Œuvres de P. Corneille, Tome 04

Part 2

Chapter 23,620 wordsPublic domain

Si je voulois faire ici ce que j'ai fait en mes deux derniers ouvrages[26], et te donner le texte ou l'abrégé des auteurs dont cette histoire est tirée, afin que tu pusses remarquer en quoi je m'en serois écarté pour l'accommoder au théâtre, je ferois un avant-propos dix fois plus long que mon poëme, et j'aurois à rapporter des livres entiers de presque tous ceux qui ont écrit l'histoire romaine. Je me contenterai de t'avertir que celui dont je me suis le plus servi a été le poëte Lucain, dont la lecture m'a rendu si amoureux de la force de ses pensées et de la majesté de son raisonnement, qu'afin d'en enrichir notre langue, j'ai fait cet effort pour réduire en poëme dramatique ce qu'il a traité en épique[27]. Tu trouveras ici cent ou deux cents vers traduits ou imités de lui[28]. J'ai tâché de le suivre dans le reste[29], et de prendre son caractère quand son exemple m'a manqué: si je suis demeuré bien loin derrière, tu en jugeras. Cependant j'ai cru ne te déplaire pas de te donner ici trois passages qui ne viennent pas mal à mon sujet. Le premier est un épitaphe[30] de Pompée, prononcé par Caton dans Lucain. Les deux autres sont deux peintures de Pompée et de César, tirées de Velleius Paterculus. Je les laisse en latin, de peur que ma traduction n'ôte trop de leur grâce et de leur force; les dames se les feront expliquer[31].

NOTES:

[25] Voyez ci-dessus, p. 11, note 1.

[26] VAR. (édit. de 1648-1656): en mes derniers ouvrages.--Dans l'impression originale dont nous suivons le texte pour ces préliminaires, Corneille ne parle que de ses deux derniers ouvrages, parce que pour _le Cid_ et _Horace_ il n'a pas donné les extraits de Mariana et de Tite Live dans la première édition de chacune de ces pièces, mais seulement dans les recueils antérieurs à 1660: voyez tome III, p. 79, note 1, et p. 262, note 1.

[27] L'avis _Au lecteur_ finit ici dans les éditions de 1654 et de 1656.

[28] Voyez ci-après l'_Appendice_, p. 103 et suivantes.

[29] VAR. (édit. de 1648, 1652 et 1655): cent ou deux cents vers traduits ou imités de lui, que tu reconnoîtras aux mêmes marques que tu as déjà reconnu ce que j'ai emprunté de D. Guillen de Castro dans _le Cid_. J'ai tâché de suivre ce grand homme dans le reste.--Les impressions de 1648, 1652 et 1655 sont les seules qui aient cette variante, parce qu'elles sont aussi les seules où Corneille ait placé au bas des pages, pour _le Cid_, les extraits de Guillen de Castro: Voyez tome III, p. 199, note 2.

EPITAPHIUM POMPEII MAGNI[32].

CATO, apud LUCANUM, Lib. IX (vers. 190-214)[33].

_Civis obit, inquit, multo majoribus impar Nosse modum juris, sed in hoc tamen utilis ævo, Cui non ulla fuit justi reverentia: salva Libertate potens, et solus plebe parata Privatus servire sibi, rectorque senatus_,

_Sed regnantis, erat. Nil belli jure poposcit; Quæque dari voluit, voluit sibi posse negari. Immodicas possedit opes, sed plura retentis Intulit; invasit ferrum, sed ponere norat. Prætulit arma togæ, sed pacem armatus amavit. Juvit sumpta ducem, juvit[34] dimissa potestas. Casta domus, luxuque carens, corruptaque nunquam Fortuna domini. Clarum et venerabile nomen Gentibus, et multum nostræ quod proderat urbi. Olim vera fides, Sylla Marioque receptis, Libertatis obit; Pompeio rebus adempto Nunc et ficta perit. Non jam regnare pudebit; Nec color imperii, nec frons erit ulla senatus. O felix, cui summa dies fuit obvia victo, Et cui quærendos Pharium scelus obtulit enses!_ _Forsitan in soceri potuisses vivere regno. Scire mori, sors prima viris; sed proxima cogi. Et mihi, si fatis aliena in jura venimus, Da talem, Fortuna, Jubam: non deprecor hosti Servari, dum me servet cervice recisa._

NOTES:

[30] Ce mot était masculin à cette époque. Voyez le _Lexique_.

