Œuvres de P. Corneille, Tome 04

Part 30

Chapter 303,530 wordsPublic domain

Si je le veux! bien plus, je l'apporte, et vous cède 120 Tout ce que la couronne a de charmant en soi. Oui, Seigneur, car je parle à présent à mon roi, Pour le trône cédé, cédez-moi Rodogune[898], Et je n'envierai point votre haute fortune. Ainsi notre destin n'aura rien de honteux, 125 Ainsi notre bonheur n'aura rien de douteux; Et nous mépriserons ce foible droit d'aînesse, Vous, satisfait du trône, et moi de la Princesse.

ANTIOCHUS.

Hélas!

SÉLEUCUS.

Recevez-vous l'offre avec déplaisir?

ANTIOCHUS.

Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisir[899], 130 Qui de la même main qui me cède un empire, M'arrache un bien plus grand, et le seul où j'aspire?

SÉLEUCUS.

Rodogune?

ANTIOCHUS.

Elle-même; ils en sont les témoins.

SÉLEUCUS.

Quoi? l'estimez-vous tant?

ANTIOCHUS.

Quoi? l'estimez-vous moins?

SÉLEUCUS.

Elle vaut bien un trône, il faut que je le die. 135

ANTIOCHUS.

Elle vaut à mes yeux tout ce qu'en a l'Asie[900].

SÉLEUCUS.

Vous l'aimez donc, mon frère?

ANTIOCHUS.

Et vous l'aimez aussi: C'est là tout mon malheur, c'est là tout mon souci. J'espérois que l'éclat dont le trône se pare[901] Toucheroit vos desirs plus qu'un objet si rare; 140 Mais aussi bien qu'à moi son prix vous est connu, Et dans ce juste choix vous m'avez prévenu. Ah, déplorable prince!

SÉLEUCUS.

Ah, destin trop contraire!

ANTIOCHUS.

Que ne ferois-je point contre un autre qu'un frère?

SÉLEUCUS.

O mon cher frère! ô nom pour un rival trop doux! 145 Que ne ferois-je point contre un autre que vous?

ANTIOCHUS.

Où nous vas-tu réduire, amitié fraternelle?

SÉLEUCUS.

Amour, qui doit ici vaincre de vous ou d'elle?

ANTIOCHUS.

L'amour, l'amour doit vaincre, et la triste amitié Ne doit être à tous deux qu'un objet de pitié. 150 Un grand cœur cède un trône, et le cède avec gloire[902]: Cet effort de vertu couronne sa mémoire; Mais lorsqu'un digne objet a pu nous enflammer, Qui le cède est un lâche et ne sait pas aimer. De tous deux Rodogune a charmé le courage; 155 Cessons par trop d'amour de lui faire un outrage: Elle doit épouser, non pas vous, non pas moi, Mais de moi, mais de vous, quiconque sera roi. La couronne entre nous flotte encore incertaine; Mais sans incertitude elle doit être reine. 160 Cependant, aveuglés dans notre vain projet[903], Nous la faisions tous deux la femme d'un sujet! Régnons: l'ambition ne peut être que belle, Et pour elle quittée, et reprise pour elle; Et ce trône où tous deux nous osions renoncer, 165 Souhaitons-le tous deux, afin de l'y placer: C'est dans notre destin le seul conseil à prendre; Nous pouvons nous en plaindre, et nous devons l'attendre.

SÉLEUCUS.

