Œuvres de P. Corneille, Tome 02

Part 17

Chapter 173,555 wordsPublic domain

Ciel! à tant de malheurs m'aviez-vous destiné? Faut-il que d'un dessein si juste que le nôtre La peine soit pour nous, et les fruits pour un autre, 630 Et que notre artifice ait si mal succédé, Qu'il me dérobe un bien qu'Alidor m'a cédé? Officieux ami d'un amant déplorable, Que tu m'offres en vain cet objet adorable! Qu'en vain de m'en saisir ton adresse entreprend! 635 Ce que tu m'as donné, Doraste le surprend. Tandis qu'il me supplante, une soeur me cajole; Elle me tient les mains cependant qu'il me vole. On me joue, on me brave, on me tue, on s'en rit: L'un me vante son heur, l'autre son trait d'esprit; 640 L'un et l'autre à la fois me perd, me désespère, Et je puis épargner ou la soeur ou le frère! Être sans Angélique, et sans ressentiment! Avec si peu de coeur aimer si puissamment[753]! Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse? Craignois-tu d'avouer une telle maîtresse? Et cachois-tu l'excès de ton affection Par honte, par dépit, ou par discrétion[754]? Pouvois-tu desirer occasion plus belle[755] Que le nom d'Alidor à venger ta querelle? 650 Si pour tes feux cachés tu n'oses t'émouvoir, Laisse leurs intérêts, suis ceux de ton devoir. On supplante Alidor, du moins en apparence, Et sans ressentiment tu souffres cette offense! Ton courage est muet, et ton bras endormi! 655 Pour être amant discret, tu parois lâche ami! C'est trop abandonner ta renommée au blâme: Il faut sauver d'un coup ton honneur et ta flamme, Et l'un et l'autre ici marchent d'un pas égal; Soutenant un ami, tu t'ôtes un rival. 660 Ne diffère donc plus ce que l'honneur commande[756], Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende[757]. Il faut....

SCÈNE IV.

ALIDOR, CLÉANDRE.

ALIDOR.

Eh bien! Cléandre, ai-je su t'obliger?

CLÉANDRE.

Pour m'avoir obligé, que je vais t'affliger! Doraste a pris le temps des dépits d'Angélique. 665

ALIDOR.

Après?

CLÉANDRE.

Après cela tu veux que je m'explique[758]?

ALIDOR.

Qu'en a-t-il obtenu?

CLÉANDRE.

Par delà son espoir: Il l'épouse demain, lui donne bal ce soir[759]; Juge, juge par là si mon mal est extrême.

ALIDOR.

En es-tu bien certain?

CLÉANDRE.

J'ai tout su de lui-même. 670

ALIDOR.

Que je serois heureux si je ne t'aimois point! Ton malheur auroit mis mon bonheur à son point[760]; La prison d'Angélique auroit rompu la mienne. Quelque empire sur moi que son visage obtienne, Ma passion fût morte avec sa liberté; 675 Et trop vain pour souffrir qu'en sa captivité Les restes d'un rival m'eussent enchaîné l'âme[761], Les feux de son hymen auroient éteint ma flamme. Pour forcer sa colère à de si doux effets, Quels efforts, cher ami, ne me suis-je point faits! 680 Malgré tout mon amour, prendre un orgueil farouche[762], L'adorer dans le coeur, et l'outrager de bouche; J'ai souffert ce supplice, et me suis feint léger, De honte et de dépit de ne pouvoir changer. Et je vois, près du but où je voulois prétendre, 685 Les fruits de mon travail n'être pas pour Cléandre! A ces conditions mon bonheur me déplaît: Je ne puis être heureux, si Cléandre ne l'est. Ce que je t'ai promis ne peut être à personne: Il faut que je périsse ou que je te le donne. 690 J'aurai trop de moyens de te garder ma foi[763]; Et malgré les destins Angélique est à toi.

CLÉANDRE.

Ne trouble point pour moi le repos de ton âme[764]: Il t'en coûteroit trop pour avancer ma flamme. Sans que ton amitié fasse un second effort, 695 Voici de qui j'aurai ma maîtresse ou la mort: Si Doraste a du coeur, il faut qu'il la défende, Et que l'épée au poing il la gagne ou la rende.

