Œuvres de P. Corneille, Tome 02
Part 26
Mes maux dans ces poisons trouvent leur médecine: Vois combien de serpents à mon commandement 975 D'Afrique jusqu'ici n'ont tardé qu'un moment, Et contraints d'obéir à mes charmes[1108] funestes, Ont sur ce don fatal vomi toutes leurs pestes[1109]. L'amour à tous mes sens ne fut jamais si doux Que ce triste appareil à mon esprit jaloux. 980 Ces herbes ne sont pas d'une vertu commune: Moi-même en les cueillant je fis pâlir la lune, Quand, les cheveux flottants, le bras et le pied nu, J'en dépouillai jadis un climat inconnu. Vois mille autres[1110] venins: cette liqueur épaisse 985 Mêle du sang de l'hydre avec celui de Nesse[1111]; Python eut cette langue; et ce plumage noir Est celui qu'une harpie[1112] en fuyant laissa choir[1113]; Par ce tison Althée assouvit sa colère, Trop pitoyable soeur et trop cruelle mère[1114]; 990 Ce feu tomba du ciel avecque Phaéthon, Cet autre vient des flots du pierreux Phlégéthon; Et celui-ci jadis remplit en nos contrées Des taureaux de Vulcain les gorges ensoufrées[1115]. Enfin, tu ne vois là poudres, racines, eaux, 995 Dont le pouvoir mortel n'ouvrît mille tombeaux: Ce présent déceptif[1116] a bu toute leur force, Et bien mieux que mon bras vengera mon divorce. Mes tyrans par leur perte apprendront que jamais[1117].... Mais d'où vient ce grand bruit que j'entends au palais?
NÉRINE.
Du bonheur de Jason, et du malheur d'Ægée: Madame, peu s'en faut qu'il ne vous ait vengée. Ce généreux vieillard, ne pouvant supporter[1118] Qu'on lui vole à ses yeux ce qu'il croit mériter, Et que sur sa couronne et sa persévérance 1005 L'exil de votre époux ait eu la préférence, A tâché par la force à repousser l'affront Que ce nouvel hymen lui porte sur le front. Comme cette beauté, pour lui toute de glace, Sur les bords de la mer contemploit la bonace, 1010 Il la voit mal suivie, et prend un si beau temps A rendre ses desirs et les vôtres contents. De ses meilleurs soldats une troupe choisie Enferme la princesse, et sert sa jalousie[1119]; L'effroi qui la surprend la jette en pâmoison; 1015 Et tout ce qu'elle peut, c'est de nommer Jason. Ses gardes à l'abord font quelque résistance, Et le peuple leur prête une foible assistance; Mais l'obstacle léger de ces débiles coeurs Laissoit honteusement Créuse à leurs vainqueurs: 1020 Déjà presque en leur bord elle étoit enlevée....
MÉDÉE.
Je devine la fin, mon traître l'a sauvée[1120].
NÉRINE.
Oui, Madame, et de plus Ægée est prisonnier: Votre époux à son myrte ajoute ce laurier; Mais apprenez comment.
MÉDÉE.
N'en dis pas davantage: 1025 Je ne veux point savoir ce qu'a fait son courage; Il suffit que son bras a travaillé pour nous, Et rend une victime à mon juste courroux. Nérine, mes douleurs auroient peu d'allégeance, Si cet enlèvement l'ôtoit à ma vengeance; 1030 Pour quitter son pays en est-on malheureux? Ce n'est pas son exil, c'est sa mort que je veux. Elle auroit trop d'honneur de n'avoir que ma peine, Et de verser des pleurs pour être deux fois reine. Tant d'invisibles feux enfermés dans ce don, 1035 Que d'un titre plus vrai j'appelle ma rançon, Produiront des effets bien plus doux à ma haine.
NÉRINE.
Par là vous vous vengez, et sa perte est certaine: Mais contre la fureur de son père irrité Où pensez-vous trouver un lieu de sûreté? 1040
MÉDÉE.
Si la prison d'Ægée a suivi sa défaite, Tu peux voir qu'en l'ouvrant je m'ouvre une retraite[1121], Et que ses fers brisés, malgré leurs attentats[1122], A ma protection engagent ses États. Dépêche seulement, et cours vers ma rivale 1045 Lui porter de ma part cette robe fatale: Mène-lui mes enfants, et fais-les, si tu peux, Présenter par leur père à l'objet de ses voeux.