[31] On aimait assez alors à laisser ainsi certains passages latins sans les traduire, afin de donner aux beaux esprits une occasion facile de briller auprès des dames. Voyez tome III, p. 45 et 46, ce que Balzac écrit à Scudéry dans une circonstance analogue.

[32] Cet extrait latin et les deux suivants ne sont que dans les éditions de 1644-1652 et dans celle de 1655.

[33]

«Enfin les cieux, dit-il, nous ravissent un homme Sur qui rouloit encor l'espérance de Rome, Et qui bien qu'en vertu cédant à nos aïeux, Fut pourtant l'ornement de ce siècle odieux. En ce temps où l'orgueil s'est rendu légitime, Où la loi de l'honneur cède à celle du crime, Il n'a point jusqu'au trône élevé ses projets: Il vouloit des amis, et non pas des sujets. Sous lui la liberté n'a point été blessée; Ses grandeurs n'ont jamais révolté sa pensée. Bien que Rome fût prête à porter ses liens, Il n'a dans ses Romains vu que ses citoyens. Il fut chef du sénat, mais du sénat encore Et maître du couchant et maître de l'aurore. Il ne s'établit point sur le droit des combats. Ce qu'il pût autrefois ne devoir qu'à son bras, Qu'à ce courage grand sur les plus grands courages, Il voulut le devoir à de libres suffrages. Les progrès éclatants de sa jeune saison Ont enrichi l'État bien plus que sa maison. Il sut prendre, au besoin, ou mettre bas les armes; Il adoroit la paix au milieu des alarmes; Et d'un visage égal il a pris ou quitté L'éclat de la puissance et de l'autorité. On n'a vu ses trésors que dedans ses largesses: Sa maison étoit chaste au milieu des richesses; Toujours la modestie et toujours la candeur S'y trouvèrent d'accord avecque la grandeur. Son nom fut précieux aux nations diverses, Et pour nous d'un grand poids au fort de nos traverses. Les remords de la honte et l'instinct du devoir Ne sont plus un obstacle au souverain pouvoir; Le bonheur des forfaits est un droit légitime, Et la vertu gémit sous le pouvoir du crime. Ton malheur, grand héros, te doit être bien cher, De trouver une mort qu'il te falloit chercher; D'accourcir ta douleur pour ne voir pas la nôtre, Et pour ne vivre pas sous le pouvoir d'un autre. Je voudrois ne devoir ma perte qu'à mon bras; Mais la contrainte sert qui conduit au trépas. Si le sort n'assoupit sa haine consommée, Je demande en Juba le cœur de Ptolomée; Et pourvu que sans vie on me garde au vainqueur, Je puis à mon destin pardonner sa rigueur.»

(_Traduction de Brébeuf._)

[34] Par une erreur typographique qui fait une faute de quantité, il y a ici _juvat_, au lieu de _juvit_, dans les éditions de 1648 et de 1652.

ICON POMPEII MAGNI[35].

VELLEIUS PATERCULUS, lib. II (cap. XXIX).

Fuit hic genitus matre Lucilia, stirpis senatoriæ, forma excellens, non ea qua flos commendatur ætatis, sed dignitate et constantia, quæ in illam conveniens amplitudinem, fortunam quoque ejus ad ultimum vitæ comitata est diem: innocentia eximius, sanctitate præcipuus, eloquentia medius; potentiæ, quæ honoris causa ad eum deferretur, non ut ab eo occuparetur, cupidissimus; dux bello peritissimus; civis in toga (nisi ubi vereretur ne quem haberet parem) modestissimus, amicitiarum tenax, in offensis exorabilis, in reconcilianda gratia fidelissimus, in accipienda satisfactione facillimus, potentia sua nunquam aut raro ad impotentiam usus; pæne omnium votorum[36] expers, nisi numeraretur inter maxima, in civitate libera dominaque gentium, indignari, quum omnes cives jure haberet pares, quemquam æqualem dignitate conspicere.