ALIDOR.

Simple, par le chemin que tu penses tenir, Tu la lui peux ôter, mais non pas l'obtenir. 700 La suite des duels ne fut jamais plaisante: C'étoit ces jours passés ce que disoit Théante[765]. Je veux prendre un moyen et plus court et plus seur[766], Et sans aucun péril t'en rendre possesseur. Va-t'en donc, et me laisse auprès de ta maîtresse[767] 705 De mon reste d'amour faire jouer l'adresse.

CLÉANDRE.

Cher ami....

ALIDOR.

Va-t'en, dis-je, et par tes compliments Cesse de t'opposer à tes contentements: Désormais en ces lieux tu ne fais que me nuire.

CLÉANDRE.

Je vais donc te laisser ma fortune à conduire[768]. 710 Adieu: puissé-je avoir les moyens à mon tour De faire autant pour toi que toi pour mon amour!

ALIDOR, seul.

Que pour ton amitié je vais souffrir de peine! Déjà presque échappé, je rentre dans ma chaîne. Il faut encore un coup, m'exposant à ses yeux, 715 Reprendre de l'amour, afin d'en donner mieux. Mais reprendre un amour dont je veux me défaire[769], Qu'est-ce qu'à mes desseins un chemin tout contraire? Allons-y toutefois, puisque je l'ai promis, Et que la peine est douce à qui sert ses amis[770]. 720

SCÈNE V.

ANGÉLIQUE, dans son cabinet.

Quel malheur partout m'accompagne! Qu'un indiscret hymen me venge à mes dépens! Que de pleurs en vain je répands, Moins pour ce que je perds que pour ce que je gagne! L'un m'est plus doux que l'autre, et j'ai moins de tourment Du crime d'Alidor que de son châtiment[771].

Ce traître alluma donc ma flamme! Je puis donc consentir à ces tristes accords! Hélas! par quelques vains efforts[772] Que je me fasse jour jusqu'au fond de mon âme, 730 J'y trouve seulement, afin de me punir, Le dépit du passé, l'horreur de l'avenir.

SCÈNE VI.

ANGÉLIQUE, ALIDOR.

ANGÉLIQUE[773].

Où viens-tu, déloyal? avec quelle impudence Oses-tu redoubler mes maux par ta présence! Qui te donne le front de surprendre mes pleurs[774]? 735 Cherches-tu de la joie à même mes douleurs? Et peux-tu conserver une âme assez hardie Pour voir ce qu'à mon coeur coûte ta perfidie? Après que tu m'as fait un insolent aveu De n'avoir plus pour moi ni de foi ni de feu, 740 Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable, Que ton feint repentir m'en donne un véritable? Va, va, n'espère rien de tes submissions[775]; Porte-les à l'objet de tes affections; Ne me présente plus les traits qui m'ont déçue; 745 N'attaque point mon coeur en me blessant la vue. Penses-tu que je sois, après ton changement, Ou sans ressouvenir, ou sans ressentiment? S'il te souvient encor de ton brutal caprice, Dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice? 750 Garde un exil si cher à tes légèretés: Je ne veux plus savoir de toi mes vérités. Quoi? tu ne me dis mot! Crois-tu que ton silence Puisse de tes discours réparer l'insolence? Des pleurs effacent-ils un mépris si cuisant? 755 Et ne t'en dédis-tu, traître, qu'en te taisant? Pour triompher de moi veux-tu, pour toutes armes, Employer des soupirs et de muettes larmes? Sur notre amour passé c'est trop te confier[776]; Du moins dis quelque chose à te justifier; 760 Demande le pardon que tes regards m'arrachent; Explique leurs discours, dis-moi ce qu'ils me cachent. Que mon courroux est foible! et que leurs traits puissants Rendent des criminels aisément innocents! Je n'y puis résister, quelque effort que je fasse; 765 Et de peur de me rendre, il faut quitter la place[777].

ALIDOR la retient comme elle veut s'en aller[778].

