Œuvres de P. Corneille, Tome 04

Part 10

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Les allusions de ce genre continuèrent longtemps après la mort de Corneille. «Beaucoup de vers du _Menteur_ avaient passé en proverbe, dit Voltaire[287]; et même près de cent ans après, un homme de la cour, contant à table des anecdotes très-fausses, comme il n'arrive que trop souvent, un des convives se tournant vers le laquais de cet homme, lui dit: «Cliton, donnez à boire à votre maître.»

L'illustre commentateur de Corneille, si souvent injuste envers son auteur, reconnaît hautement le mérite de cette pièce: «Ce n'est qu'une traduction, dit-il[288]; mais c'est probablement à cette traduction que nous devons Molière. Il est impossible en effet que l'inimitable Molière ait vu cette pièce, sans voir tout d'un coup la prodigieuse supériorité que ce genre a sur tous les autres, et sans s'y livrer entièrement.»

Il est permis de croire que cette réflexion toute naturelle de Voltaire est l'origine d'une anecdote qui figure aujourd'hui dans tous les cours de littérature, et que nous avons trouvée pour la première fois dans _l'Esprit du grand Corneille_ de François de Neufchâteau[289]: «Oui, mon cher Despréaux, disait Molière à Boileau, je dois beaucoup au _Menteur_. Lorsqu'il parut.... j'avois bien l'envie d'écrire, mais j'étois incertain de ce que j'écrirois; mes idées étoient confuses: cet ouvrage vint les fixer. Le dialogue me fit voir comment causoient les honnêtes gens; la grâce et l'esprit de Dorante m'apprirent qu'il falloit toujours choisir un héros du bon ton; le sang-froid avec lequel il débite ses faussetés me montra comment il falloit établir un caractère; la scène où il oublie lui-même le nom supposé qu'il s'est donné m'éclaira sur la bonne plaisanterie: et celle où il est obligé de se battre par suite de ses mensonges me prouva que toutes les comédies ont besoin d'un but moral. Enfin sans _le Menteur_, j'aurois sans doute fait quelques pièces d'intrigue, _l'Étourdi_, _le Dépit amoureux_, mais peut-être n'aurois-je pas fait _le Misanthrope_.--Embrassez-moi, dit Despréaux: voilà un aveu qui vaut la meilleure comédie.»

François de Neufchâteau dit qu'il a tiré cette anecdote du _Bolæana_; mais M. Taschereau fait observer qu'il ne l'a trouvée ni dans l'ouvrage de Montchesnay, ni dans les commentaires de Brossette sur Boileau, et nous n'avons pas été plus heureux que lui.

L'édition originale a pour titre: LE MENTEUR, _comedie_. A Paris, chez A. de Sommaville. M.DC.XLIV. _Auec priuilege du Roy_.--Le volume, de format in-4º, forme 4 feuillets et 130 pages. L'achevé d'imprimer est du dernier octobre.

NOTES:

[255] _La Vérité suspecte._

[256] Acte I, scène VI, vers 332.

[257] Voyez ci-après, p. 132.

[258] Édition de 1659, in-4º, p. 320.

[259] Acte IV, scène IV.

[260] Acte I, scène VI, vers 333-340.

[261] _Neuvième fragment du Songe de Vaux._

[262] 3e édition, 1694, p. 94.

[263] Acte I, scène VI, vers 349 et 350.

[264] Acte III, scène VI, vers 1069 et 1070.

[265] Voyez tome II, p. 3 et 4.

[266] Dans les scènes VI et VII du Ier acte des _Folies amoureuses_ de Regnard, des expressions militaires deviennent des métaphores galantes comme dans les passages cités plus haut, et à la scène VII de l'acte II des termes de musique servent de langage secret.

[267] Voyez ci-après, p. 205, note 1.

[268] Voyez la dernière variante de _la Suite du Menteur_.

[269] Acte I, scène III, vers 295.

[270] Acte I, scène III, vers 275-284.

[271] Acte I, scène II, vers 215-218.

[272] Dans _Jodelet ou le Maître valet_[272-a], quand don Juan apprend qu'au lieu de son portrait, Isabelle a reçu celui de Jodelet, il s'écrie:

Et qu'aura-t-elle dit de ta face cornue? Chien, qu'aura-t-elle dit de ton nez de blaireau? Infâme.

