Œuvres de P. Corneille, Tome 02
Part 6
Il faut à mon courroux de plus nobles victimes: Il faut qu'un même coup me venge de deux crimes[253]; 1190 Qu'après les trahisons de ce couple indiscret, L'un meure de ma main, et l'autre de regret. Oui, la mort de l'amant punira la maîtresse; Et mes plaisirs alors naîtront de sa tristesse. Mon coeur, à qui mes yeux apprendront ses tourments, Permettra le retour à mes contentements; Ce visage si beau, si bien pourvu de charmes, N'en aura plus pour moi, s'il n'est couvert de larmes. Ses douleurs seulement ont droit de me guérir; Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir[254]. 1200 Frénétiques transports, avec quelle insolence Portez-vous mon esprit à tant de violence? Allez, vous avez pris trop d'empire sur moi; Dois-je être sans raison, parce qu'ils sont sans foi? Dorimant, Célidée, ami, chère maîtresse, 1205 Suivrois-je contre vous la fureur qui me presse? Quoi? vous ayant aimés, pourrois-je vous haïr? Mais vous pourrois-je aimer, quand vous m'osez trahir[255] Qu'un rigoureux combat déchire mon courage! Ma jalousie augmente et redouble ma rage[256]; 1210 Mais quelques[257] fiers projets qu'elle jette en mon coeur, L'amour.... ah! ce mot seul me range à la douceur. Celle que nous aimons jamais ne nous offense; Un mouvement secret prend toujours sa défense: L'amant souffre tout d'elle, et dans son changement, Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant[258]. Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide, Revenez, mes fureurs, pour punir le perfide; Arrachez-lui mon bien: une telle beauté N'est pas le juste prix d'une déloyauté. 1220 Souffrirois-je, à mes yeux, que par ses artifices Il recueillît les fruits dus à mes longs services? S'il vous faut épargner le sujet de mes feux, Que ce traître du moins réponde pour tous deux. Vous me devez son sang pour expier son crime: 1225 Contre sa lâcheté tout vous est légitime; Et quelques châtiments.... Mais, Dieux! que vois-je ici?
SCÈNE VI.
HIPPOLYTE, LYSANDRE.
HIPPOLYTE.
Vous avez dans l'esprit quelque pesant souci; Ce visage enflammé, ces yeux pleins de colère, En font voir au dehors une marque trop claire[259]. 1230 Je prends assez de part en tous vos intérêts Pour vouloir en aveugle y mêler mes regrets; Mais si vous me disiez ce qui cause vos peines....
LYSANDRE.
Ah! ne m'imposez point de si cruelles gênes; C'est irriter mes maux que de me secourir; 1235 La mort, la seule mort a droit de me guérir.
HIPPOLYTE.
Si vous vous obstinez à m'en taire la cause, Tout mon pouvoir sur vous n'est que fort peu de chose.
LYSANDRE.
Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.
HIPPOLYTE.
Laissez-le-moi partout, ou ne m'en laissez point. 1240 C'est n'aimer qu'à demi qu'aimer avec réserve, Et ce n'est pas ainsi que je veux qu'on me serve: Il faut m'apprendre tout, et lorsque je vous voi, Être de belle humeur, ou n'être plus à moi[260].
LYSANDRE.
Ne perdez point d'efforts à vaincre mon silence[261]; 1245 Vous useriez sur moi de trop de violence. Adieu: je vous ennuie, et les grands déplaisirs[262] Veulent en liberté s'exhaler en soupirs.
SCÈNE VII.
HIPPOLYTE[263].
C'est donc là tout l'état que tu fais d'Hippolyte[264]? Après des voeux offerts, c'est ainsi qu'on me quitte! Qu'Aronte jugeoit bien que ses feintes amours, Avant qu'il fût longtemps, interromproient leurs cours! Dans ce peu de succès des ruses de Florice, J'ai manqué de bonheur, mais non pas de malice; Et si j'en puis jamais trouver l'occasion, 1255 J'y mettrai bien encor de la division. Si notre pauvre amant est plein de jalousie, Ma rivale, qui sort, n'en est pas moins saisie.
SCÈNE VIII.
HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.
CÉLIDÉE.
N'ai-je pas tantôt vu mon perfide avec vous[265]? Il a bientôt quitté des entretiens si doux. 1260
HIPPOLYTE.
