Œuvres de P. Corneille, Tome 02

Part 24

Chapter 243,383 wordsPublic domain

Cesse de plus mêler ton intérêt au sien. Ton Jason, pris à part, est trop homme de bien[1021]: 460 Le séparant de toi, sa défense est facile[1022]; Jamais il n'a trahi son père ni sa ville; Jamais sang innocent n'a fait rougir ses mains; Jamais il n'a prêté son bras à tes desseins[1023]; Son crime, s'il en a, c'est de t'avoir pour femme. 465 Laisse-le s'affranchir d'une honteuse flamme, Rends-lui son innocence en l'éloignant de nous[1024]; Porte en d'autres climats ton insolent courroux, Tes herbes, tes poisons[1025], ton coeur impitoyable, Et tout ce qui jamais a fait Jason coupable[1026]. 470

MÉDÉE.

Peignez mes actions plus noires que la nuit; Je n'en ai que la honte, il en a tout le fruit: Ce fut en sa faveur que ma savante audace[1027] Immola son tyran par les mains de sa race; Joignez-y mon pays et mon frère: il suffit 475 Qu'aucun de tant de maux ne va qu'à son profit[1028]. Mais vous les[1029] saviez tous quand vous m'avez reçue; Votre simplicité n'a point été déçue: En ignoriez-vous un, quand vous m'avez promis Un rempart assuré contre mes ennemis[1030]? 480 Ma main, saignante encor du meurtre de Pélie[1031], Soulevoit contre moi toute la Thessalie, Quand votre coeur, sensible à la compassion, Malgré tous mes forfaits, prit ma protection. Si l'on me peut depuis imputer quelque crime, 485 C'est trop peu que l'exil, ma mort est légitime: Sinon, à quel propos me traitez-vous ainsi? Je suis coupable ailleurs, mais innocente ici[1032].

CRÉON.

Je ne veux plus ici d'une telle innocence, Ni souffrir en ma cour ta fatale présence. 490 Va....

MÉDÉE.

Dieux justes, vengeurs....

CRÉON.

Va, dis-je, en d'autres lieux Par tes cris importuns solliciter les Dieux. Laisse-nous tes enfants: je serois trop sévère, Si je les punissois des crimes de leur mère[1033]; Et bien que je le pusse avec juste raison, 495 Ma fille les demande en faveur de Jason.

MÉDÉE.

Barbare humanité, qui m'arrache à moi-même, Et feint de la douceur pour m'ôter ce que j'aime! Si Jason et Créuse ainsi l'ont ordonné[1034], Qu'ils me rendent le sang que je leur ai donné. 500

CRÉON.

Ne me réplique plus, suis la loi qui t'est faite; Prépare ton départ, et pense à ta retraite. Pour en délibérer, et choisir le quartier, De grâce ma bonté te donne un jour entier[1035].

MÉDÉE.

Quelle grâce[1036]!

CRÉON.

Soldats, remettez-la chez elle; 505 Sa contestation deviendroit éternelle[1037].

(Médée rentre et Créon continue[1038].)

Quel indomptable esprit! quel arrogant maintien Accompagnoit l'orgueil d'un si long entretien! A-t-elle rien fléchi de son humeur altière? A-t-elle pu descendre à la moindre prière? 510 Et le sacré respect de ma condition En a-t-il arraché quelque soumission[1039]?

SCÈNE III.

CRÉON, JASON, CRÉUSE, CLÉONE, SOLDATS.

CRÉON.

Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerres[1040], Ma fille: c'est demain qu'elle sort de nos terres. Nous n'avons désormais que craindre de sa part: 515 Acaste est satisfait d'un si proche départ; Et si tu peux calmer le courage d'Ægée, Qui voit par notre choix son ardeur négligée, Fais état que demain nous assure à jamais Et dedans et dehors une profonde paix. 520

CRÉUSE.

Je ne crois pas, Seigneur, que ce vieux roi d'Athènes[1041], Voyant aux mains d'autrui le fruit de tant de peines, Mêle tant de foiblesse à son ressentiment, Que son premier courroux se dissipe aisément[1042]. J'espère toutefois qu'avec un peu d'adresse 525 Je pourrai le résoudre à perdre une maîtresse Dont l'âge peu sortable[1043] et l'inclination Répondoient assez mal à son affection.