NOTES:

[35] Nous tirons la traduction de cet extrait et du suivant, de l'_Histoire romaine de Velleius Paterculus_ publiée à Paris, chez Jean Gesselin, en 1610, in-4º. L'auteur de cette version française anonyme est J. Baudoin; elle forme l'appendice de sa traduction de Tacite. Les deux ouvrages font deux volumes. «Il (_Pompée_) eut pour mère Lucilia: il étoit de l'ordre des sénateurs, beau par excellence, non pour cette fleur de l'âge de laquelle on fait tant d'état, mais pour sa dignité et généreuse grandeur, qui lui étoit fort convenable et qui accompagna sa fortune jusques au dernier période de sa vie; il étoit parfait en bonté, des premiers en bonne vie, médiocre en éloquence, très-desireux du pouvoir qu'on lui déféroit par honneur, mais non pas pour en abuser; capitaine fort expérimenté à la guerre, vrai citoyen en temps de paix, et qui n'avoit point son semblable; fort modeste, constant en ses amitiés, facile à pardonner étant offensé, prêt à recevoir la satisfaction de chacun; qui n'abusoit jamais ou bien rarement de son pouvoir; et, ce qui mérite d'être mis au rang des choses plus grandes, il étoit fâché de se voir le premier en dignité en une ville libre et maîtresse du monde, quoiqu'il eût à bon droit tous les citoyens pour ses pareils.» (Pages 33 et 34.)

ICON C. J. CÆSARIS[37].

VELLEIUS PATERCULUS, lib. II (cap. XLI).

Hic, nobilissima Juliorum genitus familia, et, quod inter omnes antiquissimos constabat, ab Anchise ac Venere deducens genus, forma omnium civium excellentissimus, vigore animi acerrimus, munificentia effusissimus, animo super humanam et naturam et fidem evectus, magnitudine cogitationum, celeritate bellandi, patientia periculorum, Magno illi Alexandro, sed sobrio, neque iracundo, simillimus; qui denique semper et somno et cibo in vitam, non in voluptatem uteretur.

NOTES:

[36] Corneille suit ici le texte, évidemment fautif, de l'édition princeps (Bâle, 1520). Les éditions modernes de Velléius Paterculus ont généralement adopté la correction d'Alde Manuce, qui a substitué _vitiorum_ à _votorum_. Le traducteur que nous citons dans la note précédente a sauté les mots: _pæne omnium votorum expers_, mais on voit par la suite de la phrase que son texte était aussi _votorum_.

[37] «Il étoit issu de la noble race des Jules et tiroit son extraction (selon que les anciens nous ont laissé par écrit) d'Anchise et de Vénus. C'étoit le plus beau de tous les citoyens, fort subtil en vigueur et force d'esprit, très-libéral, l'âme duquel étoit relevée par-dessus toute créance humaine: pareil du tout à ce grand Alexandre (mais sobre et qui ne se laissoit point vaincre à la colère) en grandeur de desseins, habilité de combattre, et patience ès dangers; qui ménageoit sa nourriture et son repos, plus pour l'usage de sa vie que pour l'entretien des voluptés.» (_Traduction de J. Baudoin_, p. 41.)

EXAMEN.