NÉRINE.
Mais, Madame, porter cette robe empestée, Que de tant de poisons vous avez infectée, 1050 C'est pour votre Nérine un trop funeste emploi: Avant que sur Créuse ils agiroient sur moi.
MÉDÉE.
Ne crains pas leur vertu, mon charme la modère, Et lui défend d'agir que sur elle et son père. Pour un si grand effet prends un coeur plus hardi, 1055 Et sans me répliquer, fais ce que je te di.
SCÈNE II.
CRÉON, POLLUX, SOLDATS.
CRÉON.
Nous devons bien chérir cette valeur parfaite Qui de nos ravisseurs nous donne la défaite. Invincible héros, c'est à votre secours Que je dois désormais le bonheur de mes jours; 1060 C'est vous seul aujourd'hui dont la main vengeresse[1123] Rend à Créon sa fille, à Jason sa maîtresse, Met Ægée en prison et son orgueil à bas, Et fait mordre la terre à ses meilleurs soldats.
POLLUX.
Grand Roi, l'heureux succès de cette délivrance 1065 Vous est beaucoup mieux dû qu'à mon peu de vaillance. C'est vous seul et Jason, dont les bras indomptés Portoient avec effroi la mort de tous côtés; Pareils à deux lions dont l'ardente furie Dépeuple en un moment toute une bergerie. 1070 L'exemple glorieux de vos faits plus qu'humains Échauffoit mon courage et conduisoit mes mains: J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles[1124], Qui laissoient à mon bras tant d'illustres modèles. Pourroit-on reculer en combattant sous vous, 1075 Et n'avoir point de coeur à seconder vos coups?
CRÉON.
Votre valeur, qui souffre en cette repartie, Ote toute croyance à votre modestie: Mais puisque le refus d'un honneur mérité N'est pas un petit trait de générosité, 1080 Je vous laisse en jouir. Auteur de la victoire, Ainsi qu'il vous plaira, départez-en la gloire: Comme elle est votre bien, vous pouvez la donner. Que prudemment les Dieux savent tout ordonner! Voyez, brave guerrier, comme votre arrivée 1085 Au jour de nos malheurs se trouve réservée, Et qu'au point que le sort osoit nous menacer, Ils nous ont envoyé de quoi le terrasser. Digne sang de leur roi, demi-dieu magnanime, Dont la vertu ne peut recevoir trop d'estime, 1090 Qu'avons-nous plus à craindre? et quel destin jaloux, Tant que nous vous aurons, s'osera prendre à nous?
POLLUX.
Appréhendez pourtant, grand prince.
CRÉON.
Et quoi?
POLLUX.
Médée, Qui par vous de son lit se voit dépossédée. Je crains qu'il ne vous soit malaisé d'empêcher 1095 Qu'un gendre valeureux ne vous coûte bien cher. Après l'assassinat d'un monarque et d'un frère, Peut-il être de sang qu'elle épargne ou révère? Accoutumée au meurtre, et savante en poison, Voyez ce qu'elle a fait pour acquérir Jason; 1100 Et ne présumez pas, quoi que Jason vous die, Que pour le conserver elle soit moins hardie.
CRÉON.
C'est de quoi mon esprit n'est plus inquiété; Par son bannissement j'ai fait ma sûreté; Elle n'a que fureur et que vengeance en l'âme: 1105 Mais en si peu de temps que peut faire une femme? Je n'ai prescrit qu'un jour de terme à son départ.
POLLUX.
C'est peu pour une femme, et beaucoup pour son art: Sur le pouvoir humain ne réglez pas les charmes[1125].
CRÉON.
Quelques[1126] puissants qu'ils soient, je n'en ai point d'alarmes; Et quand bien ce délai devroit tout hasarder, Ma parole est donnée, et je la veux garder.
SCÈNE III.
CRÉON, POLLUX, CLÉONE.
CRÉON.
Que font nos deux amants, Cléone?
CLÉONE.
La princesse[1127], Seigneur, près de Jason reprend son allégresse; Et ce qui sert beaucoup à son contentement, 1115 C'est de voir que Médée est sans ressentiment.