Quoi! votre amour renaît, et vous m'abandonnez[779]! C'est bien là me punir quand vous me pardonnez. Je sais ce que j'ai fait, et qu'après tant d'audace Je ne mérite pas de jouir de ma grâce; 770 Mais demeurez du moins, tant que vous ayez su Que par un feint mépris votre amour fut déçu, Que je vous fus fidèle en dépit de ma lettre; Qu'en vos mains seulement on la devoit remettre; Que mon dessein n'alloit qu'à voir vos mouvements, 775 Et juger de vos feux par vos ressentiments. Dites, quand je la vis entre vos mains remise, Changeai-je de couleur? eus-je quelque surprise? Ma parole plus ferme et mon port assuré Ne vous montroient-ils pas un esprit préparé[780]? 780 Que Clarine vous die, à la première vue, Si jamais de mon change elle s'est aperçue. Ce mauvais compliment flattoit mal ses appas[781]: Il vous faisoit outrage, et ne l'obligeoit pas; Et ses termes piquants, mal conçus pour lui plaire, 785 Au lieu de son amour, cherchoient votre colère.

ANGÉLIQUE.

Cesse de m'éclaircir sur ce triste secret[782]; En te montrant fidèle, il accroît mon regret: Je perds moins, si je crois ne perdre qu'un volage, Et je ne puis sortir d'erreur qu'à mon dommage. 790 Que me sert de savoir que tes voeux sont constants[783]? Que te sert d'être aimé, quand il n'en est plus temps?

ALIDOR.

Aussi je ne viens pas pour regagner votre âme[784]: Préférez-moi Doraste, et devenez sa femme. Je vous viens, par ma mort, en donner le pouvoir: 795 Moi vivant, votre foi ne le peut recevoir; Elle m'est engagée, et quoi que l'on vous die, Sans crime elle ne peut durer moins que ma vie. Mais voici qui vous rend l'une et l'autre à la fois[785].

ANGÉLIQUE.

Ah! ce cruel discours me réduit aux abois. 800 Ma colère a rendu ma perte inévitable[786], Et je déteste en vain ma faute irréparable.

ALIDOR.

Si vous avez du coeur, on la peut réparer.

ANGÉLIQUE.

On nous doit dès demain pour jamais séparer[787]: Que puis-je à de tels maux appliquer pour remède? 805

ALIDOR.

Ce qu'ordonne l'amour aux âmes qu'il possède. Si vous m'aimez encor, vous saurez dès ce soir Rompre les noirs effets d'un juste désespoir. Quittez avec le bal vos malheurs pour me suivre, Ou soudain à vos yeux je vais cesser de vivre. 810 Mettrez-vous en ma mort votre contentement?

ANGÉLIQUE.

Non, mais que dira-t-on d'un tel emportement[788]?

ALIDOR.

Est-ce là donc le prix de vous avoir servie? Il y va de votre heur, il y va de ma vie, Et vous vous arrêtez à ce qu'on en dira! 815 Mais faites désormais tout ce qu'il vous plaira: Puisque vous consentez plutôt à vos supplices Qu'à l'unique moyen de payer mes services, Ma mort va me venger de votre peu d'amour; Si vous n'êtes à moi, je ne veux plus du jour. 820

ANGÉLIQUE.

Retiens ce coup fatal; me voilà résolue: Use sur tout mon coeur de puissance absolue[789]: Puisqu'il est tout à toi, tu peux tout commander; Et contre nos malheurs j'ose tout hasarder[790]. Cet éclat du dehors n'a rien qui m'embarrasse; 825 Mon honneur seulement te demande une grâce: Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main Puissent justifier ma fuite et ton dessein; Que mes parents surpris trouvent ici ce gage, Qui les rende assurés d'un heureux mariage, 830 Et que je sauve ainsi ma réputation Par la sincérité de ton intention. Ma faute en sera moindre, et mon trop de constance[791] Paroîtra seulement fuir une violence.

ALIDOR.

Enfin par ce dessein vous me ressuscitez[792]: 835 Agissez pleinement dessus mes volontés. J'avois pour votre honneur la même inquiétude, Et ne pourrois d'ailleurs qu'avec ingratitude, Voyant ce que pour moi votre flamme résout, Dénier quelque chose à qui m'accorde tout. 840 Donnez-moi: sur-le-champ je vous veux satisfaire.

ANGÉLIQUE.

