Œuvres de P. Corneille, Tome 04
Part 31
SCÈNE II.
CLÉOPATRE, LAONICE.
CLÉOPATRE.
Laonice, vois-tu que le peuple s'apprête Au pompeux appareil de cette grande fête?
LAONICE.
La joie en est publique, et les princes tous deux[932] Des Syriens ravis emportent tous les vœux: 430 L'un et l'autre fait voir un mérite si rare, Que le souhait confus entre les deux s'égare; Et ce qu'en quelques-uns on voit d'attachement N'est qu'un foible ascendant d'un premier mouvement. Ils penchent d'un côté, prêts à tomber de l'autre: 435 Leur choix pour s'affermir attend encor le vôtre; Et de celui qu'ils font ils sont si peu jaloux, Que votre secret su les réunira tous.
CLÉOPATRE.
Sais-tu que mon secret n'est pas ce que l'on pense?
LAONICE.
J'attends avec eux tous celui de leur naissance. 440
CLÉOPATRE.
Pour un esprit de cour, et nourri chez les grands, Tes yeux dans leurs secrets sont bien peu pénétrants. Apprends, ma confidente, apprends à me connoître. Si je cache en quel rang le ciel les a fait naître, Vois, vois que tant que l'ordre en demeure douteux, Aucun des deux ne règne, et je règne pour eux: Quoique ce soit un bien que l'un et l'autre attende, De crainte de le perdre aucun ne le demande; Cependant je possède, et leur droit incertain Me laisse avec leur sort leur sceptre dans la main: 450 Voilà mon grand secret. Sais-tu par quel mystère Je les laissois tous deux en dépôt chez mon frère?
LAONICE.
J'ai cru qu'Antiochus les tenoit éloignés Pour jouir des États qu'il avoit regagnés.
CLÉOPATRE.
Il occupoit leur trône et craignoit leur présence, 455 Et cette juste crainte assuroit ma puissance. Mes ordres en étoient de point en point suivis, Quand je le menaçois du retour de mes fils: Voyant ce foudre prêt à suivre ma colère, Quoi qu'il me plût oser, il n'osoit me déplaire; 460 Et content malgré lui du vain titre de roi, S'il régnoit au lieu d'eux, ce n'étoit que sous moi. Je te dirai bien plus: sans violence aucune J'aurois vu Nicanor épouser Rodogune, Si content de lui plaire et de me dédaigner[933], 465 Il eût vécu chez elle en me laissant régner. Son retour me fâchoit plus que son hyménée, Et j'aurois pu l'aimer, s'il ne l'eût couronnée. Tu vis comme il y fit des efforts superflus: Je fis beaucoup alors, et ferois encor plus 470 S'il étoit quelque voie, infâme ou légitime, Que m'enseignât la gloire, ou que m'ouvrît le crime, Qui me pût conserver un bien que j'ai chéri Jusqu'à verser pour lui tout le sang d'un mari. Dans l'état pitoyable où m'en réduit la suite, 475 Délices[934] de mon cœur, il faut que je te quitte: On m'y force, il le faut; mais on verra quel fruit En recevra bientôt celle qui m'y réduit[935]. L'amour que j'ai pour toi tourne en haine pour elle: Autant que l'un fut grand, l'autre sera cruelle; 480 Et puisqu'en te perdant j'ai sur qui m'en venger, Ma perte est supportable, et mon mal est léger.
LAONICE.
Quoi? vous parlez encor de vengeance et de haine Pour celle dont vous-même allez faire une reine!
CLÉOPATRE.
Quoi? je ferois un roi pour être son époux, 485 Et m'exposer aux traits de son juste courroux! N'apprendras-tu jamais, âme basse et grossière, A voir par d'autres yeux que les yeux du vulgaire? Toi qui connois ce peuple, et sais qu'aux champs de Mars Lâchement d'une femme il suit les étendards; 490 Que sans Antiochus Tryphon m'eût dépouillée; Que sous lui son ardeur fut soudain réveillée; Ne saurois-tu juger que si je nomme un roi, C'est pour le commander, et combattre pour moi? J'en ai le choix en main avec le droit d'aînesse; 495 Et puisqu'il en faut faire une aide à ma foiblesse, Que la guerre sans lui ne peut se rallumer[936], J'userai bien du droit que j'ai de le nommer. On ne montera point au rang dont je dévale[937], Qu'en épousant ma haine au lieu de ma rivale: 500 Ce n'est qu'en me vengeant qu'on me le peut ravir, Et je ferai régner qui me voudra servir.