JODELET.

Elle aura dit que vous n'êtes pas beau, Et que si nous étions artisans de nous-mêmes, On ne verroit partout que des beautés extrêmes, Qu'un chacun se feroit le nez efféminé, Et que vous l'avez tel que Dieu vous l'a donné.

Dans _Jodelet duelliste_[272-b], Béatris lui dit en manière de compliment:

O mon cher Jodelet, au visage de dogue.

Gusman, parlant de _D. Bertrand de Cigarral_, son maître, rôle que remplissait Jodelet dans la pièce de Thomas Corneille qui porte ce titre[272-c], fait la réflexion suivante:

.... Quant à la parole, il a grand agrément, Et débite son fait fort nazillardement.

Enfin, dans _l'Amour à la mode_[272-d], du même auteur, où nous voyons Jodelet reparaître sous le nom de Cliton, Lisette lui met ainsi sous les yeux les défauts de sa personne:

Tu m'abandonnerois, toi que met hors de mise Ton poil déjà grison et ta nazillardise!

De si belles qualités ne pouvaient manquer de figurer dans son épitaphe; aussi Loret n'eut-il garde de les oublier, et mit-il dans sa _Gazette_ du 3 avril 1660, quelques jours après la mort du célèbre comédien:

Ici gît qui de Jodelet Joua cinquante ans le rôlet, Et qui fut de même farine Que Gros-Guillaume et Jean Farine, Hormis qu'il parloit mieux du nez Que lesdits deux enfarinés. .....................

On voit que, dans l'emploi que tenait Jodelet, son vice de prononciation était considéré comme un agrément. Tel est aussi l'avis d'un autre contemporain, qui se flatte de nous faire connaître la cause de ce défaut: «Jodelet parle du nez pour avoir été mal pansé.... (Tallemant nous dit de quel mal), et cela lui donne de la grâce[272-e].»

[272-a] Comédie en cinq actes, par Scarron, représentée en 1645, Acte I, scène I.

[272-b] Comédie en cinq actes, par Scarron, représentée d'abord, en 1646, sous le titre des _Trois Dorothées_. Acte II, scène II.

[272-c] Comédie en cinq actes, représentée en 1650. Acte I, scène II.

[272-d] Comédie en cinq actes, représentée en 1651. Acte IV, scène VII.--Nous connaissons encore trois pièces, outre celles dont nous venons de parler, où Jodelet figure sous son nom: _Jodelet astrologue_, comédie en cinq actes et en vers, par Douville, représentée en 1646; _le Déniaisé_, comédie en cinq actes et en vers, de Gillet et de Tessonnerie, représentée en 1647; enfin _le Geôlier de soi-même_, comédie en cinq actes et en vers, de Thomas Corneille, jouée en 1655. «Cette pièce, qui a toujours conservé ce titre dans les œuvres de son auteur, se représente cependant depuis très-longtemps, disent les frères Parfait (tome V, p. 120, note _a_), sous celui de _Jodelet prince_.»

[272-e] _Historiettes_, tome VII, p. 177.

[273] Cette date est précisée dans un article de la _Gazette_ du 15 décembre 1634, trop curieux pour que nous ne le donnions pas en entier; il est intitulé: _La jonction de six acteurs de la troupe de Mondori à celle de Belle-Roze_. «N'en déplaise aux rabat-joie, l'étendue de mes récits n'étant pas limitée dans le détroit d'une gravité toujours sérieuse, comme l'une de leurs utilités est de servir au divertissement, ils ne doivent pas bannir les choses qui y servent; et par ainsi je ne dois pas taire le soin que Sa Majesté a voulu prendre de joindre à la troupe de Belleroze les six acteurs que vous avez en lettre italique, pour les distinguer des autres en leur liste que voici: Les hommes: Belleroze, Belleville, _l'Espy_, _le Noir_, Guillot-Gorju, S. Martin, _Jodelet_, _la France_ ou _Jaquemin Jadot_, _Alizon_. Les femmes: la Belleroze, la Beaupré, la Vaillot, _la Noir_. Cette vieille troupe, renforcée de sa nouvelle recrue, fit, le 10 courant, trouver l'hôtel de Bourgoigne trop petit à l'affluence du peuple devant lequel elle représenta _le Trompeur puni_ du sieur Scudéri; tandis que Mondori (ne désespérant point pour cela du salut de sa petite république) tâche à réparer son débris, et ne fait pas moins espérer que par le passé de son industrie.»--A la fin de cet article vient comme transition la phrase suivante: «Et sans sortir de ce sujet, vous serez avertis....» Puis la petite rectification, relative à _Mélite_, que nous avons donnée tome I, p. 132 et 133.--Suivant Tallemant (tome VII, p. 173), le Roi renforça ainsi la troupe de Bellerose, «peut-être pour faire dépit au cardinal de Richelieu, qui affectionnoit Mondory.»