JASON.

Il doit vous témoigner par son obéissance Combien sur son esprit vous avez de puissance; 530 Et s'il s'obstine à suivre un injuste courroux[1044], Nous saurons, ma princesse, en rabattre les coups; Et nos préparatifs contre la Thessalie Ont trop de quoi punir sa flamme et sa folie[1045].

CRÉON.

Nous n'en viendrons pas là: regarde seulement 535 A le payer d'estime et de remercîment. Je voudrois pour tout autre un peu de raillerie: Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie; Mais le trône soutient la majesté des rois[1046] Au-dessus du mépris, comme au-dessus des lois. 540 On doit toujours respect au sceptre, à la couronne. Remets tout, si tu veux, aux ordres que je donne; Je saurai l'apaiser avec facilité, Si tu ne te défends qu'avec civilité.

SCÈNE IV.

JASON, CRÉUSE, CLÉONE.

JASON.

Que ne vous dois-je point pour cette préférence, 545 Où mes desirs n'osoient porter mon espérance! C'est bien me témoigner un amour infini, De mépriser un roi pour un pauvre banni! A toutes ses grandeurs préférer ma misère, Tourner en ma faveur les volontés d'un père, 550 Garantir mes enfants d'un exil rigoureux!

CRÉUSE.

Qu'a pu faire de moindre un courage amoureux? La fortune a montré dedans votre naissance Un trait de son envie, ou de son impuissance; Elle devoit un sceptre au sang dont vous naissez? 555 Et sans lui vos vertus le méritoient assez. L'amour, qui n'a pu voir une telle injustice, Supplée à son défaut, ou punit sa malice, Et vous dorme, au plus fort de vos adversités, Le sceptre que j'attends, et que vous méritez. 560 La gloire m'en demeure; et les races futures Comptant notre hyménée entre vos aventures, Vanteront à jamais mon amour généreux, Qui d'un si grand héros rompt le sort malheureux. Après tout, cependant, riez de ma foiblesse: 565 Prête de posséder le phénix de la Grèce, La fleur de nos guerriers, le sang de tant de Dieux, La robe de Médée a donné dans mes yeux. Mon caprice, à son lustre attachant mon envie, Sans elle trouve à dire au bonheur de ma vie: 570 C'est ce qu'ont prétendu mes desseins relevés, Pour le prix des enfants que je vous ai sauvés.

JASON.

Que ce prix est léger pour un si bon office! Il y faut toutefois employer l'artifice: Ma jalouse en fureur n'est pas femme à souffrir 575 Que ma main l'en dépouille afin de vous l'offrir[1047]; Des trésors dont son père épuise la Scythie, C'est tout ce qu'elle a pris quand elle en est sortie.

CRÉUSE.

Qu'elle a fait un beau choix! jamais éclat pareil Ne sema dans la nuit les clartés du soleil; 580 Les perles avec l'or confusément mêlées, Mille pierres de prix sur ses bords étalées, D'un mélange divin éblouissent les yeux; Jamais rien d'approchant ne se fit en ces[1048] lieux. Pour moi, tout aussitôt que je l'en vis parée, 585 Je ne fis plus d'état de la toison dorée; Et dussiez-vous vous-même en être un peu jaloux, J'en eus presques envie aussitôt que de vous. Pour apaiser Médée et réparer sa perte, L'épargne de mon père entièrement ouverte 590 Lui met à l'abandon tous les trésors du Roi, Pourvu que cette robe et Jason soient à moi.

JASON.

N'en doutez point, ma reine, elle vous est acquise. Je vais chercher Nérine, et par son entremise Obtenir de Médée avec dextérité 595 Ce que refuseroit son courage irrité. Pour elle, vous savez que j'en fuis les approches[1049]; J'aurois peine à souffrir l'orgueil de ses reproches; Et je me connois mal, ou dans notre entretien Son courroux s'allumant allumeroit le mien. 600 Je n'ai point un esprit complaisant à sa rage, Jusques à supporter sans réplique un outrage; Et ce seroient pour moi d'éternels déplaisirs[1050] De reculer par là l'effet de vos desirs. Mais, sans plus de discours, d'une maison voisine 605 Je vais prendre le temps que sortira Nérine. Souffrez, pour avancer votre contentement, Que malgré mon amour je vous quitte un moment[1051].