Il vaut mieux que l'effet à tantôt se diffère. Je manque ici de tout, et j'ai le coeur transi[793] De crainte que quelqu'un ne te découvre ici. Mon dessein généreux fait naître cette crainte; 845 Depuis qu'il est formé, j'en ai senti l'atteinte. Quitte-moi, je te prie, et coule-toi sans bruit[794].

ALIDOR.

Puisque vous le voulez, adieu, jusqu'à minuit.

ANGÉLIQUE.

(Alidor s'en va et Angélique continue[795].)

Que promets-tu, pauvre aveuglée? A quoi t'engage ici ta folle passion? 850 Et de quelle indiscrétion Ne s'accompagne point ton ardeur déréglée? Tu cours à ta ruine, et vas tout hasarder Sur la foi d'un amant qui n'en sauroit garder[796].

Je me trompe, il n'est point volage; 855 J'ai vu sa fermeté, j'en ai cru ses soupirs; Et si je flatte mes desirs, Une si douce erreur n'est qu'à mon avantage. Me manquât-il de foi, je la lui dois garder, Et pour perdre Doraste il faut tout hasarder. 860

ALIDOR, sortant de la porte d'Angélique, et repassant sur le théâtre.

Cléandre, elle est à toi; j'ai fléchi son courage. Que ne peut l'artifice, et le fard du langage? Et si pour un ami ces effets je produis, Lorsque j'agis pour moi, qu'est-ce que je ne puis?

SCÈNE VII.

PHYLIS.

Alidor à mes yeux sort de chez Angélique[797], 865 Comme s'il y gardoit encor quelque pratique; Et même, à son visage, il semble assez content. Auroit-il regagné cet esprit inconstant? Oh! qu'il feroit bon voir que cette humeur volage Deux fois en moins d'une heure eût changé de courage! Que mon frère en tiendroit, s'ils s'étoient mis d'accord[798]! Il faut qu'à le savoir je fasse mon effort. Ce soir, je sonderai les secrets de son âme; Et si son entretien ne me trahit sa flamme, J'aurai l'oeil de si près dessus ses actions, 875 Que je m'éclaircirai de ses intentions.

SCÈNE VIII.

PHYLIS, LYSIS.

PHYLIS.

Quoi? Lysis, ta retraite est de peu de durée!

LYSIS.

L'heure de mon congé n'est qu'à peine expirée; Mais vous voyant ici sans frère et sans amant....

PHYLIS.

N'en présume pas mieux pour ton contentement. 880

LYSIS.

Et d'où vient à Phylis une humeur si nouvelle?

PHYLIS.

Vois-tu, je ne sais quoi me brouille la cervelle. Va, ne me conte rien de ton affection: Elle en auroit fort peu de satisfaction.

LYSIS.

Cependant sans parler il faut que je soupire[799]? 885

PHYLIS.

Réserve pour le bal ce que tu me veux dire.

LYSIS.

Le bal, où le tient-on?

PHYLIS.

Là dedans.

LYSIS.

Il suffit; De votre bon avis je ferai mon profit.

FIN DU TROISIÈME ACTE.

FOOTNOTES:

[745] _Var._ Qui reçoit tout le monde avec même visage. (1648)

[746] _Var._ Vu qu'il ne me dit mot et ne suit point mes pas. (1637-57)

[747] L'édition de 1682 donne seule _fidélité_, pour _civilité_: c'est une faute évidente, que Thomas Corneille s'est gardé de reproduire en 1692.

[748] _Var._ DORASTE, _sortant de chez Angélique_. (1637-60)

[749] _Var._ Demain un sacré noeud me joint à cette belle; Dis-lui qu'il se console. Adieu: je vais pourvoir A tout ce qu'il faudra préparer pour ce soir. PHYL. Nous voilà donc de bal! Dieu nous fera la grâce. (1637-57)

[750] On lit ici dans l'édition de 1692: PHYLIS, _à Cléandre_, indication qui n'est point inutile.

[751] _Var._ D'en trouver là cinquante à qui donner la place. (1637)

[752] _Affiné_, trompé, dupé. Voyez tome I, p. 190, note 3.