CRÉON.
Et quel Dieu si propice a calmé son courage?
CLÉONE.
Jason, et ses enfants, qu'elle vous laisse en gage. La grâce que pour eux Madame obtient de vous A calmé les transports de son esprit jaloux. 1120 Le plus riche présent qui fût en sa puissance A ses[1128] remercîments joint sa reconnoissance. Sa robe sans pareille, et sur qui nous voyons Du Soleil son aïeul briller mille rayons, Que la princesse même avoit tant souhaitée, 1125 Par ces petits héros lui vient d'être apportée[1129], Et fait voir clairement les merveilleux effets Qu'en un coeur irrité produisent les bienfaits.
CRÉON.
Eh bien, qu'en dites-vous? Qu'avons-nous plus à craindre?
POLLUX.
Si vous ne craignez rien, que je vous trouve à plaindre!
CRÉON.
Un si rare présent montre un esprit remis.
POLLUX.
J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis[1130]: Ils font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes. Je connois de Médée et l'esprit et les charmes, Et veux bien m'exposer aux plus cruels trépas, 1135 Si ce rare présent n'est un mortel appas.
CRÉON.
Ses enfants si chéris, qui nous servent d'otages, Nous peuvent-ils laisser quelque sorte d'ombrages[1131]?
POLLUX.
Peut-être que contre eux s'étend sa trahison, Qu'elle ne les prend plus que pour ceux de Jason, 1140 Et qu'elle s'imagine, en haine de leur père, Que n'étant plus sa femme, elle n'est plus leur mère. Renvoyez-lui, Seigneur, ce don pernicieux[1132], Et ne vous chargez point d'un poison précieux.
CLÉONE.
Madame cependant en est toute ravie, 1145 Et de s'en voir parée elle brûle d'envie.
POLLUX.
Où le péril égale et passe le plaisir, Il faut se faire force, et vaincre son desir. Jason, dans son amour, a trop de complaisance De souffrir qu'un tel don s'accepte en sa présence. 1150
CRÉON.
Sans rien mettre au hasard, je saurai dextrement Accorder vos soupçons et son contentement. Nous verrons, dès ce soir, sur une criminelle, Si ce présent nous cache une embûche mortelle. Nise, pour ses forfaits destinée à mourir, 1155 Ne peut par cette épreuve injustement périr: Heureuse, si sa mort nous rendoit ce service, De nous en découvrir le funeste artifice! Allons-y de ce pas, et ne consumons plus De temps ni de discours en débats superflus. 1160
SCÈNE IV.
ÆGÉE, en prison[1133].
Demeure affreuse des coupables, Lieux maudits, funeste séjour, Dont jamais avant mon amour[1134] Les sceptres n'ont été capables, Redoublez puissamment votre mortel effroi, 1165 Et joignez à mes maux une si vive atteinte, Que mon âme chassée, ou s'enfuyant de crainte, Dérobe à mes vainqueurs le supplice d'un roi.
Le triste bonheur où j'aspire! Je ne veux que hâter ma mort, 1170 Et n'accuse mon mauvais sort Que de souffrir que je respire. Puisqu'il me faut mourir, que je meure à mon choix; Le coup m'en sera doux, s'il est sans infamie: Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie, 1175 C'est mourir, pour un roi, beaucoup plus d'une fois[1135].
Malheureux prince, on te méprise[1136] Quand tu t'arrêtes à servir: Si tu t'efforces de ravir, Ta prison suit ton entreprise. 1180 Ton amour qu'on dédaigne et ton vain attentat D'un éternel affront vont souiller ta mémoire: L'un t'a déjà coûté ton repos et ta gloire; L'autre va te coûter ta vie et ton État[1137].
Destin, qui punis mon audace, 1185 Tu n'as que de justes rigueurs; Et s'il est d'assez tendres coeurs Pour compatir à ma disgrâce, Mon feu de leur tendresse étouffe la moitié, Puisqu'à bien comparer mes fers avec ma flamme[1138], 1190 Un vieillard amoureux mérite plus de blâme Qu'un monarque en prison n'est digne de pitié.
