la mer,» manquent dans les éditions de 1650-1656.
ANDROMÈDE.
TRAGÉDIE.
PROLOGUE.
DÉCORATION DU PROLOGUE[544].
L'ouverture du théâtre présente de front aux yeux des spectateurs une vaste montagne, dont les sommets inégaux, s'élevant les uns sur les autres, portent le faîte jusque dans les nues. Le pied de cette montagne est percé à jour par une grotte profonde qui laisse voir la mer en éloignement. Les deux côtés du théâtre sont occupés par une forêt d'arbres touffus et entrelacés les uns dans les autres[545]. Sur un des sommets de la montagne paroît Melpomène, la muse de la tragédie; et à l'opposite dans le ciel, on voit le Soleil s'avancer dans un char tout lumineux, tiré par les quatre chevaux[546] qu'Ovide lui donne.
LE SOLEIL, MELPOMÈNE.
MELPOMÈNE.
Arrête un peu ta course impétueuse: Mon théâtre, Soleil, mérite bien tes yeux; Tu n'en vis jamais en ces lieux La pompe plus majestueuse: J'ai réuni, pour la faire admirer, 5 Tout ce qu'ont de plus beau la France et l'Italie; De tous leurs arts mes sœurs l'ont embellie: Prête-moi tes rayons pour la mieux éclairer. Daigne à tant de beautés, par ta propre lumière, Donner un parfait agrément, 10 Et rends cette merveille entière En lui servant toi-même d'ornement.
LE SOLEIL.
Charmante muse de la scène, Chère et divine Melpomène, Tu sais de mon destin l'inviolable loi: 15 Je donne l'âme à toutes choses, Je fais agir toutes les causes; Mais quand je puis le plus, je suis le moins à moi; Par une puissance plus forte Le char que je conduis m'emporte: 20 Chaque jour sans repos doit et naître et mourir. J'en suis esclave alors que j'y préside; Et ce frein que je tiens aux chevaux que je guide Ne règle que leur route, et les laisse courir.
MELPOMÈNE.
La naissance d'Hercule et le festin d'Atrée 25 T'ont fait rompre ces lois; Et tu peux faire encor ce qu'on t'a vu deux fois Faire en même contrée. Je dis plus: tu le dois en faveur du spectacle Qu'au monarque des lis je prépare aujourd'hui; 30 Le ciel n'a fait que miracles en lui: Lui voudrois-tu refuser un miracle?
LE SOLEIL.
Non; mais je le réserve à ces bienheureux jours Qu'ennoblira[548] sa première victoire: Alors j'arrêterai mon cours, 35 Pour être plus longtemps le témoin de sa gloire. Prends cependant le soin de le bien divertir. Pour lui faire avec joie attendre les années[549] Qui feront éclater les belles destinées Des peuples que son bras lui doit assujettir. 40 Calliope ta sœur déjà d'un œil avide Cherche dans l'avenir les faits de ce grand roi, Dont les hautes vertus lui donneront emploi Pour plus d'une _Iliade_ et plus d'une _Énéide_.
MELPOMÈNE.