LAONICE.
Je vous connoissois mal.
CLÉOPATRE.
Connois-moi toute entière. Quand je mis Rodogune en tes mains prisonnière, Ce ne fut ni pitié ni respect de son rang 505 Qui m'arrêta le bras et conserva son sang. La mort d'Antiochus me laissoit sans armée, Et d'une troupe en hâte à me suivre animée Beaucoup dans ma vengeance ayant fini leurs jours M'exposoient à son frère et foible et sans secours. 510 Je me voyois perdue, à moins d'un tel otage: Il vint, et sa fureur craignit pour ce cher gage; Il m'imposa des lois, exigea des serments, Et moi, j'accordai tout pour obtenir du temps. Le temps est un trésor plus grand qu'on ne peut croire: J'en obtins, et je crus obtenir la victoire. J'ai pu reprendre haleine, et sous de faux apprêts.... Mais voici mes deux fils, que j'ai mandés exprès: Écoute, et tu verras quel est cet hyménée Où se doit terminer cette illustre journée. 520
SCÈNE III.
CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, SÉLEUCUS, LAONICE.
CLÉOPATRE.
Mes enfants, prenez place[938]. Enfin voici le jour Si doux à mes souhaits, si cher à mon amour[939], Où je puis voir briller sur une de vos têtes Ce que j'ai conservé parmi tant de tempêtes, Et vous remettre un bien, après tant de malheurs, 525 Qui m'a coûté pour vous tant de soins et de pleurs. Il peut vous souvenir quelles furent mes larmes[940] Quand Tryphon me donna de si rudes alarmes, Que pour ne vous pas voir exposés à ses coups[941], Il fallut me résoudre à me priver de vous. 530 Quelles peines depuis, grands Dieux, n'ai-je souffertes! Chaque jour redoubla mes douleurs et mes pertes. Je vis votre royaume entre ces murs réduit; Je crus mort votre père; et sur un si faux bruit Le peuple mutiné voulut avoir un maître. 535 J'eus beau le nommer lâche, ingrat, parjure, traître, Il fallut satisfaire à son brutal désir, Et de peur qu'il en prît, il m'en fallut choisir[942]. Pour vous sauver l'État que n'eussé-je pu faire? Je choisis un époux avec des yeux de mère, 540 Votre oncle Antiochus, et j'espérai qu'en lui Votre trône tombant trouveroit un appui; Mais à peine son bras en relève la chute[943], Que par lui de nouveau le sort me persécute: Maître de votre État par sa valeur sauvé, 545 Il s'obstine à remplir ce trône relevé; Qui lui parle de vous attire sa menace. Il n'a défait Tryphon que pour prendre sa place; Et de dépositaire et de libérateur, Il s'érige en tyran et lâche usurpateur. 550 Sa main l'en a puni: pardonnons à son ombre; Aussi bien en un seul voici des maux sans nombre. Nicanor votre père et mon premier époux.... Mais pourquoi lui donner encor des noms si doux, Puisque l'ayant cru mort, il sembla ne revivre 555 Que pour s'en dépouiller afin de nous poursuivre[944]? Passons; je ne me puis souvenir sans trembler Du coup dont j'empêchai qu'il nous pût accabler: Je ne sais s'il est digne ou d'horreur ou d'estime, S'il plut aux Dieux ou non, s'il fut justice ou crime; 560 Mais soit crime ou justice, il est certain, mes fils, Que mon amour pour vous fit tout ce que je fis: Ni celui des grandeurs ni celui de la vie Ne jeta dans mon cœur cette aveugle furie. J'étois lasse d'un trône où d'éternels malheurs 565 Me combloient chaque jour de nouvelles douleurs. Ma vie est presque usée, et ce reste inutile Chez mon frère avec vous trouvoit un sûr asile; Mais voir, après douze ans et de soins et de maux, Un père vous ôter le fruit de mes travaux; 570 Mais voir votre couronne après lui destinée Aux enfants qui naîtroient d'un second hyménée! A cette indignité je ne connus plus rien: Je me crus tout permis pour garder votre bien[945]. Recevez donc, mes fils[946], de la main d'une mère 575 Un trône racheté par le malheur d'un père. Je crus qu'il fit lui-même un crime en vous l'ôtant, Et si j'en ai fait un en vous le rachetant, Daigne du juste ciel la bonté souveraine, Vous en laissant le fruit, m'en réserver la peine, 580 Ne lancer que sur moi les foudres mérités[947], Et n'épandre sur vous que des prospérités!