Cruel auteur de ma misère, Peste des coeurs, tyran des rois, Dont les impérieuses lois 1195 N'épargnent pas même ta mère, Amour, contre Jason tourne ton trait fatal; Au pouvoir de tes dards je remets ma vengeance: Atterre son orgueil, et montre ta puissance A perdre également l'un et l'autre rival. 1200
Qu'une implacable jalousie Suive son nuptial flambeau; Que sans cesse un objet nouveau S'empare de sa fantaisie; Que Corinthe à sa vue accepte un autre roi; 1205 Qu'il puisse voir sa race à ses yeux égorgée; Et pour dernier malheur, qu'il ait le sort d'Ægée, Et devienne à mon âge amoureux comme moi!
SCÈNE V.
ÆGÉE, MÉDÉE[1139].
ÆGÉE.
Mais d'où vient ce bruit sourd? quelle pâle lumière Dissipe ces horreurs et frappe ma paupière? 1210 Mortel, qui que tu sois, détourne ici tes pas, Et de grâce m'apprends l'arrêt de mon trépas, L'heure, le lieu, le genre; et si ton coeur sensible A la compassion peut se rendre accessible, Donne-moi les moyens d'un généreux effort 1215 Qui des mains des bourreaux affranchisse ma mort.
MÉDÉE.
Je viens l'en affranchir: ne craignez plus, grand prince; Ne pensez qu'à revoir votre chère province.
(Elle donne un coup de baguette sur la porte de la prison, qui s'ouvre aussitôt, et en ayant tiré Ægée, elle en donne encore un sur ses fers, qui tombent[1140].)
Ni grilles ni verrous ne tiennent contre moi[1141]. Cessez, indignes fers, de captiver un roi: 1220 Est-ce à vous à presser les bras d'un tel monarque? Et vous, reconnoissez Médée à cette marque, Et fuyez un tyran dont le forcènement Joindroit votre supplice à mon bannissement: Avec la liberté reprenez le courage. 1225
ÆGÉE.
Je les reprends tous deux pour vous en faire hommage. Princesse, de qui l'art propice aux malheureux Oppose un tel miracle à mon sort rigoureux, Disposez de ma vie, et du sceptre d'Athènes: Je dois et l'une et l'autre à qui brise mes chaînes[1142]. 1230 Si votre heureux secours me tire de danger[1143], Je ne veux en sortir qu'afin de vous venger; Et si je puis jamais avec votre assistance Arriver jusqu'aux lieux de mon obéissance, Vous me verrez, suivi de mille bataillons, 1235 Sur ces murs renversés planter mes pavillons[1144], Punir leur traître roi de vous avoir bannie, Dedans le sang des siens noyer sa tyrannie, Et remettre en vos mains et Créuse et Jason, Pour venger votre exil plutôt que ma prison. 1240
MÉDÉE.
Je veux une vengeance et plus haute et plus prompte; Ne l'entreprenez pas, votre offre me fait honte: Emprunter le secours d'aucun pouvoir humain, D'un reproche éternel diffameroit ma main. En est-il, après tout, aucun qui ne me cède? 1245 Qui force la nature, a-t-il besoin qu'on l'aide? Laissez-moi le souci de venger mes ennuis, Et par ce que j'ai fait jugez ce que je puis; L'ordre en est tout donné, n'en soyez point en peine: C'est demain, que mon art fait triompher ma haine; 1250 Demain je suis Médée, et je tire raison De mon bannissement et de votre prison.
ÆGÉE.
Quoi! Madame, faut-il que mon peu de puissance Empêche les devoirs de ma reconnoissance[1145]? Mon sceptre ne peut-il être employé pour vous? 1255 Et vous serai-je ingrat autant que votre époux?
MÉDÉE.
Si je vous ai servi, tout ce que j'en souhaite, C'est de trouver chez vous une sûre retraite[1146], Où de mes ennemis menaces ni présents Ne puissent plus troubler le repos de mes ans; 1260 Non pas que je les craigne: eux et toute la terre A leur confusion me livreroient la guerre; Mais je hais ce désordre, et n'aime pas à voir Qu'il me faille pour vivre user de mon savoir.
ÆGÉE.
