Œuvres de P. Corneille, Tome 02

Part 16

Chapter 163,338 wordsPublic domain

ANGÉLIQUE.

Le sujet? lis, parjure; Et puis accuse-moi de te faire une injure!

ALIDOR lit la lettre entre les mains d'Angélique.

LETTRE SUPPOSÉE D'ALIDOR A CLARINE.

_Clarine, je suis tout à vous; Ma liberté vous rend les armes: Angélique n'a point de charmes 345 Pour me défendre de vos coups; Ce n'est qu'une idole mouvante; Ses yeux sont sans vigueur, sa bouche sans appas: Alors que je l'aimai, je ne la connus pas[712]; Et de quelques attraits que ce monde vous vante[713], 350 Vous devez mes affections Autant à ses défauts qu'à vos perfections._

ANGÉLIQUE.

Eh bien! ta perfidie est-elle en évidence[714]?

ALIDOR.

Est-ce là tant de quoi?

ANGÉLIQUE.

Tant de quoi! l'impudence! Après mille serments il me manque de foi, 355 Et me demande encor si c'est là tant de quoi! Change si tu le veux: je n'y perds qu'un volage; Mais en m'abandonnant laisse en paix mon visage; Oublie avec ta foi ce que j'ai de défauts; N'établis point tes feux sur le peu que je vaux; 360 Fais que, sans m'y mêler, ton compliment s'explique, Et ne le grossis point du mépris d'Angélique.

ALIDOR.

Deux mots de vérité vous mettent bien aux champs!

ANGÉLIQUE.

Ciel, tu ne punis point des hommes si méchants! Ce traître vit encore, il me voit, il respire, 365 Il m'affronte, il l'avoue, il rit quand je soupire.

ALIDOR.

Vraiment le ciel a tort de ne vous pas donner Lorsque vous tempêtez, sa foudre à gouverner[715]; Il devroit avec vous être d'intelligence.

(Angélique déchire la lettre et en jette les morceaux, et Alidor continue[716].)

Le digne et grand objet d'une haute vengeance! 370 Vous traitez du papier avec trop de rigueur.

ANGÉLIQUE.

Que n'en puis-je autant faire à ton perfide coeur[717]!

ALIDOR.

Qui ne vous flatte point puissamment vous irrite. Pour dire franchement votre peu de mérite, Commet-on des forfaits si grands et si nouveaux[718] 375 Qu'on doive tout à l'heure être mis en morceaux? Si ce crime autrement ne sauroit se remettre,

(Il lui présente aux yeux un miroir qu'elle porte à sa ceinture[719].)

Cassez: ceci vous dit encor pis que ma lettre.

ANGÉLIQUE.

S'il me dit mes défauts autant ou plus que toi, Déloyal, pour le moins il n'en dit rien qu'à moi: 380 C'est dedans son cristal que je les étudie; Mais après il s'en tait, et moi j'y remédie; Il m'en donne un avis sans me les reprocher, Et me les découvrant, il m'aide à les cacher.

ALIDOR.

Vous êtes en colère, et vous dites des pointes. 385 Ne présumiez-vous point que j'irois, à mains jointes, Les yeux enflés de pleurs, et le coeur de soupirs, Vous faire offre à genoux de mille repentirs? Que vous êtes à plaindre étant si fort déçue!

ANGÉLIQUE.

Insolent! ôte-toi pour jamais de ma vue. 390

ALIDOR.

Me défendre vos yeux après mon changement, Appelez-vous cela du nom de châtiment? Ce n'est que me bannir du lieu de mon supplice; Et ce commandement est si plein de justice, Que bien que je renonce à vivre sous vos lois[720], 395 Je vais vous obéir pour la dernière fois.

SCÈNE III.

ANGÉLIQUE.