[753] _Var._ [Avec si peu de coeur aimer si puissamment!] Que faisiez-vous, mes bras? que faisiez-vous, ma lame? N'osiez-vous mettre au jour les secrets de mon âme? N'osiez-vous leur montrer ce qu'ils m'ont fait de mal? N'osiez-vous découvrir à Doraste un rival? [Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?] Craignois-tu de rougir d'une telle maîtresse? (1637-57)

[754] _Var._ Par honte, par respect, ou par discrétion? (1637)

[755] _Var._ Avec quelque raison ou quelque violence, Que l'un de ces motifs t'obligeât au silence, Pour faire à ce rival sentir quel est ton bras, L'intérêt d'un ami ne suffisoit-il pas? Pouvois-tu desirer d'occasion plus belle. (1637-57)

[756] Ce vers se retrouve, à un mot près, dans _le Cid_, acte III, scène III:

Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne.

[757] _Var._ [Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende.] Veux-tu pour le défendre une plus douce loi? Si tu combats pour lui, les fruits en sont pour toi. J'y suis tout résolu, Doraste, il la faut rendre; Tu sauras ce que c'est de supplanter Cléandre: Tout l'univers armé pour te la conserver De mes jaloux efforts ne te pourroit sauver. Qu'est-ce-ci, ma fureur? est-il temps de paroître? Quand tu manques d'objets, tu commences à naître: C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit t'exciter, C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit m'emporter. Puisque, un rival présent, trop foible, tu recules, Tes mouvements tardifs deviennent ridicules, Et quoi qu'à ces transports promette ma valeur, A peine les effets préviendront mon malheur. Pour rompre en honnête homme un hymen si funeste, Je n'ai plus désormais qu'un peu de jour qui reste; Autrement il me faut affronter ce rival, Au péril de cent morts, au milieu de son bal: Aucune occasion ailleurs ne m'est offerte; Il lui faut tout quitter, ou me perdre en sa perte. [Il faut....] (1637-57)

[758] _Var._ Après cela veux-tu que je m'explique? (1637-57)

[759] _Var._ Si bien qu'après le bal qu'il lui donne ce soir, Leur hymen accompli rend mon malheur extrême. (1637-57)

[760] _Var._ Cet hymen auroit mis mon bonheur à son point[760-a]. (1637-57)

[760-a] L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «à ce point.»

[761] _Var._ Les restes d'un rival eussent fait mon servage, Elle eût perdu mon coeur avec son pucelage. (1637 et 44) _Var._ Les restes d'un rival captivassent mon âme, Elle eût perdu mon coeur en devenant sa femme. (1648)

[762] _Var._ Me feindre tout de glace, et n'être que de flamme, La mépriser de bouche et l'adorer dans l'âme. (1637-57)

[763] _Var._ J'aurai trop de moyens à te garder ma foi. (1637, 44 et 52-57)

[764] _Var._ Ne trouble point, ami, ton repos pour mon aise: Crois-tu qu'à tes dépens aucun bonheur me plaise? (1637-57)

[765] Allusion à ces vers de _la Suivante_ (649-652, p. 160):

Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive, De sa possession l'un et l'autre il nous prive, Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit, Tandis que de sa peine un troisième a le fruit.

--Voyez pour d'autres rapprochements du même genre, tome I, p. 446, note 2.

[766] _Var._ Il faut prendre un chemin et plus court et plus seur[766-a]: Je veux sans coup férir t'en rendre possesseur. (1637) _Var._ Je veux prendre un chemin et plus court et plus seur. (1644-60)

[766-a] Voyez tome I, p. 190, note 5.

[767] _Var._ Va-t'en donc, et me laisse auprès de cette belle Employer le pouvoir qui me reste sur elle. (1637-57)

[768] _Var._ Je te vais donc laisser ma fortune à conduire. (1637-57)

[769] _Var._ Mais reprendre un amour dont je me veux défaire. (1637-57)

[770] _Var._ Toute peine est fort douce à qui sert ses amis[770-a]. (1637-57)

[770-a] Voyez la fin de l'_Examen_, p. 223.