Il faut encor plus faire: il faut qu'en ce grand jour Notre amitié triomphe aussi bien que l'amour. 170 Ces deux siéges fameux de Thèbes et de Troie, Qui mirent l'une en sang, l'autre aux flammes en proie[904], N'eurent pour fondements à leurs maux infinis Que ceux que contre nous le sort a réunis. Il sème entre nous deux toute la jalousie 175 Qui dépeupla la Grèce et saccagea l'Asie: Un même espoir du sceptre est permis à tous deux[905]; Pour la même beauté nous faisons mêmes vœux. Thèbes périt pour l'un, Troie a brûlé pour l'autre. Tout va choir en ma main ou tomber en la vôtre[906]. 180 En vain notre[907] amitié tâchoit à partager; Et si j'ose tout dire, un titre assez léger, Un droit d'aînesse obscur, sur la foi d'une mère, Va combler l'un de gloire et l'autre de misère. Que de sujets de plainte en ce double intérêt 185 Aura le malheureux contre un si foible arrêt! Que de sources de haine! Hélas! jugez le reste: Craignez-en avec moi l'événement funeste, Ou plutôt avec moi faites un digne effort Pour armer votre cœur contre un si triste sort. 190 Malgré l'éclat du trône et l'amour d'une femme, Faisons si bien régner l'amitié sur notre âme, Qu'étouffant dans leur perte un regret suborneur[908], Dans le bonheur d'un frère on trouve son bonheur. Ainsi ce qui jadis perdit Thèbes et Troie 195 Dans nos cœurs mieux unis ne versera que joie; Ainsi notre amitié, triomphante à son tour, Vaincra la jalousie en cédant à l'amour, Et de notre destin, bravant l'ordre barbare, Trouvera des douceurs aux maux qu'il nous prépare. 200

ANTIOCHUS.

Le pourrez-vous, mon frère?

SÉLEUCUS.

Ah! que vous me pressez! Je le voudrai du moins, mon frère, et c'est assez; Et ma raison sur moi gardera tant d'empire, Que je désavouerai mon cœur s'il en soupire.

ANTIOCHUS.

J'embrasse comme vous ces nobles sentiments[909]; 205 Mais allons leur donner le secours des serments, Afin qu'étant témoins de l'amitié jurée, Les Dieux contre un tel coup assurent sa durée.

SÉLEUCUS.

Allons, allons l'étreindre au pied de leurs autels Par des liens sacrés et des nœuds immortels. 210

SCÈNE IV.

LAONICE, TIMAGÈNE.

LAONICE.

Peut-on plus dignement mériter la couronne?

TIMAGÈNE.

Je ne suis point surpris de ce qui vous étonne: Confident de tous deux, prévoyant leur douleur, J'ai prévu leur constance, et j'ai plaint leur malheur; Mais, de grâce, achevez l'histoire commencée[910]. 215

LAONICE.

Pour la reprendre donc où nous l'avons laissée, Les Parthes, au combat par les nôtres forcés, Tantôt presque vainqueurs, tantôt presque enfoncés, Sur l'une et l'autre armée, également heureuse, Virent longtemps voler la victoire douteuse; 220 Mais la fortune enfin se tourna contre nous, Si bien qu'Antiochus, percé de mille coups, Près de tomber aux mains d'une troupe ennemie, Lui voulut dérober les restes de sa vie, Et préférant aux fers la gloire de périr, 225 Lui-même par sa main, acheva de mourir. La Reine ayant appris cette triste nouvelle, En reçut tôt après une autre plus cruelle: Que Nicanor vivoit; que sur un faux rapport, De ce premier époux elle avoit cru la mort; 230 Que piqué jusqu'au vif contre son hyménée, Son âme à l'imiter s'étoit déterminée, Et que pour s'affranchir des fers de son vainqueur, Il alloit épouser la Princesse sa sœur. C'est cette Rodogune, où l'un et l'autre frère 235 Trouve encor les appas qu'avoit trouvés[911] leur père[912]. La Reine envoie en vain pour se justifier: On a beau la défendre, on a beau le prier, On ne rencontre en lui qu'un juge inexorable; Et son amour nouveau la veut croire coupable[913]: 240 Son erreur est un crime, et pour l'en punir mieux, Il veut même épouser Rodogune à ses yeux, Arracher de son front le sacré diadème, Pour ceindre une autre tête en sa présence même; Soit qu'ainsi sa vengeance eût plus d'indignité, 245 Soit qu'ainsi cet hymen eût plus d'autorité, Et qu'il assurât mieux par cette barbarie Aux enfants qui naîtroient le trône de Syrie. Mais tandis qu'animé de colère et d'amour, Il vient déshériter ses fils par son retour, 250 Et qu'un gros escadron de Parthes pleins de joie Conduit ces deux amants et court comme à la proie, La Reine, au désespoir de n'en rien obtenir, Se résout de se perdre ou de le prévenir. Elle oublie un mari qui veut cesser de l'être, 255 Qui ne veut plus la voir qu'en implacable maître[914], Et changeant à regret son amour en horreur, Elle abandonne tout à sa juste fureur. Elle-même leur dresse une embûche au passage[915], Se mêle dans les coups, porte partout sa rage, 260 En pousse jusqu'au bout les furieux effets. Que vous dirai-je enfin? les Parthes sont défaits; Le Roi meurt, et, dit-on, par la main de la Reine; Rodogune captive est livrée à sa haine. Tous les maux qu'un esclave endure dans les fers, 265 Alors sans moi, mon frère, elle les eût soufferts. La Reine, à la gêner prenant mille délices, Ne commettoit qu'à moi l'ordre de ses supplices; Mais quoi que m'ordonnât cette âme toute en feu, Je promettois beaucoup et j'exécutois peu. 270 Le Parthe cependant en jure la vengeance: Sur nous à main armée il fond en diligence, Nous surprend, nous assiége, et fait un tel effort, Que la ville aux abois, on lui parle d'accord. Il veut fermer l'oreille, enflé de l'avantage; 275 Mais voyant parmi nous Rodogune en otage, Enfin il craint pour elle et nous daigne écouter; Et c'est ce qu'aujourd'hui l'on doit exécuter. La Reine de l'Égypte a rappelé nos princes Pour remettre à l'aîné son trône et ses provinces. 280 Rodogune a paru, sortant de sa prison, Comme un soleil levant dessus notre horizon. Le Parthe a décampé, pressé par d'autres guerres Contre l'Arménien qui ravage ses terres[916]; D'un ennemi cruel il s'est fait notre appui: 285 La paix finit la haine, et pour comble aujourd'hui, Dois-je dire de bonne ou mauvaise fortune? Nos deux princes tous deux adorent Rodogune.