Commandement honteux, où ton obéissance N'est qu'un signe trop clair de mon peu de puissance, Où ton banissement a pour toi des appas, Et me devient cruel de ne te l'être pas! 400 A quoi se résoudra désormais ma colère, Si ta punition te tient lieu de salaire? Que mon pouvoir me nuit! et qu'il m'est cher vendu! Voilà ce que me vaut d'avoir trop attendu[721]: Je devois prévenir ton outrageux caprice; 405 Mon bonheur dépendoit de te faire injustice. Je chasse un fugitif avec trop de raison, Et lui donne les champs quand il rompt sa prison. Ah! que n'ai-je eu des bras à suivre mon courage! Qu'il m'eût bien autrement réparé cet outrage! 410 Que j'eusse retranché de ses propos railleurs! Le traître n'eût jamais porté son coeur ailleurs: Puisqu'il m'étoit donné, je m'en fusse saisie; Et sans prendre conseil que de ma jalousie, Puisqu'un autre portrait en efface le mien, 415 Cent coups auroient chassé ce voleur de mon bien. Vains projets, vains discours, vaine et fausse allégeance! Et mes bras et son coeur manquent à ma vengeance! Ciel, qui m'en vois donner de si justes sujets, Donne-m'en des moyens, donne-m'en des objets. 420 Où me dois-je adresser? Qui doit porter sa peine? Qui doit à son défaut m'éprouver inhumaine? De mille désespoirs mon coeur est assailli; Je suis seule punie, et je n'ai point failli. Mais j'ose faire au ciel une injuste querelle[722]; 425 Je n'ai que trop failli d'aimer un infidèle, De recevoir un traître, un ingrat, sous ma loi, Et trouver du mérite en qui manquoit de foi. Ciel, encore une fois, écoute mon envie: Ote-m'en la mémoire ou le prive de vie; 430 Fais que de mon esprit je puisse le bannir[723], Ou ne l'avoir que mort dedans mon souvenir. Que je m'anime en vain contre un objet aimable! Tout criminel qu'il est, il me semble adorable; Et mes souhaits, qu'étouffe un soudain repentir, 435 En demandant sa mort n'y sauroient consentir. Restes impertinents d'une flamme insensée, Ennemis de mon heur, sortez de ma pensée, Ou si vous m'en peignez encore quelques traits, Laissez là ses vertus, peignez-moi ses forfaits. 440

SCÈNE IV.

ANGÉLIQUE, PHYLIS.

ANGÉLIQUE.

Le croirois-tu, Phylis? Alidor m'abandonne.

PHYLIS.

Pourquoi non? je n'y vois rien du tout qui m'étonne, Rien qui ne soit possible, et de plus fort commun. La constance est un bien qu'on ne voit en pas un: Tout change sous les cieux, mais partout bon remède[724].

ANGÉLIQUE.

Le ciel n'en a point fait au mal qui me possède.

PHYLIS.

Choisis de mes amants, sans t'affliger si fort, Et n'appréhende pas de me faire grand tort: J'en pourrois, au besoin, fournir toute la ville, Qu'il m'en demeureroit encor plus de deux mille[725]. 450

ANGÉLIQUE.

Tu me ferois mourir avec de tels propos; Ah! laisse-moi plutôt soupirer en repos, Ma soeur.

PHYLIS.

Plût au bon Dieu que tu voulusses l'être!

ANGÉLIQUE.

Eh quoi, tu ris encor! c'est bien faire paroître....

PHYLIS.

Que je ne saurois voir d'un visage affligé 455 Ta cruauté punie, et mon frère vengé. Après tout, je connois quelle est ta maladie: Tu vois comme Alidor est plein de perfidie; Mais je mets dans deux jours ma tête à l'abandon, Au cas qu'un repentir n'obtienne son pardon. 460

ANGÉLIQUE.

Après que cet ingrat me quitte pour Clarine?

PHYLIS.

De le garder longtemps elle n'a pas la mine, Et j'estime si peu ces nouvelles amours, Que je te plége[726] encor son retour dans deux jours; Et lors ne pense pas, quoi que tu te proposes, 465 Que de tes volontés devant lui tu disposes. Prépare tes dédains, arme-toi de rigueur, Une larme, un soupir te percera le coeur[727]; Et je serai ravie alors de voir vos flammes Brûler mieux que devant, et rejoindre vos âmes. 470 Mais j'en crains un succès à ta confusion[728]: Qui change une fois change à toute occasion; Et nous verrons toujours, si Dieu le laisse vivre, Un change, un repentir, un pardon, s'entre-suivre. Ce dernier est souvent l'amorce d'un forfait, 475 Et l'on cesse de craindre un courroux sans effet.

