Œuvres de P. Corneille, Tome 02

Part 9

Chapter 93,523 wordsPublic domain

On t'abuse, Théante; il faut que je te die 65 Que Florame est atteint de même maladie, Qu'il roule en son esprit mêmes desseins que toi[373], Et que c'est à Daphnis qu'il veut donner sa foi. A servir Amarante il met beaucoup d'étude; Mais ce n'est qu'un prétexte à faire une habitude: 70 Il accoutume ainsi ta Daphnis à le voir, Et ménage un accès qu'il ne pouvoit avoir. Sa richesse l'attire, et sa beauté le blesse; Elle le passe en biens, il l'égale en noblesse, Et cherche ambitieux, par sa possession, 75 A relever l'éclat de son extraction. Il a peu de fortune, et beaucoup de courage; Et hors cette espérance, il hait le mariage. C'est ce que l'autre jour en secret il m'apprit; Tu peux, sur cet avis, lire dans son esprit. 80

THÉANTE.

Parmi ses hauts projets il manque de prudence[374], Puisqu'il traite avec toi de telle confidence.

DAMON.

Crois qu'il m'éprouvera fidèle au dernier point, Lorsque ton intérêt ne s'y mêlera point.

THÉANTE.

Je dois l'attendre ici. Quitte-moi, je te prie, 85 De peur qu'il n'ait soupçon de ta supercherie[375].

DAMON.

Adieu. Je suis à toi.

SCÈNE II.

THÉANTE.

Par quel malheur fatal, Ai-je donné moi-même entrée à mon rival? De quelque trait rusé que mon esprit se vante, Je me trompe moi-même en trompant Amarante, 90 Et choisis un ami qui ne veut que m'ôter Ce que par lui je tâche à me faciliter. Qu'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire[376]? Je sais trop comme il faut l'empêcher d'en rien dire[377]. Amarante l'arrête, et j'arrête Daphnis: 95 Ainsi tous entretiens d'entre eux deux sont bannis; Et tant d'heur se rencontre en ma sage conduite, Qu'au langage des yeux son amour est réduite. Mais n'est-ce pas assez pour se communiquer? Que faut-il aux amants de plus pour s'expliquer? 100 Même ceux de Daphnis à tous coups lui répondent: L'un dans l'autre à tous coups leurs regards se confondent, Et d'un commun aveu ces muets truchements Ne se disent que trop leurs amoureux tourments. Quelles vaines frayeurs troublent ma fantaisie! 105 Que l'amour aisément penche à la jalousie! Qu'on croit tôt ce qu'on craint en ces perplexités Où les moindres soupçons passent pour vérités! Daphnis est toute aimable; et si Florame l'aime[378], Dois-je m'imaginer qu'il soit aimé de même[379]? 110 Florame avec raison adore tant d'appas, Et Daphnis sans raison s'abaisseroit trop bas. Ce feu, si juste en l'un, en l'autre inexcusable, Rendroit l'un glorieux, et l'autre méprisable. Simple! l'amour peut-il écouter la raison? 115 Et même ces raisons sont-elles de saison? Si Daphnis doit rougir en brûlant pour Florame, Qui l'en affranchiroit en secondant ma flamme? Étant tous deux égaux, il faut bien que nos feux Lui fassent même honte, ou même honneur tous deux[380]: Ou tous deux nous formons un dessein téméraire, Ou nous avons tous deux même droit de lui plaire. Si l'espoir m'est permis, il y peut aspirer; Et s'il prétend trop haut, je dois désespérer. Mais le voici venir.

SCÈNE III.

THÉANTE, FLORAME.

THÉANTE.

Tu me fais bien attendre. 125

FLORAME.

Encore est-ce à regret qu'ici je viens me rendre[381], Et comme un criminel qu'on traîne à sa prison.

THÉANTE.

Tu ne fais qu'en raillant cette comparaison.

FLORAME.

Elle n'est que trop vraie.

THÉANTE.

Et ton indifférence?

FLORAME.