ANTIOCHUS.
Jusques ici, Madame, aucun ne met en doute Les longs et grands travaux que notre amour vous coûte, Et nous croyons tenir des soins de cette amour[948] 585 Ce doux espoir du trône aussi bien que le jour: Le récit nous en charme, et nous fait mieux comprendre Quelles grâces tous deux nous vous en devons rendre[949]; Mais afin qu'à jamais nous les puissions bénir, Épargnez le dernier à notre souvenir: 590 Ce sont fatalités dont l'âme embarrassée A plus qu'elle ne veut se voit souvent forcée. Sur les noires couleurs d'un si triste tableau Il faut passer l'éponge ou tirer le rideau: Un fils est criminel quand il les examine; 595 Et quelque suite enfin que le ciel y destine, J'en rejette l'idée, et crois qu'en ces malheurs Le silence ou l'oubli nous sied mieux que les pleurs. Nous attendons le sceptre avec même espérance; Mais si nous l'attendons, c'est sans impatience. 600 Nous pouvons sans régner vivre tous deux contents: C'est le fruit de vos soins, jouissez-en longtemps; Il tombera sur nous quand vous en serez lasse: Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce[950]; Et l'accepter sitôt semble nous reprocher 605 De n'être revenus que pour vous l'arracher.
SÉLEUCUS.
J'ajouterai, Madame, à ce qu'a dit mon frère, Que bien qu'avec plaisir et l'un et l'autre espère, L'ambition n'est pas notre plus grand desir. Régnez, nous le verrons tous deux avec plaisir[951]; 610 Et c'est bien la raison que pour tant de puissance Nous vous rendions du moins un peu d'obéissance, Et que celui de nous dont le ciel a fait choix Sous votre illustre exemple apprenne l'art des rois.
CLÉOPATRE.
Dites tout, mes enfants: vous fuyez la couronne, 615 Non que son trop d'éclat ou son poids vous étonne: L'unique fondement de cette aversion, C'est la honte attachée à sa possession. Elle passe à vos yeux pour la même infamie, S'il faut la partager avec notre ennemie[952], 620 Et qu'un indigne hymen la fasse retomber Sur celle qui venoit pour vous la dérober. O nobles sentiments d'une âme généreuse! O fils vraiment mes fils! ô mère trop heureuse! Le sort de votre père enfin est éclairci: 625 Il étoit innocent, et je puis l'être aussi; Il vous aima toujours, et ne fut mauvais père Que charmé par la sœur, ou forcé par le frère; Et dans cette embuscade où son effort fut vain, Rodogune, mes fils, le tua par ma main. 630 Ainsi de cet amour[953] la fatale puissance Vous coûte votre père, à moi mon innocence; Et si ma main pour vous n'avoit tout attenté, L'effet de cet amour vous auroit tout coûté. Ainsi vous me rendrez l'innocence et l'estime[954], 635 Lorsque vous punirez la cause de mon crime. De cette même main qui vous a tout sauvé, Dans son sang odieux je l'aurois bien lavé; Mais comme vous aviez votre part aux offenses, Je vous ai réservé votre part aux vengeances; 640 Et pour ne tenir plus en suspens vos esprits, Si vous voulez régner, le trône est à ce prix. Entre deux fils que j'aime avec même tendresse, Embrasser ma querelle est le seul droit d'aînesse: La mort de Rodogune en nommera l'aîné. 645 Quoi? vous montrez tous deux un visage étonné! Redoutez-vous son frère? Après la paix infâme Que même en la jurant je détestois dans l'âme, J'ai fait lever des gens par des ordres secrets, Qu'à vous suivre en tous lieux vous trouverez tous prêts; Et tandis qu'il fait tête aux princes d'Arménie, Nous pouvons sans péril briser sa tyrannie. Qui vous fait donc pâlir à cette juste loi? Est-ce pitié pour elle? est-ce haine pour moi? Voulez-vous l'épouser afin qu'elle me brave, 655 Et mettre mon destin aux mains de mon esclave? Vous ne répondez point! Allez, enfants ingrats, Pour qui je crus en vain conserver ces États: J'ai fait votre oncle roi, j'en ferai bien un autre; Et mon nom peut encore ici plus que le vôtre. 660
SÉLEUCUS.