L'honneur de recevoir une si grande hôtesse 1265 De mes malheurs passés efface la tristesse. Disposez d'un pays qui vivra sous vos lois, Si vous l'aimez assez pour lui donner des rois: Si mes ans ne vous font mépriser ma personne, Vous y partagerez mon lit et ma couronne; 1270 Sinon, sur mes sujets faites état d'avoir, Ainsi que sur moi-même, un absolu pouvoir. Allons, Madame, allons; et par votre conduite Faites la sûreté que demande ma fuite.
MÉDÉE.
Ma vengeance n'auroit qu'un succès imparfait: 1275 Je ne me venge pas, si je n'en vois l'effet; Je dois à mon courroux l'heur d'un si doux spectacle. Allez, prince, et sans moi ne craignez point d'obstacle; Je vous suivrai demain par un chemin nouveau[1147]. Pour votre sûreté conservez cet anneau[1148]: 1280 Sa secrète vertu, qui vous fait invisible, Rendra votre départ de tous côtés paisible. Ici, pour empêcher l'alarme que le bruit De votre délivrance auroit bientôt produit, Un fantôme pareil et de taille et de face, 1285 Tandis que vous fuirez, remplira votre place. Partez sans plus tarder, prince chéri des Dieux, Et quittez pour jamais ces détestables lieux.
ÆGÉE.
J'obéis sans réplique, et je pars sans remise. Puisse d'un prompt succès votre grande entreprise 1290 Combler nos ennemis d'un mortel désespoir, Et me donner bientôt le bien de vous revoir[1149].
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
FOOTNOTES:
[1106] Les mots: _dans sa grotte magique_, ne se trouvent pas dans l'édition de 1639.
[1107] Ce jeu de scène manque aussi dans l'édition de 1639.
[1108] L'édition de 1682 a seule ici _clameurs_, au lieu de _charmes_. C'est sans doute encore une erreur typographique.
[1109] _Var._ Sur ce présent fatal ont déchargé leurs pestes. (1639-57)
[1110] Par une erreur générale et difficile à expliquer, toutes les éditions, excepté celles de 1639-48 et de 1657, portent: «Vois mille _autre_ venins.»
[1111] _Vectoris istic perfidi sanguis inest Quem Nessus exspirans dedit._
(Sénèque, _Médée_, vers 775, 776.)
[1112] Aujourd'hui, la première syllabe de ce mot est aspirée.
[1113] _Reliquit istas invio plumas specu Harpyia, dum Zeten fugit._
(Sénèque, _Médée_, vers 781, 782.)
[1114] _Piæ sororis, impiæ matris facem Ultricis Altlææ vides._
(_Ibidem_, vers 779, 780.)
[1115] _Dedit et tenui sulfure tectos Mulciter ignes; et vivacis Fulgura flammæ de cognato Phaethonte tuli_. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Habeo flammas usto tauri Gutture raptas._
(_Ibidem_, vers 824-830.)
[1116] _Déceptif_, trompeur.
[1117] _Var._ Les traîtres apprendront à se jouer à moi. Mais d'où provient ce bruit dans le palais du Roi? (1639-57)
[1118] _Var._ Ce généreux vieillard, indigné que ses feux Près de votre rivale aient perdu tant de voeux. (1639-57)
[1119] _Var._ Le suit dans ce dessein; Créuse en est saisie. (1639-57)
[1120] _Var._ J'en devine la fin, mon traître l'a sauvée. (1639-60)
[1121] _Var._ Vois-tu pas qu'en l'ouvrant je m'ouvre une retraite. (1639-60)
[1122] _Var._ Et que brisant ses fers, cette obligation Engage sa couronne à ma protection. (1639-57)
[1123] _Var._ C'est vous dont le courage, et la force, et l'adresse. (1639-57)
[1124] _Var._ Et vous voyant faucher ces têtes criminelles, [J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles.] Qui pourroit reculer en combattant sous vous, Et qui n'auroit du coeur à seconder vos coups? (1639-57)
[1125] MEDEA. _Quæ fraus timeri tempore exiguo potest?_ CREON. _Nullum ad nocendum tempus angustum est malis._
(Sénèque, _Médée_, vers 291, 292.)
--Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 359, 360.
[1126] Voyez tome I, p. 205, note 3.