TIMAGÈNE.

Sitôt qu'ils ont paru tous deux en cette cour[917], Ils ont vu Rodogune, et j'ai vu leur amour; 290 Mais comme étant rivaux nous les trouvons à plaindre, Connoissant leur vertu, je n'en vois rien à craindre. Pour vous qui gouvernez cet objet de leurs vœux....

LAONICE.

Et n'ai point encor vu qu'elle aime aucun des deux[918]....

TIMAGÈNE.

Vous me trouvez mal propre à cette confidence, 295 Et peut-être à dessein je la vois qui s'avance. Adieu: je dois au rang qu'elle est prête à tenir Du moins la liberté de vous entretenir.

SCÈNE V.

RODOGUNE, LAONICE.

RODOGUNE.

Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace, Et coule dans ma joie une secrète glace: 300 Je tremble, Laonice, et te voulois parler, Ou pour chasser ma crainte ou pour m'en consoler.

LAONICE.

Quoi? Madame, en ce jour pour vous si plein de gloire?

RODOGUNE.

Ce jour m'en promet tant que j'ai peine à tout croire: La fortune me traite avec trop de respect, 305 Et le trône et l'hymen, tout me devient suspect. L'hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice, Le trône sous mes pas creuser un précipice; Je vois de nouveaux fers après les miens brisés, Et je prends tous ces biens pour des maux déguisés: 310 En un mot, je crains tout de l'esprit de la Reine.

LAONICE.

La paix qu'elle a jurée en a calmé la haine.

RODOGUNE.

La haine entre les grands se calme rarement: La paix souvent n'y sert que d'un amusement; Et dans l'État où j'entre, à te parler sans feinte, 315 Elle a lieu de me craindre, et je crains cette crainte. Non qu'enfin je ne donne au bien des deux États[919] Ce que j'ai dû de haine à de tels attentats: J'oublie, et pleinement, toute mon aventure; Mais une grande offense est de cette nature, 320 Que toujours son auteur impute à l'offensé Un vif ressentiment dont il le croit blessé; Et quoiqu'en apparence on les réconcilie, Il le craint, il le hait, et jamais ne s'y fie; Et toujours alarmé de cette illusion, 325 Sitôt qu'il peut le perdre, il prend l'occasion: Telle est pour moi la Reine.

LAONICE.