A bien considérer cette pièce, je ne crois pas qu'il y en aye sur le théâtre où l'histoire soit plus conservée et plus falsifiée tout ensemble. Elle est si connue, que je n'ai osé en changer les événements; mais il s'y en trouvera peu qui soient arrivés comme je les fais arriver. Je n'y ai ajouté que ce qui regarde Cornélie, qui semble s'y offrir d'elle-même, puisque, dans la vérité historique, elle étoit dans le même vaisseau que son mari lorsqu'il aborda en Égypte, qu'elle le vit descendre dans la barque, où il fut assassiné à ses yeux par Septime[38], et qu'elle fut poursuivie sur mer par les ordres de Ptolomée[39]. C'est ce qui m'a donné occasion de feindre qu'on l'atteignit, et qu'elle fut ramenée devant César, bien que l'histoire n'en parle point. La diversité des lieux où les choses se sont passées, et la longueur du temps qu'elles ont consumé dans la vérité historique, m'ont réduit à cette falsification, pour les ramener dans l'unité de jour et de lieu. Pompée fut massacré devant les murs de Pélusium, qu'on appelle aujourd'hui Damiette, et César prit terre à Alexandrie. Je n'ai nommé ni l'une ni l'autre ville, de peur que le nom de l'une n'arrêtât l'imagination de l'auditeur, et ne lui fît remarquer malgré lui la fausseté de ce qui s'est passé ailleurs. Le lieu particulier est, comme dans _Polyeucte_, un grand vestibule commun à tous les appartements du palais royal; et cette unité n'a rien que de vraisemblable, pourvu qu'on se détache de la vérité historique. Le premier, le troisième et le quatrième acte y ont leur justesse manifeste; il y peut avoir quelque difficulté pour le second et le cinquième, dont Cléopatre ouvre l'un, et Cornélie l'autre. Elles sembleroient toutes deux avoir plus de raison de parler dans leur appartement; mais l'impatience de la curiosité féminine les en peut faire sortir: l'une pour apprendre plus tôt les nouvelles de la mort de Pompée, ou par Achorée, qu'elle a envoyé en être témoin, ou par le premier qui entrera dans ce vestibule; et l'autre, pour en savoir du combat de César et des Romains contre Ptolomée et les Égyptiens, pour empêcher que ce héros n'en aille donner[40] à Cléopatre avant qu'à elle, et pour obtenir de lui d'autant plus tôt la permission de partir. En quoi on peut remarquer que comme elle sait qu'il est amoureux de cette reine, et qu'elle peut douter qu'au retour de son combat, les trouvant ensemble, il ne lui fasse le premier compliment, le soin qu'elle a de conserver la dignité romaine lui fait prendre la parole la première, et obliger par là César à lui répondre avant qu'il puisse dire rien à l'autre.

Pour le temps, il m'a fallu réduire en soulèvement tumultuaire une guerre qui n'a pu durer guère moins d'un an, puisque Plutarque rapporte qu'incontinent après que César fut parti d'Alexandrie, Cléopatre accoucha de Césarion[41]. Quand Pompée se présenta pour entrer en Égypte, cette princesse et le Roi son frère avoient chacun leur armée prête à en venir aux mains l'une contre l'autre, et n'avoient garde ainsi de loger dans le même palais. César, dans ses _Commentaires_, ne parle point de ses amours avec elle, ni que la tête de Pompée lui fut présentée quand il arriva: c'est Plutarque[42] et Lucain[43] qui nous apprennent l'un et l'autre; mais ils ne lui font présenter cette tête que par un des ministres du Roi, nommé Théodote, et non pas par le Roi même, comme je l'ai fait[44].

Il y a quelque chose d'extraordinaire dans le titre de ce poëme, qui porte le nom d'un héros qui n'y parle point; mais il ne laisse pas d'en être, en quelque sorte, le principal acteur, puisque sa mort est la cause unique de tout ce qui s'y passe. J'ai justifié ailleurs[45] l'unité d'action qui s'y rencontre, par cette raison que les événements y ont une telle dépendance l'un de l'autre, que la tragédie n'auroit pas été complète, si je ne l'eusse poussée jusqu'au terme[46] où je la fais finir. C'est à ce dessein que dès le premier acte, je fais connoître la venue de César, à qui la cour d'Égypte immole Pompée pour gagner les bonnes grâces du victorieux; et ainsi il m'a fallu nécessairement faire voir quelle réception il feroit à leur lâche et cruelle politique. J'ai avancé l'âge de Ptolomée, afin qu'il pût agir, et que, portant le titre de roi, il tâchât d'en soutenir le caractère. Bien que les historiens et le poëte Lucain l'appellent communément _rex puer_, «le roi enfant[47],» il ne l'étoit pas à tel point qu'il ne fût en état d'épouser sa sœur Cléopatre, comme l'avoit ordonné son père. Hirtius dit qu'il étoit _puer jam adulta ætate_[48]; et Lucain appelle Cléopatre incestueuse, dans ce vers qu'il adresse à ce roi par apostrophe:

_Incestæ sceptris cessure sorori_[49];

soit qu'elle eût déjà contracté ce mariage incestueux, soit à cause qu'après la guerre d'Alexandrie et la mort de Ptolomée, César la fit épouser à son jeune frère, qu'il rétablit dans le trône[50]: d'où l'on peut tirer une conséquence infaillible, que si le plus jeune des deux frères étoit en âge de se marier quand César partit d'Égypte, l'aîné en étoit capable quand il y arriva, puisqu'il n'y tarda pas plus d'un an.