[274] Les frères Parfait ne font nulle mention de ce retour de Jodelet au Marais; mais Tallemant, après avoir constaté ainsi le passage de ce comédien à l'hôtel de Bourgogne: «Baron et la Villiers avec son mari, et Jodelet même, allèrent à l'hôtel de Bourgogne» (tome VII, p. 174), ajoute dans la même _Historiette_: «Jodelet, pour un fariné naïf, est un bon acteur; il n'y a plus de farce qu'au Marais, où il est, et c'est à cause de lui qu'il y en a. Il dit une plaisante chose au _Timocrate_ du jeune Corneille» (p. 176 et 177). Or, suivant les frères Parfait, le _Timocrate_, tragédie de Th. Corneille, a été représenté au Marais en 1656.

[275] Voyez la Notice de _Cinna_, tome III, p. 364.

[276] _Mercure de France_, mai 1740, p. 847 et 848.

[277] Pages 276-278.

[278] _Historiettes_, tome VII, p. 176.

[279] Voyez Lemazurier, _Galerie historique_, tome I, p. 129; les _Œuvres de Corneille_, édition de Lefèvre, tome V, p. 10, note 2.--Le _Journal du Théâtre françois_ donne pour _le Menteur_ une liste d'acteurs fort complète, mais des plus invraisemblables, et où il n'est nullement tenu compte des indications fournies par Corneille lui-même: «La troupe royale mit au théâtre.... une comédie nouvelle de Corneille intitulée _le Menteur_.... Les acteurs furent: la Grange, la Thuillerie, de Villiers, Hauteroche, Poisson; les actrices: les demoiselles Raisin, Angélique, Delagrange et Dennebaut.» (Folio 842 recto.)

[280] Scène VI.

[281] Remarquons que la supposition très-légitime faite par l'auteur dramatique est devenue, dans un feuilleton du _Moniteur_ du 11 juin 1862, une anecdote littéraire bien établie: «Quelques années avant, y est-il dit, il avait fait les honneurs de sa ville à Molière, lorsque ce dernier vint y jouer la comédie du _Menteur_.

[282] _Molière et sa troupe_, par M. Soleirol, p. 67.

[283] Vers 8.

[284] _Lettre à Mylord*** sur Baron..._, p. 5.

[285] _La Suite du Menteur_, acte I, scène III, vers 291.

[286] Tome V, p. 370.

[287] Note sur le vers 295 de _la Suite du Menteur_ (acte I, scène III).

[288] _Préface_ du _Menteur_, édition de 1764.

[289] Tome I, p. 149.

ÉPÎTRE[290].