Ah! Madame, je jure Que par ce faux soupçon vous lui faites injure: Vous devez oublier un désespoir jaloux Où força son courage un infidèle époux. 330 Si teinte de son sang et toute furieuse Elle vous traita lors en rivale odieuse, L'impétuosité d'un premier mouvement Engageoit sa vengeance à ce dur traitement; Il falloit un prétexte à vaincre sa colère[920], 335 Il y falloit du temps; et pour ne vous rien taire, Quand je me dispensois à lui mal obéir[921], Quand en votre faveur je semblois la trahir, Peut-être qu'en son cœur plus douce et repentie Elle en dissimuloit la meilleure partie; 340 Que se voyant tromper elle fermoit les yeux, Et qu'un peu de pitié la satisfaisoit mieux[922]. A présent que l'amour succède à la colère, Elle ne vous voit plus qu'avec des yeux de mère; Et si de cet amour je la voyois sortir, 345 Je jure de nouveau de vous en avertir: Vous savez comme quoi je vous suis toute acquise. Le Roi souffriroit-il d'ailleurs quelque surprise?

RODOGUNE.

Qui que ce soit des deux qu'on couronne aujourd'hui, Elle sera sa mère, et pourra tout sur lui. 350

LAONICE.

Qui que ce soit des deux, je sais qu'il vous adore: Connoissant leur amour, pouvez-vous craindre encore?

RODOGUNE.

Oui, je crains leur hymen, et d'être à l'un des deux.

LAONICE.

Quoi? sont-ils des sujets indignes de vos feux?

RODOGUNE.

Comme ils ont même sang avec pareil mérite[923], 355 Un avantage égal pour eux me sollicite; Mais il est malaisé, dans cette égalité[924], Qu'un esprit combattu ne penche d'un côté. Il est des nœuds secrets, il est des sympathies Dont par le doux rapport les âmes assorties 360 S'attachent l'une à l'autre et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer[925]. C'est par là que l'un d'eux obtient la préférence: Je crois voir l'autre encore avec indifférence; Mais cette indifférence est une aversion 365 Lorsque je la compare avec ma passion. Étrange effet d'amour! incroyable chimère! Je voudrois être à lui si je n'aimois son frère; Et le plus grand des maux toutefois que je crains, C'est que mon triste sort me livre entre ses mains. 370

LAONICE.

Ne pourrai-je servir une si belle flamme?

RODOGUNE.

Ne crois pas en tirer le secret de mon âme: Quelque époux que le ciel veuille me destiner[926], C'est à lui pleinement que je veux me donner[927]. De celui que je crains si je suis le partage[928], 375 Je saurai l'accepter avec même visage; L'hymen me le rendra précieux à son tour, Et le devoir fera ce qu'auroit fait l'amour, Sans crainte qu'on reproche à mon humeur forcée Qu'un autre qu'un mari règne sur ma pensée[929]. 380

LAONICE.

Vous craignez que ma foi vous l'ose reprocher?

RODOGUNE.

Que ne puis-je à moi-même aussi bien le cacher!

LAONICE.

Quoi que vous me cachiez, aisément je devine; Et pour vous dire enfin ce que je m'imagine, Le Prince....

RODOGUNE.

Garde-toi de nommer mon vainqueur: 385 Ma rougeur trahiroit les secrets de mon cœur, Et je te voudrois mal de cette violence Que ta dextérité feroit à mon silence; Même de peur qu'un mot par hasard échappé Te fasse voir ce cœur et quels traits l'ont frappé, 390 Je romps un entretien dont la suite me blesse. Adieu; mais souviens-toi que c'est sur ta promesse Que mon esprit reprend quelque tranquillité.

LAONICE.

Madame, assurez-vous sur ma fidélité.

FIN DU PREMIER ACTE.

NOTES:

[873] Les mots: «veuve de Démétrius Nicanor,» manquent dans les éditions de 1647-1656.

[874] Ces mêmes éditions (1647-1656) donnent seulement «fils de Démétrius;» les mots _et de Cléopatre_ sont omis.

[875] VAR. (édit. de 1647-1656): RODOGUNE, sœur du roi des Parthes.

[876] VAR. (édit. de 1647-1656): TIMAGÈNE, gentilhomme syrien, confident des deux princes.

[877] VAR. (édit. de 1647-1656): ORONTE, ambassadeur des Parthes.

[878] VAR. (édit. de 1647-1656): confidente de la Reine.