La conserver encor! le moyen? l'apparence? 130 Je m'étois plu toujours d'aimer en mille lieux: Voyant une beauté, mon coeur suivoit mes yeux; Mais de quelques attraits que le ciel l'eût pourvue, J'en perdois la mémoire aussitôt que la vue; Et bien que mes discours lui donnassent ma foi, 135 De retour au logis, je me trouvois à moi[382]. Cette façon d'aimer me sembloit fort commode, Et maintenant encor je vivrois à ma mode; Mais l'objet d'Amarante est trop embarrassant: Ce n'est point un visage à ne voir qu'en passant; 140 Un je ne sais quel charme auprès d'elle m'attache; Je ne la puis quitter que le jour ne se cache; Même alors, malgré moi, son image me suit[383], Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit. Le sommeil n'oseroit me peindre une autre idée; 145 J'en ai l'esprit rempli, j'en ai l'âme obsédée. Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher, Ou songe que mon coeur n'est pas fait d'un rocher; Tant de charmes enfin me rendroient infidèle[384].

THÉANTE.

Deviens-le si tu veux, je suis assuré d'elle; 150 Et quand il te faudra tout de bon l'adorer, Je prendrai du plaisir à te voir soupirer, Tandis que pour tout fruit tu porteras la peine[385] D'avoir tant persisté dans une humeur si vaine. Quand tu ne pourras plus te priver de la voir[386], 155 C'est alors que je veux t'en ôter le pouvoir; Et j'attends de pied ferme à reprendre ma place[387], Qu'il ne soit plus en toi de retrouver ta glace. Tu te défends encore, et n'en tiens qu'à demi[388].

FLORAME.

Cruel, est-ce là donc me traiter en ami? 160 Garde, pour châtiment de cet injuste outrage, Qu'Amarante pour toi ne change de courage[389], Et se rendant sensible à l'ardeur de mes voeux....

THÉANTE.

A cela près, poursuis; gagne-la, si tu peux: Je ne m'en prendrai lors qu'à ma seule imprudence; 165 Et demeurant ensemble en bonne intelligence, En dépit du malheur que j'aurai mérité, J'aimerai le rival qui m'aura supplanté.

FLORAME.

Ami, qu'il vaut bien mieux ne tomber point en peine De faire à tes dépens cette épreuve incertaine[390]! 170 Je me confesse pris, je quitte[391], j'ai perdu: Que veux-tu plus de moi? reprends ce qui t'est dû[392]. Séparer plus longtemps une amour si parfaite[393]! Continuer encor la faute que j'ai faite! Elle n'est que trop grande, et pour la réparer, 175 J'empêcherai Daphnis de vous plus séparer[394]. Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible, Vous jouirez vous deux d'un entretien paisible; Je saurai l'amuser, et vos feux redoublés Par son fâcheux abord ne seront plus troublés. 180

THÉANTE.

Ce seroit prendre un soin qui n'est pas nécessaire: Daphnis sait d'elle-même assez bien se distraire, Et jamais son abord ne trouble nos plaisirs, Tant elle est complaisante à nos chastes desirs.

SCÈNE IV.

FLORAME, THÉANTE, AMARANTE.

THÉANTE.

Déploie, il en est temps, tes meilleurs artifices[395] 185 (Sans mettre toutefois en oubli mes services): Je t'amène un captif qui te veut échapper.

AMARANTE.

J'en ai vu d'échappés que j'ai su rattraper[396].

THÉANTE.

Vois qu'en sa liberté ta gloire se hasarde.

AMARANTE.

Allez, laissez-le-moi, j'en ferai bonne garde[397]. 190 Daphnis est au jardin.

FLORAME.

Sans plus vous désunir, Souffre qu'au lieu de toi je l'aille entretenir.

SCÈNE V.

AMARANTE, FLORAME.

AMARANTE.

Laissez, mon cavalier, laissez aller Théante: Il porte assez au coeur le portrait d'Amarante; Je n'appréhende point qu'on l'en puisse effacer. 195 C'est au vôtre à présent que je le veux tracer; Et la difficulté d'une telle victoire M'en augmente l'ardeur comme elle en croît la gloire[398].

FLORAME.

Aurez-vous quelque gloire à me faire souffrir?

AMARANTE.

Plus que de tous les voeux qu'on me pourroit offrir[399]. 200

FLORAME.

Vous plaisez-vous à ceux d'une âme si contrainte, Qu'une vieille amitié retient toujours en crainte?

AMARANTE.

Vous n'êtes pas encore au point où je vous veux; Et toute amitié meurt où naissent de vrais feux[400].