MONSIEUR,

Je vous présente une pièce de théâtre d'un style si éloigné de ma dernière, qu'on aura de la peine à croire qu'elles soient parties toutes deux de la même main, dans le même hiver. Aussi les raisons qui m'ont obligé à y travailler ont été bien différentes. J'ai fait _Pompée_ pour satisfaire à ceux qui ne trouvoient pas les vers de _Polyeucte_ si puissants que ceux de _Cinna_, et leur montrer que j'en saurois bien retrouver la pompe quand le sujet le pourroit souffrir; j'ai fait _le Menteur_ pour contenter les souhaits de beaucoup d'autres qui, suivant l'humeur des François, aiment le changement, et après tant de poëmes graves dont nos meilleures plumes ont enrichi la scène, m'ont demandé quelque chose de plus enjoué qui ne servît qu'à les divertir. Dans le premier, j'ai voulu faire un essai de ce que pouvoit[291] la majesté du raisonnement, et la force des vers, dénués de l'agrément du sujet; dans celui-ci, j'ai voulu tenter ce que pourroit l'agrément du sujet, dénué de la force des vers. Et d'ailleurs, étant obligé au genre comique de ma première réputation, je ne pouvois l'abandonner tout à fait sans quelque espèce d'ingratitude. Il est vrai que comme alors que je me hasardai à le quitter, je n'osai me fier à mes seules forces, et que pour m'élever à la dignité du tragique, je pris l'appui du grand Sénèque, à qui j'empruntai tout ce qu'il avoit donné de rare à sa _Médée_: ainsi, quand je me suis résolu de repasser du héroïque[292] au naïf, je n'ai osé descendre de si haut sans m'assurer d'un guide[293], et me suis laissé conduire au fameux Lope de Vega[294], de peur de m'égarer dans les détours de tant d'intriques que fait notre Menteur. En un mot, ce n'est ici qu'une copie d'un excellent original qu'il a mis au jour sous le titre de _la Verdad sospechosa_[295]; et me fiant sur notre Horace, qui donne liberté de tout oser aux poëtes ainsi qu'aux peintres[296], j'ai cru que nonobstant la guerre des deux couronnes, il m'étoit permis de trafiquer en Espagne. Si cette sorte de commerce étoit un crime, il y a longtemps que je serois coupable, je ne dis pas seulement pour _le Cid_, où je me suis aidé de don Guillen de Castro, mais aussi pour _Médée_, dont je viens de parler, et pour _Pompée_ même, où pensant me fortifier du secours de deux Latins, j'ai pris celui de deux Espagnols, Sénèque et Lucain étant tous deux de Cordoue. Ceux qui ne voudront pas me pardonner cette intelligence avec nos ennemis approuveront du moins que je pille chez eux; et soit qu'on fasse passer ceci pour un larcin ou pour un emprunt, je m'en suis trouvé si bien, que je n'ai pas envie que ce soit le dernier que je ferai chez eux. Je crois que vous en serez d'avis, et ne m'en estimerez pas moins.

Je suis,

MONSIEUR,

Votre très-humble serviteur,

CORNEILLE.

NOTES:

[290] Cette épître ne se trouve que dans les éditions antérieures à 1660.

[291] _Pouvoit_ est au singulier dans toutes les éditions publiées du vivant de Corneille.

[292] Tel est le texte de toutes les impressions (de 1644 à 1656).

[293] VAR. (édit. de 1648-1656): sans m'assurer d'une guide.

[294] Voyez ci-dessus la _Notice_, p. 119, et plus bas l'_Examen_, p. 137.

[295] VAR. (édit. de 1644 in-12 et de 1648-1656): de _la sospechosa Verdad_.

[296] .... _Pictoribus atque poetis Quidlibet audendi semper fuit æqua potestas_.

(_Art poétique_, vers 9 et 10.)

AU LECTEUR[297].

Bien que cette comédie et celle qui la suit soient toutes deux de l'invention de Lope de Vega[298], je ne vous les donne point dans le même ordre que je vous ai donné _le Cid_ et _Pompée_, dont en l'un vous avez vu les vers espagnols, et en l'autre les latins, que j'ai traduits ou imités de Guillen de Castro et de Lucain. Ce n'est pas que je n'aye ici emprunté beaucoup de choses de cet admirable original; mais comme j'ai entièrement dépaysé les sujets pour les habiller à la françoise, vous trouveriez si peu de rapport entre l'espagnol et le françois, qu'au lieu de satisfaction vous n'en recevriez que de l'importunité.

Par exemple, tout ce que je fais conter à notre Menteur des guerres d'Allemagne, où il se vante d'avoir été, l'Espagnol le lui fait dire du Pérou et des Indes, dont il fait le nouveau revenu; et ainsi de la plupart des autres incidents, qui bien qu'ils soient imités de l'original, n'ont presque point de ressemblance avec lui pour les pensées, ni pour les termes qui les expriment. Je me contenterai donc de vous avouer que les sujets sont entièrement de lui, comme vous les trouverez dans la vingt et deuxième partie de ses comédies[299]. Pour le reste, j'en ai pris tout ce qui s'est pu accommoder à notre usage; et s'il m'est permis de dire mon sentiment touchant une chose où j'ai si peu de part, je vous avouerai en même temps que l'invention de celle-ci me charme tellement, que je ne trouve rien à mon gré qui lui soit comparable en ce genre, ni parmi les anciens, ni parmi les modernes. Elle est toute spirituelle depuis le commencement jusqu'à la fin, et les incidents si justes et si gracieux, qu'il faut être, à mon avis, de bien mauvaise humeur pour n'en approuver pas la conduite, et n'en aimer pas la représentation.