Le caractère de Cléopatre garde une ressemblance ennoblie par ce qu'on y peut imaginer de plus illustre. Je ne la fais amoureuse que par ambition, et en sorte qu'elle semble n'avoir point d'amour qu'en tant qu'il peut servir à sa grandeur. Quoique la réputation qu'elle a laissée la fasse passer pour une femme lascive et abandonnée à ses plaisirs, et que Lucain, peut-être en haine de César, la nomme en quelque endroit _meretrix regina_[51], et fasse dire ailleurs à l'eunuque Photin, qui gouvernoit sous le nom de son frère Ptolomée:

_Quem non e nobis credit Cleopatra nocentem, A quo casta fuit_[52]?

je trouve qu'à bien examiner l'histoire, elle n'avoit que de l'ambition sans amour, et que par politique elle se servoit des avantages de sa beauté pour affermir sa fortune. Cela paroît visible, en ce que les historiens ne marquent point qu'elle se soit donnée qu'aux deux premiers hommes du monde, César et Antoine; et qu'après la déroute de ce dernier, elle n'épargna aucun artifice pour engager Auguste dans la même passion qu'ils avoient eue pour elle, et fit voir par là qu'elle ne s'étoit attachée qu'à la haute puissance d'Antoine, et non pas à sa personne.

Pour le style, il est plus élevé en ce poëme qu'en aucun des miens, et ce sont, sans contredit, les vers les plus pompeux que j'aye faits. La gloire n'en est pas toute à moi: j'ai traduit de Lucain tout ce que j'y ai trouvé de propre à mon sujet; et comme je n'ai point fait de scrupule d'enrichir notre langue du pillage que j'ai pu faire chez lui, j'ai tâché, pour le reste, à entrer si bien dans sa manière de former ses pensées et de s'expliquer, que ce qu'il m'a fallu y joindre du mien sentît son génie, et ne fût pas indigne d'être pris pour un larcin que je lui eusse fait[53]. J'ai parlé, en l'examen de _Polyeucte_[54], de ce que je trouve à dire en la confidence que fait Cléopatre à Charmion au second acte[55]; il ne me reste qu'un mot touchant les narrations d'Achorée, qui ont toujours passé pour fort belles[56]: en quoi je ne veux pas aller contre le jugement du public, mais seulement faire remarquer de nouveau[57] que celui qui les fait et les personnes qui les écoutent ont l'esprit assez tranquille pour avoir toute la patience qu'il y faut donner. Celle du troisième acte, qui est à mon gré la plus magnifique, a été accusée de n'être pas reçue par une personne digne de la recevoir; mais bien que Charmion qui l'écoute ne soit qu'une domestique de Cléopatre, qu'on peut toutefois prendre pour sa dame d'honneur, étant envoyée exprès par cette reine pour l'écouter, elle tient lieu de cette reine même, qui cependant montre un orgueil digne d'elle, d'attendre la visite de César dans sa chambre sans aller au-devant de lui. D'ailleurs Cléopatre eût rompu tout le reste de ce troisième acte, si elle s'y fût montrée; et il m'a fallu la cacher par adresse de théâtre, et trouver pour cela dans l'action un prétexte qui fût glorieux pour elle, et qui ne laissât point paroître le secret de l'art qui m'obligeoit à l'empêcher de se produire.

LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES DE _POMPÉE_.

ÉDITIONS SÉPARÉES.

1644 in-4º; 1644 in-12.

RECUEILS.

1648 in-12; 1652 in-12; 1654 in-12; 1655 in-12; 1656 in-12; 1660 in-8º; 1663 in-fol.; 1664 in-8º; 1668 in-12; 1682 in-12.

NOTES:

[38] Voyez la _Vie de Pompée_ par Plutarque, chapitres LXVIII et suivants; et la _Pharsale_ de Lucain, livre VIII, vers 560 et suivants.

[39] Voyez encore la _Vie de Pompée_ par Plutarque, chapitre LXXX.