Mais, Madame, voyez que pour premier exploit[955]....
CLÉOPATRE.
Mais que chacun de vous pense à ce qu'il me doit. Je sais bien que le sang qu'à vos mains je demande N'est pas le digne essai d'une valeur bien grande; Mais si vous me devez et le sceptre et le jour, 665 Ce doit être envers moi le sceau de votre amour: Sans ce gage ma haine à jamais s'en défie; Ce n'est qu'en m'imitant que l'on me justifie. Rien ne vous sert ici de faire les surpris: Je vous le dis encor, le trône est à ce prix; 670 Je puis en disposer comme de ma conquête: Point d'aîné, point de roi, qu'en m'apportant sa tête; Et puisque mon seul choix vous y peut élever, Pour jouir de mon crime il le faut achever.
SCÈNE IV.
SÉLEUCUS, ANTIOCHUS.
SÉLEUCUS.
Est-il une constance à l'épreuve du foudre 675 Dont ce cruel arrêt met notre espoir en poudre?
ANTIOCHUS.
Est-il un coup de foudre à comparer aux coups Que ce cruel arrêt vient de lancer sur nous?
SÉLEUCUS.
O haines, ô fureurs dignes d'une Mégère! O femme, que je n'ose appeler encor mère! 680 Après que tes forfaits ont régné pleinement, Ne saurois-tu souffrir qu'on règne innocemment? Quels attraits penses-tu qu'ait pour nous la couronne, S'il faut qu'un crime égal par ta main nous la donne? Et de quelles horreurs nous doit-elle combler, 685 Si pour monter au trône il faut te ressembler?
ANTIOCHUS.
Gardons plus de respect aux droits de la nature, Et n'imputons qu'au sort notre triste aventure: Nous le nommions cruel, mais il nous étoit doux Quand il ne nous donnoit à combattre que nous. 690 Confidents tout ensemble et rivaux, l'un de l'autre, Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre; Cependant à nous voir l'un de l'autre rivaux, Nous ne concevions pas la moitié de nos maux.
SÉLEUCUS.
Une douleur si sage et si respectueuse, 695 Ou n'est guère sensible ou guère impétueuse; Et c'est en de tels maux avoir l'esprit bien fort D'en connoître la cause et l'imputer au sort. Pour moi, je sens les miens avec plus de foiblesse: Plus leur cause m'est chère, et plus l'effet m'en blesse; Non que pour m'en venger j'ose entreprendre rien: Je donnerois encor tout mon sang pour le sien. Je sais ce que je dois; mais dans cette contrainte, Si je retiens mon bras, je laisse aller ma plainte; Et j'estime qu'au point qu'elle nous a blessés, 705 Qui ne fait que s'en plaindre a du respect assez. Voyez-vous bien quel est le ministère infâme Qu'ose exiger de nous la haine d'une femme? Voyez-vous qu'aspirant à des crimes nouveaux, De deux princes ses fils elle fait ses bourreaux? 710 Si vous pouvez le voir, pouvez-vous vous en taire?
ANTIOCHUS.