ANGÉLIQUE.

Sa faute a trop d'excès pour être rémissible, Ma soeur; je ne suis pas de la sorte insensible; Et si je présumois que mon trop de bonté Pût jamais se résoudre à cette lâcheté, 480 Qu'un si honteux pardon pût suivre cette offense, J'en préviendrois le coup, m'en ôtant la puissance. Adieu: dans la colère où je suis aujourd'hui, J'accepterois plutôt un barbare que lui.

SCÈNE V.

PHYLIS, DORASTE.

PHYLIS[729].

Il faut donc se hâter qu'elle ne refroidisse. 485

(Elle frappe du pied à la porte de son logis, et fait sortir son frère.)

Frère, quelque inconnu t'a fait un bon office[730]: Il ne tiendra qu'à toi d'être un second Médor[731]; On a fait qu'Angélique....

DORASTE.

Eh bien?

PHYLIS.

Hait Alidor.

DORASTE.

Elle hait Alidor! Angélique!

PHYLIS.

Angélique.

DORASTE.

D'où lui vient cette humeur? qui les a mis en pique? 490

PHYLIS.

Si tu prends bien ton temps, il y fait bon pour toi. Va, ne t'amuse point à savoir le pourquoi; Parle au père d'abord: tu sais qu'il te souhaite; Et s'il ne s'en dédit, tiens l'affaire pour faite.

DORASTE.

Bien qu'un si bon avis ne soit à mépriser, 495 Je crains....

PHYLIS.

Lysis m'aborde, et tu me veux causer! Entre chez Angélique, et pousse ta fortune: Quand je vois un amant, un frère m'importune.

SCÈNE VI.

LYSIS, PHYLIS.

LYSIS.

Comme vous le chassez!

PHYLIS.

Qu'eût-il fait avec nous? Mon entretien sans lui te semblera plus doux: 500 Tu pourras t'expliquer avec moins de contrainte, Me conter de quels feux tu te sens l'âme atteinte, Et ce que tu croiras propre à te soulager. Regarde maintenant si je sais t'obliger.

LYSIS.

Cette obligation seroit bien plus extrême, 505 Si vous vouliez traiter tous mes rivaux de même; Et vous feriez bien plus pour mon contentement, De souffrir avec vous vingt frères qu'un amant.

PHYLIS.

Nous sommes donc, Lysis, d'une humeur bien contraire: J'y souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère[732]; 510 Et puisque nos esprits ont si peu de rapport, Je m'étonne comment nous nous aimons si fort.

LYSIS.

Vous êtes ma maîtresse, et mes flammes discrètes[733] Doivent un tel respect aux lois que vous me faites, Que pour leur obéir mes sentiments domptés 515 N'osent plus se régler que sur vos volontés.

PHYLIS.

J'aime des serviteurs qui pour une maîtresse Souffrent ce qui leur nuit, aiment ce qui les blesse. Si tu vois quelque jour tes feux récompensés, Souviens-toi.... Qu'est-ce-ci? Cléandre, vous passez? 520

(Cléandre va pour entrer chez Angélique, et Phylis l'arrête[734].)

SCÈNE VII

CLÉANDRE, PHYLIS, LYSIS.

CLÉANDRE.

Il me faut bien passer, puisque la place est prise.

PHYLIS.

Venez: cette raison est de mauvaise mise. D'un million d'amants je puis flatter les voeux[735], Et n'aurois pas l'esprit d'en entretenir deux? Sortez de cette erreur, et souffrant ce partage, 525 Ne faites pas ici l'entendu davantage.

CLÉANDRE.

Le moyen que je sois insensible à ce point?

PHYLIS.

Quoi! pour l'entretenir, ne vous aimé-je point?

CLÉANDRE.

Encor que votre ardeur à la mienne réponde, Je ne veux plus d'un bien commun à tout le monde. 530

PHYLIS.

Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous, Je n'aime, pour le moins, personne plus que vous: Cela vous doit suffire.