Je me défierois peut-être de l'estime extraordinaire que j'ai pour ce poëme, si je n'y étois confirmé par celle qu'en a faite un des premiers hommes de ce siècle, et qui non-seulement est le protecteur des savantes muses dans la Hollande, mais fait voir encore par son propre exemple que les grâces de la poésie ne sont pas incompatibles avec les plus hauts emplois de la politique et les plus nobles fonctions d'un homme d'État. Je parle de M. de Zuylichem[300], secrétaire des commandements de Monseigneur le prince d'Orange. C'est lui que MM. Heinsius et Balzac ont pris comme pour arbitre de leur fameuse querelle[301], puisqu'ils lui ont adressé l'un et l'autre leurs doctes dissertations, et qui n'a pas dédaigné de montrer au public l'état qu'il fait de cette comédie par deux épigrammes, l'un[302] françois et l'autre latin, qu'il a mis au devant de l'impression qu'en ont faite les Elzéviers, à Leyden[303]. Je vous les donne ici d'autant plus volontiers, que n'ayant pas l'honneur d'être connu de lui, son témoignage ne peut être suspect, et qu'on n'aura pas lieu de m'accuser de beaucoup de vanité pour en avoir fait parade, puisque toute la gloire qu'il m'y donne doit être attribuée au grand Lope de Vega, que peut-être il ne connoissoit pas pour le premier auteur de cette merveille de théâtre.

NOTES:

[297] Parmi les éditions publiées en France du vivant de Corneille, les seules qui donnent cet avis _Au lecteur_ et les deux pièces de vers qui le suivent sont celles de 1648, 1652 et 1655.

[298] Voyez ci-dessus la _Notice_, p. 119, et plus bas l'_Examen_, p. 137.

[299] Voyez plus loin le commencement de l'Appendice du _Menteur_, p. 241 et 242.

[300] Constantin Huyghens, seigneur de Zuylichem, né à la Haye, le 4 septembre 1596, mort en 1687, père du célèbre astronome Christian Huyghens. Il était, dans le temps où Corneille écrivait _le Menteur_, secrétaire des commandements de Henri-Frédéric, prince d'Orange, mort en 1647, et le fut ensuite successivement de Guillaume II et de Guillaume III.--On trouvera pour la première fois dans notre édition deux lettres que Corneille lui a écrites, l'une le 6 mars 1649, l'autre le 20 mai 1650. Notre poëte lui a adressé dans cette même année 1650 la dédicace de _Don Sanche_.

[301] Cette querelle avait pour objet l'_Herodes infanticida_, tragédie d'Heinsius dont Corneille a déjà parlé (voyez tome I, p. 102, et tome III, p. 480). On lit dans un passage des _Mélanges de littérature tirez des lettres manuscrites de M. Chapelain_, relatif aux lettres de M. de Zuylichem: «Il y en a une entre autres où M. Huyghens conseille à Heinsius de ne pas répondre à la dissertation de Balzac sur l'_Herodes infanticida_» (p. 94). Heinsius tint peu de compte de ce conseil, comme on va le voir. La discussion dura plusieurs années et fit naître un grand nombre d'ouvrages. Voici les titres des principaux:

_Discours_ (par Balzac) _sur une tragédie de M. Heinsius, intitulée_: «Herodes infanticida.» Paris, P. Rocolet, 1636, in-8º.

_Danielis Heinsii epistola, qua dissertationi D. Balsaci ad Herodem infanticidam respondetur.... editore Marco Zuerio Boxhornio._ Lugd. Batavorum, ex officina Elzeviriana, 1636, in-8º.

_Response à la lettre et au discours de Balzac sur une tragédie de Heins, intitulée_: «Herodes infanticida.» 1642, in-8º (par de Croi, ministre en Languedoc).

_Cl. Salmasii ad Ægidium Menagium epistola super Herode infanticida, Heinsii tragœdia, et censura Balsacii._ Parisiis, apud viduam M. Dupuis, 1644, in-8º.