[879] _Var._ Des Parthes avec nous remet l'intelligence, Affranchit leur princesse, et nous fait pour jamais. (1647-56)

[880] _Var._ Quand poursuivant le Parthe, et ravageant sa terre, Il fut, de son vainqueur, son prisonnier de guerre. (1647-56)

[881] _Var._ La reine, succombant sous de si prompts orages, En voulut à l'abri mettre ses plus chers gages, Ses fils encore enfants, qui par un sage avis Passèrent en Égypte, où je les ai suivis. (1647-56)

[882] Cléopatre était fille de Ptolémée Philométor. Au temps dont il est ici parlé, ce n'était pas son frère, mais son oncle Ptolémée Évergète II qui régnait en Égypte.

[883] _Var._ Changeant de bouche en bouche, au lieu de vérités, N'a porté jusqu'à nous que des obscurités. LAONICE. Sachez donc qu'en trois ans gagnant quatre batailles, Tryphon nous réduisit à ces seules murailles, Les assiége, les bat; et pour dernier effroi,

[884] De Séleucie.

[885] _Var._ Presse et force la Reine à choisir un époux. (1647-56)

[886] _Var._ Croyant son mari mort, elle épouse son frère [886-a]. (1647-56)

[886-a] Antiochus Sidétès, frère de son premier mari, Démétrius Nicanor.

[887] _Var._ Semble de tous côtés traîner l'heur avec soi: La victoire le suit avec tant de furie, Qu'il se voit en deux ans maître de la Syrie. (1647-56)

[888] _Var._ Dessus nos ennemis rejeta nos alarmes. (1660-64)

[889] _Var._ Termine enfin la guerre, et lui rend tout l'État. (1647-56)

[890] _Var._ Ayant régné sept ans sans trouble et sans alarmes, La soif de s'agrandir lui fait prendre les armes: Il attaque le Parthe, et se croit assez fort Pour venger de son frère et la prise et la mort. Jusque dans ses États il lui porte la guerre; Il s'y fait partout craindre à l'égal du tonnerre; Il lui donne bataille, où mille beaux exploits.... (1647-56)

[891] Les éditions de 1682 et de 1692 donnent: _Il se veut retirer_; mais les premiers mots de la scène suivante montrent que c'est une faute.

[892] _Var._ Mais d'un frère si cher, que les nœuds d'amitié Font sur moi de ses maux rejaillir la moitié. (1647-64)

[893] Les éditions de 1654 et de 1664 donnent seules _rejaillir_; toutes les autres portent _rejallir_.

[894] _Var._ S'il ne la préféroit à tout ce qu'elle donne, Qui renonçant pour elle à cet illustre rang, La voudroit acheter encor de tout son sang.... (1647-56)

[895] _Var._ TIMAGÈNE, _rentrant sur le théâtre_. (1647-60)

[896] _Var._ Vous oserois-je ici découvrir ma pensée? ANTIOCH. Notre étroite amitié par ce doute est blessée. (1647-56)

[897] _Var._ L'égalité rompue en rompe les beaux nœuds. (1647-56)

[898] _Var._ Pour le trône cédé, donnez-moi Rodogune. (1647-63)

[899] _Var._ Vous l'appelez une offre: en effet, c'est choisir; Et cette même main qui me cède un empire. (1647-56)

[900] _Var._ Elle vaut à mes yeux tous les trônes d'Asie. (1647-56)

[901] _Var._ J'espérois que l'éclat qui sort d'une couronne Vous laisseroit peu voir celui de sa personne. (1647-56)

[902] Voyez ci-après l'_Appendice_, p. 510.

[903] _Var._ Cependant, aveuglés dedans notre projet. (1647-56)

[904] _Var._ Qui mirent l'un en sang, l'autre aux flammes en proie. (1647-56)

[905] _Var._ Nous avons même droit sur un trône douteux; Pour la même beauté nous soupirons tous deux. (1647-56)

[906] _Var._ Et tout tombe en ma main, ou tout tombe en la vôtre. En vain notre amitié les vouloit partager. (1647-56)

[907] Les éditions de 1682 et de 1692 sont les seules qui, au lieu de _votre_, donnent ici _notre_, leçon adoptée par Voltaire; l'impression de 1682 porte _votre_ au vers 161, où c'est une faute encore plus évidente.