FLORAME.

De vrai, contre ses droits mon esprit se rebelle; 205 Mais feriez-vous état d'un amant infidèle?

AMARANTE.

Je ne prendrai jamais pour un manque de foi D'oublier un ami pour se donner à moi.

FLORAME.

Encor si je pouvois former quelque espérance[401] De vous voir favorable à ma persévérance, 210 Que vous pussiez m'aimer après tant de tourment[402], Et d'un mauvais ami faire un heureux amant! Mais hélas! je vous sers, je vis sous votre empire, Et je ne puis prétendre où mon desir aspire. Théante! (ah, nom fatal pour me combler d'ennui!) 215 Vous demandez mon coeur, et le vôtre est à lui! Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services[403], Que du manque d'espoir j'évite les supplices: Qui ne peut rien prétendre a droit d'abandonner.

AMARANTE.

S'il ne tient qu'à l'espoir, je vous en veux donner. 220 Apprenez que chez moi c'est un foible avantage De m'avoir de ses voeux le premier fait hommage: Le mérite y fait tout, et tel plaît à mes yeux, Que je négligerois près de qui vaudroit mieux[404]. Lui seul de mes amants règle la différence, 225 Sans que le temps leur donne aucune préférence.

FLORAME.

Vous ne flattez mes sens que pour m'embarrasser.

AMARANTE.

Peut-être; mais enfin il faut le confesser[405], Vous vous trouveriez mieux auprès de ma maîtresse.

FLORAME.

Ne pensez pas....

AMARANTE.

Non, non, c'est là ce qui vous presse. Allons dans le jardin ensemble la chercher. Que j'ai su dextrement à ses yeux la cacher!

SCÈNE VI.

DAPHNIS, THÉANTE.

DAPHNIS.

Voyez comme tous deux ont fui notre rencontre[406]! Je vous l'ai déjà dit, et l'effet vous le montre: Vous perdez Amarante, et cet ami fardé 235 Se saisit finement d'un bien si mal gardé; Vous devez vous lasser de tant de patience, Et votre sûreté n'est qu'en la défiance.

THÉANTE.

Je connois Amarante, et ma facilité Établit mon repos sur sa fidélité: 240 Elle rit de Florame et de ses flatteries, Qui ne sont après tout que des galanteries[407].

DAPHNIS.

Amarante, de vrai, n'aime pas à changer; Mais votre peu de soin l'y pourroit engager. On néglige aisément un homme qui néglige. 245 Son naturel est vain; et qui la sert l'oblige: D'ailleurs les nouveautés ont de puissants appas. Théante, croyez-moi, ne vous y fiez pas. J'ai su me faire jour jusqu'au fond de son âme[408], Où j'ai peu remarqué de sa première flamme; 250 Et s'il tournoit la feinte en véritable amour[409], Elle seroit bien fille à vous jouer d'un tour; Mais afin que l'issue en soit pour vous meilleure, Laissez-moi ce causeur à gouverner une heure: J'ai tant de passion pour tous vos intérêts, 255 Que j'en saurai bientôt pénétrer les secrets[410].

THÉANTE.

C'est un trop bas emploi pour de si hauts mérites; Et quand elle aimeroit à souffrir ses visites, Quand elle auroit pour lui quelque inclination, Vous m'en verriez toujours sans appréhension. 260 Qu'il se mette à loisir, s'il peut, dans son courage: Un moment de ma vue en efface l'image. Nous nous ressemblons mal, et pour ce changement, Elle a de trop bons yeux et trop de jugement[411].

DAPHNIS.

Vous le méprisez trop: je trouve en lui des charmes[412] Qui vous devroient du moins donner quelques alarmes. Clarimond n'a de moi que haine et que rigueur[413]; Mais s'il lui ressembloit, il gagneroit mon coeur.

THÉANTE.

Vous en parlez ainsi, faute de le connoître.

DAPHNIS.

J'en parle et juge ainsi sur ce qu'on voit paroître[409]. 270

THÉANTE.

Quoi qu'il en soit, l'honneur de vous entretenir....

DAPHNIS.

Brisons là ce discours: je l'aperçois venir[415]. Amarante, ce semble, en est fort satisfaite.

SCÈNE VII.