Je vois bien plus encor: je vois qu'elle est ma mère; Et plus je vois son crime indigne de ce rang, Plus je lui vois souiller la source de mon sang. J'en sens de ma douleur croître la violence; 715 Mais ma confusion m'impose le silence, Lorsque dans ses forfaits sur nos fronts imprimés Je vois les traits honteux dont nous sommes formés. Je tâche à cet objet d'être aveugle ou stupide: J'ose me déguiser jusqu'à son parricide; 720 Je me cache à moi-même un excès de malheur Où notre ignominie égale ma douleur; Et détournant les yeux d'une mère cruelle, J'impute tout au sort qui m'a fait naître d'elle. Je conserve pourtant encore un peu d'espoir: 725 Elle est mère, et le sang a beaucoup de pouvoir; Et le sort l'eût-il faite encor plus inhumaine, Une larme d'un fils[956] peut amollir sa haine.
SÉLEUCUS.
Ah! mon frère, l'amour n'est guère véhément[957] Pour des fils élevés dans un bannissement, 730 Et qu'ayant fait nourrir presque dans l'esclavage Elle n'a rappelés que pour servir sa rage. De ses pleurs tant vantés je découvre le fard: Nous avons en son cœur vous et moi peu de part; Elle fait bien sonner ce grand amour de mère, 735 Mais elle seule enfin s'aime et se considère; Et quoi que nous étale un langage si doux, Elle a tout fait pour elle, et n'a rien fait pour nous. Ce n'est qu'un faux amour que la haine domine: Nous ayant embrassés, elle nous assassine, 740 En veut au cher objet dont nous sommes épris, Nous demande son sang, met le trône à ce prix. Ce n'est plus de sa main qu'il nous le faut attendre: Il est, il est à nous, si nous osons le prendre. Notre révolte ici n'a rien que d'innocent[958]: 745 Il est à l'un de nous, si l'autre le consent; Régnons, et son courroux ne sera que foiblesse[959]: C'est l'unique moyen de sauver la Princesse. Allons la voir, mon frère, et demeurons unis: C'est l'unique moyen de voir nos maux finis. 750 Je forme un beau dessein, que son amour m'inspire; Mais il faut qu'avec lui notre union conspire: Notre amour, aujourd'hui si digne de pitié, Ne sauroit triompher que par notre amitié.
ANTIOCHUS.
Cet avertissement marque une défiance 755 Que la mienne pour vous souffre avec patience. Allons, et soyez sûr que même le trépas Ne peut rompre des nœuds que l'amour ne rompt pas.
FIN DU SECOND ACTE.
NOTES:
[930] _Var._ Avecque ce péril vous devez disparoître. (1647-56)
[931] _Var._ Je l'ai trop acheté pour t'en faire un présent; Crains tout ce qu'on peut craindre en te désabusant. (1647-56)
[932] _Var._ Oui, Madame, avec joie, et les princes tous deux. (1647-56)
[933] _Var._ Si content d'en jouir et de me dédaigner, Il eût vécu chez elle, et m'eût laissé régner. (1647-56)
[934] Voltaire a mis le singulier: _délice_. Le mot est au pluriel dans toutes les éditions publiées du vivant de Corneille.
[935] _Var._ En recevra tantôt celle qui m'y réduit. (1647-56)
[936] _Var._ Que la guerre sans lui ne se peut rallumer. (1647-56)
[937] _Dévaler_, descendre. Voyez le _Lexique_. --_Var._ On n'aura point ce rang, dont la perte me gêne, Qu'au lieu de ma rivale on n'épouse ma haine. (1660)
[938] «Il semble que Racine ait pris en quelque chose ce discours pour modèle du grand discours d'Agrippine à Néron, dans _Britannicus_ (acte IV, scène II).» (_Voltaire._)
[939] _Var._ Si cher à mes souhaits, si doux à mon amour. (1647-56)
[940] _Var._ Il vous souvient peut-être encore de mes larmes. (1647-56)
[941] _Var._ Que pour ne vous voir pas exposés à ses coups. (1647-60)
[942] _Var._ Et de peur qu'il n'en prît, il m'en fallut choisir. (1647-56)
[943] _Var._ Je n'en fus point trompée, il releva sa chute; Mais par lui de nouveau mon sort me persécute: Ce trône relevé lui plaît à retenir; Il imite Tryphon, qu'il venoit de punir; Qui lui parle de vous irrite sa colère; C'est un crime envers lui que les pleurs d'une mère. (1647-56)
[944] _Var._ Que pour les dépouiller afin de nous poursuivre? (1647-56)
[945] _Var._ Je me crus tout permis pour ravoir votre bien. (1647-56)
[946] L'édition de 1682 porte _mon fils_, pour _mes fils_.