CLÉONE.

Madame, j'aperçois venir le roi d'Athènes.

CRÉUSE.

Allez donc, votre vue augmenteroit[1052] ses peines. 610

CLÉONE.

Souvenez-vous de l'air dont il le faut traiter.

CRÉUSE.

Ma bouche accortement saura s'en acquitter.

SCÈNE V.

ÆGÉE[1053], CRÉUSE, CLÉONE.

ÆGÉE.

Sur un bruit qui m'étonne et que je ne puis croire, Madame, mon amour, jaloux de votre gloire, Vient savoir s'il est vrai que vous soyez d'accord, 615 Par un honteux hymen, de l'arrêt de ma mort[1054]. Votre peuple en frémit, votre cour en murmure; Et tout Corinthe enfin s'impute à grande injure Qu'un fugitif, un traître, un meurtrier de rois, Lui donne à l'avenir des princes et des lois; 620 Il ne peut endurer que l'horreur de la Grèce Pour prix de ses forfaits épouse sa princesse, Et qu'il faille ajouter[1055] à vos titres d'honneur: «Femme d'un assassin et d'un empoisonneur.»

CRÉUSE.

Laissez agir, grand roi, la raison sur votre âme, 625 Et ne le chargez point des crimes de sa femme. J'épouse un malheureux, et mon père y consent, Mais prince, mais vaillant, et surtout innocent: Non pas que je ne faille en cette préférence; De votre rang au sien je sais la différence. 630 Mais si vous connoissez l'amour et ses ardeurs, Jamais pour son objet il ne prend les grandeurs: Avouez que son feu n'en veut qu'à la personne, Et qu'en moi vous n'aimiez rien moins que ma couronne. Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer 635 Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer[1056]; Et souvent, sans raison, les objets de nos flammes Frappent nos yeux ensemble et saisissent nos âmes. Ainsi nous avons vu le souverain des Dieux, Au mépris de Junon, aimer en ces bas lieux; 640 Vénus quitter son Mars et négliger sa prise, Tantôt pour Adonis, et tantôt pour Anchise; Et c'est peut-être encore avec moins de raison Que bien que vous m'aimiez, je me donne à Jason[1057]. D'abord dans mon esprit vous eûtes ce partage: 645 Je vous estimai plus, et l'aimai davantage.

ÆGÉE.

Gardez ces compliments pour de moins enflammés, Et ne m'estimez point qu'autant que vous m'aimez. Que me sert cet aveu d'une erreur volontaire? Si vous croyez faillir, qui vous force à le faire? 650 N'accusez point l'amour ni son aveuglement: Quand on connoît sa faute, on manque doublement[1058].

CRÉUSE.

Puis donc que vous trouvez la mienne inexcusable[1059], Je ne veux plus, Seigneur, me confesser coupable[1060]. L'amour de mon pays et le bien de l'État 655 Me défendoient l'hymen d'un si grand potentat. Il m'eût fallu soudain vous suivre en vos provinces, Et priver mes sujets de l'aspect de leurs princes. Votre sceptre pour moi n'est qu'un pompeux exil: Que me sert son éclat? et que me donne-t-il? 660 M'élève-t-il d'un rang plus haut que souveraine? Et sans le posséder ne me vois-je pas reine[1061]? Grâces aux immortels, dans ma condition J'ai de quoi m'assouvir de cette ambition: Je ne veux point changer mon sceptre contre un autre; Je perdrois ma couronne en acceptant la vôtre. Corinthe est bon sujet, mais il veut voir son roi, Et d'un prince éloigné rejetteroit la loi. Joignez à ces raisons qu'un père un peu sur l'âge, Dont ma seule présence adoucit le veuvage, 670 Ne sauroit se résoudre à séparer de lui De ses débiles ans l'espérance et l'appui, Et vous reconnoîtrez que je ne vous préfère Que le bien de l'État, mon pays et mon père[1062]. Voilà ce qui m'oblige au choix d'un autre époux; 675 Mais comme ces raisons font peu d'effet sur vous, Afin de redonner le repos à votre âme, Souffrez que je vous quitte.