Qu'y feroit-il, ma soeur? Ta fidèle Hippolyte[266] Traite cet inconstant ainsi qu'il le mérite[267]. Il a beau m'en conter de toutes les façons, Je le renvoie ailleurs pratiquer ses leçons.
CÉLIDÉE.
Le parjure à présent est fort sur ta louange[268]? 1265
HIPPOLYTE.
Il ne tient pas à lui que je ne sois un ange; Et quand il vient ensuite à parler de ses feux[269], Aucune passion jamais n'approcha d'eux. Par tous ces vains discours il croit fort qu'il m'oblige, Mais non la moitié tant qu'alors qu'il te néglige: 1270 C'est par là qu'il me pense acquérir puissamment; Et moi, qui t'ai toujours chérie uniquement, Je te laisse à juger alors si je l'endure.
CÉLIDÉE.
C'est trop prendre, ma soeur, de part en mon injure: Laisse-le mépriser celle dont les mépris 1275 Sont cause maintenant que d'autres yeux l'ont pris. Si Lysandre te plaît, possède le volage, Mais ne me traite point avec désavantage; Et si tu te résous d'accepter mon amant, Relâche-moi du moins le coeur de Dorimant. 1280
HIPPOLYTE.
Pourvu que leur vouloir se range sous le nôtre, Je te donne le choix et de l'un, et de l'autre; Ou si l'un ne suffit à ton jeune desir, Défais-moi de tous deux, tu me feras plaisir. J'estimai fort Lysandre avant que le connoître; 1285 Mais depuis cet amour que mes yeux ont fait naître, Je te répute heureuse après l'avoir perdu. Que son humeur est vaine, et qu'il fait l'entendu! Que son discours est fade avec ses flatteries[270]! Qu'on est importuné de ses afféteries! 1290 Vraiment, si tout le monde étoit fait comme lui, Je crois qu'avant deux jours je sécherois d'ennui[271].
CÉLIDÉE.
Qu'en cela du destin l'ordonnance fatale A pris pour nos malheurs une route inégale! L'un et l'autre me fuit, et je brûle pour eux; 1295 L'un et l'autre t'adore, et tu les fuis tous deux.
HIPPOLYTE.
Si nous changions de sort, que nous serions contentes!
CÉLIDÉE.
Outre, hélas! que le ciel s'oppose à nos attentes, Lysandre n'a plus rien à rengager ma foi.
HIPPOLYTE.
Mais l'autre, tu voudrois....
SCÈNE IX.
PLEIRANTE, HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.
PLEIRANTE.
Ne rompez pas pour moi; Craignez-vous qu'un ami sache de vos nouvelles[272]?
HIPPOLYTE.
Nous causions de mouchoirs, de rabats[273], de dentelles, De ménages de fille.
PLEIRANTE.
Et parmi ces discours, Vous confériez ensemble un peu de vos amours: Eh bien, ce serviteur, l'aura-t-on agréable? 1305
HIPPOLYTE.
Vous m'attaquez toujours par quelque trait semblable[274]. Des hommes comme vous ne sont que des conteurs. Vraiment c'est bien à moi d'avoir des serviteurs!
PLEIRANTE.
Parlons, parlons françois. Enfin, pour cette affaire, Nous en remettrons-nous à l'avis d'une mère? 1310
HIPPOLYTE.
J'obéirai toujours à son commandement; Mais de grâce, Monsieur, parlez plus clairement: Je ne puis deviner ce que vous voulez dire.
PLEIRANTE.
Un certain cavalier pour vos beaux yeux soupire.
HIPPOLYTE.
Vous en voulez par là[275]....
PLEIRANTE.
Ce n'est point fiction 1315 Que ce que je vous dis de son affection. Votre mère sut hier à quel point il vous aime[276], Et veut que ce soit vous qui vous donniez vous-même.
HIPPOLYTE.
Et c'est ce que ma mère, afin de m'expliquer, Ne m'a point fait l'honneur de me communiquer; 1320 Mais pour l'amour de vous, je vais le savoir d'elle.
SCÈNE X.
PLEIRANTE, CÉLIDÉE.
PLEIRANTE.
Ta compagne est du moins aussi fine que belle[277].
CÉLIDÉE.
Elle a bien su, de vrai, se défaire de vous.
PLEIRANTE.
Et fort habilement se parer de mes coups.
CÉLIDÉE.
Peut-être innocemment, faute d'y rien comprendre[278].
PLEIRANTE.
Mais faute, bien plutôt, d'y vouloir rien entendre. Je suis des plus trompés si Dorimant lui plaît.