CLÉANDRE.

Oui bien, à des volages Qui peuvent en un jour adorer cent visages; Mais ceux dont un objet possède tous les soins, 535 Se donnant tous entiers, n'en méritent pas moins.

PHYLIS.

De vrai, si vous valiez beaucoup plus que les autres, Je devrois dédaigner leurs voeux auprès des vôtres[736]; Mais mille aussi bien faits ne sont pas mieux traités, Et ne murmurent point contre mes volontés. 540 Est-ce à moi, s'il vous plaît, de vivre à votre mode? Votre amour, en ce cas, seroit fort incommode; Loin de la recevoir, vous me feriez la loi: Qui m'aime de la sorte, il s'aime, et non pas moi.

LYSIS, à Cléandre.

Persiste en ton humeur, je te prie, et conseille 545 A tous nos concurrents d'en prendre une pareille.

CLÉANDRE.

Tu seras bientôt seul, s'ils veulent m'imiter.

PHYLIS.

Quoi donc! c'est tout de bon que tu me veux quitter? Tu ne dis mot, rêveur, et pour toute réplique Tu tournes tes regards du côté d'Angélique: 550 Est-elle donc l'objet de tes légèretés[737]? Veux-tu faire d'un coup deux infidélités, Et que dans mon offense Alidor s'intéresse? Cléandre, c'est assez de trahir ta maîtresse; Dans ta nouvelle flamme épargne tes amis, 555 Et ne l'adresse point en lieu qui soit promis.

CLÉANDRE.

De la part d'Alidor je vais voir cette belle: Laisse-m'en avec lui démêler la querelle, Et ne t'informe point de mes intentions.

PHYLIS.

Puisqu'il me faut résoudre en mes afflictions, 560 Et que pour te garder j'ai trop peu de mérite, Du moins, avant l'adieu, demeurons quitte à quitte; Que ce que j'ai du tien je te le rende ici: Tu m'as offert des voeux, que je t'en offre aussi[738]; Et faisons entre nous toutes choses égales. 565

LYSIS.

Et moi, durant, ce temps, je garderai les balles[739]?

PHYLIS.

Je te donne congé d'une heure, si tu veux.

LYSIS.

Je l'accepte, au hasard de le prendre pour deux.

PHYLIS.

Pour deux, pour quatre, soit: ne crains pas qu'il m'ennuie.

SCÈNE VIII.

CLÉANDRE, PHYLIS.

PHYLIS arrête Cléandre qui tâche de s'échapper pour entrer chez Angélique[740].

Mais je ne consens pas cependant qu'on me fuie; 570 Tu perds temps d'y tâcher, si tu n'as mon congé[741]. Inhumain! est-ce ainsi que je t'ai négligé? Quand tu m'offrois des voeux prenois-je ainsi la fuite, Et rends-tu la pareille à ma juste poursuite? Avec tant de douceur tu te vis écouter, 575 Et tu tournes le dos quand je t'en veux conter!

CLÉANDRE.

Va te jouer d'un autre avec tes railleries; J'ai l'oreille mal faite à ces galanteries[742]: Ou cesse de m'aimer, ou n'aime plus que moi.

PHYLIS.

Je ne t'impose pas une si dure loi: 580 Avec moi, si tu veux, aime toute la terre, Sans craindre que jamais je t'en fasse la guerre. Je reconnois assez mes imperfections; Et quelque part que j'aye en tes affections, C'est encor trop pour moi; seulement ne rejette 585 La parfaite amitié d'une fille imparfaite.

CLÉANDRE.

Qui te rend obstinée à me persécuter?

PHYLIS.

Qui te rend si cruel que de me rebuter[743]?

CLÉANDRE.

Il faut que de tes mains un adieu me délivre.

PHYLIS.

Si tu sais t'en aller, je saurai bien te suivre; 590 Et quelque occasion qui t'amène en ces lieux, Tu ne lui diras pas grand secret à mes yeux. Je suis plus incommode encor qu'il ne te semble. Parlons plutôt d'accord, et composons ensemble. Hier un peintre excellent m'apporta mon portrait: 595 Tandis qu'il t'en demeure encore quelque trait, Qu'encor tu me connois, et que de ta pensée Mon image n'est pas tout à fait effacée, Ne m'en refuse point ton petit jugement.