ÆGÉE, seul.

Allez, allez, Madame, Étaler vos appas et vanter vos mépris A l'infâme sorcier qui charme vos esprits. 680 De cette indignité faites un mauvais conte; Riez de mon ardeur, riez de votre honte; Favorisez celui de tous vos courtisans Qui raillera le mieux le déclin de mes ans: Vous jouirez fort peu d'une telle insolence; 685 Mon amour outragé court à la violence; Mes vaisseaux à la rade, assez proches du port, N'ont que trop de soldats à faire un coup d'effort. La jeunesse me manque, et non pas le courage: Les rois ne perdent point les forces avec l'âge; 690 Et l'on verra, peut-être avant ce jour fini, Ma passion vengée, et votre orgueil puni.

FIN DU SECOND ACTE.

FOOTNOTES:

[997] _Var._ Mon courroux lui fait grâce, et tout léger qu'il est, Notre première ardeur soutient son intérêt. (1639-57)

[998] _Var._ Il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi. (1639-64)

[999] Il y a _qu'il l'arrache_ dans l'édition de 1682, mais c'est certainement une faute d'impression. Il y en a une autre au vers 371: _la perte_, pour _leur perte_.

[1000] . . . . _Si potest, vivat meus, Ut fuit, Jason; sin minus, vivat tamen, Memorque nostri muneri parcat meo. Culpa est Creontis tota_. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Petatur solus hic; poenas luat Quas debet._

(Sénèque, _Médée_, vers 140-147.)

[1001] Les éditions de 1664, 68 et 82 portent _contentez-vous_, pour _contenez-vous_. Nous avons adopté néanmoins le texte des éditions antérieures, qui offre seul un sens raisonnable.

[1002] CREON. _Medea. . . . . . . . . . . . . . Nondum meis exportat e regnis pedem?_ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Fert gradum contra ferox, Minaxque nostros propius affatus petit. Arcete, famuli, tactu et accessu procul._

(Sénèque, _Médée_, vers 179-188.)

[1003] _Egredere, purga regna_ . . . . . . . . . . . . . . . . . _libera cives metu._

(Sénèque, _Médée_, vers 269, 270.)

[1004] _Var._ Vous porte à me chasser avecque tant d'ardeur. (1639-57)

[1005] . . . . . . . . . . _Vade veloci via, Monstrumque sævum, horribile jamdudum, avehe._ MEDEA. _Quod crimen, aut quæ culpa mulctatur fuga[1005-a]?_ CREON. _Quæ causa pellat, innocens mulier rogat._

(Sénèque, _Médée_, vers 190-193.)

[1005-a] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 284.

[1006] _Var._ Repasse tes forfaits avecque tes erreurs. (1639-57)

[1007] _Var._ Dont tes méchancetés te promettent l'entrée. (1639 et 57)

[1008] L'édition de 1639 donne _nous_, pour _vous_; c'est évidemment une faute.

[1009] _Var._ Bien qu'il eût mille fois mérité son supplice. (1639-57)

[1010] MEDEA. _Qui statuit aliquid parte inaudita altera, Æquum licet statuerit, haud æquus fuit._ CREON. _Auditus a te Pelia supplicium tulit?_

(Sénèque, _Médée_, vers 199-201.)

[1011] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 474-480.

[1012] _Var._ Contre le laboureur qui les avoit semés. (1639-57)

[1013] _Var._ Vomissant mille traits de sa gueule enflammée. (1639-57)

[1014] _Var._ Si lors à mes devoirs mon desir limité. (1639)

[1015] _Var._ Eût conservé ma honte et ma fidélité. (1639-57)

[1016] _Decus illud ingens, Græciæ florem inclitum, Præsidia achivæ gentis, et prolem Deum Servasse memet: munus est Orpheus meum, Qui suxa cantu mulcet et silvas trahit; Geminumque munus Castor et Pollux meum est; Satique Borea_ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Nam ducum taceo ducem, Pro quo nihil debetur; hunc nulli imputo: Vobis revexi ceteros, unum mihi._

(Sénèque, _Médée_, vers 226-235.)

[1017] . . . . . . . . _Si placet, damna ream; Sed redde crimen._

(Sénèque, _Médée_, vers 245, 246.)