CÉLIDÉE.
Y prenez-vous, Monsieur, pour lui quelque intérêt?
PLEIRANTE.
Lysandre m'a prié d'en porter la parole.
CÉLIDÉE.
Lysandre!
PLEIRANTE.
Oui, ton Lysandre.
CÉLIDÉE.
Et lui-même cajole....
PLEIRANTE.
Quoi? que cajole-t-il?
CÉLIDÉE.
Hippolyte, à mes yeux.
PLEIRANTE.
Folle, il n'aima jamais que toi dessous les cieux; Et nous sommes tous prêts de choisir la journée Qui bientôt de vous deux termine l'hyménée. Il se plaint toutefois un peu de ta froideur; 1335 Mais pour l'amour de moi, montre-lui plus d'ardeur. Parle: ma volonté sera-t-elle obéie?
CÉLIDÉE.
Hélas! qu'on vous abuse après m'avoir trahie! Il vous fait, cet ingrat, parler pour Dorimant, Tandis qu'au même objet il s'offre pour amant, 1340 Et traverse par là tout ce qu'à sa prière Votre vaine entremise avance vers la mère. Cela qu'est-ce, Monsieur, que se jouer de vous?
PLEIRANTE.
Qu'il est peu de raison dans ces esprits jaloux! Et quoi? pour un ami s'il rend une visite, 1345 Faut-il s'imaginer qu'il cajole Hippolyte?
CÉLIDÉE.
Je sais ce que j'ai vu.
PLEIRANTE.
Je sais ce qu'il m'a dit, Et ne veux plus du tout souffrir de contredit. Mon choix de votre hymen en sa faveur dispose[279].
CÉLIDÉE.
Commandez-moi plutôt, Monsieur, toute autre chose.
PLEIRANTE.
Quelle bizarre humeur! quelle inégalité[280] De rejeter un bien qu'on a tant souhaité! La belle, voyez-vous? qu'on perde ces caprices: Il faut pour m'éblouir de meilleurs artifices. Quelque nouveau venu vous donne dans les yeux, 1355 Quelque jeune étourdi qui vous flatte un peu mieux; Et parce qu'il vous fait quelque feinte caresse, Il faut que nous manquions, vous et moi, de promesse? Quittez, pour votre bien, ces fantasques refus.
CÉLIDÉE.
Monsieur....
PLEIRANTE.
Quittez-les, dis-je, et ne contestez plus.
SCÈNE XI.
CÉLIDÉE.
Fâcheux commandement d'un incrédule père! Qu'il me fut doux jadis, et qu'il me désespère! J'avois, auparavant qu'on m'eût manqué de foi, Le devoir et l'amour tout d'un parti chez moi, Et ma flamme, d'accord avecque sa puissance, 1365 Unissoit mes desirs à mon obéissance; Mais, hélas! que depuis cette infidélité Je trouve d'injustice en son autorité! Mon esprit s'en révolte, et ma flamme bannie Fait qu'un pouvoir si saint m'est une tyrannie. 1370 Dures extrémités où mon sort est réduit! On donne mes faveurs à celui qui les fuit; Nous avons l'un pour l'autre une pareille haine, Et l'on m'attache à lui d'une éternelle chaîne. Mais s'il ne m'aimoit plus, parleroit-il d'amour 1375 A celui dont je tiens la lumière du jour? Mais s'il m'aimoit encor, verroit-il Hippolyte? Mon coeur en même temps se retient et s'excite. Je ne sais quoi me flatte, et je sens déjà bien Que mon feu ne dépend que de croire le sien. 1380 Tout beau, ma passion, c'est déjà trop paroître: Attends, attends du moins la sienne pour renaître. A quelle folle erreur me laissé-je emporter! Il fait tout à dessein de me persécuter. L'ingrat cherche ma peine, et veut par sa malice 1385 Que l'ordre qu'on me donne augmente mon supplice[281]. Rentrons, que son objet présenté par hasard De mon coeur ébranlé ne reprenne une part: C'est bien assez qu'un père à souffrir me destine, Sans que mes yeux encore aident à ma ruine. 1390
SCÈNE XII.
LA LINGÈRE, LE MERCIER.
LA LINGÈRE, après qu'ils se sont entre-poussé une boîte qui est entre leurs boutiques[282].
J'envoirai tout à bas, puis après on verra. Ardez[283], vraiment c'est-mon[284], on vous l'endurera! Vous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre!