[40] VAR. (édit. de 1660-1664): pour empêcher qu'il n'en aille donner.

[41] «Finablement le Roy s'estant retiré devers ses gens qui faisoient la guerre à César, il luy alla à l'encontre, et luy donna la bataille, qu'il gaigna, avec grande effusion de sang; mais quant au Roy, il ne comparut ni ne fut veu onques puis: à raison de quoy il establit royne d'Ægypte sa sœur Cléopatra, laquelle estant grosse de luy, peu de temps après accoucha d'un filz, que ceulx d'Alexandrie appelèrent Cæsarion.» (Plutarque, _Vie de César_, chapitre XLIX, traduction d'Amyot.)

[42] «Puis arriva en Alexandrie, que Pompeius y avoit desjà esté mis à mort: si eut en horreur Theodotus, qui luy en presenta la teste, tournant le visage d'un autre costé pour ne la point veoir.» (_Ibidem_, chapitre XLVIII.)

[43] Lucain ne nomme pas Théodote; il dit seulement (livre IX, vers 1010-1012):

..........._Sed dira satelles Regis dona ferens, medium provectus in æquor, Colla gerit Magni, Phario velamine tecta._

Mais un lâche suppôt d'un cruel potentat Vient à ce conquérant offrir un attentat: Il lui vient apporter le crime de son maître.

(_Traduction de Brébeuf._)

--Pour les amours de César et de Cléopatre, voyez plus haut la note 1, et le livre X de la _Pharsale_, vers 68 et suivants.

[44] Acte III, scène I.

[45] Dans le _Discours du poëme dramatique_: voyez tome I, p. 26.

[46] VAR. (édit. de 1660-1664): jusques au terme.

[47] _Pharsale_, Livre VIII, vers 537, et livre X, vers 54.

[48] Ces mots se trouvent, avec une construction un peu différente (_adulta jam ætate puerum_), au chapitre XXIV du livre _de la Guerre d'Alexandrie_, attribué à Hirtius. Appien, au livre II _des Guerres civiles_, chapitre LXXXIV, dit que Ptolémée avait treize ans au moment de la mort de Pompée.

[49] _Pharsale_, livre VIII, vers 693.

[50] Voyez le livre _de la Guerre d'Alexandrie_, chapitre XXXIII, et Dion Cassius, livre XLII, chapitre XLIV.

[51] Nous ne trouvons point cette expression dans Lucain; mais Cléopatre est ainsi désignée par Properce (livre III, élégie XI, vers 39) et par Pline l'ancien (livre IX, chapitre LVIII).

[52] _Pharsale_, livre X, vers 369 et 370. Il y a _credet_ dans le texte de Lucain.

Bien que nos actions nous rendent peu coupables, Elle nous punira d'être peu punissables, Et ce sera pour nous ou crime ou lâcheté De n'avoir osé rien contre sa chasteté.

(_Traduction de Brébeuf._)

[53] Voyez l'Examen de _Médée_, tome II, p. 338 et 339.

[54] Voyez tome III, p. 483 et 484.

[55] Voyez acte II, scène I.

[56] Voyez acte II, scène II, et acte III, scène I.

[57] Voyez l'Examen de _Médée_, tome II, p. 336 et 337.

ACTEURS.

JULES CÉSAR. MARC ANTOINE. LÉPIDE. CORNÉLIE, femme de Pompée[58]. PTOLOMÉE, roi d'Égypte. CLÉOPATRE, sœur de Ptolomée[59]. PHOTIN, chef du conseil d'Égypte[60]. ACHILLAS, lieutenant général des armées du roi d'Égypte. SEPTIME, tribun romain, à la solde du roi d'Égypte. CHARMION, dame d'honneur de Cléopatre[61]. ACHORÉE, écuyer de Cléopatre[62]. PHILIPPE, affranchi de Pompée[63]. TROUPE DE ROMAINS. TROUPE D'ÉGYPTIENS.

La scène est en Alexandrie, dans le palais de Ptolomée[64].

POMPÉE.

TRAGÉDIE[65].

ACTE I.

SCÈNE PREMIÈRE[66].

PTOLOMÉE, PHOTIN, ACHILLAS, SEPTIME.

PTOLOMÉE.