[1018] _Var._ De me faire coupable et jouir de mon crime? (1639-60)

[1019] CREON. _I, querere Colchis._ MEDEA. _Redeo: qui advexit ferat._

(Sénèque, _Médée_, vers 197.)

[1020] . . . . . . . . _Cur sontes duos Distinguis?_

(_Ibidem_, vers 275, 276.)

[1021] _Potest Jason, si tuam causam amoves, Suam tueri: nullus innocuum cruor Contaminavit; abfuit ferro manus, Proculque vestro purus a coetu stetit._

(_Ibidem_, vers 262-265.)

[1022] _Var._ La séparant de toi, sa défense est facile. (1657)

[1023] _Var._ Jamais il n'a prêté sa lame à tes desseins. (1639)

[1024] _Var._ Rends-lui son innocence en t'éloignant d'ici; Emporte avecque toi son crime et mon souci. (1639-57)

[1025] . . . . . . . . . _Letales simul Tecum aufer herbas._

(Sénèque, _Médée_, vers 269, 270.)

[1026] _Var._ Tout ce qui me fait craindre et rend Jason coupable. (1639-57) _Var._ Et tout ce que jamais a fait Jason coupable. (1664)

[1027] _Var._ C'est à son intérêt que ma savante audace. (1639-57)

[1028] . . . . . . . _Illi Pelia, non nobis jacet. Fugam rapinasque adjice, desertum patrem Lacerumque fratrem_. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Toties nocens sum facta, sed nunquam mihi._

(Sénèque, _Médée_, vers 276-280.)

[1029] L'édition de 1682 donne, par erreur, _le_, pour _les_: «Mais vous le saviez tous.

[1030] _Talem sciebas esse, quum genua attigi, Fidemque supplex præsidis dextra petii._

(Sénèque, _Médée_, vers 247, 248.)

[1031] _Var._ Ma main saignoit encor du meurtre de Pélie, Quand dessous votre foi vous m'avez recueillie, Et votre coeur, sensible à la compassion. (1639-57)

[1032] Voyez plus loin, acte III, scène III, p. 383, note 3.

[1033] MEDEA. _Supplex recedens illud extremum precor, Ne culpa natos matris insontes trahat._ CREON. _Vade, hos paterno, ut genitor, excipiam sinu._

(Sénèque, _Médée_, vers 282-284.)

[1034] _Var._ Si Créuse et Jason ainsi l'ont ordonné. (1639-57)

[1035] _Unus parando dabitur exsilio dies._

(Sénèque, _Médée_, vers 295.)

--Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 359.

[1036] Voyez plus loin la note du vers 834.

[1037] _Var._ Sa contestation se rendroit éternelle. (1639-57)

[1038] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.

[1039] Les éditions de 1639-48 portent _submission_.

[1040] _Var._ Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerre, Ma fille: c'est demain qu'elle sort de ma terre. (1639-60)

[1041] _Var._ Je ne crois pas, Monsieur, que ce vieux roi d'Athènes. (1639-60)

[1042] _Var._ Que ses premiers bouillons s'apaisent aisément. (1639-57)

[1043] Dans l'édition de 1682, on a imprimé par erreur: «dont l'âge un peu sortable.»--Au vers 532, il y a une autre faute: «Nous savons,» pour «Nous saurons.»

[1044] _Var._ Et si dans sa colère il demeuroit entier, Ma princesse, en tout cas, nous sommes du métier. (1639)

[1045] _Var._ Ne sont que trop bastants à ranger sa folie. (1639)

[1046] _Var._ Mais on ne traite point les rois avec mépris; On leur doit du respect, quoi qu'ils aient entrepris: Remets, si tu le veux, sur moi toute l'affaire; Quelques raisons d'État le pourront satisfaire, Et pour m'y préparer plus de facilité, Surtout ne le reçois qu'avec civilité. (1639-57)

[1047] _Var._ Qu'on la prenne en ses mains afin de vous l'offrir. (1639)

[1048] Les éditions de 1639-52 et de 1657 portent _ses_, pour _ces_.