LE MERCIER.
Tout est sur mon tapis: qu'avez-vous à vous plaindre?
LA LINGÈRE.
Aussi votre tapis est tout sur mon battant[285]; 1395 Je ne m'étonne plus de quoi je gagne tant.
LE MERCIER.
Là, là, criez bien haut, faites bien l'étourdie, Et puis on vous jouera dedans la comédie.
LA LINGÈRE.
Je voudrois l'avoir vu que quelqu'un s'y fût mis; Pour en avoir raison nous manquerions d'amis! 1400 On joue ainsi le monde.
LE MERCIER.
Après tout ce langage, Ne me repoussez pas mes boîtes davantage. Votre caquet m'enlève à tous coups mes chalands; Vous vendez dix rabats contre moi deux galands[286]. Pour conserver la paix, depuis six mois j'endure[287], 1405 Sans vous en dire mot, sans le moindre murmure; Et vous me harcelez et sans cause et sans fin. Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin! Nous n'apaiserons point cette humeur qui vous pique Que par un entre-deux mis à votre boutique; 1410 Alors, n'ayant plus rien ensemble à démêler, Vous n'aurez plus aussi sur quoi me quereller.
LA LINGÈRE.
Justement.
SCÈNE XIII.
LA LINGÈRE, FLORICE, LE MERCIER, LE LIBRAIRE, CLÉANTE.
LA LINGÈRE[288].
De tout loin je vous ai reconnue.
FLORICE.
Vous vous doutez donc bien pourquoi je suis venue? Les avez-vous reçus, ces points coupés nouveaux? 1415
LA LINGÈRE.
Ils viennent d'arriver.
FLORICE.
Voyons donc les plus beaux.
LE MERCIER, à Cléante qui passe.
Ne vous vendrai-je rien, Monsieur? des bas de soie, Des gants en broderie, ou quelque petite oie[289]?
CLÉANTE, au Libraire.
Ces livres que mon maître avoit fait mettre à part, Les avez-vous encore?
LE LIBRAIRE, empaquetant ses livres[290].
Ah! que vous venez tard! 1420 Encore un peu, ma foi, je m'en allois les vendre. Trois jours sans revenir! je m'ennuyois d'attendre.
CLÉANTE.
Je l'avois oublié. Le prix?
LE LIBRAIRE[291].
Chacun le sait: Autant de quarts d'écus, c'est un marché tout fait.
LA LINGÈRE, à Florice,
Eh bien, qu'en dites-vous?
FLORICE.
J'en suis toute ravie, 1425 Et n'ai rien encor vu de pareil en ma vie. Vous aurez notre argent, si l'on croit mon rapport. Que celui-ci me semble et délicat et fort[292] Que cet autre me plaît! que j'en aime l'ouvrage! Montrez-m'en cependant quelqu'un à mon usage. 1430
LA LINGÈRE.
Voici de quoi vous faire un assez beau collet.
FLORICE.
Je pense, en vérité, qu'il ne seroit pas laid; Que me coûtera-t-il?
LA LINGÈRE.
Allez, faites-moi vendre, Et pour l'amour de vous, je n'en voudrai rien prendre. Mais avisez alors à me récompenser. 1435
FLORICE.
L'offre n'est pas mauvaise, et vaut bien y penser: Vous me verrez demain avecque ma maîtresse.
SCÈNE XIV.
FLORICE, ARONTE, LE MERCIER, LA LINGÈRE[293].
FLORICE.
Aronte, eh bien, quels fruits produira notre adresse?
ARONTE.
De fort mauvais pour moi. Mon maître, au désespoir, Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne veut plus me voir[294]. 1440
FLORICE.
Nous sommes donc ainsi bien loin de notre conte?
ARONTE.
Oui, mais tout le malheur en tombe sur Aronte.
FLORICE.
Ne te débauche point, je veux faire ta paix.
ARONTE.
Son courroux est trop grand pour s'apaiser jamais.
FLORICE.
S'il vient encor chez nous ou chez sa Célidée, 1445 Je te rends aussitôt l'affaire accommodée.
ARONTE.
Si tu fais ce coup-là, que ton pouvoir est grand! Viens, je te veux donner tout à l'heure un galand.
LE MERCIER.
Voyez, Monsieur; j'en ai des plus beaux de la terre: En voilà de Paris, d'Avignon, d'Angleterre. 1450
ARONTE, après avoir regardé une boîte de galands[295].