[302] _Épigramme_ était alors généralement du masculin. Voyez le _Lexique_.

[303] Il s'agit probablement de l'édition du _Menteur_ publiée en 1645, à l'enseigne de la sphère, dans un petit format in-12, et décrite sommairement à la p. 109 de l'_Essai bibliographique sur les éditions des Elzéviers_, par Bérard.

HOMMAGES ADRESSÉS A CORNEILLE

IN PRÆSTANTISSIMI POETÆ GALLICI

CORNELII

COMŒDIAM QUÆ INSCRIBITUR

_MENDAX_[304].

_Gravi cothurno torvus, orchestra truci Dudum cruentus, Galliæ justus stupor Audivit et vatum decus Cornelius. Laudem poetæ num mereret comici Pari nitore et elegantia, fuit Qui disputaret, et negarunt inscii; Et mos gerendus insciis semel fuit; Et, ecce, gessit, mentiendi gratia Facetiisque, quas Terentius, pater Amœnitatum, quas Menander, quas merum Nectar Deorum Plautus et mortalium, Si sæculo reddantur, agnoscant suas, Et quas negare non graventur non suas. Tandem poeta est: fraude, fuco, fabula, Mendace scena vindicavit se sibi. Cui Stagiræ venit in mentem, putas, Quis qua præivit supputator algebra, Quis cogitavit illud Euclides prior, Probare rem verissimam mendacio?_

CONSTANTER[305], 1645.

A MONSIEUR

CORNEILLE,

SUR SA COMÉDIE

_LE MENTEUR_[306].

Eh bien! ce beau _Menteur_, cette pièce fameuse, Qui étonne le Rhin et fait rougir la Meuse, Et le Tage et le Pô, et le Tibre romain, De n'avoir rien produit d'égal à cette main, A ce Plaute rené, à ce nouveau Térence, La trouve-t-on si loin ou de l'indifférence Ou du juste mépris des savants d'aujourd'hui? Je tiens tout au rebours qu'elle a besoin d'appui, De grâce, de pitié, de faveur affétée, D'extrême charité, de louange empruntée. Elle est plate, elle est fade, elle manque de sel, De pointe et de vigueur; et n'y a carrousel Où la rage et le vin n'enfante des Corneilles Capables de fournir de plus fortes merveilles. Qu'ai-je dit? Ah! Corneille, aime mon repentir; Ton excellent _Menteur_ m'a porté à mentir. Il m'a rendu le faux si doux et si aimable, Que sans m'en aviser, j'ai vu le véritable Ruiné de crédit, et ai cru constamment N'y avoir plus d'honneur qu'à mentir vaillamment. Après tout, le moyen de s'en pouvoir dédire? A moins que d'en mentir, je n'en pouvois rien dire. La plus haute pensée au bas de sa valeur Devenoit injustice et injure à l'auteur. Qu'importe donc qu'on mente, ou que d'un foible éloge A toi et ton _Menteur_ faussement on déroge? Qu'importe que les Dieux se trouvent irrités De mensonges ou bien de fausses vérités?

CONSTANTER.

NOTES:

[304] Ce petit poëme latin se trouve sans aucune variante, et tel que nous le donnons d'après Corneille, en tête des éditions elzéviriennes du _Menteur_, de 1645 et de 1647. Il n'est pas dans la 1re édition des poésies latines de Zuylichem (Leyde, 1644), mais seulement dans la 2e, au livre X (p. 237) des _Épigrammes_ (la 1re n'en a que IX livres). Cette seconde édition a été publiée en 1655, à la Haye, par Louis Huyghens, sous ce titre: _Constantini Hugenii, equitis_; _Zulichemi, Zeelhemi, etc., toparchæ_; _principi Auriaco a consiliis_; _Momenta desultoria_; _poematum libri XIV_. Le vers 13: _Et quas negare_, etc., y a été supprimé, et, à la fin du vers 16, on lit _cui_, au lieu de _putas_.

[305] Cette devise, qui figure sur le titre des poésies hollandaises de Zuylichem, est une allusion à son prénom de Constantin.

[306] Cette pièce se lit, comme la précédente, en tête des éditions elzéviriennes de 1645 et de 1647, qui, au vers 8, donnent l'une et l'autre: _J'ose dire_, au lieu de: _Je tiens tout_.

EXAMEN.