[908] C'est-à-dire un regret séducteur, mauvais conseiller. Comparez le vers 835 du _Cid_, tome III, p. 152.

[909] _Var._ J'embrasse avecque vous ces nobles sentiments. (1647-56)

[910] _Var._ Mais, de grâce, achevons l'histoire commencée. (1647-56)

[911] Toutes les éditions, jusqu'en 1660 inclusivement, portent _trouvé_ ou _treuvé_, invariable.

[912] _Var._ Trouve encor les appas qu'avoit treuvé le père. (1647 et 52) _Var._ Trouve encor les appas qu'avoit trouvé le père. (1654-56)

[913] _Var._ Et son nouvel amour la veut croire coupable. (1647-56)

[914] _Var._ Qui ne la veut plus voir qu'en implacable maître. (1647-56)

[915] _Var._ Elle-même leur dresse un embûche au passage. (1647 in-12 et 52-60)

[916] _Var._ Contre l'Arménien qui court dessus ses terres. (1647-56)

[917] _Var._ D'abord qu'ils ont paru tous deux en cette cour. (1647-56)

[918] _Var._ Je n'ai point encor vu qu'elle aime aucun des deux [918-a]. (1647-56)

[918-a] Cette leçon est aussi celle qu'a donnée Thomas Corneille dans l'édition de 1692.

[919] _Var._ Non pas que mon esprit, justement irrité, Conserve à son sujet quelque animosité: Au bien des deux États je donne mon injure. (1647-56)

[920] _Var._ Il falloit un prétexte à s'en pouvoir dédire, La paix le vient de faire; et s'il vous faut tout dire. (1647-56)

[921] C'est-à-dire: Quand je me permettais de lui mal obéir. Voyez tome I, p. 208, note 2.

[922] _Var._ Et qu'ainsi ma pitié la satisfaisoit mieux. (1647-56)

[923] _Var._ Quoique égaux en naissance et pareils en mérite. (1647-56)

[924] _Var._ Il est bien malaisé, dans cette égalité. (1647-56)

[925] Voyez tome II, p. 308 et 309, et ci-dessus, p. 409.

[926] _Var._ Quelque époux que le ciel me veuille destiner. (1647-56)

[927] _Var._ C'est à lui pleinement que je me veux donner. (1647-54 et 56)

[928] _Var._ Et si du malheureux je deviens le partage. (1647-56)

[929] _Var._ Qu'un autre qu'un mari règne dans ma pensée. (1647-56)

ACTE II.

SCÈNE PREMIÈRE.

CLÉOPATRE.

Serments fallacieux, salutaire contrainte, 395 Que m'imposa la force et qu'accepta ma crainte, Heureux déguisements d'un immortel courroux, Vains fantômes d'État, évanouissez-vous! Si d'un péril pressant la terreur vous fit naître, Avec ce péril même il vous faut disparoître[930], 400 Semblables à ces vœux dans l'orage formés, Qu'efface un prompt oubli quand les flots sont calmés. Et vous, qu'avec tant d'art cette feinte a voilée, Recours des impuissants, haine dissimulée, Digne vertu des rois, noble secret de cour, 405 Éclatez, il est temps, et voici notre jour. Montrons-nous toutes deux, non plus comme sujettes, Mais telle que je suis et telle que vous êtes. Le Parthe est éloigné, nous pouvons tout oser: Nous n'avons rien à craindre et rien à déguiser; 410 Je hais, je règne encor. Laissons d'illustres marques En quittant, s'il le faut, ce haut rang des monarques: Faisons-en avec gloire un départ éclatant, Et rendons-le funeste à celle qui l'attend. C'est encor, c'est encor cette même ennemie 415 Qui cherchoit ses honneurs dedans mon infamie, Dont la haine à son tour croit me faire la loi, Et régner par mon ordre et sur vous et sur moi. Tu m'estimes bien lâche, imprudente rivale, Si tu crois que mon cœur jusque-là se ravale, 420 Qu'il souffre qu'un hymen qu'on t'a promis en vain Te mette ta vengeance et mon sceptre à la main. Vois jusqu'où m'emporta l'amour du diadème; Vois quel sang il me coûte, et tremble pour toi-même: Tremble, te dis-je; et songe, en dépit du traité[931], 425 Que pour t'en faire un don je l'ai trop acheté.