CLÉANDRE.

Je le tiens pour bien fait.

PHYLIS.

Plains-tu tant un moment? Et m'attachant à toi, si je te désespère, A ce prix trouves-tu ta liberté trop chère?

CLÉANDRE.

Allons, puisque autrement je ne te puis quitter, A tel prix que ce soit il me faut racheter[744].

FIN DU SECOND ACTE.

FOOTNOTES:

[701] _Var. Tenant une lettre déployée._ (1637-60)]

[702] _Var._ Son choix mal à propos m'en a fait le porteur. Mon humeur y répugne, et quoi qu'il en advienne[702-a], J'en fais une, de peur de servir à la sienne. (1637-57)

[702-a] L'édition de 1637 donne _avienne_.

[703] _Var._ Manque aussitôt vers lui comme le sien vers vous. (1637-57)

[701] _Var._ Contre ce que je vois mon fol amour s'obstine. (1637-60)

[702] _Var._ Opposez-lui ses traits, battez-le de ses armes. (1637-63)

[703] _Var._ Surtout cachez mon nom, et ne m'exposez pas Aux infaillibles coups d'un violent trépas. (1637-57)

[704] _Var._ Ne crains rien de ma part: je sais l'invention De répondre aisément à ton intention. (1637-57)

[705] _Var._ [Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine:] S'il t'avoit ici vu, toute la vérité Paroîtroit, en dépit de ma dextérité. POL. C'est d'elle désormais que je tiendrai la vie. ANG. As-tu de la garder encore quelque envie? Ne me réplique plus, et va-t'en. (1637)

[709] _Var._ Et ceux dont Alidor paroissoit l'âme atteinte. (1637-57)

[710] _Var._ Traître, ingrat, est-ce à toi de m'aborder ainsi, Et peux-tu bien me voir sans me crier merci? (1637)

[711] _Var._ [Voilà me recevoir avec des compliments....] ANG. Bien au-dessous encor de mes ressentiments. ALID. La cause? ANG. En demander la cause! lis, parjure. (1637-57)

[712] _Var._ _Quand je la crus d'esprit, je ne la connus pas._ (1637-57)

[713] _Var._ _Et de quelques attraits que le monde vous vante._ (1637-68)

[714] _Var._ Eh bien! ta trahison est-elle en évidence? (1637-57)

[715] _Var._ Lorsque vous tempêtez, son foudre à gouverner. (1637-68)

[716] Les mots: _et Alidor continue_, manquent dans les éditions de 1637-60.

[717] _Var._ Je voudrois en pouvoir faire autant de ton coeur. (1637-57)

[718] _Var._ Commet-on envers vous des forfaits si nouveaux Qu'incontinent on doive être mis en morceaux? (1637-57)

[719] _Var._ _Qu'elle porte pendu à sa ceinture._ (1637-57)--Ces miroirs à la ceinture étaient au dix-septième siècle d'un usage général. Dans la fable de la Fontaine intitulée _l'Homme et son image_ (livre I, fable XI), on trouve à ce sujet une curieuse énumération:

Afin de le guérir, le sort officieux Présentoit partout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames Miroirs aux poches des galants, Miroirs aux ceintures des femmes.

[720] _Var._ Qu'encore qu'Alidor ne soit plus sous vos lois, Il va vous obéir pour la dernière fois. (1637-57)

[721] _Var._ Voilà, voilà que c'est d'avoir trop attendu: Je devois dès longtemps te bannir par caprice; Mon bonheur dépendoit d'une telle injustice. (1637-57)

[722] _Var._ Mais, aveugle, je prends une injuste querelle. (1637-57)

[723] _Var._ Fais que de mon esprit je le puisse bannir. (1637-57)

[724] _Var._ Tout se change ici-bas, mais partout bon remède. (1637-57)

[725] _Var._ Qu'il m'en demeureroit encore plus de mille. (1637-1657)

[726] _Pléger_, garantir. Voyez tome I, p. 176, note 3.