Tous vos rubans n'ont point d'assez vives couleurs. Allons, Florice, allons, il en faut voir ailleurs.
LA LINGÈRE[296].
Ainsi, faute d'avoir de bonne marchandise[297], Des hommes comme vous perdent leur chalandise.
LE MERCIER.
Vous ne la perdez pas, vous, mais Dieu sait comment. Du moins, si je vends peu, je vends loyalement, Et je n'attire point avec une promesse De suivante qui m'aide à tromper sa maîtresse.
LA LINGÈRE.
Quand il faut dire tout, on s'entre-connoît bien; Chacun sait son métier, et.... Mais je ne dis rien. 1460
LE MERCIER.
Vous ferez un grand coup si vous pouvez vous taire.
LA LINGÈRE.
Je ne réplique point à des gens en colère[298].
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
FOOTNOTES:
[233] _Var._ Vu l'excessif amour qu'il me faisoit paroître. (1637-57)
[234] _Var._ O Dieux! qu'il est adroit quand il veut déguiser! (1637-57)
[235] _Var._ Enfin tu vas tâcher d'amollir son courage? (1637-57)
[236] _Var._ Et ne permet qu'à moi de gouverner son âme. Si donc il ne les faut qu'empêcher de se voir, Je te laisse à juger si j'y saurai pourvoir. (1637-57)
[237] _Var._ Jusque-là qu'entre eux deux leur âme étoit égale. (1637-57)
[238] «La _Croix-du-Tiroir_, dit Piganiol de la Force (_Description de Paris_, 1742, tome II, p. 174), est le nom d'une _croix_ (_placée sur une fontaine_) et d'un _carrefour_ de la rue de l'Arbre-Sec, à l'endroit où elle aboutit à la rue Saint-Honoré. Elle est nommée dans les anciens titres la _Croix de.... Traihoir...._.... du _Triouer_, etc.» On peut voir dans l'ouvrage cité les diverses étymologies qu'on a données de ce nom.
[239] _Var._ C'en est fort le chemin de passer par ici! (1637)
[240] _Var._ Son objet, tout aimable et tout parfait qu'il est. (1637-64)
[241] _Var._ Qu'il veut moins l'acquérir que vous la dérober. (1637-64)
[242] _Var._ Voulez-vous, offensé, pour en avoir raison, Qu'un perfide avec vous entre en comparaison? (1637-57)
[243] _Var._ Me conseilleriez-vous que, pris à l'avantage, J'immolasse le traître à mon peu de courage? (1637-57)
[244] _Var._ [Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur.] CÉL. Je ne veux pas de vous une action si lâche; Non; mais à quelque point que la sienne vous fâche, Écoutez un peu moins votre juste courroux: Vous pouvez vous venger par des moyens plus doux. Hélas! si vous étiez de mon intelligence, Que vous auriez bientôt achevé la vengeance! Que vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant.... (1637-57)
[245] _Var._ Vous auriez bientôt pris une digne vengeance. (1660-68)
[246] _Var._ Mais vous suivre au chemin que vous voulez tenir. (1637-57)
[247] _Lysandre et Aronte sortent, et les voient ensemble._ (1637, en marge.)--_Lysandre et Aronte sortent, et Aronte fait voir à son maître Dorimant et Célidée ensemble._ (1644-57)--_Lysandre sort avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant et Célidée ensemble._ (1660)
[248] _Var._ Mon meilleur en ce cas est de tout ignorer. (1637-57)
[249] _Var._ Et parmi ses douleurs n'oublioit point sa foi. (1637-48) _Var._ Et parmi les douleurs n'oublioit point sa foi. (1652-57)
[250] _Var._ Qui t'a dit qu'Hippolyte en cette amour nouvelle, Quand bien je lui plairois, me seroit plus fidèle? (1637-57)
[251] Voyez tome I, p. 169, note 1.
[252] Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de 1637; on y lit seulement en marge en regard du vers précédent: _Aronte rentre_.