DAPHNIS, FLORAME, THÉANTE, AMARANTE.

THÉANTE.

Je t'attendois, ami, pour faire la retraite: L'heure du dîner presse, et nous incommodons[416] 275 Celles qu'en nos discours ici nous retardons[417].

DAPHNIS.

Il n'est pas encor tard.

THÉANTE.

Nous ferions conscience D'abuser plus longtemps de votre patience.

FLORAME.

Madame, excusez donc cette incivilité, Dont l'heure nous impose une nécessité. 280

DAPHNIS.

Sa force vous excuse, et je lis dans votre âme Qu'à regret vous quittez l'objet de votre flamme.

SCÈNE VIII.

DAPHNIS, AMARANTE.

DAPHNIS.

Cette assiduité de Florame avec vous A la fin a rendu Théante un peu jaloux. Aussi de vous y voir tous les jours attachée, 285 Quelle puissante amour n'en seroit point touchée[418]? Je viens d'examiner son esprit en passant; Mais vous ne croiriez pas l'ennui qu'il en ressent. Vous y devez pourvoir; et si vous êtes sage, Il faut à cet ami faire mauvais visage, 290 Lui fausser compagnie, éviter ses discours. Ce sont pour l'apaiser les chemins les plus courts: Sinon, faites état qu'il va courir au change.

AMARANTE.

Il seroit en ce cas d'une humeur bien étrange. A sa prière seule, et pour le contenter, 295 J'écoute cet ami quand il m'en vient conter; Et pour vous dire tout, cet amant infidèle Ne m'aime pas assez pour en être en cervelle[419]. Il forme des desseins beaucoup plus relevés, Et de plus beaux portraits en son coeur sont gravés. 300 Mes yeux pour l'asservir ont de trop foibles armes; Il voudroit pour m'aimer que j'eusse d'autres charmes, Que l'éclat de mon sang, mieux soutenu de biens, Ne fût point ravalé par le rang que je tiens; Enfin (que serviroit aussi bien de le taire?) 305 Sa vanité le porte au souci de vous plaire.

DAPHNIS.

En ce cas, il verra que je sais comme il faut Punir des insolents qui prétendent trop haut.

AMARANTE.

Je lui veux quelque bien, puisque, changeant de flamme, Vous voyez par pitié qu'il me laisse Florame, 310 Qui n'étant pas si vain, a plus de fermeté.

DAPHNIS.

Amarante, après tout disons la vérité: Théante n'est si vain qu'en votre fantaisie, Et sa froideur pour vous naît de sa jalousie[420]; Mais soit qu'il change ou non, il ne m'importe en rien[421]; Et ce que je vous dis n'est que pour votre bien.

SCÈNE IX.

AMARANTE.

Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de l'âme, On devine aisément qu'elle en veut à Florame. Sa fermeté pour moi, que je vantois à faux, Lui portoit dans l'esprit de terribles assauts. 320 Sa surprise à ce mot a paru manifeste; Son teint en a changé, sa parole, son geste. L'entretien que j'en ai lui sembleroit bien doux, Et je crois que Théante en est le moins jaloux. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en suis doutée. 325 Être toujours des yeux sur un homme arrêtée, Dans son manque de biens déplorer son malheur, Juger à sa façon qu'il a de la valeur, Demander si l'esprit en répond à la mine[422], Tout cela de ses feux eût instruit la moins fine. 330 Florame en est de même, il meurt de lui parler; Et s'il peut d'avec moi jamais se démêler, C'en est fait, je le perds. L'impertinente crainte! Que m'importe de perdre une amitié si feinte[423]? Et que me peut servir un ridicule feu, 335 Où jamais de son coeur sa bouche n'a l'aveu? Je m'en veux mal en vain; l'amour a tant de force Qu'il attache mes sens à cette fausse amorce, Et fera son possible à toujours conserver Ce doux extérieur dont on me veut priver. 340

FIN DU PREMIER ACTE.

FOOTNOTES:

[359] Dans les éditions de 1637-1664: _et aimée_.

[360] Dans l'édition de 1637, ce personnage se nomme Cléonte et ne figure pas au tableau des acteurs. Du reste il ne prend la parole que dans la scène v de l'acte IV, et dans aucune édition son nom ne paraît, en tête de cette scène, parmi ceux des personnages.