[1127] _Var._ Que font nos amoureux, Cléone? CLÉONE. La princesse, Sire, auprès de Jason reprend son allégresse. (1639-57)
[1128] Il y a _ces_, au lieu de _ses_, dans l'édition de 1682.
[1129] Voyez la _Médée_ de Sénèque, vers 570-572 et 843-847.
[1130] C'est une imitation de ce passage bien connu, de Virgile (_Énéide_, livre I, vers 49):
.... _Timeo Danaos, et dona ferentes._
[1131] _Var._ Nous peuvent-ils laisser quelques sortes d'ombrages? (1648)
[1132] _Var._ Sire, renvoyez-lui ce don pernicieux. (1639-57)
[1133] _Var._ _Il est en prison._ (1663, en marge.)--Au-dessous du nom du personnage, on lit en titre, dans les éditions de 1639-57: STANCES.
[1134] _Var._ Dont auparavant mon amour Les sceptres étoient incapables. (1639-57)
[1135] _Var._ C'est mourir, à mon gré, beaucoup plus d'une fois. (1639-57)
[1136] _Var._ Pauvre prince, l'on te méprise. (1639-57)
[1137] _Var._ L'autre te va coûter ta vie et ton État. (1639-64)
[1138] _Var._ Vu qu'à bien comparer mes fers avec ma flamme. (1639-57)
[1139] _Var._ ÆGÉE, MÉDÉE, NÉRINE. (1639-57)
[1140] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.
[1141] _Var._ Ces portes ne sont pas pour tenir contre moi. (1639-57)
[1142] _Var._ Je dois et l'un et l'autre à qui brise mes chaînes. (1639-48)
[1143] _Var._ Votre divin secours me tire de danger, Mais je n'en veux sortir qu'afin de vous venger: Madame, si jamais avec votre assistance Je puis toucher les lieux de mon obéissance. (1639-57)
[1144] _Var._ Jusque dessus ces murs planter mes pavillons. (1639-57)
[1145] _Var._ Étouffe les devoirs de ma reconnoissance? (1639)
[1146] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 709.
[1147] Voyez la remarque de Corneille sur ce passage, tome I, p. 107.
[1148] _Var._ Nérine devant vous portera ce flambeau. (1639-57)
[1149] _Var._ Et me donner bientôt l'honneur de vous revoir[1149-a]! MÉD. Auparavant que vous je serai dans Athènes; Cependant, pour loyer de ces légères peines[1149-b], Ayez soin de Nérine, et songez seulement Qu'en elle vous pouvez m'obliger puissamment[1149-c]. (1639-57)
[1149-a] Ce premier vers de la variante se trouve dans les éditions de 1639-64.
[1149-b] Cependant, pour le prix de ces légères peines. (1644-57)
[1149-c] Ce dernier vers termine l'acte dans les éditions indiquées.
ACTE V.
SCÈNE PREMIÈRE.
MÉDÉE, THEUDAS.
THEUDAS.
Ah! déplorable prince! ah! fortune cruelle! Que je porte à Jason une triste nouvelle!
MÉDÉE, lui donnant un coup de baguette qui le fait demeurer immobile[1150].
Arrête, misérable, et m'apprends quel effet 1295 A produit chez le Roi le présent que j'ai fait.
THEUDAS.
Dieux! je suis dans les fers d'une invisible chaîne!
MÉDÉE.
Dépêche, ou ces longueurs attireront[1151] ma haine[1152].
THEUDAS.
Apprenez donc l'effet le plus prodigieux Que jamais la vengeance ait offert à nos yeux. 1300 Votre robe a fait peur, et sur Nise éprouvée, En dépit des soupçons, sans péril s'est trouvée; Et cette épreuve a su si bien les assurer, Qu'incontinent Créuse a voulu s'en parer; Mais cette infortunée à peine l'a vêtue[1153], 1305 Qu'elle sent aussitôt une ardeur qui la tue: Un feu subtil s'allume, et ses brandons épars Sur votre don fatal courent de toutes parts; Et Cléone et le Roi s'y jettent[1154] pour l'éteindre; Mais (ô nouveau sujet de pleurer et de plaindre!) 1310 Ce feu saisit le Roi: ce prince en un moment Se trouve enveloppé du même embrasement.
MÉDÉE.
Courage! enfin il faut que l'un et l'autre meure.
THEUDAS.