[947] _Var._ Consumer sur mon chef les foudres mérités. (1647-56)
[948] _Var._ Et nous croyons tenir des soins de cet amour. (1647-68)
[949] Les éditions de 1647-55 ont toutes ici une faute bien évidente: «nous nous en devons rendre,» pour: «nous vous en devons rendre.»
[950] _Var._ Nous le recevrons lors avec meilleure grâce. (1647-64)
[951] _Var._ Régnez, nous le verrons tous deux sans déplaisir. (1647-56)
[952] _Var._ S'il faut la partager avec votre ennemie. (1647-63)
[953] Les éditions de 1682 et de 1692 donnent ici _cette amour_, et trois vers plus loin _cet amour_. Toutes les autres ont _cet amour_ aux deux endroits.
[954] _Var._ Ainsi vous me rendez l'innocence et l'estime. (1647-54 et 56)
[955] _Var._ Mais, Madame, pensez que pour premier exploit.... (1647-60)
[956] Les éditions de 1660-82 portent _du fils_. Toutes les autres, y compris celle de 1692, donnent _d'un fils_.
[957] _Var._ Croyez-moi, que l'amour n'est guère véhément. (1647-56)
[958] _Var._ Et pour user encor d'un terme plus pressant. (1647-56)
[959] _Var._ Régnons, tout son effort ne sera que foiblesse. (1647-56)
ACTE III.
SCÈNE PREMIÈRE.
RODOGUNE, ORONTE, LAONICE.
_RODOGUNE_.
Voilà comme l'amour succède à la colère, Comme elle ne me voit qu'avec des yeux de mère, 760 Comme elle aime la paix, comme elle fait un roi, Et comme elle use enfin de ses fils et de moi. Et tantôt mes soupçons lui faisoient une offense? Elle n'avoit rien fait qu'en sa juste défense? Lorsque tu la trompois elle fermoit les yeux? 765 Ah! que ma défiance en jugeoit beaucoup mieux! Tu le vois, Laonice.
LAONICE.
Et vous voyez, Madame, Quelle fidélité vous conserve mon âme, Et qu'ayant reconnu sa haine et mon erreur, Le cœur gros de soupirs et frémissant d'horreur, 770 Je romps une foi due aux secrets de ma reine, Et vous viens découvrir mon erreur et sa haine.
RODOGUNE.
Cet avis salutaire est l'unique secours A qui je crois devoir le reste de mes jours; Mais ce n'est pas assez de m'avoir avertie: 775 Il faut de ces périls m'aplanir la sortie; Il faut que tes conseils m'aident à repousser....
LAONICE.
Madame, au nom des Dieux, veuillez m'en dispenser: C'est assez que pour vous je lui sois infidèle, Sans m'engager encore à des conseils contre elle. 780 Oronte est avec vous, qui, comme ambassadeur, Devoit de cet hymen honorer la splendeur; Comme c'est en ses mains que le Roi votre frère A déposé le soin d'une tête si chère, Je vous laisse avec lui pour en délibérer: 785 Quoi que vous résolviez, laissez-moi l'ignorer. Au reste, assurez-vous de l'amour des deux princes: Plutôt que de vous perdre ils perdront leurs provinces; Mais je ne réponds pas que ce cœur inhumain Ne veuille à leur refus s'armer d'une autre main. 790 Je vous parle en tremblant: si j'étois ici vue, Votre péril croîtroit, et je serois perdue. Fuyez, grande princesse, et souffrez cet adieu.
RODOGUNE.
Va, je reconnoîtrai ce service en son lieu.