[361] L'indication du lieu de la scène manque dans l'édition de 1637.

[362] _Var._ Je treuve qu'après tout ce n'est qu'une suivante. (1637)

[363] _Var._ A la fin j'ai levé mes yeux sur sa maîtresse. (1637-57)

[364] _Var._ Maintenant je me doute à peu près d'une ruse. (1637-60)

[365] _Var._ Tient pour manque d'esprit de véritables feux. (1637-57)

[366] _Var._ Mon feu, qui ne seroit que simple courtoisie, [La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.»] Moi de jurer que non, et lui de persister, Tant que pour cette épreuve il me fit protester Que je lui céderois quelque temps ma maîtresse. Ainsi donc je l'y mène, et par cette souplesse, [Engageant Amarante et Florame au discours.] (1637-57)

[367] _Var._ Amarante à ce point fut-elle fort docile? (1637-57)

[368] _Var._ Plus que je n'espérois je la trouvai facile. (1637) _Var._ Plus que je n'espérois je l'y trouvai facile. (1644-57)

[369] _Var._ Soit qu'elle fît dessein d'asservir la franchise D'un qui la cajoloit ainsi par entreprise. (1637) _Var._ Soit qu'elle fît dessein sur cet esprit rebelle Qui par galanterie osoit feindre auprès d'elle. (1644-57)

[370] _Var._ Qui par simple gageure osoit se jouer d'elle. (1660-64)

[371] _Var._ Et ne demanda plus tant d'assiduité. (1637)

[372] _Var._ L'aise de se voir seule à gouverner Florame. (1637-68)

[373] _Var._ Qu'il a dedans l'esprit mêmes desseins que toi. (1637-57)

[374] _Var._ Parmi ces hauts projets il manque de prudence. (1637)

[375] _Var._ Qu'il ne se doute point de ta supercherie. (1637-57)

[376] _Var._ N'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire; Je sais trop dextrement l'empêcher d'en rien dire. (1637)

[377] _Var._ Si je sais dextrement l'empêcher d'en rien dire. (1644-57)

[378] _Var._ Daphnis est fort aimable, et si Florame l'aime, Est-ce à dire pourtant qu'il soit aimé de même? (1637-57)

[379] _Var._ En dois-je présumer qu'il soit aimé de même? (1660)

[380] _Var._ Lui soient à même honte ou même honneur tous deux: Ou tous deux nous faisons un dessein téméraire. (1637-57)

[381] _Var._ Encore est-ce à regret qu'ici je me viens rendre. (1637-57)

[382] _Var._ De retour au logis je me treuvois à moi. (1637)

[383] _Var._ Encor n'est-ce pas tout, son image me suit, [Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit.] Elle entre effrontément jusque dedans ma couche, Me redit ses propos, me présente sa bouche. [Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher.] (1637-57)

[384] _Var._ Ses beautés à la fin me rendroient infidèle. (1637-57)

[385] _Var._ Et toi sans aucun fruit tu porteras la peine. (1637-57)

[386] _Var._ Quand tu ne pourras plus te passer de la voir. (1637-57)

[387] _Var._ J'attends pour te punir à reprendre ma place. (1637-57)

[388] _Var._ A présent tu n'en tiens encore qu'à demi. (1637-57)

[389] _Var._ Qu'en ma faveur le ciel ne tourne son courage, Et dispose Amarante à seconder mes voeux. (1637-57)

[390] _Var._ De faire à tes dépens cette preuve incertaine. (1657)

[391] Terme de jeu: _je quitte la partie_.

[392] _Var._ Que veux-tu plus de moi? reprends ce qu'il t'est dû. (1657)

[393] _Var._ Séparer davantage une amour si parfaite! (1637-60)

[394] _Var._ J'empêcherai Daphnis de plus vous séparer. Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible. (1637)

[395] _Var._ Mon coeur, déploie ici tes meilleurs artifices (Mais toutefois sans mettre en oubli mes services). (1637-57)

[396] _Var._ Quelque échappé qu'il fût, je saurois l'attraper. (1637-57)

[397] _Var._ Allez, laissez-le-moi, j'y ferai bonne garde. (1637)

[398] _Var._ Augmente mon envie en augmentant la gloire. (1637-57)