[771] _Var._ Du forfait d'Alidor que de son châtiment. (1637-57)

[772] _Var._ Et par quelques puissants efforts Que de tous sens je tourne et retourne mon âme. (1637-57) _Var._ Hélas! par quelques pleins efforts. (1660-68)

[773] _Var._ ANGÉLIQUE, _voyant Alidor entrer en son cabinet_. (1637)

[774] _Var._ Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs? Qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs? Est-il dit que tes yeux te mettront hors de doute, Et t'apprendront combien ta trahison me coûte? Après qu'effrontément ton aveu m'a fait voir Qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir, [Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable.] (1637-57)

[775] _Var._ Va, va, n'espère rien de ces submissions. (1637-48) _Var._ Va, va, n'espère rien de ses submissions. (1652-57)

[776] _Var._ Sur notre amour passé c'est à trop te fier. (1637) _Var._ Sur notre amour passé c'est là trop te fier. (1644-57)

[777] _Var._ Comme vaincue il faut que je quitte la place. (1637-57)

[778] _Var._ _Elle veut sortir du cabinet, mais Alidor la retient._ (1637, en marge.)--ALIDOR, _la retenant_. (1644-60)

[779] _Var._ Ma chère âme, mon tout, quoi! vous m'abandonnez! (1637--57)

[780] _Var._ Ne vous montroit-il pas un esprit préparé? (1652-57)

[781] _Var._ Aussi mon compliment flattoit mal ses appas: Il vous offensoit bien, mais ne l'obligeoit pas. (1637-57)

[782] _Var._ Cesse de m'éclaircir dessus un tel secret. (1637-57)

[783] _Var._ Que me sert de savoir si tes voeux sont constants? (1637-57)

[784] _Var._ Aussi ne viens-je pas pour regagner votre âme. (1637-57)

[785] _Var._ Mais voici qui vous rend l'un et l'autre à la fois. (1652-60)

[786] _Var._ Dans ma prompte vengeance à jamais misérable, Que je déteste en vain ma faute irréparable! (1637-57)

[787] _Var._ C'est demain qu'on nous doit pour jamais séparer: En ce piteux état que veux-tu que je fasse? ALID. Ah! ce discours ne part que d'un coeur tout de glace. Son, non, résolvez-vous: il vous faut à ce soir Montrer votre courage, ou moi mon désespoir. (1637-57)

[788] _Var._ Non, mais que dira-t-on d'un tel enlèvement? (1637-57)

[789] _Var._ Dessus mes volontés ta puissance absolue Peut disposer de moi, peut tout me commander. Mon honneur, en tes mains prêt à se hasarder, Par un trait si hardi quelque tort qu'il se fasse, Y consent toutefois, et ne veut qu'une grâce: [Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main] Justifient aux miens ma fuite et ton dessein; Qu'ils puissent, me cherchant, trouver ici ce gage, Qui les rende assurés de notre mariage; Que la sincérité de ton intention Conserve, mise au jour, ma réputation. (1637-57)

[790] _Var._ Pour vaincre nos malheurs j'ose tout hasarder. (1660)

[791] _Var._ Ma faute en sera moindre, et hors de l'impudence. (1637-60)

[792] _Var._ Ma reine, enfin par là vous me ressuscitez. (1637-57)

[793] _Var._ Je manque ici de tout, et j'ai peur, mon souci, Que quelqu'un par malheur ne te surprenne ici. (1637-57)

[794] _Var._ Va, quitte-moi, ma vie, et te coule sans bruit. ALID. Adieu donc, ma chère âme. ANG. Adieu, jusqu'à minuit. (1637-57)

[795] _Var._ ANGÉLIQUE, _seule en son cabinet_. (1637, en marge.)

[796] _Var._ Sur la foi de celui qui n'en sauroit garder. (1637-57)

[797] _Var._ D'où provient qu'Alidor sort de chez Angélique? Auroit-il avec elle encor quelque pratique? Son visage n'a rien que d'un homme content. (1637-57)

[798] _Var._ Que mon frère en tiendroit, s'ils étoient mis d'accord! (1657)

[799] _Var._ Puisque vous le voulez, adieu, je me retire. (1637-57)

ACTE IV.

SCÈNE PREMIÈRE.

ALIDOR, CLÉANDRE, TROUPE D'ARMÉS[800].

ALIDOR.

(L'acte est dans la nuit, et Alidor dit ce premier vers[801] à Cléandre; et l'ayant fait retirer avec sa troupe, il continue seul.)