[727] _Var._ Une larme, un soupir te perceront le coeur. (1637-57)

[728] _Var._ Mais j'en crains un progrès à ta confusion. (1637-57)

[729] _Var._ PHYLIS, _frappant du pied à la porte de son logis, et faisant sortir Doraste_. (1644-60)--Dans l'édition de 1637, on lit en marge: _Elle frappe à sa porte, et Doraste sort._--Ce jeu de scène remplace, dans les éditions indiquées, celui qui, dans notre texte, suit le vers 485.

[730] _Var._ Frère, quelque inconnu t'a fait un bon service. (1637)

[731] Amant préféré d'Angélique, dans le _Roland furieux_ de l'Arioste.

[732] _Var._ Je souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère. (1637)

[733] _Var._ Vous êtes ma maîtresse, et moi, sous votre empire, Je dois suivre vos lois, et non y contredire[733-a], Et pour vous obéir mes sentiments domptés Se règlent seulement dessus vos volontés. PHYL. J'aime des serviteurs avec cette souplesse, Et qui peuvent aimer en moi ce qui les blesse. (1637-57)

[733-a] Je dois suivre vos lois, encor que j'en soupire. (1644-57)

[734] Les mots: _et Phylis l'arrête_, manquent dans l'édition de 1637.

[735] _Var._ D'un million d'amants je puis nourrir les feux. (1637-57)

[736] _Var._ Je devrois rejeter leurs voeux auprès des vôtres. (1637-57)

[737] _Var._ Est-ce là donc l'objet de tes légèretés? (1637-57)

[738] _Var._ Tu m'as offert des voeux, que je t'en rende aussi. (1637)

[739] Locution proverbiale tirée du jeu de paume.

[740] _Var._ PHYLIS, _arrêtant Cléandre_, etc. (1644-60)--On lit en marge, dans l'édition de 1637, où il n'y a point ici de distinction de scène: _Lysis rentre et Cléandre tâche de s'échapper et d'entrer chez Angélique._

[741] _Var._ On ne sort d'avec moi qu'avecque mon congé. (1637-57)

[742] _Var._ Je ne puis plus souffrir de ces badineries: Ne m'aime point du tout, ou n'aime rien que moi. (1637-57)

[743] _Var._ Qui te rend si cruel que de me rejeter? (1637-57)

[744] _Var._ A quel prix que ce soit il me faut racheter. (1660)

ACTE III.

SCÈNE PREMIÈRE.

PHYLIS, CLÉANDRE.

CLÉANDRE.

En ce point il ressemble à ton humeur volage, 605 Qu'il reçoit tout le monde avec même visage[745]; Mais d'ailleurs ce portrait ne te ressemble pas, En ce qu'il ne dit mot et ne suit point mes pas[746].

PHYLIS.

En quoi que désormais ma présence te nuise, La civilité veut que je te reconduise. 610

CLÉANDRE.

Mets enfin quelque borne à ta civilité[747], Et suivant notre accord me laisse en liberté.

SCÈNE II.

DORASTE, PHYLIS, CLÉANDRE.

DORASTE sort de chez Angélique[748].

Tout est gagné, ma soeur: la belle m'est acquise; */ Jamais occasion ne se trouva mieux prise; Je possède Angélique.

CLÉANDRE.

Angélique?

DORASTE.

Oui, tu peux 615 Avertir Alidor du succès de mes voeux, Et qu'au sortir du bal, que je donne chez elle, Demain un sacré noeud m'unit à cette belle[749]; Dis-lui qu'il s'en console. Adieu: je vais pourvoir A tout ce qu'il me faut préparer pour ce soir. 620

PHYLIS[750].

Ce soir j'ai bien la mine, en dépit de ta glace, D'en trouver là cinquante à qui donner ta place[751]. Va-t'en, si bon te semble, ou demeure en ces lieux: Je ne t'arrêtois pas ici pour tes beaux yeux; Mais jusqu'à maintenant j'ai voulu te distraire, 625 De peur que ton abord interrompît mon frère. Quelque fin que tu sois, tiens-toi pour affiné[752].

SCÈNE III.

CLÉANDRE.