[253] _Var._ Je veux qu'un même coup me venge de deux crimes. (1637-57)
[254] _Var._ [Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir.] Mais la mort d'un amant seroit-elle bastante[252-a] De toucher tant soit peu l'esprit de l'inconstante[252-b]? Peut-être que, déjà résolue à changer, La défaire de lui ce seroit l'obliger; Et dans l'aise qu'alors elle en feroit paroître, Serois-je assez vengé par la perte d'un traître? Qu'ici le jugement me manquoit au besoin! Il faut que ma fureur s'épande bien plus loin; Il faut que, sans égard, ma rage impitoyable Confonde l'innocent avecque le coupable; Que, dans mon désespoir, je traite également Célidée, Hippolyte, Aronte, Dorimant, Le sujet de ma flamme et tous ceux qui l'ont sue: L'affront qu'elle a reçu de sa honteuse issue Fait un éclat trop grand pour s'effacer à moins; Je ne puis l'étouffer qu'en perdant les témoins. [Frénétiques transports, avec quelle insolence.] (1637-57)
[252-a] _Bastante de_, suffisante pour.
[252-b] Mais la mort d'un amant seroit-elle capable De toucher à ce point une âme si coupable? (1644-57)
[255] _Var._ Mais vous pourrois-je aimer, vous voyant me trahir? (1637-57)
[256] _Var._ Ma jalousie augmente, et renforçant ma rage, Quelques sanglants desseins qu'elle jette en mon coeur. (1637-57)
[257] Voyez tome I, p. 205, note 3.
[258] _Var._ [Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant.] Au simple souvenir du bel oeil qui me blesse, Tous mes ressentiments n'ont que de la foiblesse, Et je sens malgré moi mon courroux languissant Céder aux moindres traits d'un objet si puissant. [Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide.] (1637-57)
[259] _Var._ Me sont de votre peine une marque assez claire. Encor qui la sauroit, on pourroit aviser A prendre des moyens propres à l'apaiser. LYS. Ne vous informez point de mon cruel martyre, Vous le redoubleriez, m'obligeant à le dire. HIPP. Vous faites le secret, mais je le veux savoir, Et par là sur votre âme essayer mon pouvoir. Hier vous m'en donniez tant que j'estime impossible Que pour me contenter rien vous soit trop sensible. [LYS. Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.] HIPP. Je veux l'avoir partout, ou bien n'en avoir point. (1637-57) _Var._ En font voir au dehors une marque assez claire. (1660)
[260] _Var._ Être de belle humeur, ou bien rompre avec moi. (1637) _Var._ Être de belle humeur, ou rompre avecque moi. (1644-57)
[261] _Var._ Ne vous obstinez point à vaincre mon silence. (1637-57)
[262] _Var._ Souffrez que je vous laisse, et que seul aujourd'hui Je puisse en liberté soupirer mon ennui. (1637-57)
[263] _Var._ HIPPOLYTE, _seule_. Pas de distinction de scène. (1637)
[264] _Var._ Est-ce là donc l'état que tu fais d'Hippolyte? Après des voeux offerts, est-ce ainsi qu'on me quitte? (1637-57)
[265] _Var._ N'ai-je pas tantôt vu Lysandre avecque vous? (1637-57)
[266] _Var._ Hélas! qu'y feroit-il? Ma soeur, ton Hippolyte. (1637)
[267] _Var._ Traite cet inconstant de même qu'il mérite. (1637-57)
[268] _Var._ L'infidèle à présent est fort sur ta louange? (1637) _Var._ Le perfide à présent est fort sur ta louange? (1644-57)
[269] _Var._ Et quand il vient après à parler de ses feux. (1637-57)
[270] _Var._ Mon Dieu! qu'il est chargeant[270-a] avec ses flatteries! (1637 et 1644)
[270-a] Dans les éditions de 1648-57, il y a _changeant_, au lieu de _chargeant_.
[271] _Var._ Je pense avant deux jours que je mourrois d'ennui. (1637-60)
[272] L'édition de 1660 porte: _Craigniez-vous qu'un ami sache...._ ce qui ne peut être qu'une faute d'impression.
[273] Cols, collerettes. Voyez le _Lexique_.
[274] _Var._ Vous venez m'attaquer toujours par quelque fable. (1637)
[275] _Var._ Vous revoilà déjà! (1637)
[276] _Var._ J'en fis hier ouverture à votre bonne femme, Qui se rapporte à vous de recevoir sa flamme. (1637) _Var._ Votre mère de moi sut hier comme il vous aime. (1644-57)
[277] Voyez plus haut le vers 290.
[278] _Var._ Peut-être innocemment, faute de rien comprendre. (1637-57)
[279] _Var._ Il le faut épouser, vite, qu'on s'y dispose. (1637)
[280] _Var._ Quelle bigearre humeur! quelle inégalité. (1637-57)
[281] _Var._ Que la rigueur d'un père augmente mon supplice. (1637-57)