[399] _Var._ Bien plus que d'aucuns voeux que l'on me peut offrir. (1637) _Var._ Bien plus que d'aucuns voeux que l'on me pût offrir. (1644-60)

[400] _Var._ Toute amitié se meurt où naissent de vrais feux. (1637-57)

[401] _Var._ Encore si j'avois tant soit peu d'espérance. (1637-57)

[402] _Var._ Que vous puissiez m'aimer après tant de tourment. (1654)

[403] _Var._ Et mon stérile amour n'aura que des supplices! Trouvez bon que j'adresse autre part mes services[403-a], ontraint, manque d'espoir, de vous abandonner. AMAR. S'il ne tient qu'à cela je vous en veux donner. (1637-57)

[403-a] [Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services.] (1644-57)

[404] _Var._ Que je négligerois près d'un qui valût mieux. (1637-57)

[405] _Var._ Peut-être, mais enfin il le faut confesser. (1637-60)

[406] _Var._ Voyez comme tous deux fuyent notre rencontre! (1637-57)

[407] _Var._ Qui ne sont en effet que des galanteries. (1637-57)

[408] _Var._ J'ai sondé son esprit touchant cette matière, Où j'ai peu remarqué de son ardeur première. (1637) _Var._ J'ai sondé dextrement jusqu'au fond de son âme. (1644-57)

[409] _Var._ Et si Florame avoit pour elle quelque amour, Elle pourroit bientôt vous faire un mauvais tour. (1637-57)

[410] _Var._ Qu'en moins de rien ma ruse en tire les secrets. THÉANTE. C'est un trop bas emploi pour un si grand mérite; Et quand bien Amarante en seroit là réduite, Que de se voir pour lui dans quelque émotion, J'étouffe en moins de rien cette inclination. (1637-57)

[411] _Var._ Cette belle maîtresse a trop de jugement. (1637-57)

[412] _Var._ Vous le méprisez trop: je treuve en lui des charmes. (1637-52)

[413] _Var._ Clarimond n'a de moi qu'un excès de rigueur; Mais s'il lui ressembloit, il toucheroit mon coeur. (1637-57)

[414] _Var._ Mais j'en juge suivant ce que je vois paroître. (1637-60) _Var._ Mais j'en juge suivant ce que j'en vois paroître. (1663 et 64)

[415] _Var._ Laissons là ce discours: je l'aperçois venir. (1637-60)

[416] _Var._ L'heure de dîner presse, et nous incommodons. (1637)

[417] _Var._ Celle qu'en nos discours ici nous retardons. (1637-64)

[418] _Var._ Quelle puissante amour n'en seroit pas fâchée? (1637-57)

[419] _Pour en être inquiet._ Voyez tome I, p. 192, note 2.

[420] _Var._ Et toute sa froideur naît de sa jalousie. (1637)

[421] _Var._ C'est chose au demeurant qui ne me touche en rien. (1637-57) _Var._ Si vous l'aimez encor, quittez cet entretien, Ce que je vous en dis n'est que pour votre bien. (1660)

[422] _Var._ M'informer[422-a] si l'esprit en répond à la mine. (1637-57)

[422-a] Voyez tome I, p. 472, note 2.

[423] _Var._ [Que m'importe de perdre une amitié si feinte?] Dois-je pas m'ennuyer de son discours moqueur, Où sa langue jamais n'a l'aveu de son coeur? Non, je ne le saurois, et quoi qu'il m'en arrive, Je ferai mes efforts afin qu'on ne m'en prive, Et j'y veux employer de si rusés détours, Qu'ils n'auront de longtemps le fruit de leurs amours[423-a]. (1637-57)

[423-a] C'est ici que finit le Ier acte dans les éditions indiquées.

ACTE II.

SCÈNE PREMIÈRE.

GÉRASTE, CÉLIE.

CÉLIE.

Eh bien! j'en parlerai; mais songez qu'à votre âge Mille accidents fâcheux suivent le mariage: On aime rarement de si sages époux, Et leur moindre malheur, c'est d'être un peu jaloux[424]. Convaincus au dedans de leur propre foiblesse, 345 Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse; Et cet heureux hymen, qui les charmoit si fort, Devient souvent pour eux un fourrier[425] de la mort.

GÉRASTE.