[1049] _Var._ Pour elle, vous savez que je fuis ses approches: Je ne m'expose point à ses vaines reproches. (1639-57)

[1050] _Var._ Or jugez à quel point iroient mes déplaisirs. (1639-57)

[1051] _Var._ Que malgré notre amour je vous quitte un moment. (1639)

[1052] On lit _augmentera_, pour _augmenteroit_, dans l'édition de 1682.

[1053] Ce personnage est emprunté à Euripide, mais c'est Corneille qui a eu la fâcheuse idée d'en faire le futur de Créuse et au besoin de Médée. Voyez plus haut l'_Examen_, p. 335 et 336.

[1054] _Var._ Par ce honteux hymen, de l'arrêt de ma mort. (1639-57)

[1055] L'édition de 1682 porte _ajuster_, pour _ajouter_.

[1056] Voyez plus haut la Notice sur _la Comédie des Tuileries_, p. 308 et 309.

[1057] _Var._ Que bien que vous m'aimez, je me donne à Jason. (1663-68)

[1058] _Var._ Quand on connoît sa faute, on pèche doublement. (1639-57)

[1059] _Var._ Puis donc que vous trouvez ma faute inexcusable. (1639, 44 et 52-57) _Var._ Puisque vous trouvez donc ma faute inexcusable. (1648)

[1060] _Var._ Je ne veux plus, Monsieur, me confesser coupable. (1639-60)

[1061] _Var._ Et sans le posséder suis-je pas déjà reine? (1639-57)

[1062] _Var._ [Que le bien de l'État, mon pays et mon père.] ÆGÉE. Puisque mon mauvais sort à ce point me réduit, Qu'au lieu de me servir, ma couronne me nuit, Pour divertir l'effet de ce funeste oracle, Je dépose à vos pieds ce précieux obstacle: Madame, à mes sujets donnez un autre roi, De tout ce que je suis ne retenez que moi. Allez, sceptre, grandeurs, majesté, diadème: Votre odieux éclat déplaît à ce que j'aime; Je hais ce nom de roi qui s'oppose à mes voeux, Et le titre d'esclave est le seul que je veux. CRÉUSE. Sans plus vous emporter à cette complaisance, Perdez mon souvenir avecque ma présence, Et puisque mes raisons ont si peu de pouvoir, Que votre émotion se redouble à me voir, [Afin de redonner le repos à votre âme.] (1639-57)

ACTE III.

SCÈNE PREMIÈRE.

NÉRINE.

Malheureux instrument du malheur qui nous presse, Que j'ai pitié de toi, déplorable princesse! Avant que le soleil ait fait encore un tour, 695 Ta perte inévitable achève ton amour[1063]. Ton destin te trahit, et ta beauté fatale Sous l'appas d'un hymen t'expose à ta rivale; Ton sceptre est impuissant à vaincre son effort, Et le jour de sa fuite est celui de ta mort[1064]. 700 Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre: Un mot du haut des cieux fait descendre le foudre; Les mers, pour noyer tout, n'attendent que sa loi; La terre offre à s'ouvrir sous le palais du Roi; L'air tient les vents tous prêts à suivre sa colère, 705 Tant la nature esclave a peur de lui déplaire; Et si ce n'est assez de tous les éléments, Les enfers vont sortir à ses commandements. Moi, bien que mon devoir m'attache à son service, Je lui prête à regret un silence complice: 710 D'un louable desir mon coeur sollicité Lui feroit avec joie une infidélité; Mais loin de s'arrêter, sa rage découverte A celle de Créuse ajouteroit ma perte; Et mon funeste avis ne serviroit de rien 715 Qu'à confondre mon sang dans les bouillons du sien. D'un mouvement contraire à celui de mon âme, La crainte de la mort m'ôte celle du blâme; Et ma timidité s'efforce d'avancer[1065] Ce que hors du péril je voudrois traverser. 720

SCÈNE II.

JASON, NÉRINE.

JASON.

Nérine, eh bien! que dit, que fait notre exilée[1066]? Dans ton cher entretien s'est-elle consolée[1067]? Veut-elle bien céder à la nécessité?

NÉRINE.

Je trouve en son chagrin moins d'animosité; De moment en moment son âme plus humaine 725 Abaisse sa colère, et rabat de sa haine: Déjà son déplaisir ne vous[1068] veut plus de mal.

JASON.